Arnljótur, un jeune homme de 22 ans, décide de quitter le cocon douillet du foyer paternel où il vivait aux côté de Jósef, son frère jumeau autiste. Sa mère est tragiquement décédée dans un accident de voiture. Elle lui a légué un héritage, celui de l'horticulture et notamment de la culture d'une magnifique rose à huit pétales. Il s'exile loin de la terre d'accueil paternelle dans un monastère qui abrite une roseraie réputée. Malgré son exil, ses responsabilités se rappellent à lui.
J'ai lu ce livre dans le cadre du Prix littéraire des lecteurs Angevins et des Inter-CE 2011. J'avais beaucoup entendu parler de ce roman islandais. Il m'a semblé plutôt inégal : j'ai beaucoup aimé les deux premiers tiers et me suis beaucoup ennuyée au dernier tiers. L'écriture est simple, les phrases sont concrètes. Si cet aspect séduit de prime abord, le côté prosaïque des faits narrés peut lasser au final.
Je me suis beaucoup attachée au début au narrateur, le jeune Arnljótur. Sa naïveté, sa candeur campent un sympathique personnage. Il découvre la vie loin de ses parents : de son père tout d'abord dont il quitte le foyer douillet, même s'il l'appelle très souvent ; de sa mère ensuite, par la force des choses : elle est décédée brutalement dans un accident de la route et l'a appelé juste avant de mourir. Il découvre ses responsabilités, notamment celle de père. Son aventure avec Anna semble peu crédible ; malgré cela, j'ai adhéré à ce fil conducteur. J'ai beaucoup aimé la tendresse d'Arnljótur pour sa petite fille. Les sentiments affleurent dans ce roman.
J'ai aimé les explications d'horticulture que donne le narrateur aux moines du monastère où il est accueilli. Cela donne sens au titre du roman :
- Rose à huit pétales ; ce sont huit pétales soudés au fond de la corolle et puis deux fois huit autres à l'extérieur, vingt-quatre pétales en tout, en trois rangs qui forment le bouton, presque toujours humide de rosée, dis-je en guise d'explication. C'est exact qu'elle est apparentée à
Rosa candida, à ceci près qu'elle n'est pas blanche. Il s'agit d'une souche plus robuste, probablement le seul spécimen au monde, dis-je. Bien que j'aie parcouru d'innombrables livres sur les roses, je n'ai encore jamais trouvé de variété comparable (p. 161).
J'ai également apprécié un certain sens de l'humour chez l'auteur, perceptible dans cette phrase :
Lorsque la sage-femme fut partie et qu'Anna se fut endormie pour la nuit, je tirai le berceau de plexiglas jusqu'au canapé et me penchai au-dessus pour regarder la toute petite. J'étais seul avec elle. Elle était éveillée et me regardait aussi. L'incarnation de ma négligence en matière de contraception me regardait en face (p. 125).
Mais le dernier tiers du livre m'a semblé ennuyeux : l'auteur accumule les détails prosaïques, décrivant les tourments culinaires du narrateur : on y apprend de nombreuses façons d'accommoder les plats, mais on s'ennuie beaucoup tant l'action est réduite à néant. La relation avec Anna se transforme, mais on n'y croit plus guère.
Un livre en demi-teinte, un peu décevant, que des adolescents pourraient apprécier. Un roman un peu trop long (plus de 300 pages) qui nous fait réfléchir sur les vertus initiatiques du voyage et la paternité.