UNE AFFAIRE PERSONNELLE
Kenzaburo Oé
Stock
Bird a vingt-sept ans. Il est répétiteur d'anglais dans une boîte à bac.
Sa femme vient d'enfanter un bébé à l'aspect monstrueux qui a une hernie cérébrale. le nouveau-né est embarqué à l'hôpital où Bird espère qu'il mourra.
Pendant que la mère convalescente, à qui l'on cache la malformation de son fils, reste à la clinique, Bird erre dans la ville, se bat, se saoule, perd son travail puis va retrouver son amie Himiko qui l'initie aux plaisirs de la chair.
UNE AFFAIRE PERSONNELLE est un livre sur la fuite en avant d'un homme qui refuse de voir la réalité et de grandir, mais aussi sur le sens des responsabilités de chacun.
Bird est passionné par le continent africain, il l'envisage comme l'espace de tous les possibles, à la fois terre d'exil et paradis. Au début du roman, il achète deux cartes routières africaines pour planifier son voyage vers cet Ailleurs qu'il idéalise.
L'argent qu'il a économisé pendant plusieurs années doit désormais couvrir les frais d'opération de son fils.
Il traine la monstruosité de son enfant à la façon d'un boulet duquel il ne peut se détacher. Non seulement le monstre l'empêche de partir en Afrique, donc de se réaliser car il devra assumer ses responsabilités familiales, mais en plus il lui vole, à cause des frais qu'engendre l'intervention chirurgicale, les 30000 yens qui devaient le libérer de sa petite vie médiocre.
Le livre se lit facilement, certains passages sont même captivants - les plus réussis étant ceux qui le confrontent à Himiko -, néanmoins le suspens a du mal à tenir dans la durée.
La façon dont l'auteur sonde l'âme humaine, a quelque chose de convenu, de rigide, d'artificiel.
A part la mention faite au kimono de la belle-mère de Bird ainsi que les rares noms évoqués, les personnages évoluent dans un monde complètement occidentalisé, américanisé - le personnage principal s'appelle Bird, il boit du whisky, son amie roule en MG, etc. - ; point d'exotisme ici !
L'espace-temps n'a pas une importance capitale dans le roman, en revanche
Kenzaburo Oé décrit des ambiances singulières liées à des lieux précis - l'obscurité de la maison de Himiko, l'hôpital, etc. -.
L'aspect moralisateur du récit agace rapidement. On a l'impression que Bird ne peut trouver la réponse à son problème cornélien qu'à travers un choix vertueux, en se sacrifiant, c'est d'ailleurs ainsi qu'il devient homme.
Laisser mourir l'enfant, dont on ne sait pas s'il vivra normalement, devient impensable, monstrueux ; dès lors Oé présente le personnage de Bird comme le véritable monstre : un être égoïste, immature, futile. Il doit en quelque sorte faire abstraction de ce qu'il est, de ce qu'il désire afin de choisir une petite vie médiocre, un statut de petit-bourgeois pour exister, trouver sa place dans la société ; il se soumet au poids des conventions. En cela, le livre expose un choix à la fois moral et sociétal qui surprend à notre époque et nous choque. du coup cette « affaire » devient tout sauf « personnelle », la non-alternative de l'auteur est très manichéenne.
La version française que proposent les éditions Stock est une traduction du texte anglais et non du texte original écrit en japonais !!! On s'éloigne ainsi de la version de
Kenzaburo Oé ; nous lisons par conséquent davantage une adaptation qu'une traduction. Rappelons que le texte date de 1965 et que son adaptation au français n'a pas été modifié depuis 1968, curieux désintérêt de l'édition française envers le texte du Prix Nobel de Littérature 1994 !
La lecture de
UNE AFFAIRE PERSONNELLE est une véritable déception. On présente souvent ce roman comme la pièce majeure de l'œuvre du japonais
Kenzaburo Oé. le texte est souvent inconsistant - est-ce du à la distance avec le texte original ? - ; de même le parti-pris sermonnaire et moraliste de l'auteur dessert le récit, le rendant même réactionnaire sur bien des aspects.
Un rendez-vous littéraire manqué !
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