> Marc Mécréant (Traducteur)
> John Nathan (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070394786
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
Deux faits d'expérience personnelle marquent de leur empreinte les quatre nouvelles qu'on va lire : d'une part, la guerre et la défaite (Kenzaburo Oé avait dix ans quand, le 15 août 1945, l'Empereur d'essence divine s'est adressé à son peuple avec une voix humaine) ; d'... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par le_Bison, le 16 mars 2012

    le_Bison
    « Dites-nous comment survivre à notre folie » est en fait un recueil de quatre nouvelles :
    - Gibier d'élevage
    - Dites-nous comment survivre à notre folie
    - Agwîî le monstre des nuages
    - le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes.
    * « Gibier d'élevage » a fait l'occasion d'une parution dans la collection Folio 2€ (j'y ai déposé là-bas ma critique)
    * Comment ne pas voir dans « Dites-nous comment survivre à notre folie » un récit hautement biographique. le protagoniste voit sa vie bouleversée par la naissance de son fils. Mais le jour tant attendu de cette venue au monde, son univers s'écroule subitement. Son fils présente une grave anomalie et sera handicapé mentalement. Dès lors, il va se couper du monde tout en essayant de communiquer avec son fils simplement en lui tenant la main. Petit à petit, il va s'exclure du reste de la société pour pouvoir rester au plus près de son fils, quitte à approcher dangereusement la folie. Beaucoup d'amour et de tendresse dans cette nouvelle, mais une certaine rage apparaît contre l'incompréhension et la gêne qu'engendre la vision d'un handicapé. le regard des autres pèse lourd sur ce père et son fils qui n'ont comme seuls plaisir et communion de se tenir la main, de faire de la bicyclette et de manger un bouillon d'os aux nouilles avec un pepsi-cola.
    * « Agwîî le monstre des nuages » est certainement l'une de ses nouvelles les plus personnelles. Un homme, musicien d'exception, s'écarte du monde social, s'enferme petit à petit dans un univers à lui, proche de l'autisme. Son problème : il discute avec un énorme nuage que seul lui est capable de voir et de ressentir. On pourrait le croire fou, mais est-ce réellement de la folie que de communiquer avec des êtres extérieurs...parce que Agwîî serait en fait la simple image de son fils mort dès sa naissance. Depuis, il s'est créé un imaginaire dans lequel il semble incapable d'en sortir, un nouveau monde dans lequel il peut communiquer avec son défunt fils.
    Agwîî, c'est la plus belle et la plus émouvante des 4 nouvelles. C'est celle qui me donne envie de poursuivre le chemin de l'auteur pour comprendre et expliquer la folie tel qu'il la ressent, lui qui y est confronté au quotidien. C'est celle qui me fait comprendre que je ne suis au final pas grand-chose, qu'il y a autour de moi des êtres que je ne vois pas et qui pourtant mériteraient qu'on les regarde et qu'on veille sur eux, des forces ancrées dans l'imaginaire mais qui pourraient se révéler bien réelles lorsqu'on y croit fermement.
    * « le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes » : le narrateur passe ses journées allongées sur un lit d'hôpital. Il est atteint d'un cancer et va mourir d'ici quelques jours, quelques heures même. Il en est persuadé comme il l'est d'être malade malgré toutes les contradictions de son médecin. Les autorités médicales et infirmières le prennent pour un fou ; mais qui sont tous ces gens qui pensent mieux savoir ce qui se passe à l'intérieur de son propre corps ?

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/
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    • Livres 2.00/5
    Par Bunee, le 24 février 2009

    Bunee
    Une série de très beaux récits, très (trop, peut être même) complexes.
    Ce recueil contient quatre nouvelles:

    Gibier d'élevage : un soldat américain noir se retrouve fait prisonnier par des paysans dans un village japonais. L'histoire est racontée sous l'angle de vue d'un petit garçon, qui est le témoin de la naissance et de l'évolution des sentiments (et ressentiments) que suscite ce prisonnier extraordinaire: peur, haine, curiosité ... le soldat est finalement traité comme un animal sauvage, un "gibier". Mais les animaux sauvages peuvent-ils faire l'objet d'élevage? Malgré l'apaisement de la situation et la naissance de liens entre le prisonnier et les habitants, on comprendra vite que non.

    Dites-nous comment survivre à notre folie : récit teinté de passage autobiographiques où l'auteur raconte comment la naissance de son fils handicapé mental a bouleversé sa vie. Et ce père va tout tenter pour tisser avec celui-ci un lien étroit, quitte à le suivre dans son "anormalité" et à se marginaliser par rapport au reste du monde. Intimiste et très touchant

    Agwîî le monstre des nuages : Alors là par contre c'est un récit d'une complexité et d'une densité absolument déroutantes pour moi, dont on pressent la beauté plus qu'on ne la saisit réellement. On voit un musicien génial qui sombre peu à peu dans un monde aux portes closes, et qui discute ... avec un nuage blanc tout droit venu du ciel. On comprend, au fur et à mesure, que ce nuage symbolise un pont, un contact, une communication avec un être aimé et disparu.

    Le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes: En dépit de tous les avis contraires de ses médecin, un homme est persuadé de mourir, rongé par un cancer. A travers cette agonie imaginaire, il revisite sa relation avec son père absent
    C'est un livre qui gagne énormément à être relu
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par michelekastner, le 31 mars 2012

    michelekastner
    Quatre nouvelles autour du thème de l'anormalité, du rejet, de la difficulté de vivre, de la souffrance par un écrivain traumatisé par la guerre et la naissance d'un fils handicapé mental. Un univers sombre, sans espoir déroutant et oppressant et une lecture laborieuse par moments.
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    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 09 août 2011

    johaylex
    La personne qui m'avait conseillé de lire ce recueil de nouvelles est dans les auteurs de ma bibliothèque et je pense à elle.
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Citations et extraits

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  • Par le_Bison, le 16 mars 2012

    A l’approche de la naissance de son fils, tout son corps avait été parcouru d’étranges spasmes dus à l’attente et à l’anxiété, au point qu’il ne pouvait rester une minute tranquille. A y repenser depuis, il avait le sentiment d’avoir compté sur la venue eu monde de se fils pour commencer une nouvelle vie, soustraite à l’influence de l’ombre de son père mort. Mais quand, très amaigri alors, il avait questionné fébrilement le docteur à sa sortie de la salle d’accouchement, l’autre lui avait répondu d’une voix neutre :
    « Ton petit présente une grave anomalie. Même si on l’opère, je crains qu’il ne meure ou qu’il ne reste idiot - l’un ou l’autre. »
    A cet instant, quelque chose en lui s’était brisée, irréparablement. Puis la présence de ce bébé voué à mourir ou à rester idiot avait très vite colmaté la fracture, comme le cancer s’installe à la place des cellules détruites et continue à proliférer.
    [...]
    Au jour limite pour déclarer le nouveau-né, il s’était rendu à la mairie de son quartier, où l’employée lui avait demandé quel prénom il voulait donner à l’enfant ; mais il n’avait encore aucunement réfléchi à la question. A ce moment l’opération était en cours, et l’enfant allait être sommé de choisir entre la mort et l’imbécillité : une telle existence mériterait-elle de recevoir un prénom ?
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    Citation de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par le_Bison, le 18 mars 2012

    Quand il avait commencé à s’apercevoir que le cancer se développant dans la cavité de son corps avec l’exubérance du malt en fermentation, il avait pris conscience qu’il se libérait peu à peu de toutes ses entraves, par le seul jeu de la nature et de son pouvoir. Et pour cela il n’avait nul besoin de se forcer à accumuler refus sur refus ; il lui suffisait de rester tranquillement allongé : même pendant son sommeil, le cancer qui l’habitait et lui ouvrait la voie de la liberté poursuivait imperturbablement sa croissance. Souvent, lorsque sa tête était brûlante de fièvre, non seulement ce qui, de la réalité, entrait dans le champ de son regard, mais aussi les formes créées par son imagination, lui apparaissaient comme voilés de brume, dans un espace au sein duquel son cancer prenait l’aspect d’hyacinthes ou de chrysanthèmes jaunes dont une faible lueur violette baignait les corolles épanouies. Dans ces moments-là et jusqu’à ce que la fatigue atteignît le centre de son cerveau, il respirait avec une concentration particulière et, rassemblant dans ses narines toutes ses puissances de sensation, il s’efforçait de percevoir l’odeur d’hyacinthe ou de chrysanthème de son cancer.
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  • Par michelekastner, le 31 mars 2012

    Actuellement, je ne vis plus dans la sphère du "présent" ; du moins pas consciemment. Tu connais la règle du jeu impliquée par un voyage dans le passé en machine à remonter le temps ? Non ? Eh bien! Suppose un homme parti en voyage dans le monde d'il y a dix mille ans. Dans ce monde-là, il ne peut rien faire, rien du tout, qui soit de nature à laisser des traces. Parce que d'une part il n'existe pas dans le vrai "temps" d'il y a dix mille ans ; et que d'autre part, s'il y faisait quoi que ce soit qui laisse des traces, toute l'histoire des dix mille dernières années en serait, d'une façon infime, certes, mais néanmoins indubitablement, gauchie. Pour moi, étant donné que je ne vis pas dans le "temps" actuel, je n'ai pas le droit d'y laisser derrière moi la moindre trace.
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Vidéo de Kenzaburo Oé

La grande librairie 15/03/2012 sur France 5 de François Busnel, Kenzaburô Ôé parle de son nouveau livre "Notes de Hiroshima"
Kenzaburô Ôé est né en 1935 dans l'île de Shikoku, au sud-ouest du Japon. Il reçoit à 23 ans le prix Akutagawa pour son récit Gibier d'élevage. Son œuvre, composée de romans, de nouvelles et d'essais, le place au tout premier rang de la scène littéraire japonaise et est récompensée en 1989 par le prix Europalia. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1994. Ecrivain original qui rejette le système de valeurs d'une société aux pouvoirs centralisés et reflète les interrogations et les inquiétudes de la génération de l'après-guerre, il incarne la crise de conscience d'un pays emporté dans le matérialisme.








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