La récente parution de "
Lettres choisies" chez Folio ravira les passionnés de
Friedrich Nietzsche. En complément de la lecture de ses œuvres, ce recueil très riche (135 lettres) apporte des éclaircissements sur l'élaboration d'une pensée mais aussi donne des indications sur une personnalité hors du commun qui étonne par un sens de la franchise et de l'honnêteté qui ne peut inspirer qu'une immense admiration. Couvrant toute sa période de créativité : de ses débuts comme professeur de philologie à Bâle jusqu'à sa crise de démence à Turin en 1889, ce choix de correspondances, comme nous le précise son auteur Marc de Launay, s'est fait en fonction d'un axe : l'évolution du rapport de
Nietzsche à ses œuvres, en s'appuyant sur une constante, celle d'une solitude du philosophe. Il est vrai que
Nietzsche reste très discret dans ses missives sur ses grands concepts philosophiques. Pour lui, les correspondances sont plutôt dédiées aux affaires pratiques et sont d'ailleurs bien éloignées du style de ses œuvres prévues pour être éditées. Par contre il traite largement des questions de forme et de réception de ses œuvres. le besoin de reconnaissance transparaît tout le long du recueil, on le voit s'accrocher à toute démonstration de sympathie, mais tout en restant intègre et fidèle à ses principes. L'image d'un philosophe mettant en pratique sa pensée se confirme dans ce recueil, quand
Nietzsche s'isole vers les sommets des montagnes suisses de Sils-Maria, il nous semble voir Zarathoustra contemplant les satisfaits abrutis du modernisme triomphant.