Travail des enfants (dans les champs de coton, les mines de charbon, les filatures, les rues…), des hommes et des femmes dans l'industrie naissante, vie dans les quartiers ouvriers de Chicago et de New York (dispensaires, taudis, queues devant l'agence pour l'emploi…), situation des noirs américains…
Considéré comme un des pionniers de la photographie sociale et documentaire, voire le premier, Hine a passé sa vie, appareil photo en main, à dénoncer les inégalités sociales, à témoigner des conditions de vie de la classe ouvrière en ce début du XXe siècle.
Issu d'un milieu modeste, Hine sait de quoi il parle. A dix-neuf ans, quand son père meurt, il est obligé de subvenir aux besoins de sa mère. En même temps qu'il suit des cours du soir, il travaille notamment dans une usine de meubles ou comme portier dans une banque. Il poursuit néanmoins ses études et après avoir quitté son Minnesota natal, il sera engagé comme professeur assistant en biologie et en sciences naturelles à la New York Ethical Culture School. C'est le directeur de cette école progressiste qui incite Hine à s'intéresser à la photographie.
En 1903, Lewis Hine initie sa série de portraits d'immigrants, familles tout juste arrivées d'Europe à Ellis Island pour recommencer leur vie dans le
Nouveau Monde (lire plus bas la lettre de L. Hine à ce sujet). Plus tard, il s'engagera auprès du National Child Labour Committee et, en pleine révolution industrielle, dénoncera les conditions de travail des enfants.
Après la première guerre mondiale, il parcourt l'Europe pour le compte de la
Croix-Rouge. Dans les années 30, il réalise une série de portraits d'ouvriers à leur machine, Men at work. Dans la foulée, en 1932, il est nommé photographe officiel de la construction de l'Empire Building. Pour rendre compte de la dangerosité du travail des ouvriers, en équilibre sur les poutrelles ou suspendus dans le vide, Hine n'hésite pas, à 57 ans, à s'arrimer à un câble avec son encombrante chambre photographique, se retrouvant, comme ces hommes, plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol.
Si la plupart de ces clichés possèdent d'indéniables qualités esthétiques, là n'est pas le souci de Lewis Hine dont la seule volonté est de témoigner et dénoncer la réalité sociale. « Plus réelles que la réalité elle-même », ses photographies ne sont pas prises sur le vif ; ce sont de véritables compositions, mises en scène pour rendre son message plus percutant, plus convaincant. Pour autant, jamais il ne verse dans le misérabilisme ou le “tire-larmes” faciles. Respectueux de ses sujets, il pose sur eux un regard humaniste et les présente toujours dignes, humains et, par conséquent, touchants.
Reliure toilée, papier épais, reproductions impeccables, le catalogue de l'exposition Lewis Hine (1874-1940) est superbe, d'une qualité bien supérieure à la plupart des catalogues d'exposition (et pas plus cher pour autant).
Les photographies y sont présentées selon l'ordre et les thématiques de l'exposition : Ellis Island, Taudis, Travail des enfants, Pittsburgh, Chicago & New York, Europe, Homme au travail, Noirs américains, Empire State Building, Filature de Shelton, New Deal.
La bonne idée est d'avoir ajouté la reproduction en facsimilé de Men at Work, le seul ouvrage paru du vivant du photographe, en 1932.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/11/21/%C2%AB-J-ai-voulu-montrer-..