Le Syndrome de Gramsci et La Castration mentale évoquent un apocalypse culturel à venir. Le premier sur le mode de la fiction, le second sur celui de l'essai. Deux livres de l'é... > voir plus
Je reprends un peu par hasard ces essais de Bernard Noël publiés en 1994. A l'époque je les trouvais un peu audacieux. Je ne peux que constater qu'il avait une vision très pertinente de notre société et de sa dérive consumériste. Ironique, pessimiste ? Peut-être. Il réplique : " Je déteste l'optimisme parce qu'il n'a principalement réussi qu'à supporter l'oppression; j'appelle au désespoir parce qu'il possède une énergie propice à la colère". Son état des lieux sur la crise du sens et de la culture est, hélas, avéré. A lire ou à relire!
L'art ne peut se relever d'être devenu marchandise, cette perversion du sens est irrémédiable. Dieu n'a jamais été à vendre : il est mort sans avoir été abaissé. Le sens a besoin d'aller vers quelque chose d'intact : dès qu'il se négocie, il se dégrade.
Le corps social s'est dégradé en corps économique. La seule vitalité du corps économique est la consommation. (...) Incontestablement, on vit mieux, mais pourquoi vit-on? Ainsi reparaît le sens, mais dans son manque, dans son absence.
Notre époque est en crise parce que les individus voudraient aller vers le sens, mais que leur appartenance au corps économique ne les porte que vers la consommation, qui est seulement mortalité.
Les artistes, les écrivains, sont les derniers à pratiquer une activité qui donne un sens à la vie...
A chaque instant la parole est entière comme le corps; à chaque instant, l'écriture se cherche et, se cherchant, produit un avancement qui est la durée fragile d'où lui viendra tout à la fin un corps qu'elle ne connaîtra même pas puisqu'il se forme dans le regard de son lecteur.
L'invention géniale du pouvoir économique est de nous combler avec le trou qu'il creuse en nous et d'installer là un spectacle, qui nous donne à consommer béatement notre propre mort.
Bernard Noël Une expérience Bernard Noël Une exprérience - Où Bernard Noël se souvient d'une expérience intriguante, avoir vu, dans un état second, un "mûr de mots" dont la lecture éloignait la douleur et se rappelle de René Daumal et son livre "Une expérience fondamentale", à Paris, le 21 avril 2011