> Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)
> Yukari Kometani (Traducteur)

ISBN : 274279154X
Éditeur : Actes Sud (2010)


Note moyenne : 3.8/5 (sur 35 notes) Ajouter à mes livres
Blessée par l'infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et se réfugie dans un chalet en pleine forêt où elle tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Non loin, dans un autre chalet, s'est installé Nitta, un ancien pianiste de... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (17)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 14 mai 2012

    caro64
    Au centre de ce roman de Yoko Ogawa, un clavecin qui cristallise toutes les passions, même les plus secrètes.
    C'est un bien étrange trio qui gravite autour de cet instrument. Rukiko, la narratrice, calligraphe, fuit un mari violent et infidèle, et se réfugie dans le chalet familial pour essayer de se ressourcer et de faire le vide autour d'elle. Une nuit de tempête qui la prive d'électricité, elle fait la connaissance de Kaoru, une très jeune femme, assistante de Nitta, ancien pianiste reconverti dans la fabrication de clavecins. Tous les deux habitent une cabane dans la montagne en compagnie de leur vieux chien sourd, isolés du reste du monde. Très vite, Ruriko sympathise avec eux, mais rapidement le trouble s'installe. Ses sentiments envers le musicien évoluent peu à peu et se teintent d'une violence feutrée mais bien réelle.
    Quoi de plus banal, à première vue, que cette amitié qui se mue en désir, à peine contrarié par une tierce personne ? C'est oublier qu'Ogawa est vraiment très douée dans la description minutieuse des sentiments. Elle excelle, à partir d'une situation classique, voire familière, dans l'art de distiller la peur, l'inquiétude, le doute. Les mots sont simples, pourtant, et les phrases courtes. Et cependant la tension monte, palpable. Un clavecin que l'on fabrique amoureusement, un autre que l'on détruit violemment symbolisent la passion qui habite ses trois personnages. Passion amoureuse, mais aussi passion que l'on voue à son art : l'amour charnel est-il plus fort qu'un désir platonique ? Jouer de la musique pour quelqu'un est-il plus érotique que de lui faire l'amour ? La romancière se garde bien de répondre de manière tranchée à ses questions. Elle ne fait que suggérer, liant la violence des sentiments à la description d'un paysage tourmenté.
    Mélancolique et cruelle, à l'image de la pièce pour clavecin de Rameau qui donne son titre au roman, la petite musique de l'auteur à mille lieues d'un esthétisme "japonisant", nous fait ressentir tout ce qui fait la richesse de l'amour. Avec cette impression, accentuée par le chant du clavecin, que les secrets de l'autre resteront à jamais voilés. Pour mieux, peut-être, les imaginer. Un beau livre, simple, et doux.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 31 janvier 2011

    Lune
    Insidieusement, un rythme s'est imposé à ma lecture. Je lis très rapidement mais c'est à partir du moment où j'ai accepté que le souffle de cette écriture s'installe que j'ai pu m'y intégrer, le quitter en le laissant flotter en moi, y retourner et partir. Il y a une magie dans ces mots : celle, en quelques phrases, de vous transposer dans les lieux et de vous permettre de vous y poser avec l'héroïne. Tenter de comprendre avec elle cette descente en jalousie. Vouloir tout posséder chez l'être aimé, ne supporter aucun partage, c'est entrer dans la spirale du conflit et de la souffrance. Yôko Ogawa nous en montre les affres que subit l'héroïne Ruriko qui, blessée dans sa relation maritale, voudrait l'absolu. Il y Nitta, pianiste aux rides expressives, ayant renoncé à une carrière prometteuse pour des raisons obscures que son inconscient exprime mal, mystérieux homme d'apparence sereine qui intrigue et dont Ruriko ne manquera pas de tomber amoureuse. Amour "réel"? Métaphore de ce que pourrait être l'amour? Désespérance de la solitude, de l'humiliation subie auprès de son mari? Tout lui parle : les gestes, les doigts, les rares paroles, les non-dits, la rivalité en la personne de Kaoru, l'assistante du facteur de clavecin qu'est devenu Nitta. Kaoru plus qu'observée, épiée, enviée : Nitta joue pour elle "Les tendres plaintes" de Rameau, lui qui se refusait à interpréter en public. Plus que n'importe quel geste de tendresse, plus que la chair, Ruriko ne supportera pas cette offrande particulière dont Kaoru est seule bénéficiaire. Chaque personnage a ses propres douleurs qui le font et le défont. le trio (si pas le quatuor) sans se déchirer restera un duo, ( le clavecin), et une femme seule en proie aux blessures de la jalousie dans laquelle elle dérive. Il y a des descriptions magistrales de la construction d'un clavecin, nous pénétrons dans un monde peu connu, ses exigences, ses rêves et ses perfections rigoureuses. La calligraphie que pratique Ruriko tient aussi une place prépondérante puisque la signature qu'elle offre au luthier pour le dernier clavecin qu'elle voit construire est symbolique de la place qu'elle aurait aimé occuper mais que Ruriko conservera : il est des mondes dans lesquels on ne pénètre jamais pleinement. La fin du livre peut être désarçonnante pour certains. J'aime l'interpréter comme "Les tendres plaintes" de l'être humain dont tout est plus fugitif que ce qu'il voudrait croire.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Tampopo, le 06 mai 2011

    Tampopo
    Une chose est sûre, il règne sur ce roman une atmosphère étrange et particulièrement envoûtante. La forêt semble ensorceler les protagonistes de l'histoire, c'est comme si elle était dotée d'une volonté propre et qu'elle voulait garder pour elle seule les personnages de ce roman et ne plus jamais les laisser repartir.
    C'est ce glissement narratif vers le fantastique qui m'a réellement fasciné dans ce roman et qui lui donne, à mon sens, un supplément d'âme.
    Même si l'auteur nous révèle par bribes le passé de l'héroïne, la violence de son mari, l'existence d'une maîtresse, l'impossibilité de concevoir un enfant… le cœur de cette histoire c'est bien la relation qui se tisse au fil des saisons entre les trois protagonistes : Ruriko aime Nitta dont le sort est indéfectiblement lié à celui de Kaoru, l'équation amoureuse semble insoluble !
    Au contact de Nitta et de Kaoru, Ruriko va révéler autant sa sensibilité artistique que sa force de caractère, tant et si bien que le lecteur en vient parfois à oublier son passé de femme battue et humiliée. Grâce au regard bienveillant que posent sur elle ses nouveaux amis, Ruriko va peu à peu se relever et à reprendre foi en la vie et, comme un clavecin désaccordé, se remettre à sonner juste.
    J'ai découvert en Yoko Agawa une excellente romancière, son écriture très fine m'a définitivement séduite et je poursuis ma découverte avec un autre de ses romans.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Hebephrenie, le 14 janvier 2011

    Hebephrenie
    Dans ce roman "musical", Yoko Ogawa décrit par petites touches les sentiments affectant ses trois personnes principaux. Ruriko, jeune femme sortie des griffes d'un mari violent et volage s'étant réfugiée dans le chalet de son enfance, rencontre Nitta, facteur de clavecins, homme plein de force et de regrets. Et puis il y a Kaoru, l'assistante de Nitta, dont l'amitié aidera Ruriko à se reconstruire, avant de laisser place à une jalousie impossible...
    Ogawa nous montre avec perspicacité les différentes formes que l'amour peut prendre, du charnel au plus pur spirituel, au vide qu'un mariage raté laisse également. Les relations difficile qui se tissent entre le gens, la reconstruction après les drames, la violence parfois du quotidien. Et tout cela dans un Japon arboré, retiré, nivéal.
    Un roman qui nous offre une belle mise en abyme de l'art en général, puisque tout le style d'Ogawa est calqué sur les sonorités musicales (Les tendres plaintes de Jean-Phillipe Rameau, oeuvre pour violon de Tchaïkovsky), mais aussi sur l'art de la calligaphie (occidentale, oui oui...).
    Un roman envoutant, doucement nostalgique. Un roman vrai sur la vie.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par kathel, le 25 juin 2011

    kathel
    Paru chez Actes Sud en 2010, ce roman a été publié au Japon en 1996, ce qui n'en fait pas le dernier des romans de Yoko Ogawa, loin de là… Tout cela pour dire, que même si j'ai lu pas mal de ses livres, comme ils ne paraissent pas dans l'ordre chez nous, il est inutile que j'essaye de trouver une évolution dans ses thèmes de prédilection. Dans ce roman, il est question de musique, de nature, de sentiments… Ruriko a quitté la ville et un mari infidèle et brutal, pour retrouver un chalet de famille où elle allait en vacances, enfant. Elle profite du calme et de la solitude pour travailler à son ouvrage de calligraphie occidentale. Quelques rares personnes rompent cet isolement, et parmi eux un facteur de clavecin et son apprentie. Un homme, deux femmes, les relations sentimentales deviennent à la fois très simples et très compliquées, d'autant que la musique vient s'immiscer dans les émotions qu'ils éprouvent.
    Dès le début, j'ai trouvé plaisir au style concis et poétique à la fois, aux petites phrases sibyllines… Seule Ruriko m'a parfois arraché quelques soupirs d'agacement, avec ses comportements quelque peu infantiles pour une femme qui a déjà vécu des choses difficiles, mais on peut comprendre cette façon comme une autre de faire montre d'une jalousie envahissante. Bref, je me suis laissée porter par cette mélodie jusqu'au bout, sans aucune fausse note.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (4 votes positifs)

> voir toutes (13)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par caro64, le 14 mai 2012

    Sans hésiter, systématiquement, Nitta a détruit le clavecin. Il levait haut la hache en esquissant un arc, et après avoir rassemblé ses forces la faisait retomber d'un coup. Les courbes parfaites et les délicats motifs dorés furent aussitôt réduits en morceaux. Les charnières du couvercle ont sauté, la table d'harmonie s'est fendue et le clavier s'est brisé.
    Face à cette silhouette tragique de quelque chose qu'il aimait, son expression n'était ni triste ni douloureuse. Ses yeux avaient le calme d'un lac profond, exactement comme celui où nous aurions dû nous rendre ce matin.
    A l'inverse, son corps se débattait furieusement. Ses mains qui dans son atelier avaient raboté des pièces avec tant de soin, ses mains qui avaient soigné mes pieds avec tant de tendresse servaient maintenant à détruire. Même Kaoru ne pouvait pas l'en empêcher.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par caro64, le 14 mai 2012

    Il a tendu un sautereau en direction de mes yeux. Sa main s'est approchée en même temps. Une grosse main pleine d'éraflures. Tannée, épaisse et sale.
    Il me montrait le sautereau, mais sa main avait plus de signification à mes yeux. Il a fait résonner avec le majeur le bec taillé dans la tige d'une plume. Ping, ping, un son discret. Pour bien l'entendre, j'ai approché encore plus mon visage. J'eus l'impression de ressentir au bout de mes lèvres la température de son corps.
    - Touchez-le pour voir, me dit-il.
    Sans réticence, il s'apprêtait à me conduire vers l'endroit le plus inaccessible du clavecin. Un endroit, la veille encore, complètement inconnu de moi.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par lostinbooks, le 21 septembre 2010

    C’étaient les "Tendres Plaintes". Le premier morceau que j’avais entendu. Kaoru l’avait joué et Nitta m’avait appris son titre ; ce même morceau, c’était lui qui le jouait maintenant. Ses doigts frappaient le clavier et de son corps émanait une atmosphère qu’il n’avait jamais dégagée pour moi. Différente de lorsqu’il se trouvait dans l’atelier ou sur le lit. Ses doigts se déplaçaient avec élégance, ses oreilles à l’écoute du son, ses yeux au lointain. Tout était empreint à la fois d’une grâce mystérieuse et d’une aisance libérées après si longtemps. Les "Tendres Plaintes" arrivaient à l’endroit le plus impressionnant. Sa main droit flotta dans l’espace pour aller saisir l’extrémité du clavier avant de se rappocher à nouveau de la main gauche. Le lac dessiné sur le couvercle, de la même couleur que la lumière, brillait dans l’obscurité. Je ne voyais pas très bien le profil de Kaoru en contre-jour, mais à l’expression de sa main posée sur le dossier, je sentais qu’elle était heureuse
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Hebephrenie, le 13 janvier 2011

    La moindre chose a une forme absolue qui soutient son existence. Une forme existentielle accordée par le ciel. Le seul moyen pour moi est d'en suivre le contour avec sincérité. [...] Mais de temps en temps je ne vois plus la forme. Les contours s'estompent, les prises disparaissent et je suis assailli par l'angoisse. Alors qu'il s'agit d'une forme franche, malgré tous mes efforts je n'arrive pas à la tracer. il y a toujours un endroit quelque part qui dépasse, quelque chose de flou et qui ne s'harmonise pas bien.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par nadejda, le 16 février 2011

    Une libellule venue de nulle part volait au ras de l'eau à la hauteur limite qui lui permettait de ne pas mouiller ses ailes. Un couple de papillons jaune la suivait de près. Un jaune concentré au point de donner le vertige.
    ... Il a ramassé un caillou qu'il a lancé en direction de l'eau. Le caillou a lentement décrit une courbe avant de retomber. Un petit anneau de jade s'est formé qui a aussitôt disparu. Alors qu'il n'avait pas fait de bruit, les papillons surpris se sont cachés dans les buissons.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Les tendres plaintes par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (64)

  • Ils sont en train de le lire (1)

> voir plus

Quiz