ISBN : 2718607912
Éditeur : Galilée (2009)


Note moyenne : 2.5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Charlotte Corday incarne le refus d'une gauche de ressentiment qui jouit de l'occasion offerte par 1789 pour donner libre cours à sa haine, ses jalousies, ses envies. Elle qui a lu Plutarque et Corneille, son ancêtre, elle ne se contente pas de pérorer dans un temps où ... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 1.00/5
    Par annie, le 20 juin 2009

    annie
    André Chénier est l'auteur de ce poème, en l'honneur de Charlotte Corday :
    ODE À MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY
    Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
    Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
    Consacrent leur Marat parmi les immortels ;
    Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
    Des fanges du Parnasse, un impudent reptile
    Vomit un hymne infâme au pied de ses autels;
    La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
    Des liens de la peur sa langue embarrassée
    Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
    Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
    Quand sous un joug honteux la pensée asservie,
    Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
    Non, non, je ne veux point t'honorer en silence,
    Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
    Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
    Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
    Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
    Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
    Le noir serpent sorti de sa caverne impure,
    A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
    Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
    Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
    Tu vins redemander et les membres livides,
    Et le sang des humains qu'il avait dévorés !
    Son œil mourant t'a vue, en ta superbe joie,
    Féliciter ton bras, et contempler ta proie.
    Ton regard lui disait : « Va, tyran furieux,
    Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
    Te baigner dans le sang fut tes seules délices;
    Baigne-toi dans le tien et reconnais tes Dieux. »
    La Grèce, ô fille illustre, admirant ton courage,
    Épuiserait Paros, pour placer ton image
    Auprès d'Harmodios, auprès de son ami ;
    Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,
    Chanteraient Némésis, la tardive Déesse,
    Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
    Mais la France à la hache abandonne ta tête,
    C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête,
    Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.
    Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche,
    Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,
    Crut te faire pâlir aux menaces de mort !
    C'est lui qui dut pâlir ; et tes juges sinistres,
    Et notre affreux sénat, et ses affreux ministres,
    Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui,
    Ta douceur, ton langage et simple et magnanime,
    Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime,
    Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
    Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable,
    Dans ses détours profonds ton âme impénétrable
    Avait tenu cachés les destins du pervers.
    Ainsi, dans le secret amassant la tempête,
    Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête
    À foudroyer les monts, et soulever les mers.
    Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
    Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée,
    Ton front resta paisible, et ton regard serein.
    Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage
    D'un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
    Et qui se croit alors et libre et souverain.
    La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
    Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire,
    Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
    Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
    Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
    Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
    Non ; tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France
    Un seul traître immolé suffit à sa vengeance,
    Ou tirât du chaos ses débris dispersés.
    Tu voulais, enflammant les courages timides,
    Réveiller les poignards sur tous ces parricides,
    De rapine, de sang, d'infamie engraissés.
    Un scélérat de moins rampe dans cette fange.
    La vertu t'applaudit. De sa mâle louange
    Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix.
    Ô vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
    Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre
    Laisse régner le crime, et te vend à ses lois !
    André Chénier est, lui aussi, guillotiné, le 7 thermidor an II (25 juillet 1794).


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    • Livres 1.00/5
    Par annie, le 20 juin 2009

    annie
    Quant à Jules Michelet, voici le récit qu'il fit dans son Histoire de la Révolution française :
    « Au moment où Charlotte Corday monta sur la charrette, où la foule, animée de deux fanatismes contraires, de fureur ou d'admiration, vit sortir de la basse arcade de la Conciergerie la belle et splendide victime dans son manteau rouge, la nature sembla s'associer à la passion humaine, un violent orage éclata sur Paris. Il dura peu, sembla fuir devant elle, quand elle apparut au Pont-Neuf et qu'elle avançait lentement par la rue Saint-Honoré. le soleil revint haut et fort ; il n'était pas sept heures du soir (19 juillet). Les reflets de l'étoffe rouge relevaient d'une manière étrange et toute fantastique l'effet de son teint, de ses yeux.
    On assure que Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, se placèrent sur son passage et la regardèrent. Paisible image, mais d'autant plus terrible, de la Némésis révolutionnaire, elle troublait les cœurs, les laissait pleins d'étonnement.
    Les observateurs sérieux qui la suivirent jusqu'aux derniers moments, gens de lettres, médecins, furent frappés d'une chose rare : les condamnés les plus fermes se soutenaient par l'animation, soit par des chants patriotiques, soit par un appel redoutable qu'ils lançaient à leurs ennemis. Elle montra un calme parfait, parmi les cris de la foule, une sérénité grave et simple ; elle arriva à la place dans une majesté singulière, et comme transformée dans l'auréole du couchant.
    Un médecin qui ne la perdait pas de vue dit qu'elle lui sembla un moment pâle, quand elle aperçut le couteau. Mais ses couleurs revinrent, elle monta d'un pas ferme. La jeune fille reparut en elle au moment où le bourreau lui arracha son fichu ; sa pudeur en souffrit, elle abrégea, avançant elle-même au-devant de la mort.
    Au moment où la tête tomba, un charpentier maratiste, qui servait d'aide au bourreau, l'empoigna brutalement, et, la montrant au peuple, eut la férocité indigne de la souffleter. Un frisson d'horreur, un murmure parcourut la place. On crut voir la tête rougir. Simple effet d'optique peut-être ; la foule, troublée à ce moment, avait dans les yeux les rouges rayons du soleil qui perçait les arbres des Champs-Élysées.
    La Commune de Paris et le tribunal donnèrent satisfaction au sentiment public, en mettant l'homme en prison. »


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