En 2007, Lorette Nobécourt quitte Paris et s’installe dans un village du sud. Pendant l’hiver qui suit, elle comprend qu’elle ne peut plus continuer. Ses repères se sont effondrés. Le froid est venu jusque dans sa maison. Dans le creux de ses mains qui tremblent. Dans s... > voir plus
Lire, écrire, c'est coudre un livre après les autres les morceaux d'une tunique fabuleuse pour s'en aller, joyeux, vers sa propre mort. Cette laine des mots, c'est sur son propre dos que l'écrivain la tond.
Son verbe est passé par son corps. Il connaît ce qu'il avance. Il le connaît dans sa chair où se tient la mémoire de l'espèce. Il n'y a pas de littérature sans corps. p 49
Un jour que ce petit garçon dont je suis la mère me demandait :
--- Mais la vie, quand est-ce qu'elle meurt la vie ?
--- Jamais, lui répondis-je, s'il y a une chose qui ne meurt jamais c'est bien la vie, quant à nous qui avons l'honneur de la servir, c'est une autre affaire...
Il y a eu un silence, il a hoché la tête puis a repris son combat à l'épée.
Quel est le sens de la vie ? Si j'ai renoncé à l'espoir d'une révélation, je n'ai pas abandonné pour autant la force si douce et si secrète de la compréhension.
p 132
Il est écrit dans le Coran : "Il y a deux sortes d'hommes, ceux qui subissent le destin et ceux qui choisissent de le subir." On ne choisit pas les situations qui nous sont échues, mais l'altitude à partir de laquelle nous décidons de les vivre. p 94
(...) Le hasard, c'est l'Esprit qui se promène, invisible et vagabond.
L'eczéma m'a fait connaître que je suis un arbre de nerfs.
En recouvrant mon corps c'est le mensonge du monde que l'eczéma a découvert.
(...)
Cette apocalypse intime a été l'une des chances de ma vie en ce qu'elle ne m'a laissé aucun répit.
La peau du réel s'est fendue. J'ai été fragile de cette fêlure et forte du noyau mis à nu.
Je sais aujourd'hui que la maladie est une vérité vivante qui témoigne de la part mensongère de nos vies. p 27 28
Nous ne voulons pas être seuls parce que nous ne voulons pas être libres. C'est si terrible d'être son propre maître avec sa propre loi. Et accrochés à nos contraintes comme à un misérable parapet, nous nous dérobons à cet océan de liberté que promet la solitude. p 52