Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Sophie Benech (Traducteur)

ISBN : 2070404269
Éditeur : Gallimard (1998)


Note moyenne : 3.49/5 (sur 75 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C'est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu'elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. Avec Robert et, bientôt, leur ... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (17)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

  • Par emmyne, le 06 mars 2012

    emmyne
    Un portrait de femmes, un portrait d'époque, qui n'a rien d'une saga. Un très court roman, presque une nouvelle, une centaine de pages, une lecture bien plus dense et subtile que celle si réductrice qu'annonce cette quatrième de couverture. A travers l'existence de Sonietcha - ainsi que celle de sa fille Tania - saisie à la fois dans le quotidien et la durée, dans sa pleinitude, c'est le tableau de la Russie de Staline, la Seconde Guerre Mondiale, le régime soviétique, la difficulté à vivre, la dimension que donne l'art à la vie, la difficulté et la liberté de l'exprimer par l'art. Quand vivre devient un art. Ou devrais-je écrire, l'art de vivre ?
    Sonietchka est lectrice, femme à la fois détachée et transparente, une figure aussi pâle que lumineuse.
    " Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre. [...] Elle éludait chaque jour et à chaque instant le nécessité de vivre ces pathétiques et glapissantes années trente en menant paître son âme dans les vastes pâturages de la grande littérature russe, plongeant dans les abîmes angoissants du très suspect Dostoïevski pour émerger dans les allées ombreuses de Tourgueniev, ou dans les manoirs de province réchauffés par l'amour généreux et dénué de principes d'un Leskov qualifié on ne sait pourquoi d'écrivain de second ordre. "
    Il ne s'agit pas d'une vie par procuration mais de cette autre dimension. A travers elle, se glissent, glissent, les années de communisme, les destins en une peinture éloquente teintée de dérision.
    Le mari de Sonietchka est un apikoïre, un libre-penseur, peintre, voyageur, réprouvé par le pouvoir. de vingt ans son aîné, il revient de cinq ans d'emprisonnement. Il reprendra peu à peu goût à la vie et le pinceau malgré les prisons qui l'entourent.
    " Il y avait longtemps qu'il ne bâtissait plus de projets. le destin l'avait conduit dans des lieux si sinistres, dans l'antichambre de l'enfer, sa volonté animale de survivre était presque à bout, et les crépuscules de l'existence d'ici-bas ne lui semblaient plus si attirants... "
    " C'est ainsi que, marchant à la queue leu leu, ils arrivèrent devant l'entrée de l'immeuble où, derrière des portes s'alignant le long d'immenses couloirs, on bâtissait consciencieusement et avec compétence un art socialiste convenable rémunéré, en sortant de temps en temps sur le palier sordide d'encombrantes variantes du géant chauve de la pensée... "
    Ce sera le personnage témoin de la société soviétique, un survivant du monde d'avant, comme sa fille, double reflet, libre et excessive - " génération déchue grandie dans le dénuement. " - sera celui du monde à venir, comme son amie Jasia sera celui du monde présent.
    " Elle était la fille de communiste polonais ayant fui l'invasion fasciste, chacun, par la force des choses, dans une direction différente : son père vers l'ouest, et sa mère, avec son bébé, vers l'est, en Russie. Cette dernière n'avait pas réussi à se fondre dans la masse des millions d'habitants de ce gigantesque pays et avait été charitablement déportée au Kazakhstan, où elle était morte après avoir vivoté tristement pendant dix ans, sans avoir perdu ses idéaux sublimes et absurdes. Jasia s'était retrouvée dans un orphelinat; elle avait manifesté un attachement à la vie peu ordinaire en survivant dans des conditions qui semblaient spécialement conçues pour tuer le corps et l'âme d'une enfant, et s'en était sortie grâce à sa faculté de tirer le maximum d'une situation donnée. "
    Ce roman n'est pas celui de la résignation ou de l'amertume, plutôt un consentement, un contentement. Il est le roman de la vérité, d'une profondeur insoupçonnée, celle de Sonietchka, celles des vérités historiques, sociales et intimes entre les lignes. Il est vivant ce roman aux phrases incisives et ciselées, fondamentalement humain.
    Elle n'est pas émouvante cette femme, elle est belle, à l'image de ce récit, une émotion fine.


    Lien : http://www.lire-et-merveilles.fr/lectures/litterature-russe/commenta..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 15         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par EMOTION, le 24 janvier 2012

    EMOTION
    Petit ouvrage de 120 pages, à l'ecriture elegante et resignée. Une histoire plutot banale de l'après-guerre sovietique. Misère et trahisons, innocence et perfidie. Au milieu de tout cela Sonia qui ne vit que pour la lecture avant de rencontrer son futur mari, Robert, un homme largement plus agé qu'elle. Sonia et sa fille Tania, Sonia et l'amie de sa fille Jasia, Sonia et sa modestie touchante qui lui fera toujours penser qu'elle ne mérite pas le bonheur. Quand Robert partira, de même que Tania, la discrète Sonia retrouvera ses livres. La lecture comme baume pour atténuer le malheur ou comme fuite face au reel? Portrait de l'union sovietique grise et arbitraire, portrait d'êtres du quotidien qui veulent sortir la tête hors de l'eau quitte à être mesquins, portrait de l'amour des livres.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 15         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par kathy, le 26 décembre 2012

    kathy
    Dans la Russie des années 30, Sonietchka, dès son enfance, « tombe en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre ». Jusqu'au jour où, après avoir obtenu un diplôme de bibliothécaire, elle trouve un emploi dans la réserve en sous-sol d'une vieille bibliothèque.
    Un jour Robert Victorovich, artiste peintre, plus âgé qu'elle, la demande en mariage. de cette union naîtra une fille Tania.
    Ravivée à la vie, Sonietchka se consacre alors à ces deux êtres devant lesquels elle est en complète admiration. Admiration et bonheur qu'elle estime injustifiés, car elle est une jeune femme peu avantagée par son physique. Des années plus tard lorsque Robert « goûte aux plaisirs amoureux » avec Jasia, sa maîtresse-, Sonietchka éprouve enfin un certain soulagement ; heureuse qu'elle est alors de pouvoir partager ce pesant fardeau bienfaisant et enivrant avec une autre.
    Dans une très belle écriture, Ludmila Oulitskaïa nous propose dans ce court roman, un portrait de femme simple, mélancolique, altruiste, attachante MAIS heureuse malgré les vicissitudes et les mensonges de la vie.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 13         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par Chouchane, le 10 décembre 2012

    Chouchane
    Nous sommes en Russie, ce pays magnifique qui ploie sous la dictature. Sonietchka un être sans grâce et qui ne vit que par ses livres et découvre un peu par hasard le bonheur amoureux en la personne de Robert un peintre sorti des goulags et plus vieux qu'elle. Il lui donnera une fille Tania. Dès lors, la vie de Sonietchka se déroulera au service des autres, ces autres qui vivront à côté d'elle sans trop s'en soucier. Tania sa fille partira dès qu'elle le pourra suivre son amoureux, entre temps elle aura présenté son amie Jasia à son père qui en deviendra l'amant. Jasia, la maîtresse, sera pour Sonietchka comme un deuxième enfant et malgré cette situation de vaudeville cet amour sera bien rendu. Étrangement, c'est cette relation entre ces deux femmes qui est la plus émouvante. Pendant que tout ce petit monde se débat dans les affres du désir et de la survie, Sonietchka garde sa placide sérénité et entier son amour pour chacun sans s'offusquer de rien. La morale de l'histoire est sans doute que pour être heureux, il faut laisser aux autres la possibilité d'exercer leur libre-arbitre. Pour autant, il y a une sorte de mélancolie à voir ainsi passer la vie de Sonietchka qui finira dans son petit appartement seule avec ses livres et… heureuse à sa façon.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 8         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par carbcarol29, le 30 juillet 2012

    carbcarol29
    Voilà un petit roman qui se laisse lire, d'autant que l'écriture de Ludmila Oulitskaïa est savoureuse. Malgré son format assez court (une centaine de pages), je ne l'ai pas lu d'une traite car j'avoue avoir mis du temps à adopter ce personnage de Sonietchka. Je le trouvais creux au début, puis j'ai vite compris qu'il était exceptionnel, dans son amour inconditionnel pour la lecture et pour autrui. Et sa vie se déroule sous nos yeux, en l'espace d'une centaine de pages, et l'on finit par attacher de l'importance à ses mots : « Seigneur, qu'ai-je donc fait pour mériter un tel bonheur ? », d'autant que malgré les déceptions, Sonia reste heureuse. J'ai donc fini par m'attacher à Sonietchka, qui a un « nez en forme de poire » parce qu'elle a passé 20 ans de sa vie (de 7 à 27 ans) à lire presque sans discontinuer… et qui va finir sa vie le nez plongé dans la littérature… Au final, la lecture de ce livre a été une belle expérience littéraire.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la critique

> voir toutes (13)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par carbcarol29, le 28 juillet 2012

    La main toute-puissante du destin qui avait jadis désigné Sonia à Robert intervint alors dans la vie de Tania. L'objet de sa passion amoureuse était la femme de ménage de l'école, qui suivait également les cours du soir, Jasia, une jeune Polonaise de dix-huit ans au visage lisse comme un œuf fraîchement pondu. Leur amitié se noua lentement à un pupitre de l'avant-dernier rang. La vigoureuse et robuste Tania contemplait avec adoration cette fragile Jasia, transparente comme un flacon de pharmacie tout propre, et languissait de timidité.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par bibliophage, le 20 février 2009

    [...] elle comprit que ses dix-sept ans de bonheur conjugal avaient pris fin [...] "Comme c'est bien qu'il ait désormais à ses côtés cette belle jeune femme, tendre et raffinée, cet être raffiné, cet être d'exception, comme lui ! songeait Sonia. Et comme la vie est bien faite, de lui avoir envoyée sur ses vieux jours ce miracle qui l'a incité à revenir à ce qu'il y a de plus important en lui, son art..." Vidée de tout, légère, les oreilles bourdonnant d'un tintement limpide, elle entra chez elle, s'approcha de la bibliothèque, y prit un livre au hasard et s'allongea en l'ouvrant au milieu. C'était La Demoiselle paysanne de Pouchkine.
    (p.89)
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la citation

  • Par Aela, le 09 mars 2011

    Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre.
    Elle avait pour la lecture un talent peu ordinaire, peut-être même une sorte de génie.
    Целых двадцать лет, с семи до дватцати семи, Сонетчка читала почти без перерыва. Она впадала в чтение как в обморок, оканчивавшийся с последней страницей книги.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la citation

  • Par bibliophage, le 20 février 2009

    Quant à l'âme imperturbable de Sonietchka, enrobée dans son cocon de milliers de livres lus, bercée par le grondement et la fumée des mythes grecs, par la stridence hypnotique des flûtes moyenâgeuses, l'angoisse venteuse et brumeuse d'Ibsen, la pesanteur détaillée de Balzac, la musique astrale de Dante et le chant de sirène des voix pointues de Rilke et de Novalis, envoûtée par le désespoir moralisateur que les grands écrivains russes pointent vers le coeur même du ciel...
    (p.17-18)
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la citation

  • Par MonsieurTouki, le 10 mars 2013

    Elle se dressa sur son séant. Le lit grinça. Robert Victorovitch se retourna. Emergeant de l'immense chemise de nuit de Sonia pointait une petite tête blonde sur un cou trapu. La fillette se passa la langue sur les lèvres, sourit, et tira la manche de la chemise qui glissa aisément sur sa gorge par l'encolure. D'un mouvement du pied, elle fit tomber la couverture par terre, se leva, et l'immense chemise tomba sur le sol. Posant ses pieds menus d'enfant sur le plancher peint glacé, elle courut vers Robert Victorovitch, lui ôta des mains le rouleau de papier qu'il avait fini par trouver et prit sa place entre ses bras.
    "Un petit coup, si tu veux, mais vite !" déclara la petite fée pratique sans la moindre coquetterie, comme elle disait d'habitude à son bienfaiteur, le policier Malinine. Seulement là-bas, elle savait dans quel but elle faisait cela, tandis qu'ici, ce n'était ni par intérêt ni par calcul. Elle ignorait elle-même pourquoi.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
2,50 € (neuf)
0,01 € (occasion)

   

Faire découvrir Sonietchka par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (131)

> voir plus

Quiz