Jo Nesbo est le premier auteur de polars norvégien que je lis, et je ne peux m'empêcher de le comparer au suédois
Henning Mankell et à l'islandais
Arnaldur Indridason. Ces auteurs ont en effet en commun (outre leur exotisme nordique à la mode), la faculté de développer des scénarios complexes, entremêlant des époques différentes, le passé fournissant toujours les clés de lecture du présent. C'est une fois de plus le cas ici, plusieurs chapitres en flashback relatent la vie quotidienne d'une poignée de soldats vers la fin de la seconde guerre mondiale. Ces chapitres, pas toujours très compréhensibles sur le moment, décrivent les événements déclencheurs essentiels pour tout ce qui va suivre.
Ce roman n'est pas sans faiblesses. On se perd un peu au début dans la profusion des époques et des personnages, qui changent de nom ou de surnom selon les périodes de leur histoire (sans parler des usurpations d'identité). Des enquêtes secondaires sont mal élucidées, et un coupable, que l'on connaît, reste impuni (on va peut-être le retrouver dans un prochain roman ?). Les chapitres où il est question d'un "vieil homme" qui prépare quelque chose (un meurtre ? un attentat ?) utilisent un artifice romanesque bien éculé (on devine très vite que ce "vieil homme" est l'un des personnages du passé et également du présent, mais lequel ?)
Ce roman recèle également de vraies trouvailles et des séquences d'exception (la survie dans les tranchées de Leningrad, la romance d'Helena et d'Urias, l'élimination d'un témoin gênant par un policier ripou, l'incroyable monologue d'Harry Hole dicté sur le répondeur de sa coéquipière...)
Jo Nesbo parvient en définitive à rendre attachants ses personnages, et à concevoir un scénario plutôt efficace, entraînant le lecteur vers de nombreuses fausses pistes et surprises, malgré une impression de "déjà vu" et un schéma d'ensemble qui paraissait tout tracé.