Note moyenne : 3/5 (sur 4 notes)
Quand l'empereurétait un dieu2Ajouter à mes livres
Empruntant largement à l'histoire de ses grands-parents, déportés comme des centaines de milliers de citoyens américains d'origine japonaise, après l'attaque de Pearl Harbour, Julie Otsuka retrace le destin d'une paisible famille de Berkeley. Dans ce climat de psychose ... > voir plus
Un petit bouquin obligatoire pour prendre connaissance d'une sombre page de l'histoire US : après Pearl Harbor, tous les américains d'origine nippone sont évacués dans des zones de regroupement, bref en d'autres termes, déportés dans des camps de concentration.
D'une voix blanche, Julie Otsuka nous conte l'horreur tranquille vécue par ses grands-parents.
Presque sans émotion, elle décrit le quotidien le plus banal. le plus terrible.
Derrière un style d'apparence glaciale, couve l'émotion.
Alors, pour ne pas rester aveugle, il faut lire ce petit bouquin qui cache sous son écriture d'apparence froide et placide, un véritable réquisitoire.
Une belle histoire humaine aussi.
Lecture jeune, n°128 - L’histoire de Quand l’empereur était un dieu se déroule aux États-Unis en 1942. Le gouvernement américain considère les Japonais comme des ennemis potentiels et la plupart sont arrêtés et conduits dans des camps. À travers ce roman, nous suivons une famille japonaise dont le destin est brusquement bouleversé par les épreuves qui lui sont infligées. Le père étant déjà déporté vers le Nouveau-Mexique, la mère et leurs deux enfants prennent le train de la honte qui les conduit dans le désert de l’Utah. Les rideaux sont tirés pour éviter la lapidation.
La narration se focalise tantôt sur les enfants, tantôt sur la mère. Le garçon âgé de 7 ans souffre de l’absence de son père, la jeune fille de 10 ans perd ses repères et la mère se désintéresse de tout. À la fin de la guerre, le père devenu un vieillard ne pourra plus réintégrer la société. Les personnages ne portent pas de nom, l’anonymat renforce ainsi la déshumanisation et l’injustice dont ils sont victimes. L’auteur retrace la douloureuse histoire de ses grands-parents. Elle permet de découvrir un épisode honteux et méconnu de l’histoire américaine.
une lettre à son père
[...] «Papa, il y a pas mal de soleil ici aussi, dans l'Utah. La nourriture n'est pas trop mauvaise et nous avons du lait tous les jours. À la cantine, nous faisons la collecte des clous pour l'oncle Sam. Hier, mon cerf-volant est resté coincé sur la clôture».
Les règles concernant la clôture étaient simples : interdiction de passer par-dessus, interdiction de passer par-dessous, interdiction de passer autour, interdictionde passer au travers.
Et si votre cerf-volant restait coincé dessus ?
Là, c'était encore plus simple : on devait l'abandonner.
Il y avait également des règles concernant le langage : Ici, on dit «salle à manger» et non «cantine», «conseil de sûreté» et non «police interne», «résidants» et non «évacués», enfin et surtout «climat mental» et non «moral».
Il y avait des règles concernant la nourriture : il était interdit de se resservir, sauf du lait et du pain.
Et concernant les livres : pas de livres en japonais.
Il y avait aussi des règles concernant la religion : pas de shintoïstes, avec leur culte de l'empereur.
[...] Au début de l'automne, les grandes exploitations agricoles envoyèrent des agents de recrutement et le Service du transfert des populations autorisa de nombreux jeunes gens - hommes et femmes - à aller aider aux travaux des récoltes. [...] D'aucuns [...] revinrent avec les mêmes chaussures qu'ils portaient à leur départ, jurant que plus jamais ils ne quitteraient le camp. Ils racontaient qu'on leur avait tiré dessus, craché dessus, refusé l'entrée au restaurant du coin, au cinéma, au magasin de nouveautés. Ils expliquaient que, partout où ils étaient allés, ils avaient vu la même pancarte en vitrine : INTERDIT AUX JAPS. La vie était plus simple de ce côté-ci de la barrière, concluaient-ils.
[...] À la tombée du jour, alors que le soleil virait au rouge sang, sa soeur l'entraînait à la lilmite des baraquements pour aller admirer le coucher de soleil sur les montagnes. «Regarde, détourne les yeux. Regarde, détourne les yeux.» C'était ainsi qu'il convenait d'observer le soleil, lui apprit-elle. Si on le fixait trop longtemps du regard, on devenait aveugle.