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Critiques sur Suite française (36)


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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette le 21/11/2012


    Juin 1940 : les Parisiens fuient en masse la capitale bombardée par les Allemands. Il y a la famille Péricand, l'écrivain Gabriel Corte et sa maîtresse Florence, Jeanne et Maurice Michaud et bien d'autres qui s'élancent vers les provinces. « Ainsi, pendant un naufrage, toutes les classes se retrouvent sur le pont. » (p. 40) Quitter Paris, quitter sa vie, c'est éreintant : que faut-il prendre ? Les objets de première nécessité ou plutôt les souvenirs ? Ou plutôt les valeurs et les biens précieux ? Comment être sûr que tout restera en place avant un éventuel retour ? À pied, en voiture, en charrette ou en train, chacun fait son chemin comme il le peut. « Cette multitude misérable n'avait plus rien d'humain ; elle ressemblait à un troupeau en déroute, une singulière uniformité s'étendait sur eux. » (p. 95) Parfois pris dans un convoi mitraillé ou arrêtés en rase campagne sans essence, les fuyards sont tous égaux dans la peur qui, sous la poussée allemande, les pousse sur les routes et qui les expulse de Paris.

    Il y a la faim, il y a la peur, il y a l'incertitude. La générosité est soudain un bien qui se vend très cher : chacun vit pour soi dans l'exode et la débâcle. Devant la même menace et l'imminente défaite française, comment préserver la dignité et les apparences ? Et pourquoi ? Alors que certains s'accrochent à leur luxe et à leurs privilèges, la mort fauche à grandes brassées. « En un mot, que les catastrophes passent et qu'il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d'abord vivre : Primum vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer. » (p. 269) Et les morts ne traînent pas : certaines sont absurdes, d'autres sont hideuses.

    Dans la deuxième partie, l'exode a laissé place à l'occupation. Lucile Angellier et sa belle-mère sont contraintes d'accueillir Bruno von Falk dans leur grande demeure. Il en va de même pour Madeleine et Benoît Labarie dans leur ferme. Quelle attitude les Français doivent-ils adopter avec les occupants ? Faut-il composer ? « On a été battus, n'est-ce pas ? On n'a qu'à filer doux. » (p. 452) Faut-il les défier et les mépriser ? « La force prime le droit. » (p. 330) Ou faut-il les accueillir les bras, voire les draps, grands ouverts ? « On nous complique assez l'existence avec les guerres et tout le tremblement. Entre un homme et une femme, ça ne joue pas, tout ça. » (p. 399) Chacun voit l'ennemi à sa porte et choisit son camp. Les occupants, sous leurs terribles habits verts, sont pourtant très courtois. « Il met des gants blancs pour exercer ses droits de conquête. » (p. 374) Mais personne n'oublie que la guerre gronde ailleurs en Europe. « En temps de guerre, aucun de nous n'espère mourir dans un lit. » (p. 359) du point de vue de Lucile, à laquelle la seconde partie s'attache particulièrement, la question est simple : est-il possible d'aimer l'ennemi ?

    Ce roman est inachevé : l'auteure a été arrêtée, déportée et exécutée en 1942. Il manque clairement un pan à ce tableau en trois volets. Lire les notes finales, premières ébauches de la main de l'auteure est éclairant, mais j'ai préféré ne pas poursuivre ma lecture et m'en tenir à l'œuvre partiellement achevée. Il y a quelques destins croisés entre les familles. le texte est surprenant et suit presque au jour le jour l'exode et l'occupation. La guerre est vue de l'intérieur, mais loin des tranchées et sans héros. Les petites résistances ou les premières collaborations n'ont aucun éclat : finalement, le quotidien reste le même, la banalité est juste légèrement ébranlée par quelques coups de canon. Cette Suite Française est un roman poignant, au style percutant. Irène Nemirovsky a très largement son prix Renaudot posthume en 2004.

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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin le 08/07/2012


    Dernier écho d'une grande écrivaine de l'entre-Deux-guerres. Dans la première partie (Tempête en juin), Irène Némirovsky raconte principalement la fin de la guerre (en 1939) et l'exode des Français vers le Sud, fuyant l'avancée des Allemands. Dans la seconde partie, (Dolce), articulé au premier tout en faisant intervenir des personnages différents, elle reprend le début de l'accommodation des Français à l'Occupation, et l'installation des Allemands, à travers l'histoire d'un petit village.

    Du fait de sa déportation en 1942, elle n'évoque pas la Résistance (elle devait être traitée brievement dans la troisième partie du roman, juste ébauchée). Aux quatrième et cinquième romans, Irène Némirovsky a donné les titres de Batailles et La Paix, et y a ajouté des points d'interrogation. On ne peut donc juger que sur la moitié d'un roman. En lisant les brouillons de ce qu'elle projetait d'évoquer ensuite, je m'aperçois que ces Deux premières parties ne faisaient que poser les différents protagonistes et qu'ils devaient davantage entrer en contact dans les suivantes. Mais les jalons posés nous permettent tout de même d'imaginer la suite …

    En fait, les Deux récits sont davantage centrés sur les réactions et la psychologie des Français à cette époque. Elle nous dépeint fidèlement l'ambiance de l'Exode et de l'Occupation. Les faits historiques occupent peu de place, et nous complétons nous-mêmes les trous ou les faits non évoqués.

    “On sait que l'être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C'est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l'avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.”

    Par les circonstances extraordinaires qui entourent la rédaction de ce roman et sa publication (oeuvre posthume publiée en 2004 aux éditions Denoël, il reçoit le prix Renaudot la même année.), ce n'est pas un énième ouvrage sur la Seconde guerre mondiale puisque c'est un des premiers et que cette idée magnifie la lecture, d'une certaine façon. de plus, il n'est pas écrit par un simple témoin, qui retranscrirait plus ou moins ce qu'il voit, mais par un écrivain qui a l'oeil pour critiquer les comportements humains, décelant les lâchetés, les trahisons, les peurs de chacun dans l'aventure terrifiante que fut l'Exode.

    ‘Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre.”

    En même temps, il a valeur de documentaire fantastique, un regard sans concessions portée sur la France. Mais déjà elle prévoit :

    “Et dire que personne ne le saura, qu'il y aura autour de ça une telle conspiration de mensonges que l'on en fera encore une page glorieuse de l'Histoire de France. On se battra sur les flancs pour trouver des actes de dévouement, d'héroïsme. Bon Dieu ! ce que j'ai vu, moi ! Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons ; partout, de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance ! Ah ! Nous sommes beaux !”

    Les écrivains n'ont-ils pas tous un don de voyance ?

    Cette histoire inachevée, reflet de l'Histoire en train de se faire, regard extrêmement lucide sur la société, a quelque chose de très émouvant, comme quelque chose auquel on ne peut rien faire, mais que l'on ne peut que regretter, encore et encore, à la lecture de ces belles pages.

    Un roman qui donne envie de découvrir le reste de son oeuvre.


    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/07/07/suite-francaise-irene..

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    • Livres 5.00/5
    Par isabellelemest le 25/01/2013


    Ce roman posthume, conservé par miracle sur de petits carnets, après la déportation de l'écrivaine en 1942, ne fut publié qu'en 2004. Divisé en Deux parties, Tempête en juin et Dolce, alors que l'auteur en prévoyait cinq, il représente un témoignage de première main sur l'exode de juin 1940 et la première année de l'Occupation dans un petit bourg du Morvan.
    L'évocation de l'exode, du chaos, de la panique, de la débandade, met surtout en scène les milieux bourgeois catholiques et artistes de la capitale, désireux de se sauver, eux-mêmes, les leurs et leurs argent, leurs objets les plus précieux et souvent dérisoires. D'une plume féroce et impitoyable de causticité, l'auteur met à nu l'égoïsme sauvage, le chacun pour soi, le craquellement du vernis des apparences, l'absence de solidarité et d'humanité de ces grands bourgeois, qui n'ont que morale chrétienne à la bouche mais mépris et peur dans le cœur. Une peinture décapante, une ironie amère, contrastant avec la paix et la beauté de la nature en juin, décrite avec une maîtrise et une sensibilité remarquables. Mais la guerre ne fait pas de cadeaux, et la mort vient frapper, indifférente, ceux qui s'y attendent le moins.
    La seconde partie, Dolce, moins haletante, met en scène l'Occupation et ses troupes fraîches et joyeuses, qui s'efforcent de se faire accepter des habitants, dans un petit bourg de province, avec en particulier le rapprochement impossible entre une officier allemand cultivé et musicien et une jeune femme, malheureuse en ménage, dont le mari est prisonnier. de quel œil regarder l'occupant : comme l'ennemi, aussi dangereux qu'un fauve apprivoisé, ou en pensant "ce sont des hommes comme les autres" ? de très fines nuances de sentiments et d'atmosphère sont ainsi analysées avec une grande justesse.
    Un livre remarquable où se mêlent satire et peinture des nuances, force et subtilité, pour y atteindre au chef-d'œuvre.

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    • Livres 4.00/5
    Par Accalia le 01/10/2012


    C'est une amie qui m'a prêté ce livre : il me faisait déjà de l'œil depuis un petit moment, mais j'avais été un peu refroidie en lisant “Le bal” du même auteur qui m'avait mise très mal à l'aise.


    Là j'ai sauté le pas et j'ai vraiment bien fait, parce que ce livre est incroyablement formidable ! Il rejoint immédiatement la catégorie des coups de cœur et la liste des romans que je dois acheter !


    Irène Némirovsky a été arrêtée, déportée et assassinée à Auschwitz en juillet 1942. le manuscrit de ce roman a survécu grâce à sa fille aînée, qui l'avait dans sa valise au moment de sa fuite : Manuscrit qu'elle a lu des années plus tard en 1998.


    Il a été publié sous le titre de “Suite Française” en 2004.


    Ce roman n'est donc pas terminé. On a seulement les Deux premières parties (sur 5) dont les titres sont :
    1. Tempête en juin
    2. Dolce
    3. Captivité
    4. Batailles ?
    5. Paix ?

    La première partie raconte l'exode des habitants de Paris dans les heures qui ont suivi l'arrivée des allemands. On voit donc la fuite sur les routes, les bombes, les morts et la façon dont les français réagissent à cette exode, jusqu'à la capitulation de la France et le retour aux choses normales.


    La Deuxième partie relate l'arrivée des allemands dans une petite ville, durant la première année de l'occupation. On voit donc comment la cohabitation se fait et comment la vie quotidienne tente de continuer…


    D'après les annexes du roman, ces Deux premières parties servaient surtout à présenter les personnages, à montrer les liens qui les unissaient, à organiser le cadre de l'histoire.


    Pour les autres parties, grâce aux notes d'Irène N. on a les informations suivantes:

    La troisième partie devait parler de la résistance, de ses origines, de son organisation et des arrestations qui en résultaient. Les quatrième et cinquième parties devaient avoir les titres de “batailles” et “paix”…mais elle avait mis des points d'interrogation…en effet en 1942, difficile d'imaginer la fin de la guerre et comment celle-ci se ferait !

    Mais apparemment, Irène Némirovsky avait déjà prévu des dernières batailles, puis une paix entre les différents pays…Comment est ce qu'elle imaginait cette paix, j'aurais bien voulu le savoir !


    J'ai adoré les Deux parties !


    Dans la première partie, “Tempête en juin”, elle nous décrit un beau spectacle de l'humanité:
    C'est dans ces moments là, qu'on voit ce que valent les hommes. Il y a ceux qui aident les autres, ceux qui partagent, ceux qui gardent tout pour eux, ceux qui pillent, ceux qui partent et ceux qui restent…C'est très intéressant de voir les raisons différentes, les peurs, selon la classe, l'âge et le sexe des personnages.


    On peut détester certaines personnes à cause de leur égoïsme et sentiment de supériorité, en voyant leurs priorités dans la vie…parfois c'est quand même assez pathétique!


    Je dois avouer qu'à ma grande honte j'ai éclaté de rire quand madame Péricand se rend compte une fois tous les évènements de la nuit passée, les bombardements, son fils qui part rejoindre l'armée, la course vers la gare…qu'elle a oublié son beau-père infirme!


    Elle qui était tellement fière d'elle, qui se rengorgeait d'avoir tout prévu, d'avoir gardé son sang-froid, de ne pas avoir oublié l'essentiel et d'avoir sauvé sa famille…et là vlan! L'oubli!


    Mais je n'ai pas pu m'empêcher un peu de la comprendre et de vouloir la soutenir, même si c'est une idiote plein de préjugés : elle est une femme seule, avec des enfants en bas-âge, un grand-père infirme, un mari absent : seule responsable au milieu de la panique et des bombardements. A part son beau-père qu'elle oublie, je trouve qu'elle s'est très bien débrouillée pour survivre avec tous ses enfants.


    Finalement, il y avait très peu de personnage tout à fait détestable (même si il y en avait un ou Deux tout de même).


    C'étaient surtout des êtres humains, qui avaient peur, qui se retrouvaient seuls, en danger et qui ne savaient plus vraiment vers qui se tourner… Ils se sont donc débrouillés comme ils le pouvaient. Certains ont eu de la chance, d'autres beaucoup moins. Et tous ont eu ce sentiment de stupéfaction quand soudain, l'armistice est arrivé et qu'il fallait rentrer chez soi.


    La Deuxième partie m'a un peu fait penser AU “Le silence de la mer” de Vercors, qui est un autre roman formidable sur l'occupation allemande dans la vie de tous les jours (que je conseille également!).


    Le plus drôle dans cette partie est le titre : “Dolce” c'est-à-dire “doux” en italien. Je trouve cela très ironique et fin.


    Car oui, en effet, le peuple français est tout doux dans cette partie là…il se courbe, il s'aplatit, il ne fait pas de vagues, pas de bruits, rien…on pourrait le croire apprivoisé…


    C'est d'ailleurs ce que les allemands se disent, après plusieurs mois d'occupation : qu'ils ont fait des progrès avec les français, que les relations s'améliorent…et pourtant, cette douceur est entièrement superficielle…
    Il ne se passe pas à un jour, sans que les français à mi-voix d'abord, insultent et maudissent les occupants, pour des raisons ou d'autres…


    Et un jour, cela finit par exploser, et là Benoit, un paysan qui en a assez de voir un allemand tourner autour de sa femme le tue. Plus de douceur…la résistance prend de l'ampleur, l'hypocrisie aussi et ce village que les allemands trouvaient si paisible leur parait soudain bien dangereux.


    Dans cette partie, on suit particulièrement la vie d'une jeune femme, dont le mari est prisonnier, qui est obligée d'accepter un officier dans sa maison.
    Si sa belle-mère refuse tout contact avec l'ennemi, Lucie, elle ne le voit pas d'un aussi mauvais œil. Sans être aimable, elle s'efforce d'être courtoise, d'abord par politesse et éducation, ensuite parce que cet officier est un homme charmant et gentil, dont le seul défaut est finalement d'être allemand.


    Faits, que le village découvre d'ailleurs avec stupeur: Les soldats et les officiers ne sont pas particulièrement méchants ni pervers. Ce sont des hommes comme des autres!


    Ce qui est impressionnant, c'est la capacité d'Irène Némirovsky d'analyser tous ses éléments, tous les caractères, les impressions les visions, les réactions de tous, français, allemand, vieux, jeunes, femmes et hommes, sans le moindre problème. Tout sonne tellement vrai, tellement réel, c'est fait sans pathos, sans fioritures, sans exagérations! Cette femme avait un talent incroyable.


    A la fin de cette Deuxième partie, on commence à voir lentement tous les liens invisibles qui se font entre les personnages, on reconnait des relations, des rencontres, des évènements…ces Deux parties étaient vraiment une sorte de longue introduction pour poser le contexte et les personnages !


    ——————————————

    Ma critique est un peu longue…C'est un roman fabuleux, un coup de cœur, aussi bien pour la forme que le fond (ce qui est assez rare quand même!).Qu'est ce que j'aurais voulu lire le livre en entier!


    Je le conseille vivement à toute personne qui a envie de découvrir un chef d'œuvre!


    Lien : http://writeifyouplease.wordpress.com/2012/09/23/suite-francaise-ire..

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    • Livres 3.00/5
    Par carre le 06/02/2012


    Suite Française racontel'exode de juin 1940, qui jeta sur les routes des français de toutes classes sociales abasourdies par l'invasion allemande. Irène Némirovsky décrit au plus près cette tragédie ou lâchetés et égoisme se disputent à la solidarité et à la bravoure. C'est la grande force du livre, l'auteur dépeint avec justesse ces drames qui se jouent devant ces yeux. Puis elle montre l'occupation par le portrait d'un village ou les tensions ne cessent de monter avec l'arrivée allemande. Roman intimiste, sur les peurs, le désarroi, le fatalisme d'une population incrédule et perdue. Mais je ferai juste un petit reproche qui m'a géné dans ma lecture les portraits sont souvent caricaturaux et naifs.
    Mais par le destin tragique de l'auteur puis par l'incroyable génèse du manuscrit édité plus de cinquante ans après la disparition de Némirovsky, ce roman mérite une lecture par le plus grand nombre.

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    • Livres 4.00/5
    Par litolff le 31/10/2011


    C'est le premier roman d'Irène Nemirovsky que j'ai lu, et qui m'a immédiatement donné envie d'enchainer avec le reste de sa bibliographie.
    Roman de la guerre et de l'exode, Suite Française s'attache à nous montrer l'homme dans toute son Humanité, c'est-à-dire ses grandes faiblesses et ses élans de grandeur sinon d'héroïsme. Il ne s'agit pas d'un roman sur la guerre mais d'un roman qui montre un aspect de la guerre : la déroute des français pendant l'exode de juin 1940 qui brassa le peuple français dans son ensemble, du grand bourgeois à la cocotte, des familles huppées aux plus modestes, puis l'occupation à travers la vie d'un petit village de campagne où cantonne une garnison allemande. Théatre de toutes les lâchetés, cette époque a également vu s'accomplir des actions magnifiques ; de sa plume acerbe et lucide, Irène Némirovsky traque sans complaisance et avec beaucoup d'intuition la petitesse humaine, l'opportunisme d'un peuple, parfois traversé d'élans patriotiques et généreux.
    Deux ans plus tard, elle était arrêtée par des gendarmes français et déportée à Auschwitz…

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    • Livres 4.00/5
    Par Loutre_des_Rivieres le 29/11/2012


    Irène Nemirovsky avec Suite Française raconte la réaction et le comportement de la population française, grâce à ses multiples personnages, allant du monde bourgeois au monde ouvrier, durant l'exode de 1940 puis pendant l'occupation allemande dans un village de Province. C'est un roman passionnant... Il y a beaucoup de finesse et d'ironie dans toutes les observations sur la société de l' époque.

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    • Livres 4.00/5
    Par ahasverus le 20/12/2011


    Je pourrais vous dispenser de cette vingt-deuxième opinion sur la Suite française d'Irène Nemirovski. Je ne vous dispenserai pas. Je ne la ferai même pas aussi courte qu'elle est utile.

    Car tout a été dit dans les vingt et unes précédentes critiques : le sujet, la lâcheté, la vacuité du bien, la manière de le traiter par vies croisées, le chien français mascotte des SS, la biographie de l'auteur, son départ de Russie, sa mère abusive, la triste fin dans un camp de concentration, la préservation du manuscrit, sous l'occupation, jour par jour... Mozart qu'on assassine.

    Ce livre a bizarrement macéré. Sur le moment, j'ai préféré Jezabel où Irène exorcisait le souvenir de sa mère. Un arrière goût de grand ouvrage m'est revenu plusieurs mois après avoir lu Suite française. C'est bon, cette saveur qui descend dans ma bouche après un grand livre ou un bon film. Comme une fenêtre qu'on ouvre en plus. C'est bon. Même quand la vue est triste.

    Résumé et conclusion : L'homme qui prédit le pire ne prend aucun risque. (Raphaël Enthoven)

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    • Livres 5.00/5
    Par Heureuse le 04/10/2010


    A lire absolument !!!

    Irène Némirovski est née en Russie en 1903. En 1919 sa famille se réfugie en France et Irène étudie à la Sorbonne. Remarquée à 26 ans dès son premier roman "David Golder", Irène devient rapidement une auteure internationalement reconnue. Son mari et elle se convertirent au catholicisme et eurent deux petites filles.
    Pendant la guerre, ils se réfugièrent en province mais Irène se fit arrêter le 13 juillet 1942 et déportée à Auschwitz le 17 juillet. Elle y est assassinée, affaiblie et malade, le 17 août de la même année.
    Pendant ce temps-là son mari, Michel Epstein, n'a cessé de se battre pour obtenir sa libération. Son couvert était mis à chaque repas. Il alla même jusqu'à se proposer en échange de sa femme pour aller en camp de travail "voyez, voulez-vous, s'il ne serait pas possible de nous faire échanger nos places, ma femme et moi - je pourrais peut-être rendre plus de services à la sienne et elle serait mieux placée ici".
    Comme seule réponse il est déporté à son tour à Auschwitz et gazé à son arrivée avec sa soeur le 6 novembre 1942.

    En 1942 Iréne Némirovski a commencé un roman sur la débâcle, la guerre. un roman qu'elle voulait ambitieux, son oeuvre majeure. Elle l'a écrit dans l'urgence "je suppose que ce seront des oeuvres posthumes" sur du papier de mauvaise qualité, au crayon. Elle l'a écrit sans savoir l'issue de cette guerre. Dans l'air du temps.
    Ses filles, âgées de de 4 et 11 ans à l'époque, ont été sauvées par leur nourrice, et sont passées d'un refuge précaire à l'autre. Après la guerre, elles ont été prises en charge par les éditeurs d'Irène qui avaient uni leurs efforts pour essayer de faire libérer la jeune femme.
    Pendant des années elles ont emporté dans leur valise les feuillets des derniers écrits de leur mère. Incapables de les ouvrir et encore moins de les lire.
    Tardivement elles décidèrent de confier la dernière oeuvre de leur mère à l'Institut Mémoire de l'Edition Contemporaine. Ce qu'elles prenaient pour une suite de notes était un roman immense et bouleversant.
    Publié en 2004.

    Une oeuvre magnifique. Il faut lire la préface, qui raconte la genèse ainsi que la postface où on trouve les notes de l'auteur, sa correspondance, ainsi que celle de son mari, une fois Irène disparue.

    Pour ne pas oublier Irène Némirovski.

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    • Livres 4.00/5
    Par Syl le 13/05/2013


    Denise Epstein était une adolescente lorsque sa mère fut assassinée dans le camp d'Auschwitz, en août 1942. Son père, Michel Epstein, après des démarches pour retrouver sa femme, est aussi arrêté et déporté en Pologne. Il mourra dès son arrivée dans le camp en novembre 1942. Seule avec sa petite soeur Elisabeth, Denise emporte dans ses valises, à l'abri du destin, le dernier manuscrit de sa mère, Irène Némirovsky.

    Ce roman allait retracer les débuts de la guerre avec l'exode et l'occupation allemande sur le sol français. Irène Némirovsky voulait les raconter à travers cinq livres… elle n'en aura écrit que Deux ; "Tempête en juin" et "Dolce" regroupés en "Suite française".

    "Sur les traces de ma mère et de mon père, pour ma soeur Elisabeth Gille, pour mes enfants et petits-enfants, cette Mémoire à transmettre, et pour tous ceux qui ont connu et connaissent encore aujourd'hui le drame de l'intolérance.
    Denise Epstein"

    A titre posthume, "Suite française" est récompensé en 2004 avec le Prix Renaudot.

    Juin, le printemps est chaud à Paris,

    Madame Péricand Charlotte est mariée à Monsieur Adrien Péricand, un conservateur de musée national. Ils ont cinq enfants. Philippe, l'aîné, est prêtre, le cadet Hubert a dix-huit ans et le petit dernier a Deux ans.
    "M. Péricand était un homme strict : ses scrupules religieux lui interdisaient nombre de désirs et le soin de sa réputation le maintenait à l'écart des mauvais lieux."
    Gabriel Corte, un riche écrivain, se débat dans des pages manuscrites, cherchant sa muse. Il n'aurait qu'à baisser les yeux pour la trouver. Sa maîtresse, Florence, est à ses pieds à ramasser les brouillons éparpillés au sol.
    "Il avait cinquante ans et ses propres jeux. Il était selon les jours un Maître des Cieux ou un pauvre auteur écrasé par un labeur dur et vain. Il avait fait graver sur sa table à écrire : "Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage." Ses confrères le jalousaient parce qu'il était riche. Lui même racontait avec amertume qu'à sa première candidature à l'Académie française, un des électeurs sollicité de voter pour lui avait répondu sèchement : "Il a trois lignes de téléphone !""
    Charles Langelet examine ses porcelaines, ses possessions précieuses. Il n'y a que ça qui l'intéresse.
    "(…) il ne pouvait vivre dans un décor terne ou vulgaire. Autour de lui, dans sa maison, tout ce qui composait son mode d'existence était fait de parcelles de beauté parfois humbles, parfois précieuses qui finissaient par créer un climat particulier, doux, lumineux, le seul enfin qui fût digne d'un homme civilisé songeait-il."
    Le couple Michaud travaille dans une banque dont l'un des directeurs est Monsieur Corbin. Avant la guerre, Jeanne était professeur de chant. Leur fils Jean-Marie est quelque part à la guerre.
    "Grâce à cette place de secrétaire, ils s'étaient tirés d'affaire jusque-là et, comme elle le disait : "Il ne faut pas demander l'impossible, mon pauvre mari !" Ils avaient toujours connu une vie difficile depuis le jour où ils s'étaient sauvés de chez eux pour se marier contre le gré de leurs parents. Il y avait longtemps de cela. Elle avait encore des traces de beauté dans son maigre visage. Ses cheveux étaient gris. L'homme était de petite taille, l'air las et négligé, mais par moments, lorsqu'il se tournait vers elle, la regardait, lui souriait, une flamme moqueuse et tendre s'allumait dans ses yeux – la même, pensait-il, oui, vraiment, presque la même qu'autrefois."

    Dans une ambiance d'insécurité, tous vont faire leurs valises et prendre des dispositions pour un départ vers des lieux plus sûrs. Ils fuient Paris avant d'entendre claquer les bottes ennemies. La ville est en sommeil, ou plutôt, elle garde le silence par crainte. Les murmures courent les salons, les offices, les rues… ils arrivent avec le chaos… et dans les secondes prochaines, la panique va s'aviver, les alarmes vont crier, les bombes éclater.

    Sur la route, sur le chemin qui mène au sud, au nord, dans le centre, la France est en défaite. Les exilés croisent des chars et des soldats dont les visages portent les stigmates de l'hébétude. Leurs traits sont figés par la poussière et le découragement.
    Villes et campagnes sont lacérées. Des pièges aux dents aiguisées croquent la débandade. C'est un cauchemar qui prend vie et fige son horreur dans le sang.
    L'occupation déploie son armée. Elle est une marée qui noie l'homme, la femme, l'enfant. L'agonie du pays laisse un peuple perdu, fatigué et désespéré. Parfois il devient animal, sans raison, au bord de la folie et parfois, la conscience, silencieuse, secrète ou bruyante, clame "courage !".
    Il y a eu "Verdun, Charleroi, la Marne", et cet après rappelle la monstruosité. Les jours se confondent aux nuits, noirs et sans fin.
    Il se dit que l'armistice va être signé et que l'on doit se préparer à l'accueil. C'est cruel.

    "On disait que la situation était confuse, qu'en certains endroits les soldats résistaient encore, que des civils s'étaient joints à eux ; on s'accordait pour les blâmer, tout était perdu, il n'y avait plus qu'à céder."

    A Bussy, Lucile Angelier habite avec sa belle-mère dans une belle maison de maître. Sa demeure a été retenue pour recevoir le commandant Bruno von Falk. La cohabitation est glacée et souligne l'aversion du dominé envers le dominant.
    "Et lui ? Que pense-t-il ? se dit la jeune femme. Qu'éprouve-t-il en mettant le pied dans cette maison française dont le maître est absent, fait prisonnier par lui ou par ses camarades ? Est-ce qu'il nous plaint ? Est-ce qu'il nous hait ? Ou bien entre-t-il ici comme dans une auberge, ne pensant qu'au lit, s'il est bon, et à la servante, si elle est jeune ?"

    Par les personnages du roman qui se croisent occasionnellement, ce livre témoigne de la guerre. Un temps qui humilie, qui divise, qui se dévêt de son humanité. Les mots imagent la peur, la violence, la mort, la faim, le dénuement, la recherche d'un asile, la haine, un dégoût qui n'agresse pas que l'assassin, il s'étend à la mère qui meurt en bordure de route, son enfant dans les bras. Les sentiments sont exacerbés, dévoilant les fourbes, les ignominieux, les prochains collabos, mais aussi les insoumis, les braves, les justes, les prochains résistants. Lors de cette invasion, le lâche tombe le masque, le preux le met.
    L'auteur dépose des chroniques en témoignage de son présent. Elle est dans le tableau, dans ce vécu de 1940. Un jour, ils sont venus la chercher pour l'interner à Pithiviers, le lendemain, elle partait pour Auschwitz. Elle ne terminera jamais sa saga.
    Un livre très dur, mais c'est l'Histoire.

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