Publié aux USA en 2003 et traduit en français en 2006, "
Viol, une histoire d'amour" est un roman de l'écrivaine américaine
Joyce Carol Oates, notamment auteure de "
délicieuses pourritures", "
Premier amour" ou encore de "
Reflets en eau trouble".
Un soir de 4 juillet, alors que Tina Maguire et sa fille Bethie traversent le parc de Rocky Point pour rentrer chez elles, toutes d
Eux se font interpeller par un groupe d'hommes ivres bien décidés à ne pas les laisser s'enfuir.
Tina et Bethie échouent dans un hangar à bateaux. Bethie qui a réussi à se mettre à l'abri assiste impuissante au viol collectif et aux coups subis par sa mère.
Tina échappe à la mort de justesse mais les séquelles sont à ce point lourdes que la jeune femme se mure dans le silence.
Le procès s'annonce difficile, d'autant que l'opinion publique et la défense mettent en doute l'insouciance des victimes...
Tina connaissait fort bien ses agresseurs et leurs familles pour avoir partagé le même quartier qu'
Eux. Aux y
Eux de la plupart, elle passe pour une jeune veuve ayant rapidement renoncé au deuil pour se retrancher du côté de la vie et des joies qu'elle peut encore lui offrir.
Séduisante, elle aime la compagnie des hommes, particulièrement celle de Casey, homme marié et père de jeunes enfants, dont la fréquentation n'est pas pour améliorer l'opinion des gens à son sujet.
Tina a acquis au sein de tous une réputation de séductrice qui se verra largement relayée par les médias qui iront jusqu'à avancer que ses rapports avec les hommes étaient monnayés et qu'elle entraînait sa fille dans la débauche.
Le lecteur découvre tout du long le portrait d'une femme salie, brisée autant par la violence de son agression que par les rumeurs qui pèsent sur elle.
Une femme dont on ne reconnaît même pas la souffrance et que l'on traîne dans la boue au motif de moeurs légères, prétextant qu' "elle l'a bien cherché".
Oates joue beaucoup avec les contrastes, à commencer par ce titre déconcertant faisant état d'une curieuse association d'idées.
Malgré l'extrême brutalité dont elle fit les frais, Tina peut compter sur l'amour de sa mère et de sa fille, ainsi que sur l'amitié de John Droomor, personnage clé du roman.
L'auteure a choisi cette date symbolique du 4 juillet censée célébrer la toute puissance de l'Amérique. La foule danse, rit, boit plus que de raison et ce qui devait être un jour de fête laisse place à la déchéance, avec pour point d'orgue l'agression de Tina et de sa fille.
Et celle-ci se prolonge à travers les réactions des uns et des autres.
Entre les lignes surgissent les propos vulgaires tenus par les familles des suspects, les titres racoleurs des journaux, les théories édifiantes de la défense qui chargent les victimes à défaut des coupables.
Au milieu de cette folie ambiante, une petite fille qui grandit soudainement et à qui la narratrice adresse son récit, lui témoignant ce que tant d'autres, même des années plus tard, lui ont toujours refusé, la compréhension, l'empathie et surtout, la reconnaissance de la vérité par ces rappels des faits qui tels une rengaine encouragent Bethie à ne jamais douter de l'innocence de cette mère aimante.
Avec ce roman, Oates balaie d'un revers de main l'idyllique rêve américain pour pointer du doigt une Amérique marquée par la bassesse de ses citoyens et les aberrations de son système judiciaire.
J'ai été profondément écoeurée par cette vindicte populaire, par cette presse sans scrupules, par l'hypocrisie des familles des agresseurs, par ce requin de la défense qui n'hésite pas à travestir la vérité et à mettre en doute jusqu'aux preuves formelles de la culpabilité de ses clients.
Oates est connue pour cette noirceur qui fait l'ambiance de ses romans. Elle y dénonce les inégalités, les injustices, les abus de pouvoir, les outrages commis envers des innocents (principalement des femmes).
Et si je suis opposée au fait de faire justice soi-même, je reconnais que cette lecture a réussi à semer le doute en moi.
Un roman désarmant à l'effet coup de poing garanti !
Rien que de vous en parler, j'en ai encore l'estomac noué...
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