> Claude Seban (Traducteur)

ISBN : 2757800892
Éditeur : Points (2006)


Note moyenne : 4.02/5 (sur 130 notes) Ajouter à mes livres

Au matin de sa nuit de noces, Ariah Littrell ne trouve pas son époux. Il s'est suicidé en se jetant dans les Chutes du Niagara. Surnommée la 'veuve blanche des chutes', la jeune mariée se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de la semai... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Melisende, le 03 décembre 2011

    Melisende
    Il y a quelques semaines, Libfly appelait les lecteurs pour une opération autour de titres édités chez Points et Point2. Après un rapide coup d'œil, rien ne me tentait vraiment mais je me suis quand même laissée tenter par les deux livres de Joyce Carol Oates proposés. de cette auteure, je n'avais qu'une vague idée, me la représentant comme une de ces auteures contemporaines américaines qui ont du succès ici et outre-Atlantique mais qui restent très floues pour moi. Je n'avais jamais eu l'occasion de tester la plume de la Dame, c'était le moment où jamais de réduire mon inculture !
    En recevant Petite sœur, mon amour et Les chutes, je me suis tout de suite tournée vers le premier titre, plus inspirée par le résumé. Malheureusement, après plus de 200 pages, la pause s'est révélée indispensable. J'ai donc commencé ce « petit » Point2 et, contre toute attente, contrairement à Petite sœur, mon amour, Les chutes a eu l'effet escompté puisqu'il m'a mené au bout de ses 992 pages.
    Difficile de mettre des mots sur cette expérience de lecture. Ai-je aimé ? Sincèrement, je n'en sais rien. Je reconnais à Joyce Carol Oates un talent certain pour créer des atmosphères particulières et pour traiter ses personnages dans le détail mais finalement, après 992 pages, qu'ai-je retenu ?
    Ariah, vieille fille trentenaire (oui, dans les années 50, pas mariée à 30 ans c'était plutôt mauvais…), a enfin trouvé, à l'aube de la seconde moitié du XXème siècle, un homme qui veut d'elle et qui satisfait ses parents. Alors que les deux jeunes mariés ont échangé leurs vœux moins de 20 heures plus tôt, l'époux est porté disparu. La mariée passe les sept jours suivants de sa lune de miel, seule, dans un état second, refusant d'accepter l'inévitable : après sa nuit de noces, le mari dégoûté s'est jeté du haut des chutes du Niagara. le Corps repêché, Ariah capitule, elle est « la Veuve blanche des Chutes ».
    Quelques semaines plus tard, elle se lance Corps et âme dans une relation avec Dirk Burnaby, avocat rencontré lors de la tragédie. Ce second mariage la transforme et l'épanouit, mais l'angoisse persiste : elle est damnée. Pour s'attacher cet époux qu'elle est persuadée perdre tôt ou tard, elle fait tout pour avoir des enfants…
    Avec Les chutes, point d'intrigue policière, de suspense insoutenable, d'actions à toutes les pages,… non. Juste l'histoire d'une femme et de sa famille, étendue sur 28 années (1950 - 1978). Ce « manque » plapable de fil conducteur peut déstabiliser et je suis la première à m'être demandée en tournant la 992ème page : « Oui, et alors ? Tout ça pour ça ?! ». En prenant un peu de recul et en réfléchissant un peu à cette lecture, je me suis rendue compte que la force du texte de Joyce Carol Oates n'est pas dans l'intrigue mais dans sa façon de traiter ses personnages. C'est un texte très contemplatif, j'imagine qu'on pourrait le classer du côté des « romans psychologiques » (si une telle dénomination existe). On pourrait craindre l'ennui mais l'auteure amène si bien les choses que ce n'est pas le cas et on se surprend à atteindre la 992ème page sans vraiment s'en être rendu compte.
    La figure principale des Chutes est donc Ariah, cette « Veuve blanche » étrange, silencieuse, un peu comme une apparition fantomatique dont tout part. Sous ses airs de petite femme rousse fragile, elle cache une part d'ombre qui impressionne et effraie son entourage. Si je n'ai jamais compris sa façon d'être et d'agir, ce besoin de se complaire dans sa fatalité et donc, si je n'ai jamais réussi à m'attacher à elle, je félicite tout de même Joyce Carol Oates pour ce portrait marquant ; nul doute qu'Ariah la pianiste damnée restera dans mes pensées.
    Dirk Burnaby, le second époux, m'a fait l'effet d'un auto-stoppeur. Entrant dans l'histoire à un moment donné, faisant un bout de chemin avec l'héroïne - sans jamais vraiment être bien présent -, repartant dans le paysage quelques centaines de pages plus loin. Si son existence est indispensable pour le bien fondé de certains éléments (à commencer par les trois enfants et leur apprentissage de la vie), il m'a semblé n'être qu'un maillon de la chaîne : indispensable mais bien vite oublié.
    Les trois enfants que l'on apprend à connaître plus longuement dans le dernier tiers du texte, tentent tant bien que mal de se construire entre un père disparu et une mère distante. Chandler l'aîné mal-aimé, Royall le magnifique et Juliet la cadette sur laquelle reposait tous les espoirs d'Ariah. Trois enfants, trois destinées marquées par Les chutes du Niagara.
    Les chutes, parlons-en. Elles donnent son titre à ce livre et son atmosphère lourde, oppressante. Même si l'auteure ne rappelle pas constamment leur présence, elles sont bel et bien là, dans notre esprit, tourbillonnantes, impressionna antes, fascinantes, dérangeantes… Autant dire que si un jour, par le plus grand des hasards, je me retrouve près des Chutes du Niagara (pas à l'occasion de ma lune de miel, hors de question après cette lecture !), je ne manquerai pas de me souvenir de l'écrit de Joyce Carol Oates
    Dernier point, positif qui plus est : la plume (ou la traduction, puisque je me base sur celle-ci). Difficile de décrire cet aspect du livre avec des mots simples. le style de Joyce Carol Oates est particulier. Etouffant, oppressant, poignant. On s'imprègne facilement de l'atmosphère, des personnages et de leur destinée, d'autant plus que l'auteure décide de multiplier les points de vue et de les alterner. On glisse progressivement de la vision d'Ariah à celle de sa fille Juliet en passant par tous les protagonistes qui se sont trouvés entre elles : le premier époux suicidé, le second tué, les deux autres enfants,… L'histoire est la même mais grâce au changement de point de vue, certains éléments se trouvent éclairés d'un jour nouveau. Ainsi, pendant les 28 ans qui s'écoulent dans ces 992 pages, le lecteur est témoin de la vie de cette famille bien particulière, fondée sur un suicide au sommet des Chutes du Niagara…
    Je termine la rédaction de cet avis et la question persiste : ai-je aimé cette lecture oui ou non ? Et bien, je n'ai toujours pas la réponse mais suis persuadée que cette découverte de Joyce Carol Oates marquera ma vie de lectrice. Merci donc à Libfly et à Point2 pour cette expérience hors du commun !

    Lien : http://bazar-de-la-litterature.cowblog.fr/les-chutes-de-joyce-carol-..
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 10 avril 2009

    Woland
    Voici, sans aucun doute possible, l'un des romans les plus achevés de Joyce Carol Oates. A le lire, surtout si l'on s'est déjà fait une idée du reste de l'oeuvre, on comprend que la romancière a décidé il y a longtemps, consciemment ou pas, de laisser le tableau le plus net qui soit de la société américaine du XXème siècle et que, en ce sens et compte tenu de son exceptionnelle prolixité, elle peut, en effet, être comparée à notre Balzac national.
    Héroïnes inavouées mais omniprésentes, tour à tour superbes, indifférentes ou maléfiques, Les Chutes du Niagara forment le théâtre à la fois grandiose et inquiétant où s'animent et se débattent les personnages de ce roman-fresque, doublé d'une réflexion impitoyable sur la responsabilité des USA dans la dégradation de l'écosystème planétaire.
    Au début des années cinquante, quand le pasteur Gilbert Erskine, tout frais marié de la veille, court se jeter dans les Horseshoe Falls, l'une des sections les plus violentes des Chutes, pour y noyer à jamais son dégoût de la femme et son homosexualité inavouée, la région est encore éclatante et saine. Peut-être les racines du mal palpitent-elles déjà, quelque part sous le quartier de Calvin Heights, à Niagara Falls mais rien ne laisse soupçonner leur existence.
    Erskine laisse derrière lui sa jeune épouse, Ariah, celle que l'on surnommera "la Veuve Blanche des Chutes", et dont tombe presque immédiatement amoureux un avocat local, Dirk Burnaby. Au bout de quelque temps, ils se marient - ce qui scandalise leurs familles respectives - et ont un enfant (Chandler), puis un deuxième (Royal) et enfin une troisième, la petite Juliet dont on ne saura jamais très bien si c'est elle qui tient le rôle de la narratrice du roman.
    Intelligente, hypersensible, nerveuse et caractérielle, Ariah avait tout pour être heureuse, malgré tout, avec Dirk. Mais un jour, celui-ci accepta de se charger d'une affaire que la presse finit par surnommer "l'affaire de Love Canal."
    Une affaire que tous ses confrères de la région avaient refusée, une affaire de morts inexpliquées, d'odeurs chimiques répugnantes, de boue noire à fleur de terre dans la cour de l'école maternelle, tout là-bas, dans ce quartier modeste de Calvin Heights.
    Une affaire où, à sa grande horreur, Dirk Burnaby va constater que sont impliqués nombre de ses amis de toujours à moins que ce ne soit leurs pères. Une affaire de gros sous et d'expérimentation de produits chimiques à la Swan Company où son propre père possédait des actions.
    En dépit des pressions, l'avocat mène à bout sa mission. Mais lâché par tout le monde, y compris par ceux qui se prétendaient ses amis les plus fidèles, il perd non seulement sa réputation mais aussi la vie dans des circonstances qui, pour le lecteur, seul témoin de la chose, sont visiblement criminelles.
    Elevés dans l'ignorance du passé par leur mère, Chandler, Royal et Janet arrivent à l 'âge adulte. Et c'est Royal, le préféré pourtant de sa mère, qui n'avait que quatre ou cinq ans à l'époque des faits, qui va mettre les pieds dans le plat et réclamer la vérité.
    "Les Chutes" demeure l'un des meilleurs romans de Oates. La figure d'Ariah Burnaby constitue également l'un de ces portraits de femme puissants et complexes dont la romancière américaine détient le secret. Quant à la trame du récit, elle est travaillée au petit point, si l'on veut bien me passer cette expression, sauf, peut-être, en ce qui concerne l'épilogue, qui survient un peu trop rapidement.
    A lire. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par iarsenea, le 08 janvier 2011

    iarsenea
    Première réflexion en fermant ce roman après l'avoir terminé : je ne verrai plus jamais Les Chutes du Niagara du même oeil ! Ces chutes, si puissantes et si belles, admirées par des touristes du monde entier, sont aussi un endroit privilégié où des personnes désespérées mettent fin à leurs jours. Leurs Corps sont emportés par le fleuve, et se prennent parfois dans les tourbillons au bas des chutes. Puis, le pourissement de leurs Corps les fait ramener à la surface, défigurés et d'apparence presque inhumaine.
    Jamais en me rendant à Niagara Falls en 2009 je n'aurais cru que cet endroit si impressionnant était également si funeste. Mais c'est normal : on se garde bien de dévoiler ce côté sinistre aux touristes qui viennent en masse admirer Les Chutes.
    Les Chutes de Joyce Carol Oates a été si marquant pour moi que je ne doute pas un seul instant que désormais, lorsque je me rendrai à Niagara Falls, j'aurai une petite pensée pour ce roman.
    L'histoire, se déroulant sur près de trente ans, est si riche qu'il est inutile de vouloir en faire un résumé. Celui de la quatrième de couverture est amplement suffisant.
    L'écriture, elle, m'a hypnotisée, sans que je puisse dire pourquoi. D'habitude, les romans où les dialogues sont presque complètement absents m'agacent, et je les trouve plus que souvent pénibles. Cette fois-ci, c'est à peine si je me suis aperçu qu'il n'y avait pas de dialogues, tellement l'histoire coulait, me fascinait. C'est avec peine que je fermais la lumière, le soir, avant de me coucher. Et ce, sans que je me demande de quelle façon cela allait se terminer, ce qui est un exploit. Je tournais simplement les pages du livre une à une, captivée.
    Et que dire des personnages ! Je n'en ai rarement vus d'aussi travaillés, d'aussi complexes et d'aussi insaisissables ! Ariah a été pour moi un mystère du début à la fin. Je suis incapable de mettre des mots sur les sentiments qu'elle suscitait en moi. Je ne suis même pas capable de dire si, grosso modo, je l'ai aimée ou non.
    Les Chutes n'est certainement pas le dernier livre que je lirai de Joyce Carol Oates !

    Lien : http://lecturesdisabelle.blogspot.com/2011/01/les-chutes.html
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    • Livres 4.00/5
    Par argantel, le 18 août 2008

    argantel
    Ce roman était dans ma PAL depuis le début de l'année et m'effrayait quelque peu. Pourquoi, je ne saurais dire, mais j'ai mis 5 mois avant d'oser débuter cette lecture.
    Et là, je n'ai pas regretté de m'être lancée !
    Ce genre de roman est pour moi inclassable car, dans le même livre, on découvre plusieurs histoires totalement différentes les une des autres : l'une qui nous parle d'une vieille fille qui vient de se marier et qui nous plonge dans un monde puritain, l'autre qui nous décrit une violente Amour qui emporte tout sans tenir compte du qu'en dira-t-on, une 3ème décrivant un procès du style de celui décrit dans Erin Brokovitch et enfin la dernière histoire qui nous conte le déni et le rejet face à la mort.
    Cela m'a beaucoup troublée mais en même temps donne un rythme captivant où l'on suit avec passion la vie de cette famille poursuivie par la malédiction.
    Au final, une lecture envoutante qui évoque l'attirance morbide associée aux chutes du Niagara qui sont un "personnage" à part entière de cette "saga".
    C'était mon 1er roman de JC Oates et sûrement pas le dernier car j'ai hâte de voir si ses autres romans parviennent à être aussi originaux.
    http://argantel.canalblog.com/archives/2008/07/12/9842152.html#comments
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    • Livres 5.00/5
    Par Nina, le 14 août 2011

    Nina
    "Les Chutes" est un roman que j'ai trouvé fascinant, j'avais lu « Nous étions les Mulvaney » qui m'avait de la même manière impressionnée. Cette écrivaine a un réel talent pour emmener chacun de ses personnages jusqu'au fond de lui-même, au bout de ses limites. Joyce Carol Oates dissèque sous nos yEux chacune des personnalités de ce roman, elle ôte peu à peu toutes les couches qui font d'Eux des êtres sociables, modelés par une éducation, un milieu social, un environnement... pour les mettre à nu. On découvre ainsi leur vrai visage, la nature même de leur caractère, de leur force et de leur fragilité.
    Le 12 juin 1950, Ariah Littrell qui est une femme à l'existence plutôt banale va devenir en une nuit « la veuve blanche des chutes ». Son mari, le très sériEux révérend Gilbert Erskine traumatisé par sa nuit de noce s'est suicidé en se jetant dans Les Chutes du Niagara. Ariah, jeune femme timide et effacée va chercher son mari pendant sept jours et devenir une figure mythique des chutes du Niagara et fasciner un homme que tout lui oppose. Dirk Burnaby est un brillant avocat mais aussi un homme séduisant qui ne compte plus les conquêtes féminines. Ariah est à l'opposé de toutes les femmes que Dirk a l'habitude de fréquenter et pourtant il en tombe follement amourEux et c'est elle qui va devenir sa femme. Ariah va découvrir l'amour, la sécurité d'un foyer et la vie de famille. On pourrait croire à un happy end, mais Les Chutes sont là avec leurs histoires d'un autre temps : vieilles légendes indiennes, sacrifices humains, apparitions de la vierge, suicides, funambule. Mais aussi leurs histoires actuelles : veuve blanche, mystérieuse femme en noir, tourisme et industrialisation à outrance.
    Les Chutes ont-elles le pouvoir de rendre riche, de rendre fou, les gens qui les approchent ? Est-ce une malédiction qui s'est réellement abattue sur la famille Burnaby ? Ou est-ce le pouvoir de l'argent qui peut à lui seul tout détruire sur son passage ?
    Avec ce roman, Joyce Carol Oates fait une analyse très fine de la société américaine et dénonce le fonctionnement d'une justice au service du pouvoir et de l'argent.
    Un roman très dense, foisonnant, intelligent et superbement bien écrit : un excellent roman de vacances car il nous entraîne à lire tard dans la nuit.


    Lien : http://de-page-en-page.over-blog.com/article-les-chutes-81059776.html
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Citations et extraits

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  • Par comtesseoboulof, le 31 janvier 2012

    Ce qui attendait Ariah, l'epreuve physique de sa nuit de noce -et des nuits suivantes- , elle appréhendait d'y penser. Elle n'avait jamais été une jeune fille très tentée par les pensées interdites, non plus que par les actes interdits. Quoique étonnamment passionnée dans ses interprétations tonnantes des mouvements tumultueux des grandes sonates pour piano de Beethoven, ou lorsqu'elle chantait certains lieder de Shubert, Ariah était généralement guindée et timide en société. Elle rougissait rapidement, se rétractait au moindre contact. Ses yeux verts galet brillaient d'intelligence et non de chaleur. Les quelques petits amis qu'elle avait eus étaient des garçons lui ressemblant. Des garçons comme Gilbert Erskine, à la fois jeunes er vieux, enclins à se vouter dès l'adolescence. Bien entendu Ariah s'était régulièrement rendue chez le medecin de famille des Litrell, mais on pouvait compter sur ce praticien agé pour ne pas employer d'instruments gynécologiques de façon excessive, et pour battre en retraite lorsque Ariah poussait un gémissement de gêne ou de douleur, ou lui lancait un coup de pied sous l'effet de la panique. Par embarras ou délicatesse féminine, Mme Litrell avait évité le sujet conjugal et , naturellement, le révérent Litrell aurait préféré mourrir que de parler de questions "intimes" à sa fille virginale et crispée. Il avait laissé cette tâche épineuse à sa femme et n'y avait plus pensé.
    Sous l'effet du bain chaud, la tête d'Ariah lui tournait. Ou sous l'effet de ses pensées. Elle remarqua que son sein gauche flottait dans l'eau, en partie ocre comme plongé dans l'ombre. Il avait préssé, pincé. Elle supposait qu'elle avait des meurtrissures sur le bas du ventre et les cuisses. Entre ses jambes irritées, la sensibilité était moindre, comme si cette partie de son corps s'était engourdie.
    Le cri de chauve-souris qu'il avait poussé ! Son visage de petit garçon empourpré et brillant, déformé comme celui de Boris Karloff dans Frankenstein.
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  • Par iarsenea, le 06 janvier 2011

    Des scandales que découvrait Nina, celui qui la bouleversa le plus fut le récit d'une femme au foyer habitant la 99e Rue, derrière l'école. Elle raconta « le nettoyage d'urgence » opéré dans la cour de récréation au printemps 1957 quand, après des pluies torrentielles, une boue noire fétide avait recouvert une grande partie de l'asphalte. Un matin, cette femme avait vu un véhicule de la ville s'arrêter, et une équipe de travailleurs en descendre, vêtus comme des cosmonautes : casques, bottes, gants ; il y en avait même qui portaient des masques à gaz ! Malgré cela, quelques jours plus tard, l'école rouvrait et les enfants jouaient de nouveau dans la cour. La voix tremblante, Nina dit : «C'est là que vont nos enfants ! Dans cette école ! C'est là que nous vivons ! Et ces adultes, qui travaillent pour la ville, avaient peur de respirer notre air ! Mais tout le monde nous ment. Le maire nierait cette opération. Le Service de la santé. Ils disent tous que tout est parfait ici, que c'est notre faute si nous sommes malades, parce que "nous fumons trop, nous buvons trop". Voilà ce qu'ils disent. Ils se contrefichent que nos enfants vivent ou meurent, ils se contrefichent de nous, monsieur Burnaby, pourquoi les gens sont-ils aussi mauvais ?»
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  • Par clarinette, le 24 octobre 2009

    Pendant sept jours et sept nuits, elle veilla.
    Pendant sept jours et sept nuits, on vit la Veuve blanche au bord des gorges du Niagara, sur Goat Island ou sur les rives du fleuve ; elle se joignit aux équipes de secours qui cherchaient le "disparu" et accompagna une équipe de garde-côtes dans sa patrouille en aval, au-delà de Lewiston et Youngstown, jusqu'au lac Ontario. Dans l'embarcation, Ariah Erskine etait la seule femme, et sa présence mettait les hommes mal à l'aise. Fiévreuse, dans un état second, elle fixait de ses yeux rougis les vagues clapoteuses, onduleuses, comme si, à tout instant, le corps d'un homme pouvait apparaître et mettre un terme à sa quête. D'une voix basse, rauque, elle répétait à qui voulait bien écouter : "Je suis la femme de Gilber Erskine et, si je suis devenu sa veuve, il faut que je sois présente lorsqu'on le retrouvera. Je dois m'occuper de mon mari." Les officiers du garde-côte échangeaient des regards peinés, ils savaient à quoi ressemblait le cadavre d'un homme tombé dans les chutes.
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  • Par Persepolis, le 01 septembre 2011

    Ariah je regrette... je ne peux pas...
    J'ai essayé de t'aimer
    Je vais où ma fierté doit me conduire
    je sais... tu ne peux pardonner
    Dieu ne pardonnera pas

    Je nous libère ainsi tous les deux de notre serment.
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  • Par iarsenea, le 05 janvier 2011

    De 1936 à 1952, Love Canal, un fossé à ciel ouvert, servit de décharge municipale et chimique. Swann Chemicals y déversa des tonnes de déchets, et vendit à la municipalité le droit d'y jeter ses ordures, puis, dans les années 40, celui à l'armée américaine de s'y débarasser de déchets chimiques secrets (radioactifs) en rapport avec le projet Manhattan. En 1953, Swann Chemicals cessa brusquement d'utiliser le fossé, recouvrit les déchets dangereux de terre et vendit ces onze kilomètres de terres contaminées au Conseil de l'Éducation de Niagara Falls pour la somme d'un dollar. Un dollar !
    Et le contrat stipulait que Swann Chemicals, Inc. était dégagé à perpétuité de toute responsabilité concernant les éventuelles conséquences- «dommages corporels ou décès»- de ces dépôts de déchets dangereux.
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La chronique de Gérard Collard - J'ai réussi à rester en vie
J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates aux éditions Philippe Rey Regardez l'avis de Gérard Collard... La présentation du livre "J'ai réussi à rester en vie" par l'éditeur : le matin du 11 février 2008, Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, s'est réveillé avec un mauvais rhume. Il respire mal et son épouse décide de l'emmener aux urgences où l'on diagnostique une pneumonie sans gravité. Pour plus de sûreté, on le garde en observation. Une semaine plus tard, au moment même où il devait rentrer chez lui, Raymond meurt d'une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d'aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l'absence sans merci. J'ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d'une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. de poursuivre une existence amputée du partenariat qui l'a soutenue et définie pendant près d'un demi-siècle. En proie à l'angoisse de la perte, à la désorientation de la survivante cernée par un cauchemar de démarches administratives, et les absurdités pathétiques du commerce du deuil, Oates décrit l'innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s'extraire qu'à grand peine, de temps à autre, en se tournant vers ses amis. Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d'un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l'absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés ...








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