> Stéphane Camille (Traducteur)

ISBN : 2264040785
Éditeur : 10-18 (2006)


Note moyenne : 3.61/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
Présentation de l'éditeur
A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d'une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d'adulte du côté du va... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par hubertguillaud, le 10 octobre 2007

    hubertguillaud
    Voilà un livre que je n'avais pas envie d'aimer. Son épaisseur me rebutait. Sa main me semblait définitivement désagréable – mais elle l'est moins à l'usage, c'est un livre qu'on tient bien – bien que trop lourd - et si la typographie est un peu petite, elle demeure élégante. Ne me parlez pas de la couverture, je pense qu'on ne fait pas plus horrible dans l'édition – si, si ;-).
    Les louanges du magazine Lire sur l'auteur ne m'incitaient pas non plus à la découverte, portant peu de crédit aux choix de cette rédaction après avoir remisé il y a très longtemps ce magazine qui m'avait trop déçu. Quant aux thèmes (féminisme, Irlande, la mise en abîme de deux histoires), ils ne m'inspiraient pas plus que la couverture. C'est donc gonflé d'a priori que j'ai entamé ma lecture sur ce livre que je ne souhaitais pas aimer.
    Et puis, étrangement, j'avoue que j'en ai lu les deux tiers d'une traite (les quelques jours de congés dont j'ai profité pour accomplir cette « tâche », n'étaient pas assez longs pour terminer ce pavé, qu'il m'a fallu ensuite terminer par petits bouts, ce qui le dessert plutôt). Force m'a été d'admettre donc que Nuala O'Faolain m'a bluffé. On est très loin du roman de gare que j'avais peur de trouver.
    Contrairement à ce qu'annonce cette mise en abîme de deux histoires de femmes que tout sépare, ce n'est pas à plusieurs livres auxquels nous sommes confrontés, mais bien à un seul – et c'est certainement la plus grande prouesse de l'auteur que de mettre en miroir ces vies et visages de femmes. Ce ne serait pas même un reproche de dire que c'est un livre de femme (pour femme ?). Il est juste qu'en tant que lecteur masculin, on se sent parfois dans un tel autre univers qu'on est comme exclu – même si pour ma part, je dois reconnaître que ça a plutôt contribué à me séduire. Livre de femme, sur les femmes pour les femmes, Chimères est étonnant par la lucidité absolue de son narrateur – sans ce cynisme masculin qu'on trouve trop souvent, mais au contraire, empli d'une profonde tendresse. Pour moi, Chimères est un vrai livre de femme et c'est une qualité plutôt unique que je n'ai jamais trouvé encore dans des livres écrits par des femmes - on me rétorquera, non sans raison, que je n'en ai peut-être pas assez lus, ce ne serait pas faux.
    Finalement, il n'y a pas vraiment de longueur dans ce grand roman, même si on s'essouffle tout de même sur les 730 pages – c'est vraiment trop gros pour moi. L'accumulation dans la déception sentimentale, les à-coups de l'existence, les ratages, en font une œuvre plutôt contemporaine. Bref, alors que je m'attendais à une saga irlandaise féministe et nian-nian, j'avoue que Nuala O'Faolain est bien plus riche que les a priori que l'on pourrait avoir sur elle.
    Enfin, il y a un réel style, sans lyrisme, mais au contraire, pétillant et moderne à la fois. Il y a une simplicité, un naturel, des profondeurs dans ces phrases… Enfin, ce n'est enfin pas une histoire sans sens. Que demander d'autre à un livre ?
    Pour moi, c'est une réussite et une belle découverte. le fait que ce soit un premier roman ne nuit pas à mon enthousiasme, au contraire. On se sent un peu comme dans un bon film de Spielberg – avec les violons de John Barry – tout est parfaitement maîtrisé et intelligent. Bien sûr, ce n'est pas pour autant du Bergman. Mais c'est tout de même rondement mené sans céder à la facilité. Belle réussite.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 05 août 2008

    Woland
    My Dream of You
    Traduction : Stéphane Camille
    Rédactrice à la section Voyages de l'Agence Newswrite, Kathleen prend conscience des non-dits que recèle son existence lorsque son collègue, Jimmy, décède de façon brutale. La mort de Jimmy, c'est la faille par laquelle va s'engouffrer le passé, ce passé qui, inexorablement, prend ses racines en Irlande. L'Irlande des années soixante-dix où Kathleen a vu sa mère mourir d'un cancer, faute des soins appropriés que lui refusait l'impitoyable morale catholique de l'époque : une femme portant un enfant, même si elle souffrait le martyre, n'avait pas droit à la chimiothérapie.
    Après le décès de la malheureuse, Kathleen a fui son père, sa famille, son pays. Elle a fait sa vie à Londres, elle a passé près de trente ans à s'efforcer d'oublier. Avant tout qu'elle était irlandaise. Mais maintenant, elle veut se rappeler, elle veut comprendre comment un pays possédant une morale aussi arriérée peut encore lui inspirer une telle passion.
    En parallèle de l'enquête qu'elle va mener sur elle-même et les siens, Kathleen tentera de résoudre un fait divers qui fit scandale au milieu du XIXème siècle : l'épouse d'un landlord* aurait eu pour amant un jardinier et homme à tout faire irlandais, le tout sur la toile de fond de la Grande Famine.
    Epais, foisonnant, le roman de Nuala O'Faolain fait alterner passé et présent en une espèce de manège kaléidoscopique dont la vitesse ne cesse de s'accroître au fur et à mesure que l'on avance dans sa lecture. le ton est à la fois chaud et intimiste, le drame côtoie le rire et l'Histoire, une Histoire bien partie pour rattraper les Britanniques, fait ici plus d'une apparition particulièrement saisissante.
    L'Européen que l'on ne cesse d'abreuver d'images et de livres sur les horreurs des deux dernières guerres, sur les méfaits de notre colonisation, sur les crimes atroces commis tout récemment encore dans les Balkans par les deux camps en présence, reste sans voix devant les procédés génocidaires - il n'y a pas d'autre mot - employés par les Anglais en Irlande lors de l'épidémie de mildiou qui allait plonger tout un peuple dans l'horreur de la famine quotidienne. Comment se fait-il que jamais, dans notre paysage audiovisuel (pour ne citer que lui) on n'évoque la chose autrement que par quelques mots, sans plus ? Comment ose-t-on passer sous silence ces gros propriétaires anglais qui, plutôt que de soutenir leurs fermiers irlandais, les laissèrent littéralement crever de faim à la porte de leurs manoirs ?
    Très consciemment, le gouvernement britannique et une bonne partie des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté ont tenté de faire périr le peuple gael dans son intégralité. Et tout cela, pour des motifs à la fois religieux et politiques.
    Tant pour la qualité de son récit que pour la vision profondément humaine qu'il donne de l'Irlande et de son Histoire, on ne saurait trop recommander la lecture de "Chimères." ;o)
    * : un landlord, littéralement "seigneur de la terre", était un gentilhomme anglais qui, du fait de l'occupation britannique en Irlande, s'était approprié un domaine. Ses fermiers, par contre, étaient irlandais. le landlord, comme tout seigneur digne de ce nom, devait aide et protection à ceux qui travaillaient sur son domaine. Pendant la Grande Famine du milieu du XIXème siècle, ces prétendus aristocrates laissèrent leurs fermiers et leurs familles mourir littéralement de faim plutôt que de les aider à affronter le fléau du mildiou.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par clarinette, le 06 juillet 2008

    clarinette
    Difficile de résumer ce roman en quelques lignes, tellement il est riche et dense. On peut être rebuté par son épaisseur. C'a été mon cas au début, puis je me suis immergée dans ces histoires racontées par Nuala O'Faolain et voyagé avec Kathleen de Burca son héroïne à travers le temps et l'espace.
    Kathleen est une journaliste qui a voyagé au quatre coins du monde retourne dans son pays où elle n'a pas été depuis vingt ans. Elle enquête sur une affaire survenue en 1848 lors de la famine qui a ravagé l'Irlande : une histoire d'amour entre Marianne Talbot, la jeune épouse d'un landlord anglais et son domestique irlandais Richard Mullan. C'est l'occasion pour elle de renouer avec le passé, le sien et celui de son pays. Elle fait alors le parallèle entre la condition des irlandais de l'époque opprimés par l'aristocratie anglaise et sa propre condition d'irlandaise d'aujourd'hui exilée à Londres.
    On assiste à la naissance du récit des Talbot dont l'interprétation se modifie au fil des découvertes de Kathleen. En même temps qu'elle sillonne les routes d'Irlande, elle voyage en elle-même et explore sa propre histoire et les différents aspects de sa vie, les plus intimes, tels que l'amour, la sexualité, la maternité... Des petits détails du présent font remonter à la surface des souvenirs du passé, les traumatismes de son enfance et peu à peu elle apprend à les décoder et à se connaître...
    la suite sur http://leslecturesdeclarinette.over-blog.com/article-1367936.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Lune, le 03 juin 2008

    Lune
    Lorsqu'on dépose ce livre après l'avoir refermé, on sait que sa résonance perdurera longtemps. Les derniers chapitres ont amené un paroxysme à notre émotion de femme, à notre "féminitude". Si on me demandait de le qualifier, je dirais : densité, vie, chair et explosion, lucidité, amour passion, amour espoir, amour désastre, amour ignorance. Cette femme hantée par le passé et le futur poursuit son présent dans l'Irlande retrouvée. Et nous assistons à une page tragique de l'histoire de ce pays, à l'exil forcé, à l'exil sauvetage. Et nous pénétrons au coeur de la passion d'une aristocrate anglaise et d'un palefrenier irlandais au XIXè. Et chez l'héroïne, le parallélisme de l'exil et de la passion chez cette aristocrate avec son propre exil et sa/ses propre(s )passion(s) bouillonne jusqu'à cette révélation finale qui nous étreint et nous la font regarder avec encore plus de douceur et d'affection. En tant que femmes, nous ne pouvons rester indifférentes à tout ce qui enchaîné les femmes, ce que Kathleen a très bien compris par la voix de Nuala O'Faolain qui nous restitue cette fresque avec tant de réalisme et de sensibilité que les personnages existent jusqu'après avoir lu la dernière ligne. En tant qu'être humain, nous ne pouvons rester insensibles à la misère décrite, à l'incompréhension culturelle des peuples. Ce roman pourrait faire l'objet d'une adaptation cinématographique et devrait figurer dans toute bibliothèque digne de ce nom.
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    • Livres 4.00/5
    Par maevedefrance, le 26 janvier 2010

    maevedefrance
    Chimères (titre en v.o. :My Dream of You, tellement plus évocateur!) est pour moi l'un des plus beau des romans de la grande Nuala O'Faolain, un tour de force littéraire qui, par le mélange les genres, la mise en abyme entraîne le lecteur vers une quête, comme Kathleen, l'héroïne. Celle de la vérité.
    Kathleen qui écrit des articles pour un magazine de voyage, revient sur sa terre natale irlandaise pour enquêter sur une passion qui fit scandale juste après le Grande Famine : la liaison d'une aristocrate anglaise avec son palfrenier irlandais (cette liaison fait penser à une autre lady d'ailleurs...). Cette histoire, véridique, a donné lieu à un procès ("le procès Talbot"). Mais le thème du roman est bien plus qu'une simple histoire d'amour scandaleuse. le lecteur, comme Kathleen, le découvre au fur et à mesure.
    Cette histoire, dont Kathleen veut écrire le roman, l'entraîne dans une interrogation sur elle-même, sur la condition des femmes en Irlande, hier et aujourd'hui, sur le rapport à l'écriture, la vérité, le mensonge, la réalité, la fiction, sur le rapport à l'Autre, l'amitié, l'amour, sur l'histoire de l'Irlande, sur le sens de la vie...
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Citations et extraits

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  • Par clarinette, le 06 juillet 2008

    On peut difficilement imaginer deux personnes moins susceptibles de se rencontrer que l’épouse d’un landlord anglo-irlandais et un garçon d’écurie irlandais. Chacune d’elle venait d’une culture forte au cœur même de laquelle l’autre était définie comme une culture étrangère. Mais ils s’étaient dépouillés de ces deux cultures afin de s’atteindre l’un et l’autre. Ils n’avaient même pas de langue maternelle en commun, et cependant ils ont transpercé les différentes strates de la coutume, bravé toutes les sanctions, poussés par le besoin de s'exprimer qui sous-tend le désir.
    Je connaissais tout de l'amour en tant que non-évènement, mais j'étais encore persuadée que c'était l'acte grâce auquel un individu pouvait vraiment apprendre à en connaître un autre et bâtir quelque chose à partir de ce qu'ils apprenaient. Il me semblait que William Mullan et Mme Talbot avaient été des bâtisseurs - avaient fait l'amour au sens littéral de "faire"-, ils avaient fabriqué l'amour. Leur passion menait à l'amour. Le jugement était plein des petites attentions qu'elle avait pour lui. Et lui -les trois ans qu'il avait passés avec elle étaient les trois mêmes années pendant lesquelles son monde à lui se convulsait et expulsait son propre peuple, mais il était resté avec elle alors qu'il ne pouvait y trouver, en fin de parcours que le châtiment. D'autant plus que je n'avais jamais réussi à faire ce voyage de l'amour; je croyais que le corps menait directement au chemin du coeur et que le coeur menait au chemin de l'âme.
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  • Par charlottelit, le 04 novembre 2011

    p 506
    c'est une erreur, au même titre que l'engouement
    envers quelqu'un, d'octroyer le pouvoir de tout
    expliquer à une autre personne (psy, chaman, etc ...)
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  • Par charlottelit, le 04 novembre 2011

    p 530
    Rilke, plus qu'aucun autre homme, me sera sans doute
    d'un grand secours quand je serai vieille
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