> Pierrick Masquart (Traducteur)
> Gérard Meudal (Traducteur)
> Marie-Thérèse Carton-Piéron (Traducteur)

ISBN : 2264046740
Éditeur : 10-18 (2007)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Printemps 1847. L'Etoile des mers, capitaine Josias Lockwod, quitte l'Irlande pour New York avec son lot de passagers qui incarnent à eux seuls le passé, le triste présent et l'improbable avenir de leur drôle de terre. La Grande Famine s'achève dans l'horreur et la seul... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par raton-liseur, le 26 février 2011

    raton-liseur
    Un livre époustouflant, marquant. Il se présente comme le récit d'une traversée d'Irlande en Amérique, à bord d'un paquebot, racontée par un des passagers, journaliste de profession et américain de nationalité (lui conférant ainsi une neutralité toute relative dans la relation entre Irlande et Angleterre). le récit est émaillé de nombreux « flash-back » (ou « retours en arrière ») et une intrigue se noue rapidement lorsque l'on découvre que certains passagers sont liés par bien plus que leur seule présence sur un même bateau. Il est question de meurtre, d'amour, de trahisons, de déceptions, d'espoir aussi. Une véritable épopée à taille humaine, dont les personnages ont des failles, petites ou grandes, et des sursauts de volonté inespérés. le livre est construit comme une anticipation d'un évènement tragique, sans que l'on sache de façon certaine ce que sera le climax de ce huis clos maritime (même s'il est possible de le deviner, mais le ressort principal du livre n'est pas dans le suspens…).
    Mais la petite histoire, petite malgré ses péripéties incessantes, n'est que le prétexte d'un écrivain (le narrateur, Dixon, et non l'auteur…) pour capter l'attention de son lectorat pour parler d'autre chose, de l'histoire, la grande, celle qui mériterait une « grand H » bien qu'elle ne soit guère glorieuse.
    Et il est vrai que l'on apprend beaucoup dans ce livre. D'abord, moi qui ne comprenait guère le conflit Irlando-Anglais (réduit en général dans les médias à une question d'obédience religieuse, mais la religion n'est jamais qu'un prétexte dans les guerres, pour masquer les questions plus épineuses, moins manichéennes, et pour polariser plus facilement l'attention et les haines), j'en entrevois maintenant les racines, les oppositions et les rancœurs profondes. Qu'importe que les uns prient la Vierge et que les autres n'aient jamais utilisé un rosaire, la question fondamentale est celle de la terre, du fruit du labeur, et de la dignité humaine. Que les mouvements d'indépendance commencent avec l'augmentation des fermages (et ici c'est à mon tour de simplifier), voilà qu je commence à mieux comprendre certains antagonismes et l'irréductibilité de certains mouvements (j'écris bien « comprendre », certainement pas « approuver »).
    Mais au-delà de l'histoire personnelle des passagers de ce bateau et de l'histoire de l'Irlande au siècle de la Grande Famine, ce livre offre un troisième niveau de lecture. Car ce n'est pas seulement la famine irlandaise que l'auteur donne à voir mais, à travers cet exemple qui le touche personnellement, ce livre est comme un archétype de toutes ces autres famines et catastrophes humanitaires qui font ou ne font pas la une de nos journaux. La question de l'aide, de la morale, de la dignité de ceux qui en sont réduits aux derniers expédients… Les mêmes questions, les mêmes réponses hélas. Les Irlandais d'alors étaient paresseux comme nos chômeurs aujourd'hui ; les New-yorkais voyaient d'un très mauvais œil le flot continu de migrants irlandais déversés par les paquebots transatlantiques comme nous fronçons les sourcils à chaque radeau de clandestins qui s'échoue sur nos rives.
    Cette phrase que O'Connor met sous la plume du narrateur dans l'épilogue est censée être écrite au début du XXème siècle, alors que le narrateur, maintenant au soir de sa vie, revient une dernière fois sur les évènements tragiques de la traversée du Star of the Sea en novembre 1847, semble tellement s'adapter à tous les drames, ceux de l'Irlande au XIXème comme tous ceux du XXème et XXIème siècles :
    We still tell each other than we are lucky to be alive, when our being alive has almost nothing to do with luck, but with geography, pigmentation and international exchange rates.*
    Un livre impressionnant, d'une construction très maîtrisée, d'une belle écriture, avec des personnages bien construits (j'aime beaucoup le Capitaine, Josias Lockwood, avec son cœur sur la main mais aussi sa grande naïveté, deux qualités trop peu répandues dans le monde d'aujourd'hui comme d'hier) et d'une réelle profondeur. Il laisse songeur, pas nécessairement plus optimiste, mais peut-être plus réaliste hélas, avec la triste consolation que finalement la géopolitique d'aujourd'hui n'est pas pire que celle d'hier. Un livre que je recommande vivement, quelque soit le lieu où vous résidez, votre pigmentation et le taux de change de votre devise.
    * Tentative de traduction personnelle : « Nous nous disons toujours les uns les autres que nous sommes chanceux d'être en vie, alors que le fat d'être en vie n'a pas grand-chose à voir avec la chance, mais plutôt avec la géographie, la pigmentation et les taux de change internationaux. »
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    Star of the Sea
    Traduction : Pierrick Masquart, Gérard Meudal & Marie-Thérèse Carton-Piéron
    L'Irlande et les Irlandais chassés par la Grande Famine de 1847, vus par un juif américain, G. Grantley Dixon, et par le capitaine du vaisseau qui effectue la traversée, un quaker paisible qui, plus tard, reviendra en Irlande pour essayer d'améliorer le sort de ceux qui n'auront pas pu s'exiler.
    En se basant sur des témoignages et des articles d'époque, Joseph O'Connor a imaginé un landlord, lord David Merridith, qui, ruiné par la Grande famine, s'exile avec sa famille à Washington dans l'espoir d'y refaire sa vie. Né en Irlande, David y a eu pour compagne d'enfance la petite Mary Duane avec laquelle il connaît ses premiers émois amoureux jusqu'au jour où son père décide de mettre fin à leurs relations.
    Un peu plus âgée, Mary tombe amoureuse de Pius Mulvey qui s'enfuit dès qu'il apprend qu'elle attend un enfant. Mulvey monte à Londres où il se fait pickpocket et escroc. Dénoncé malgré son habileté, il atterrit à Newgate d'où il finit par s'échapper après avoir tué un gardien : son premier meurtre.
    Il décide de revenir dans sa région natale, le Connemara, pour tenter d'y retrouver Mary. Mais il découvre alors que son frère aîné, Nicholas, a choisi d'abandonner la prêtrise pour "réparer" la faute de son cadet auprès de Mary. Pius s'acharne alors contre le couple, allant jusqu'à réclamer sa part de la modeste ferme paternelle, collaborant en fait avec les autorités britanniques et perdant tout crédit auprès de ses anciens compatriotes. Après le suicide de son frère - qui étouffe au passage la fille qu'il avait eue de Mary - Pius est contraint de s'enfuir, poursuivi par la haine des "Redresseurs de tort", une confrérie qui préfigure l'IRA du XXème siècle.
    Celle-ci le rattrape cependant alors qu'il veut s'embarquer sur "L'Etoile des mers" et lui met le marché en mains : ou il exécute lord Merridith et il aura la vie sauve, ou il refuse et c'est lui qui sera exécuté lorsqu'il essaiera de débarquer à Manhattan.
    Coincé, Mulvey accepte.
    O'Connor nous raconte cette histoire dont je ne peux révéler tous les fils, en faisant alterner les points de vue - car tous les personnages que j'ai cités finissent par se retrouver embarqués sur la même galère. Peu à peu, le récit prend corps, les rapports existant entre les divers protagonistes se révèlent, le lecteur s'enfonce de plus en plus hardiment dans les méandres de ce drame qui s'inspire, avec fidélité et une remarquable impartialité, de la tragédie d'un peuple.
    L'ouvrage est parsemé de gravures d'époque - la première, dès la page de titre, prouve que les Anglais assimilaient les Celtes aux Noirs - et d'extraits de journaux ou de correspondances privées. Solide et cohérente, la construction de l'ouvrage est servie par des dialogues sobres et des réflexions qui, de la question irlandaise, passent à celle, universelle, des Droits de l'homme. Avec cela, l'ensemble se lit d'une traite, comme un excellent roman historique. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par sentinelle, le 15 janvier 2009

    sentinelle
    Joseph O'Connor revient sur un épisode tragique de l'Irlande : la grand famine qui a marqué les années 1845-1850.
    A cette époque, le peuple irlandais est surtout composé de métayers payant de lourds fermages aux propriétaires des terres, constitués en majorité d'anglais. Ces fermiers vivent dans une grande misère et se nourrissent presque exclusivement de pommes de terre. Après plusieurs récoltes successives ravagées par le mildiou, les irlandais n'ont plus aucune ressource pour se nourrir. Un hiver très froid empêchant tout travail extérieur aggrave encore un peu plus la situation. Très vite, les maladies apparaissent : typhus, dysenterie, scorbut, épidémie de choléra. A défaut de pouvoir payer leurs tributs à leurs riches propriétaires, les métayers se retrouvent chassés de leurs terres. Que faire sans nourriture, sans bien, sans travail, sans foyer ? Beaucoup pensent que la seule solution consiste à émigrer aux Amériques.
    L'étoile des mers est le nom de l'un de ces navires vétustes qui traverseront les 5 000 kilomètres de l'océan Atlantique pour rejoindre la destination de New York. On appelle ces navires des bateaux cercueils car un grand nombre de passagers sont dans un tel état de faiblesse qu'ils ne survivent pas à la traversée. L'étoile des mers ne fera pas exception à la règle.
    A bord, une quinzaine de privilégiés se partagent les cabines de 1er classe, tandis que les 402 passagers ordinaires essayent de survivre dans des conditions déplorables à l'entrepont. Parmi eux, un homme étrange erre chaque nuit sur le navire. Qui est-il ? Quels sont ses funestes projets ? David Merridith, un aristocrate sans le sou, ignore encore que ses jours sont désormais comptés.
    Joseph O'Connor nous parle du pays de la famine à travers le passé et la destinée des passagers du navire, tout en mêlant à cette fiction de vraies lettres d'immigrés irlandais, des articles de presse, des chansons du peuple. Plus qu'une traversée de l'océan, l'auteur nous convie au voyage en plein cœur d'une des plus grandes tragédies du peuple irlandais : la famine, qui dépasse aussi largement le cadre de l'Irlande de par sa présence actuelle dans d'autres parties du monde.
    Quelques chiffres résumeront à eux seuls l'ampleur du désastre: sur les huit millions d'habitants irlandais en 1845, un million et demi seront morts en 1850 et un autre million d'habitants auront émigré. Rien qu'aux États-Unis, plus de 40 millions de personnes sont d'ascendance irlandaise.
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    • Livres 4.00/5
    Par sandrine57, le 11 décembre 2010

    sandrine57
    Joseph O'CONNOR est un auteur que j'adore et qui me surprend à chaque fois par la diversité de ses thèmes et de son style. Avec L'Etoile des mers j'étais plus réticente, j'avais peur d'être rebutée par l'aspect historique. Mais bien sûr le talent d'O'CONNOR m'a convaincue dès les premières pages. Des extraits de journal intime, le livre de bord du capitaine du bateau, des articles de journaux inventés par l'auteur alternent avec de vraies lettres d'immigrés et des chansons populaires de l'époque; le tout pour raconter l'histoire d'un groupe d'hommes et de femmes partis en 1847 vers l'Amérique. Qu'ils soient riches et voyagent dans le luxe de la première classe ou pauvres dans la cale ils fuient tous la grande famine qui ravage l'Irlande.
    C'est le XIXème siécle et pourtant peu de choses ont changé...Les pauvres sont acculés à la misère par de riches propriétaires prêts à tout pour s'enrichir d'avantage. Mais tout n'est pas noir ou blanc et Joseph O'CONNOR parle aussi de certains propriétaires touchés par la crise et qui, ruinés et honteux, quittent également le pays.
    Un livre riche d'enseignements sur l'Histoire de l'Irlande mais qui n'est pas didactique pour autant. C'est avant tout un roman, on y croise aussi l'amour, la trahison, les remords, des êtres touchants, des monstres d'égoisme, des paysans, des aristocrates....
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    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 27 avril 2011

    Malaura
    En 1847 alors que la Grande Famine sévit impitoyablement sur les terres d'Irlande,"L'Etoile des mers" quitte le port de Dublin pour un long périple vers l'Amérique. Malgré d'horribles conditions de vie dans l'entrepont du navire, pour nombre de miséreux c'est la traversée du dernier espoir. Parmi ces derniers, rôde un sombre individu surnommé "le fantôme".Il a été chargé d'assassiner Lord Kindscourt, un passager des 1ères classes, auquel sont reprochés les crimes de ses ancêtres.
    Magnifique roman ! Tout est mis en oeuvre pour que l'on s'y croit vraiment ! Illustrations d'époque, extraits de correspondance, style (absolument admirable), l'immersion est totale et il n'est pas rare que le ventre se noue à l'évocation de cette misère intolérable, de cette famine dévastatrice qu'a eu à subir le peuple irlandais.Merveilleux conteur, O'Connor fait revivre cette période sombre de l'histoire d'Irlande attisée par la haine et le racisme, avec autant de violence que d'émotion.
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 15 janvier 2009

    Mulvey se mit à réfléchir à une évidence qui tourna bientôt à l'idée fixe. Tout le monde admirait les chanteurs ; ils étaient à la fois mémorialistes, chroniqueurs, garants de la tradition, biographes. Dans un pays où presque personne ne savait lire, ils étaient les hérauts du passé, de véritables livres ambulants. (...) Mulvey avait parfois l'impression que, s'ils n'avaient pas été là, personne ne se souviendrait de rien, et quelque chose dont on n'a pas le souvenir n'a pas vraiment eu lieu. Un chanteur faisait partie de la même famille que la guérisseur, le rebouteux, la sage-femme capable de soulager les douleurs à l'aide de potions secrètes, ou le bohémien qui domptait les chevaux rien qu'en leur parlant. Quant aux compositeurs, ils étaient vénérés. (...) Une nouvelle ballade était accueillie avec autant de joie qu'une bonne moisson. Et si la complainte était particulièrement bonne, elle était saluée à l'instar d'une naissance. (...) Insulter un compositeur portait malheur. On les craignait autant que des magiciens ; si vous les mettiez en colère, vous pouviez vous retrouver dans une chanson et l'on se moquerait de vous pour l'éternité même si l'on ne se souvenait plus de la raison.
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  • Par raton-liseur, le 26 février 2011

    We still tell each other than we are lucky to be alive, when our being alive has almost nothing to do with luck, but with geography, pigmentation and international exchange rates.
    Tentative de traduction : « Nous nous disons toujours les uns les autres que nous sommes chanceux d’être en vie, alors que le fait d’être en vie n’a pas grand-chose à voir avec la chance, mais plutôt avec la géographie, la pigmentation et les taux de change internationaux. »
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  • Par sentinelle, le 15 janvier 2009

    Il n'y a pas de mots pour décrire l'étrange aspect des enfants de la famine. Jamais je n'ai vu de regard aussi brillant, aussi bleu, aussi clair, fixer le vide avec une telle constance. Je n'étais pas loin d'imaginer que les anges de Dieu avaient été envoyés pour dessiller les yeux de ces petites créatures patientes qui se mourraient et leur révéler les béatitudes d'un autre monde. Elihu Burritt, Journal d'une visite de trois jours à Skibbereen, 1847.
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