ISBN : 2070372588
Éditeur : Gallimard (1981)


Note moyenne : 3.8/5 (sur 20 notes) Ajouter à mes livres
Dix nouvelles de la grande romancière américaine. Tout le monde prend vie en quelques secondes, et s'impose à nous : tueurs évadés du bagne, un général de cent quatre ans, une sourde-muette, une jeune docteur en philosophie à la jambe de bois, un Polonais que la haine d... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 25 octobre 2008

    Woland

    A good man is hard to find
    Traduction : Henri Morisset
    Un recueil de dix nouvelles qui démarre très, très fort avec celle qui donne son titre à l'ouvrage. Tout commence pourtant en douceur, avec une paisible famille de fermiers qui a pour projet un petit voyage en Floride. La grand-mère, femme rigolote et avisée, y est seule hostile : elle en tient pour le Tennessee qu'elle n'a pas vu depuis des années. Elle fait donc des pieds et des mains pour que son fils, Bailey, de guerre lasse, se résolve à suivre son avis. Et c'est bien ce qui arrive. Mais la fin de l'histoire prouve en effet que "Les Braves Gens ne courent pas les rues", encore moins les routes du Sud et que, sur celles-ci, on peut croiser de bien méchants loups ...
    Bien entendu, après un texte de cette puissance qui a, de surcroît, l'avantage d'un style tranquille et matois, écrasant de naturel, le lecteur se dit qu'il ne pourra obtenir mieux des nouvelles suivantes. Mais Flannery O'Connor poursuit allègrement la peinture d'un univers fait de petites gens souvent très simples et qui, à des problèmes simples, trouvent des solutions tout aussi simples mais aussi bien cruelles.
    Dans "Le Fleuve", Bevel, un jeune garçon impressionné par l'un de ces baptêmes en plein air qu'affectionnent certains prédicateurs, va droit à la noyade sans même en avoir conscience.
    "C'est peut-être votre vie que vous sauvez" raconte les tribulations opportunistes de Mr Shiftlet, mi-ouvrier agricole, mi-vagabond, qui accepte d'épouser la fille attardée d'une vieille fermière avant d'abandonner la malheureuse à l'une des étapes de leur voyage de noces.
    "Un heureux événement" décrit de façon très noire les angoisses d'une femme enceinte. "Les Temples du Saint-Esprit" revient à ce mélange de spectacle de foire et de religiosité quasi hystérique que sont les prêches américains.
    "Le Nègre factice" - la plus attendrissante de ces nouvelles sans doute - s'attache au périlleux voyage de deux ruraux, le grand-père et son petit-fils, perdus dans les méandres de la Ville. "Un Cercle de Feu" voit de petits voyous tenter de mettre le feu à une ferme sudiste. Quant à "Tardive rencontre avec l'ennemi", drôle et ironique, elle nous fait assister aux derniers instants d'un centenaire qui a connu l'armée confédérée et a même fait de la figuration sur le plateau de tournage d'"Autant en emporte le vent."
    Mention spéciale à "Braves gens de la campagne", où un curieux VRP tente de séduire une jeune femme amputée d'une jambe et s'enfuit avec sa prothèse, et aussi à "La Personne Déplacée", variation habile sur le thème du racisme et de la différence qui fait peur.
    La subtilité de Flannery O'Connor, sa roublardise suis-je tentée d'écrire, le ton narquois que l'on perçoit à l'arrière-plan de chacun de ces textes ne laissent certainement pas indifférent. Pourtant, lors d'une première lecture, certains passeront peut-être à côté de tout cela.
    En effet, les personnages qu'elle nous dépeint sont rarement sympathiques même si elle ne porte pas de jugement de valeur sur eux. Tous ont quelque chose qui cloche : une idée fixe, un défaut d'empathie, un égoïsme forcené, le désir de profiter de tout sans rien donner, voire une perversion réelle quand la peur de perdre leur situation ne les pousse pas finalement au crime.
    Bref, ce ne sont pas des héros. Ils sont terriblement humains certes mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'aucun d'eux ne représente précisément ce qu'il y a de meilleur en nous. En outre, la simplicité tranquille de leurs raisonnements est souvent déconcertante.
    Une relecture s'imposera donc. ;o)
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 24 mars 2012

    Corboland78
    Mary Flannery O'Connor écrivain américaine est née en 1925 à Savannah, Georgie (Etats-Unis) et décédée en 1964 dans son vaste domaine à Milledgeville (Georgie) où sa santé fragile la condamnait à la réclusion. Elle est l'auteur de deux romans (La sagesse dans le sang ainsi que Et ce sont les violents qui l'emportent) et d'une trentaine de nouvelles.
    Les Braves Gens ne courent pas les rues est un recueil de dix nouvelles écrites entre 1953 et 1955 par lesquelles l'auteur nous plonge dans le Sud des Etats-Unis, cette région où se croisent charlatans et prédicateurs, où de petits fermiers blancs emploient des noirs, où les mentalités esclavagistes et ségrégationnistes sont encore présentes. Néanmoins travail, sueur et larmes sont le lot partagé par tous, un monde dur et âpre de vies misérables, peuplé d'hommes et de femmes ordinaires pourrait-on dire, si Flannery O'Connor ne s'ingéniait à nous faire ingurgiter la méchanceté crasse et les haines mesquines qui embrument les petits cerveaux de ses personnages. Car l'écrivain n'est pas une optimiste, elle ne s'illusionne pas sur la nature humaine, d'ailleurs le titre de l'ouvrage ne le cache pas.
    Le premier texte éponyme qui débute le recueil donne le ton et m'a interloqué, surtout si on le replace dans son contexte, les années 50. Une famille quelconque, les parents, enfants et la grand-mère, part en vacances lorsqu'un accident de voiture la met en présence d'un forçat évadé avec ses complices. Avec des mots d'une rare froideur et d'une grande sobriété, O'Connor va faire assassiner toute la famille, un par un, par les malfrats. le récit est net et sans bavure, aucune pleurnicherie ni pathos, des faits décrits tout simplement, comme si tout cela était presque naturel. En moins de trente pages vous êtes sonné, dérouté par l'écart entre l'horreur décrite et le style épuré de l'écriture.
    Les autres nouvelles vous feront croiser les destins d'une sourde-muette, d'un général de cent quatre ans, d'une jeune femme cultivée ayant une jambe de bois, d'un travailleur immigré Polonais assassiné par des « gens ordinaires », une cour des miracles vivant au soleil.
    Flannery O'Connor livre personnages et situations, sans fioritures et surtout sans le moindre jugement de sa part, comme une entomologiste qui observerait et décrirait une société d'insectes, le plus objectivement possible. Pourtant parfois, au détour d'un dialogue on peut imaginer que l'écrivain laisse échapper une réflexion personnelle, « ces jeunes générations de malotrus qui avaient mis le monde sens dessus dessous et bouleversé toutes les normes d'une vie décente », ou encore « Nous sommes tous damnés, dit-elle, mais quelques uns d'entre nous ont arraché leurs œillères et voient qu'il n'y a rien à voir. C'est une espèce de salut. » Mais peut-être n'est-ce qu'une impression de lecteur, mis de force face à une humanité quotidienne peu encourageante, faite de bêtise et de petites méchancetés.
    Un bouquin chaudement recommandable.
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    • Livres 2.00/5
    Par Lostinmypal, le 26 janvier 2012

    Lostinmypal
    Deux étoiles car lorsque je n'en mets qu'une c'est pour les "navets" (pas d'étoile concerne généralement les livres lus il y a longtemps et sur lesquels je ne veux pas me prononcer) mais j'ai vraiment eu un mal fou avec ce livre. Il faut dire que ses histoires se déroulent dans l'Amérique profonde, qui plus est en des temps reculés (même si j'ai le sentiment que les choses n'ont guère changé depuis) et que je n'ai jamais réussi à m'intéresser à l'Amérique rurale. Aussi, le contexte de ces textes n'était pas pour me séduire et l'auteur n'a pas réussi à me faire changer d'avis.
    Tous les personnages de ses histoires sont des péquenauds aux vues limitées et la lecture du terme “Nègre” m'a fait sursauter à chaque apparition (ce qui ne m'empêche pas de penser qu'il ne faut pas réécrire des oeuvres afin de les rendre politiquement correctes car un texte est le reflet d'une époque. Réjouissons-nous que les mentalités aient évolué depuis, au moins partiellement).
    Ajoutons à cela que le recueil porte un peu trop bien son titre. Je ne suis pas amatrice d'histoires gentillettes mais lire dix textes construits sur le même schéma est lassant. Avant même de débuter la lecture d'une nouvelle, nous savons que les protagonistes seront rangés en deux catégories : ceux qui se font avoir et les manipulateurs. A partir d'un thème intéressant qui aurait pu donner lieu à des histoires originales (car s'il n'est pas nouveau que les Hommes ne se font pas de cadeaux, les variations possibles sur le sujet sont, malheureusement, infinies), Flannery O'Connor semble se répéter comme un disque rayé où toutes les chansons finiraient par se ressembler.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par sandpic, le 19 janvier 2012

    sandpic
    Âpre, concis, incisif. Une écriture efficace qui plonge sans détour dans l'Amérique profonde et rurale des années 50
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Citations et extraits

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  • Par Kanelbulle, le 21 octobre 2011

    La mère des enfants était toujours en pantalon, avec un foulard noué autour de la tête, mais la grand-mère avait un canotier de paille bleu marine, ceint d'un ruban flottant, et un bouquet de violettes blanches était piqué au bord. Elle avait mis sa robe bleu marine à pois blancs. Les poignets étaient en organdi blanc agrémenté de dentelle, comme le col, où elle avait épinglé un discret bouquet de violettes artificielles contenant un sachet de parfum. En cas d'accident, quiconque la trouverait morte sur la grand-route verrait immédiatement qu'elle était une dame bien.
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  • Par Corboland78, le 24 mars 2012

    « - J’suppose que beaucoup de garçons viennent vous raconter qu’ils sont étudiants, mais moi je vous dirai pas ça. En fait, je n’veux pas aller à l’Université. Je veux consacrer ma vie au service de la Foi. Vous voyez, dit-il en baissant la voix, j’ai le cœur fatigué. Il se peut que je vive pas bien longtemps. Quand on sait qu’on n’est pas solide et qu’on peut mourir jeune, alors, madame… Il s’arrêta la bouche ouverte, et la regarda longuement. Il avait la même maladie que Joy ! Elle sentit ses yeux s’emplir de larmes mais elle se domina et dit : « Voulez-vous rester déjeuner ? Ca nous ferait plaisir », et le regretta aussitôt. »

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