La place qu'accorde
Nietzsche à l'art est essentielle. Il le magnifie car il le considère comme proche de la nature.
Comme elle, il relève du domaine du mensonge, et, en tant que phénomène d'apparence, l'art camoufle les abîmes du monde sans que l'on puisse pour autant parler comme d'une production d'illusions trompeuses ou de fausse conscience.
L'analyse qu'il en fait dans «
La naissance de la tragédie » est capitale.
L'art se confond avec la tragédie, qui a trouvé son point de perfection dans la Grèce antique.
La tragédie antique est parvenue à équilibrer les influences dionysiaques (porteuse de démesure et de vie, la musique, par exemple) et les influences apolliniennes (véhicules de la forme et créatrices de la beauté, par exemple, la poésie).
Dans ce système, Socrate est à l'opposé de Dionysos. Il symbolise l'homme théorique adversaire des forces vitales.
Il en est de même du Christ, celui du moins que l'Eglise s'est efforcée d'imposer.
Comme Socrate, il s'inflige la mort pour culpabiliser l'homme attaché à la vie.
La conception du philosophe est intimement liée à cette vision esthétique : Socrate et le Christ présentent des exemples de comportement nihiliste qui aboutit à transformer les faibles en forts.
Trois stades se succèdent dans ce processus : après la mise en accusation de ce qui est beau et noble, intervient la mauvaise conscience ; il ne reste plus qu'à imposer l'idéal ascétique qui, renversant les valeurs, juge la vie en partant de critères qui la condamnent.
Si les lectures de
Schopenhauer ont exercé de grandes influences sur sa pensée et ses relations avec Wagner.
La glorification de ce dernier est parfaitement visible dans «
La naissance de la tragédie » : si le lien entre les deux pôles (Dionysiaque/Apollinien) est à l'origine de la tragédie antique.
Nietzsche fondait en
Richard Wagner l'espoir d'un renouvellement de la tragédie grâce à ses drames musicales qui étaient censés pouvoir d'un côté réunir, à l'instar de la tragédie antique, l'œuvre et le public dans une forte expérience libérant les instincts de l'esprit tragique et de l'autre, permettre d'en revenir à l'époque d'avant la « décadence » initiée, selon
Nietzsche, par Socrate.