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Critiques sur Suite française (75)


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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette le 21/11/2012


    Juin 1940 : les Parisiens fuient en masse la capitale bombardée par les Allemands. Il y a la famille Péricand, l'écrivain Gabriel Corte et sa maîtresse Florence, Jeanne et Maurice Michaud et bien d'autres qui s'élancent vers les provinces. « Ainsi, pendant un naufrage, toutes les classes se retrouvent sur le pont. » (p. 40) Quitter Paris, quitter sa vie, c'est éreintant : que faut-il prendre ? Les objets de première nécessité ou plutôt les souvenirs ? Ou plutôt les valeurs et les biens précieux ? Comment être sûr que tout restera en place avant un éventuel retour ? À pied, en voiture, en charrette ou en train, chacun fait son chemin comme il le peut. « Cette multitude misérable n'avait plus rien d'humain ; elle ressemblait à un troupeau en déroute, une singulière uniformité s'étendait sur eux. » (p. 95) Parfois pris dans un convoi mitraillé ou arrêtés en rase campagne sans essence, les fuyards sont tous égaux dans la peur qui, sous la poussée allemande, les pousse sur les routes et qui les expulse de Paris.

    Il y a la faim, il y a la peur, il y a l'incertitude. La générosité est soudain un bien qui se vend très cher : chacun vit pour soi dans l'exode et la débâcle. Devant la même menace et l'imminente défaite française, comment préserver la dignité et les apparences ? Et pourquoi ? Alors que certains s'accrochent à leur luxe et à leurs privilèges, la mort fauche à grandes brassées. « En un mot, que les catastrophes passent et qu'il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d'abord vivre : Primum vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer. » (p. 269) Et les morts ne traînent pas : certaines sont absurdes, d'autres sont hideuses.

    Dans la deuxième partie, l'exode a laissé place à l'occupation. Lucile Angellier et sa belle-mère sont contraintes d'accueillir Bruno von Falk dans leur grande demeure. Il en va de même pour Madeleine et Benoît Labarie dans leur ferme. Quelle attitude les Français doivent-ils adopter avec les occupants ? Faut-il composer ? « On a été battus, n'est-ce pas ? On n'a qu'à filer doux. » (p. 452) Faut-il les défier et les mépriser ? « La force prime le droit. » (p. 330) Ou faut-il les accueillir les bras, voire les draps, grands ouverts ? « On nous complique assez l'existence avec les guerres et tout le tremblement. Entre un homme et une femme, ça ne joue pas, tout ça. » (p. 399) Chacun voit l'ennemi à sa porte et choisit son camp. Les occupants, sous leurs terribles habits verts, sont pourtant très courtois. « Il met des gants blancs pour exercer ses droits de conquête. » (p. 374) Mais personne n'oublie que la guerre gronde ailleurs en Europe. « En temps de guerre, aucun de nous n'espère mourir dans un lit. » (p. 359) du point de vue de Lucile, à laquelle la seconde partie s'attache particulièrement, la question est simple : est-il possible d'aimer l'ennemi ?

    Ce roman est inachevé : l'auteure a été arrêtée, déportée et exécutée en 1942. Il manque clairement un pan à ce tableau en trois volets. Lire les notes finales, premières ébauches de la main de l'auteure est éclairant, mais j'ai préféré ne pas poursuivre ma lecture et m'en tenir à l'oeuvre partiellement achevée. Il y a quelques destins croisés entre les familles. le texte est surprenant et suit presque au jour le jour l'exode et l'occupation. La guerre est vue de l'intérieur, mais loin des tranchées et sans héros. Les petites résistances ou les premières collaborations n'ont aucun éclat : finalement, le quotidien reste le même, la banalité est juste légèrement ébranlée par quelques coups de canon. Cette Suite française est un roman poignant, au style percutant. Irène Nemirovsky a très largement son prix Renaudot posthume en 2004.

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    • Livres 4.00/5
    Par indira95 le 29/05/2015


    Cocottes en goguette éparpillées aux quatre vents, bourgeois ventripotents et égoïstes suffocant loin de leur cher Paris, rombières bourgeoises affublées de familles nombreuses, petit peuple traînant ses guêtres le long des routes, tout ce beau monde projeté au coeur du chaos que fut l'exode au printemps 1940, reprend vie à travers la plume d'Irène Némirovsky. Par le prisme de son regard sans concession, scrutateur et intransigeant, l'auteur qui connut également cet épisode douloureux, nous livre à chaud cette expérience traumatisante pour des millions de Français jetés sur les routes. Cela est d'autant plus remarquable qu'elle l'a écrit dans une quasi immédiateté (à peine 2 ans plus tard) et relève le défi d'y apporter un certain recul (bien qu'on y perçoive, à travers sa prose incisive, une critique à peine voilée des excès de comportements engendrés par cet épisode). Suite française se voulait comme une peinture sans concession de cette France occupée, une saga débutant avec l'exode et l'arrivée imminente des Allemands et poursuivant avec le quotidien d'une poignée de Français sous le joug nazi, les uns lâches et collabos, les autres entamant la résistance. Malheureusement Irène Némirovsky sera arrêtée puis déportée avant d'avoir pu finir son oeuvre. C'est sa fille Denise Epstein qui cachera les 2 premiers tomes du roman et finira pas les faire publier 60 ans plus tard. Ma lecture de cette oeuvre fut d'autant plus teintée d'émotions quand on sait qu'Irène Némirovsky ne reviendra jamais des camps.

    Le deuxième tome de Suite française – Dolce - (celui qui a été adapté au cinéma récemment) s'intéresse à la vie d'une poignée de villageois d'un patelin paumé du centre de la France. Il esquisse une idée d'un quotidien, quasiment un huit clos, au contact de l'ennemi qui prend une place importante au coeur de leurs intimités. Plus calme que la première partie dont le rythme est à l‘image de l'émotion et de la houle induites par l'Exode, Dolce, plus intime, se lit posément, disséquant avec précision et acuité le ressenti des personnages aux prises avec l'occupant allemand et comment au final on s'accommode de tout dès lors qu'une routine s'installe.

    Témoignage d'une période sombre et trouble des premières années de l'Occupation, Suite française est un ouvrage qui se lit à la fois comme un roman, un reportage et un testament. Pour avoir lu d'autres romans d'Irène Némirovsky, j'ai trouvé que Suite française concentrait l'essence même du talent de cette femme de lettres remarquable. Poignant par la portée de ce roman et son destin, acerbe par le regard porté sur cette période, Suite française ne peut vous laisser indifférents.


    Lien : http://livreetcompagnie.over-blog.com/

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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin le 08/07/2012


    Dernier écho d'une grande écrivaine de l'entre-deux-guerres. Dans la première partie (Tempête en juin), Irène Némirovsky raconte principalement la fin de la guerre (en 1939) et l'exode des Français vers le Sud, fuyant l'avancée des Allemands. Dans la seconde partie, (Dolce), articulé au premier tout en faisant intervenir des personnages différents, elle reprend le début de l'accommodation des Français à l'Occupation, et l'installation des Allemands, à travers l'histoire d'un petit village.

    Du fait de sa déportation en 1942, elle n'évoque pas la Résistance (elle devait être traitée brievement dans la troisième partie du roman, juste ébauchée). Aux quatrième et cinquième romans, Irène Némirovsky a donné les titres de Batailles et La Paix, et y a ajouté des points d'interrogation. On ne peut donc juger que sur la moitié d'un roman. En lisant les brouillons de ce qu'elle projetait d'évoquer ensuite, je m'aperçois que ces deux premières parties ne faisaient que poser les différents protagonistes et qu'ils devaient davantage entrer en contact dans les suivantes. Mais les jalons posés nous permettent tout de même d'imaginer la suite …

    En fait, les deux récits sont davantage centrés sur les réactions et la psychologie des Français à cette époque. Elle nous dépeint fidèlement l'ambiance de l'Exode et de l'Occupation. Les faits historiques occupent peu de place, et nous complétons nous-mêmes les trous ou les faits non évoqués.

    “On sait que l'être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C'est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l'avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.”

    Par les circonstances extraordinaires qui entourent la rédaction de ce roman et sa publication (oeuvre posthume publiée en 2004 aux éditions Denoël, il reçoit le prix Renaudot la même année.), ce n'est pas un énième ouvrage sur la Seconde guerre mondiale puisque c'est un des premiers et que cette idée magnifie la lecture, d'une certaine façon. de plus, il n'est pas écrit par un simple témoin, qui retranscrirait plus ou moins ce qu'il voit, mais par un écrivain qui a l'oeil pour critiquer les comportements humains, décelant les lâchetés, les trahisons, les peurs de chacun dans l'aventure terrifiante que fut l'Exode.

    ‘Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre.”

    En même temps, il a valeur de documentaire fantastique, un regard sans concessions portée sur la France. Mais déjà elle prévoit :

    “Et dire que personne ne le saura, qu'il y aura autour de ça une telle conspiration de mensonges que l'on en fera encore une page glorieuse de l'Histoire de France. On se battra sur les flancs pour trouver des actes de dévouement, d'héroïsme. Bon Dieu ! ce que j'ai vu, moi ! Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons ; partout, de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance ! Ah ! Nous sommes beaux !”

    Les écrivains n'ont-ils pas tous un don de voyance ?

    Cette histoire inachevée, reflet de l'Histoire en train de se faire, regard extrêmement lucide sur la société, a quelque chose de très émouvant, comme quelque chose auquel on ne peut rien faire, mais que l'on ne peut que regretter, encore et encore, à la lecture de ces belles pages.

    Un roman qui donne envie de découvrir le reste de son oeuvre.


    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/07/07/suite-francaise-irene..

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    • Livres 5.00/5
    Par sylvaine le 20/05/2015


    Pour soulever un poids si lourd
    Sisyphe, il faudrait ton courage,
    Je ne manque pas de coeur à l'ouvrage
    Mais le but est long et le temps est court .
    le vin de solitude par Irène Némirovsky pour Irène Némirovsky

    Suite française, roman publié à titre posthume, devait compter 4 parties: l'exode, Dolce, Captivité et Paix? Seules les deux premières parties
    Tempête en juin et Dolce ont pu être rédigées , Irène Némirobsky ayant été arrêtée en juillet 1942 et déportée en Pologne .Née Russe et de confession juive elle se savait en grand danger , son époux Michel Epstein fut arrêté quelques mois plus tard .Seules leurs 2 petites filles Delphine et Elisabeth grâce à leur tutrice purent passer à travers les mailles du filet.
    Juin 1940, capitulation de l'armée française. Les français sont sur les routes précédant de peu l'entrée des allemands dans Paris .Les riches avec leurs voitures, leur argent, leurs biens les plus précieux, les pauvres le plus souvent à pied car les trains ne fonctionnent plus . Irène Némirovsky nous relate cette période de migration forcée avec une acuité, une analyse au pied levé qui laisse pantois.
    Dans Dolce, un petit bourg en zone occupée tout près de la ligne de démarcation voit les allemands arriver, s'installer. Les soldats s'installent chez l'habitant .Un modus vivendi s'installe. L'occupant est tantôt subi haï ou admiré selon. Imaginez aussi un bourg où depuis longtemps il n'y a plus aucun homme à se mettre sous la dent alors un jeune homme en uniforme peut faire tourner bien des têtes occupation ou pas...
    Suite française est donc une analyse admirable rigoureuse, sans concessions, sans atermoiements et réaliser que ce texte a été écrit dans l'urgence, dans l'immédiateté me laisse pantoise.
    Un roman magnifique, un portrait émouvant et fidèle d'une société dans la tourmente et comme à chaque fois il y a des bons et des méchants, des honnêtes gens et des pourris en fin rien que d'humain, de tristement humain.
    Sûr que je n'oublierais ni ce roman ni Irène Némirovsky

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    • Livres 5.00/5
    Par IreneAdler le 28/09/2014


    Fuite française aurait été de circonstance. Sur les routes de l'exode devant l'avancée fulgurante de l'armée du Troisième Reich, des portraits d'hommes et de femmes dont l'instinct de survie les pousse souvent à des bassesses mais quelques moments de grâce aussi... Fuite ou plutôt résignation de la grande majorité des Français devant l'occupant, et parfois comme dans le silence de la Mer, l'amour qui éclot entre ennemis...
    Ne croyez pas que je les juge tous ces personnages. C'est peut-être le roman sur cette période qui m'a le plus poussé à me demander ce que j'aurai fait, sans trouver de réponse naturellement. Mon coeur à moi aurait peut-être aussi balancé devant cet "ennemi" cultivé, poli et respectueux ; mais en même temps, accaparant la nourriture et réduisant la population au rationnement... Si ce texte m'a autant interrogé est-ce parce qu'il fut écrit au moment des évènements et est donc presque un reportage sur l'époque ? Je ne sais pas. Je regrette très fort que Madame Némirovsky fut déportée et assassinée. C'était une grande écrivain(e ?) qui avait sans doute encore beaucoup à nous offrir.

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    • Livres 5.00/5
    Par fx131 le 14/06/2015


    L'atrocité de la Shoah a privée le monde de la culture de nombreux artistes ...
    Irène Nemirovsky , un nom que nous avons pour la plupart découvert en 2004 , avec la publication de çet opus posthume , inachevé .
    Çet opus , on doit sa lecture , sa découverte , aux filles de mme Nemirovsky , qui on conservées çe texte pendant plus de 60 ans , apres que leur père les a faient gardiennes de l'ultime création de leur mère .
    Irène Nemirovsky était une romancière très en vue des la fin des années 1930 .
    Certes , certains diront qu'elle avait comme soutien des gens peu fréquentables , des auteurs et journalistes , et qu'elle a publiée longtemps dans le journal Gringoire , publication de droite dure ...
    Oui c'est un fait . Mais l'on peut répondre que malgré çela , mme Nemirovsky n'était pas comme Céline , Drieu La Rochelle , Brasillach , ect.
    Nombre d'artistes a cette époque avaient des opinions de droite , pour autant peu on trempes dans la lie , dans l'infamie .
    Mme Nemirovsky a était arrêtée , déportée , et est décédée du typhus a Auschwitz , l'antre de l'abomination nazie .
    Elle vit donc déjà publiée des romans remarqués , mais tout porte à croire que son chef d'oeuvre débutait à peine .
    Çe livre c'est la première partie d'une saga qu'elle avait en projet , une saga qui se situe à la période de la guerre et de l'occupation .
    Elle voulait donc faire une oeuvre contemporaine , une sorte de photographie littéraire de cette période .
    Çet opus contient deux livres en son sein .
    La première partie s'attache à suivre les pérégrinations des français projetés sur les routes pour fuir l'avancée inexorable de l'armée allemande .
    On y trouve toutes les populations , les classes sont abolies , chacun tente de survivre en fuyant ...
    La peinture que Irene Nemirovsky dresse dans cette partie est extraordinaire .
    Le leçteur est au coeur de ce rassemblement improbable , progresse avec çes gens , tente de trouver de la nourriture , un lit , tente d'échapper aux bombardements aériens , le mot qui convient est réaliste .
    L'on est pas du tout dans l'abstrait ici , Irene Nemirovsky s'attache à faire ressentir chacune des émotions des protagonistes , pour que le leçteur se sente implique , qu'il soit partie prenante de l'histoire .
    La seconde partie s'attache à décrire la vie d'un village qui voit disparaître la liberté et l'avènement de l'occupation avec tout ce que cela implique .
    Il y a dans cette partie une maîtrise telle du sujet aborde que l'on peut établir des connexions avec les personnages présents .
    Le style de Irene Nemirovsky est magistral .
    Loin de la production de supermarché , on est ici en présence d'un objet littéraire de très grande qualité , avec une utilisation magistrale de la langue française et un sens aigu de la construction dramatique .
    Pour faire taire les monstres qui veulent diminuer l'atrocité de la Shoah , il faut lire ce livre , ainsi l'on se rend compte des çonsequences de la folie humaine qui a privée le monde d'auteur de génie comme Irene Nemirovsky.

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    • Livres 4.00/5
    Par Accalia le 01/10/2012


    C'est une amie qui m'a prêté ce livre : il me faisait déjà de l'oeil depuis un petit moment, mais j'avais été un peu refroidie en lisant “le bal” du même auteur qui m'avait mise très mal à l'aise.


    Là j'ai sauté le pas et j'ai vraiment bien fait, parce que ce livre est incroyablement formidable ! Il rejoint immédiatement la catégorie des coups de coeur et la liste des romans que je dois acheter !


    Irène Némirovsky a été arrêtée, déportée et assassinée à Auschwitz en juillet 1942. le manuscrit de ce roman a survécu grâce à sa fille aînée, qui l'avait dans sa valise au moment de sa fuite : Manuscrit qu'elle a lu des années plus tard en 1998.


    Il a été publié sous le titre de “Suite française” en 2004.


    Ce roman n'est donc pas terminé. On a seulement les deux premières parties (sur 5) dont les titres sont :
    1. Tempête en juin
    2. Dolce
    3. Captivité
    4. Batailles ?
    5. Paix ?

    La première partie raconte l'exode des habitants de Paris dans les heures qui ont suivi l'arrivée des allemands. On voit donc la fuite sur les routes, les bombes, les morts et la façon dont les français réagissent à cette exode, jusqu'à la capitulation de la France et le retour aux choses normales.


    La deuxième partie relate l'arrivée des allemands dans une petite ville, durant la première année de l'occupation. On voit donc comment la cohabitation se fait et comment la vie quotidienne tente de continuer…


    D'après les annexes du roman, ces deux premières parties servaient surtout à présenter les personnages, à montrer les liens qui les unissaient, à organiser le cadre de l'histoire.


    Pour les autres parties, grâce aux notes d'Irène N. on a les informations suivantes:

    La troisième partie devait parler de la résistance, de ses origines, de son organisation et des arrestations qui en résultaient. Les quatrième et cinquième parties devaient avoir les titres de “batailles” et “paix”…mais elle avait mis des points d'interrogation…en effet en 1942, difficile d'imaginer la fin de la guerre et comment celle-ci se ferait !

    Mais apparemment, Irène Némirovsky avait déjà prévu des dernières batailles, puis une paix entre les différents pays…Comment est ce qu'elle imaginait cette paix, j'aurais bien voulu le savoir !


    J'ai adoré les deux parties !


    Dans la première partie, “Tempête en juin”, elle nous décrit un beau spectacle de l'humanité:
    C'est dans ces moments là, qu'on voit ce que valent les hommes. Il y a ceux qui aident les autres, ceux qui partagent, ceux qui gardent tout pour eux, ceux qui pillent, ceux qui partent et ceux qui restent…C'est très intéressant de voir les raisons différentes, les peurs, selon la classe, l'âge et le sexe des personnages.


    On peut détester certaines personnes à cause de leur égoïsme et sentiment de supériorité, en voyant leurs priorités dans la vie…parfois c'est quand même assez pathétique!


    Je dois avouer qu'à ma grande honte j'ai éclaté de rire quand madame Péricand se rend compte une fois tous les évènements de la nuit passée, les bombardements, son fils qui part rejoindre l'armée, la course vers la gare…qu'elle a oublié son beau-père infirme!


    Elle qui était tellement fière d'elle, qui se rengorgeait d'avoir tout prévu, d'avoir gardé son sang-froid, de ne pas avoir oublié l'essentiel et d'avoir sauvé sa famille…et là vlan! L'oubli!


    Mais je n'ai pas pu m'empêcher un peu de la comprendre et de vouloir la soutenir, même si c'est une idiote plein de préjugés : elle est une femme seule, avec des enfants en bas-âge, un grand-père infirme, un mari absent : seule responsable au milieu de la panique et des bombardements. A part son beau-père qu'elle oublie, je trouve qu'elle s'est très bien débrouillée pour survivre avec tous ses enfants.


    Finalement, il y avait très peu de personnage tout à fait détestable (même si il y en avait un ou deux tout de même).


    C'étaient surtout des êtres humains, qui avaient peur, qui se retrouvaient seuls, en danger et qui ne savaient plus vraiment vers qui se tourner… Ils se sont donc débrouillés comme ils le pouvaient. Certains ont eu de la chance, d'autres beaucoup moins. Et tous ont eu ce sentiment de stupéfaction quand soudain, l'armistice est arrivé et qu'il fallait rentrer chez soi.


    La deuxième partie m'a un peu fait penser AU “Le silence de la mer” de Vercors, qui est un autre roman formidable sur l'occupation allemande dans la vie de tous les jours (que je conseille également!).


    Le plus drôle dans cette partie est le titre : “Dolce” c'est-à-dire “doux” en italien. Je trouve cela très ironique et fin.


    Car oui, en effet, le peuple français est tout doux dans cette partie là…il se courbe, il s'aplatit, il ne fait pas de vagues, pas de bruits, rien…on pourrait le croire apprivoisé…


    C'est d'ailleurs ce que les allemands se disent, après plusieurs mois d'occupation : qu'ils ont fait des progrès avec les français, que les relations s'améliorent…et pourtant, cette douceur est entièrement superficielle…
    Il ne se passe pas à un jour, sans que les français à mi-voix d'abord, insultent et maudissent les occupants, pour des raisons ou d'autres…


    Et un jour, cela finit par exploser, et là Benoit, un paysan qui en a assez de voir un allemand tourner autour de sa femme le tue. Plus de douceur…la résistance prend de l'ampleur, l'hypocrisie aussi et ce village que les allemands trouvaient si paisible leur parait soudain bien dangereux.


    Dans cette partie, on suit particulièrement la vie d'une jeune femme, dont le mari est prisonnier, qui est obligée d'accepter un officier dans sa maison.
    Si sa belle-mère refuse tout contact avec l'ennemi, Lucie, elle ne le voit pas d'un aussi mauvais oeil. Sans être aimable, elle s'efforce d'être courtoise, d'abord par politesse et éducation, ensuite parce que cet officier est un homme charmant et gentil, dont le seul défaut est finalement d'être allemand.


    Faits, que le village découvre d'ailleurs avec stupeur: Les soldats et les officiers ne sont pas particulièrement méchants ni pervers. Ce sont des hommes comme des autres!


    Ce qui est impressionnant, c'est la capacité d'Irène Némirovsky d'analyser tous ses éléments, tous les caractères, les impressions les visions, les réactions de tous, français, allemand, vieux, jeunes, femmes et hommes, sans le moindre problème. Tout sonne tellement vrai, tellement réel, c'est fait sans pathos, sans fioritures, sans exagérations! Cette femme avait un talent incroyable.


    A la fin de cette deuxième partie, on commence à voir lentement tous les liens invisibles qui se font entre les personnages, on reconnait des relations, des rencontres, des évènements…ces deux parties étaient vraiment une sorte de longue introduction pour poser le contexte et les personnages !


    ——————————————

    Ma critique est un peu longue…C'est un roman fabuleux, un coup de coeur, aussi bien pour la forme que le fond (ce qui est assez rare quand même!).Qu'est ce que j'aurais voulu lire le livre en entier!


    Je le conseille vivement à toute personne qui a envie de découvrir un chef d'oeuvre!


    Lien : http://writeifyouplease.wordpress.com/2012/09/23/suite-francaise-ire..

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    • Livres 5.00/5
    Par GrandGousierGuerin le 08/03/2015


    Juin 40 – La France ne se reconnaît plus : les villes ont vomi leurs habitants sur les routes, toute voile dehors en direction du sud. Et la patine de la bourgeoisie ou la couche d'antirouille du prolétaire se mêle à la poussière soulevée par les tanks dans un cocktail explosif. Car on a faim, soif et besoin de dormir : tous à la même enseigne, dénudé de toute éducation ou culture.
    Dans une première partie, l'auteur nous brosse différents tableaux de personnages représentatifs des citadins, et même plus particulièrement de parisiens : la famille grande-bourgeoise confite dans la religion, les bonnes moeurs et les bonnes manières, le fils de famille devenu curé persuadé que Dieu lui confie une mission civilisatrice, le banquier magouilleur imbus de sa personne et sa danseuse-maîtresse, un humble couple employé à cette banque et dont le fils parti à la guerre ne donne plus de nouvelle, ce fils donc, le rentier égotiste obnubilé par sa collection de porcelaine … Et j'en oublie sûrement … Certains se croisent, échangent un regard ou quelques mots mais rarement plus. Mais ce voyage est une odyssée qui révèle le meilleur et le pire de chacun …
    Dans une seconde partie correspondant au début de l'occupation allemande, la narration se rétrécit géographiquement à un village mais prend bien plus d'ampleur dans le rendu émotionnel des protagonistes, notamment entre les allemands, du simple soldat à l'officier et les femmes. Une palette féminine complète nous ait offerte : de la marie-couche-toi-là à l'incorruptible incarnant l'honneur et la revanche.
    Quel terreau riche en intrigues romanesques … Et qui a su donner tous ses fruits dans une écriture mûre, sensible où la critique ne tombe pas dans la facilité du manichéisme. A conseiller donc … Vivement même ! Surtout si on tient compte de l'histoire personnelle de l'auteur et du destin rocambolesque de son manuscrit …

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    • Livres 4.00/5
    Par nath45 le 21/07/2013


    J'ai attendu longtemps avant de lire cette très belle histoire de l'exode raconté dans ce livre, je ne suis pas déçue, loin de là, et peut être avec un recul par rapport à sa médiatisation.

    Ce livre en deux parties, dont la première s'intitule « tempête en juin », Irène Némirovsky nous décrit l'exode de certaines familles (parisienne en l'occurrence) avec toutes ses péripéties et les moyens de chacun selon son ‘niveau social', la description des personnages est formidable, saisissante de vérité et de précision.

    La seconde partie « Dolce », l'auteur nous emmène dans un petit village occupé par les Allemands, et là c'est l'attitude de chacun par rapport à l'occupant, en personnage central Lucile dont le mari est prisonnier.

    L'auteur voulait écrire son « Guerre et Paix » et comme ce grand chef d'oeuvre de Léon Tolstoï, le récit des évènements passe très souvent par l'intermédiaire de ses personnages, ce qui donne toute sa grandeur à cette oeuvre.

    Je ne ma lasse pas de découvrir cet auteur, et bien d'autres oeuvres m'attendent et je vous invite à les découvrir aussi, très bonne lecture.

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    • Livres 4.00/5
    Par Allantvers le 14/05/2015


    Grand moment d'émotion que la lecture de ce roman inachevé (deux parties seulement ont été écrites sur les cinq prévues).Emotions au pluriel en fait:

    - émotion littéraire déjà, avec la découverte d'un véritable écrivain dont j'ai adoré la plume et la capacité à nicher le romanesque dans une foule de détails;
    - empathie aussi bien sûr à lire les lignes interrompues d'une jeune femme arrêtée en 1942 et morte quelques semaines plus tard dans un camp de concentration; il faut d'ailleurs en même temps que le roman lire l'introduction qui présente le parcours d'Irène Némirosvski ainsi que les annexes dans lesquelles sont restituées les correspondances de ses proches après sa disparition, notamment les lettres de son mari frappant à toutes les portes pour essayer de la retrouver et plaider sa cause, elles sont déchirantes;
    - émotion historique enfin, car il m'a rarement été donné de lire des écrits sur le quotidien pendant la guerre qui restituent le réel de manière aussi saisissante : les moeurs, les objets, les ressentis, la peur, le mépris, les petits égoismes, les courages, la chaleur éclatante de l'été 1940, tout semble incroyablement vrai.

    Un témoignage important, plus riche qu'un livre d'histoire, comme le dit l'auteur dans ses notes : "ne jamais oublier que la guerre passera et que toute la partie historique pâlira. Tâcher de faire le plus possible de choses, de débats qui peuvent intéresser les gens en 1952 ou 2052".

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