ISBN : 287929679X
Éditeur : Editions de l'Olivier (2009)


Note moyenne : 3.74/5 (sur 240 notes) Ajouter à mes livres
Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Sous forme de conte cruel, dans une atmosphère teintée de fantastique qui nimbe d'un voile de légèreté les histoires douloureuses de trois femmes victimes de la perversité, la violence et la lâcheté des hommes, ce livre parle de la condition féminine.
    A travers l'histoire de cette lignée de femmes condamnées à subir le même destin, l'auteur dissèque les relations des femmes avec les hommes, des mères avec leur fille ou encore avec leur petite-fille.
    D'une plume légère et poétique, non dénuée d'humour, Véronique Ovaldé s'attaque à des sujets aussi noirs que la prostitution, le viol, l'inceste, la maladie, sans pour autant tomber dans le pathos.
    C'est sur une île tropicale imaginaire saturée d'odeurs et de couleurs, et dans une ambiance étonnament sensuelle et envoûtante, qu'elle met en scène des personnages hauts en couleurs comme la belle, fière et libre Rose Bustamente, pierre angulaire de cet étrange matriarcat.
    L'héroïne du roman, la candide Véra, nourrie par l'amour et les enseignements de sa grand-mère, trouvera quant à elle le courage de quitter cette contrée délétère pour que l'enfant qu'elle porte échappe à la malédiction qui semble frapper sa famille.
    Elle y découvrira la vraie vie et y rencontrera l'amour en la personne d'un jeune journaliste, le seul homme digne de respect de ce roman.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par LiliGalipette, le 30 novembre 2009

    LiliGalipette
    Roman de Véronique Ovaldé.
    Après avoir été la meilleure prostituée de l'île de Vatapuna, Rosa Bustamente a rangé ses charmes pour devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants. L'arrivée de Jéronimo, homme au passé louche et aux capacités amoureuses défaillantes, sonne le glas de la tranquillité de Rosa. Elle tombe enceinte de Violette. L'enfant, d'abord lente et muette, grandit en devenant une terrible bavarde et une belle débauchée. C'est sans surprise qu'elle tombe enceinte à quinze ans, probablement du fils du maire. Rosa constate rapidement l'incapacité de sa fille à élever son enfant. "Rosa Bustamente fut une grand-mère formidable." (p. 74), élevant Vera Candida à grand renfort d'aphorismes et de conseils avisés. Etrange répétition de l'histoire, Vera Candida devient aussi mère à quinze ans. Décidée à échapper au sort malheureux de ses aïeules, elle quitte Vatapuna pour Lahomeria, et décide d'élever sa fille, Monica Rose, sans jamais lui révéler le nom de son père, pour effacer toute trace du passé. A Lahomeria, elle trouve refuge dans le Palais des Morues, une maison tenue par Mme Gudrun Kaufman, qui recueille les filles-mères sans foyer. Vera Candida ne veut pas qu'on la remarque, et c'est bien malgré elle qu'elle attire l'attention de Hyeronimus Itxaga, un journaliste qui dévoile le passé nazi de l'époux défunt de Mme Kaufman. Itxaga et Vera Candida vivent longtemps un amour solide qui sauve la jeune femme des démons de son passé. Mais pour Vera Candida, la route ne s'arrête que quand elle accepte de les affronter, et de revenir sur les lieux de son enfance.
    Amérique latine, terre d'exotisme, de force et de mystère. Terre de violence aussi, de hiératisme poussiéreux où tout ne change que pour revenir à l'identique. La fatalité et l'atavisme sont la norme pour Rosa et Vera Candida. Vera Candida, celle qui est vraiment blanche, porte en elle une tâche secrète dont elle ne révèle l'origine qu'à la toute fin. le personnage gagne en épaisseur à chaque page, jusqu'à devenir un personnage supra-littéraire. Dès les premières lignes qui parlent d'elle, "Vera Candida a ce genre de regard, c'est comme un muscle de son visage qui se serait crispé, une malformation congénitale, impossible d'avoir l'air doux et attendri" (p.11), le visage de Frida Kahlo s'est imposé comme représentation de ce personnage féminin hors du commun: femme superbe mais brisée, force de la nature stoppée en plein mouvement.
    J'aime que les personnages secondaires aient leur propre histoire, qu'ils dépassent leur fonction initiale d'adjuvant ou d'opposant pour mener au sein du texte une existence indépendante, pour devenir les protagonistes d'une nouvelle histoire. Itxaga est un personnage remarquablement écrit. Il est d'abord le chevalier blanc, redresseur de torts et défenseur de la liberté brandie en étendard. Il devient, l'espace de quelques pages, l'incarnation des victimes des dictatures et des systèmes répressifs. le récit qui est fait des mauvais traitements qu'on lui inflige est digne des meilleurs apologues et contes philosophiques, dans la veine du Candide de Voltaire. "Ils ramenèrent Itxaga chez lui trois jours plus tard. Il lui manquait dix dents et un doigt (l'auriculaire de la main gauche qui ne sert somme toute pas à grand-chose - parfois ils étaient plus désagréables, ils vous laissaient repartir sans pouce.) Officiellement, il avait dégringolé les escaliers des locaux de la Capa et s'était brisé le doigt sous une meule - il y avait une meule dans la cour de la Capa [...], il y avait aussi un piquet au milieu de la dite cour, et parfois vous pouviez attraper des insolations à force de rester à vous faire bronzer trop près de ce piquet. [...] Les types de la Capa avaient essayé pendant trois jours de lui mettre l'assassinat de la vieille Gudrun Kaufman sur le dos, et de lui faire signer des aveux. [...] Itxaga avait tenu bon. Tout simplement parce qu'il n'avait pas compris pendant un bon moment ce qu'on voulait lui faire avouer. Quand il avait enfin compris, il n'avait déjà plus ses dents ni son doigt, alors il s'était réfugié quelque part dans un tout petit endroit de son corps, serré en boule, et il avait attendu que ça passe. [...] La Capa avait épousseté Itxaga, lui avait présenté des excuses, donné l'adresse d'un bon dentiste, l'avait délicatement menacé pour qu'il ne porte pas plainte et l'avait fait raccompagner chez lui [...]." (p. 165 et 166) Impossible de ne pas rire jaune et crispé, surtout quand il s'agit de se justifier, un peu plus loin: "Elle lui demanda enfin comme il avait perdu son doigt. Il lui dit quelque chose comme, J'ai fait du bricolage. Elle haussa les sourcils, Et la balafre, c'est aussi le bricolage?" (p. 198)
    Avec finesse, l'auteur dévoile un autre tenant de l'histoire latino-américaine, à savoir comment le continent est devenu le refuge de certains officiers nazis à la fin du second conflit mondial. Cet aspect historique ancre le récit dans une réalité que l'on a, par ailleurs, bien du mal à fixer, tant le sujet de l'histoire tend à se confondre avec l'universel. Que lit-on ici, si ce n'est l'histoire de la femme en général, de son enfance à sa mort? Que lit-on, si ce n'est l'éternelle et désespérante marche du monde? Thème déjà bien éculé, mais l'auteure fait preuve de génie en déclinant le personnage féminin a travers des trois âges qui le compose. Violette a peu d'importance, elle est un maillon obligatoire mais éphémère, la jeunesse fugace dont on ne sait que faire. Vera Candida en femme accomplie et Rosa en vieille avertie sont des incarnations sublimes des deux plus importantes facettes de la vie des femmes.
    Le récit file à toute allure. Ebouriffant, le texte sait aussi être impertinent à force d'effets dilatoires. le prologue/épilogue rend avide, immédiatement. Et le titre? Qui sait quoi de Vera Candida? Qui donc nous raconte cette histoire? Où est le narrateur? Est-ce l'auteure, humblement qui nous livre sa création en l'état, non achevée? Est-ce un biographe anonyme qui a retourné le passé? Est-ce moi, lectrice, qui glâne au fil des pages des indices et des semi-vérités? Voilà bien le premier et le dernier mystère de ce livre étourdissant.
    J'adresse un grand merci au site qui m'a offert ce livre et qui m'a fait découvrir une auteure dont j'espère entendre très vite reparler! En attendant, je vais mettre la main sur Les hommes en général me plaisent beaucoup et Et mon coeur transparent, dont j'ai entendu grand bien.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2009/11/29/15835501.html
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    • Livres 4.00/5
    Par cerisia, le 18 février 2010

    cerisia
    Mon avis
    Ce livre, tout comme ceux que j'ai déjà lu de Véronique Ovaldé a été pour moi une très bonne lecture.
    J'apprécie énormément cet auteur qui a une manière bien particulière de nous conter la vie de ses personnages.
    C'est donc l'histoire de Vera Candida comme il est dis dans le titre du livre, mais aussi de sa grand-mère Rose et de sa mère Violette.
    Toutes les trois auront un destin difficile et tragique, seule Vera Candida fera une belle rencontre, dommage qu'elle n'ait, pas voulu en profiter plus tôt.
    Sans dire les choses totalement, l'auteur suggère à peine, lève un voile sur les lieux, le passé terrible de certains, on se doute du pire, on se dit "non" puis nos doutes prennent forme sous la plume de l'auteur.
    Un moment fort du livre : lorsque Vera Candida grimpe sur la colline jusqu'à la villa...rien n'est dis là non plus mais l'on devine la terrible réalité qui sera mise à jour beaucoup plus loin dans le livre.
    Puis il y a la décision de Vera Candida de partir quand le sort s'acharne, même si je la comprends je suis un peu déçue par la façon dont elle agit, sans un mot ,rien !
    La petite Monica Rose va changer sa vie, sa rencontre avec Itxaga aussi mais plus tard, bien trop tard...
    Les portraits des personnages sont bien ciselés, l'essentiel est dis. L'atmosphère des lieux nous envoûte, l'écriture est agréable, prenante, le livre aborde de nombreux sujets.
    La particularité de ce roman est la ponctuation pour les dialogues.
    L'auteur ne va pas à la ligne avec un tiret mais seule une majuscule dans le texte montre qu'il s'agit d'un dialogue.
    Le lecteur pourrait trouver cela gênant mais tout au contraire, cette façon de présenter les dialogues paraît tout à fait naturel.
    A lire
    Ma note 9/10
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    • Livres 2.00/5
    Par Reka, le 16 novembre 2011

    Reka
    Ovaldé est une auteure que je suis avec grand intérêt depuis "Déloger l'animal" et "Les hommes en général me plaisent beaucoup", des fictions que j'ai vivement appréciées.
    À la parution de "Ce que je sais de Vera Candida", j'ai directement trépigné. le fait que la blogosphère ait massivement adoré ce roman et que celui-ci se soit vu recevoir trois prix n'a fait que renforcer l'envie de le découvrir. J'ai donc houspillé les libraires et retourné les sites d'actu littéraire pendant deux ans pour m'informer au plus tôt de la date de sa sortie en poche.
    Il a fini par arriver, mais ma patience n'a pas été récompensée.
    J'enchaîne les déceptions ovaldesques. Son roman "Toutes choses scintillant", découvert en mars 2011, ne m'avait en effet nullement convaincue. Comme il s'agissait là du deuxième roman (sur sept) de l'écrivaine, je m'étais intimement persuadée que "Ce que je sais de Vera Candida" serait inversement remarquable – extraordinaire, transcendant? – de par sa nouveauté et le talent de l'auteure que je subodorais forcément mûri et bonifié à en flirter avec l'excellence…
    Je ne prétends pas que "Ce que je sais de Vera Candida" soit « objectivement » moins bon, mais force est de constater que je n'ai pas partagé du tout le fervent enthousiasme de la plupart des lecteurs.
    Et pour cause, je n'ai pas retrouvé cette atmosphère si singulière – cotonneuse, un peu moite et oppressante, comme dans un rêve à la fois savoureux et inquiétant – qui m'avait tellement séduite dans "Les hommes en général me plaisent beaucoup" et dans "Déloger l'animal".
    "Ce que je sais de Vera Candida" est une fable moins réaliste et moins étrange que les deux fictions mentionnées supra. Or, ce cocktail d'étrangeté et de réalisme, intensément atypique et envoûtant, m'a ici beaucoup manqué. L'absence de ces caractéristiques qui m'avaient enchantée m'a rendu ce récit plat, insipide.
    Aussi, il m'a semblé que l'emploi de la troisième personne du singulier au détriment de la première – utilisée dans tous les autres romans que j'ai lus de Véronique Ovaldé – a largement contribué à éclipser une certaine profondeur psychologique, nécessaire à mon ravissement.
    Ce conte qu'on peut qualifier volontiers de « féminin » aborde largement la condition de la femme et dénonce par la même occasion la malveillance, la cruauté et la bassesse des hommes, ce qui m'est apparu comme une pernicieuse démonstration de misandrie : encore un « détail » qui m'a déplu !
    Mettant au centre de son roman l'apparente fatalité de la vie, Ovaldé distribue équitablement des tendances opposées : la tristesse et l'espoir ; l'immuabilité et la révolution. Ce livre est sans conteste équilibré, mais le charme n'a malheureusement pas opéré sur moi, faute d'y trouver ce que je venais y chercher.
    À deux romans aimés contre deux dépréciés, je ne sais plus me prétendre admiratrice de la prose de Véronique Ovaldé… "Et mon coeur transparent", présent dans ma PAL, départagera à l'avenir cette inconfortable ambiguïté. Pourvu que… !

    Lien : http://marecages.be/?p=5140
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    • Livres 5.00/5
    Par Nina, le 28 juin 2010

    Nina
    Vera Candida monte dans le vieux bus, qu'elle avait pris une vingtaine d'années plus tôt, pour fuir son pays. le retour vers ses racines est symbolique, elle sait qu'elle va bientôt mourir et elle veut revoir sa grand-mère qui l'a élevée et régler ses comptes avec le père de son enfant.
    En faisant ce voyage, Vera Candida remonte l'échelle du temps. Elle pense à la vie de sa grand-mère, Rose Bustamente, à celle de sa mère Violette, et à sa propre vie avec sa fille, Monica Rose. Vera Candida s'est enfuie, elle a choisi une vie différente de celles de sa mère et sa grand-mère. Cette mise à distance de son histoire familiale, lui a permis de vivre selon un nouveau modèle, le sien.
    Avec cette lignée de femmes, ce roman aborde le thème de la destinée. Les expériences familiales passées peuvent-elles se transmettre dans l'inconscient des générations suivantes ?
    Mon avis : "Ce que je sais de Vera Candida" est un roman sobre tout en étant léger et sensuel. Véronique Ovaldé a imprégné son écriture d'une ambiance chaude et gaie, d'une atmosphère envoutante, "très latino". Ses portraits de femmes sont éblouissants de personnalité, de force et d'espoir.
    Cette belle alchimie nous donne un très grand moment de lecture : je n'en dirais pas plus pour ne pas dévoiler l'intrigue de ce roman qui a été pour moi un véritable coup de cœur !!
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Minh Tran Huy pour le Magazine Littéraire

    Le nouveau roman de Véronique Ovaldé (prix France Culture-Télérama 2008 pour Et mon coeur transparent) fait la part belle aux femmes : soit Rose Bustamente, prostituée puis pêcheuse de poissons volants, sa fille... > lire la suite

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Critiques presse (1)


  • LesEchos , le 06 septembre 2011
    Tour à tour romantique, nostalgique et cruelle, la romancière excelle à remonter le cours douloureux de la mémoire, à rendre les palpitations du coeur et les frémissements de l'âme.
    Lire la critique sur le site : LesEchos

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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 03 novembre 2011

    [ Incipit ]

    PROLOGUE

    Le retour de la femme jaguar

    Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna.
    Elle sait qu'il lui faut retrouver la petite cabane au bord de la mer, s'asseoir sur le tabouret dehors et respirer l'odeur des jacarandas mêlée à celle, plus intime, plus vivante, si vivante qu'on en sent déjà poindre la fin, celle pourrissante et douce de l'iode qui sature l'atmosphère de Vatapuna. Elle se voit déjà, les chevilles sur le bord d'une caisse, les mains croisées sur le ventre, le dos si étroitement collé aux planches qu'il en épousera la moindre écharde, le moindre nœud, le plus infime des poinçons des termites géantes.
    Tout au long du voyage en minibus qui l'emmène du port de Nuatu jusqu'à Vatapuna, Vera Candida somnole en goûtant à l'avance la lenteur du temps tel qu'il passe à Vatapuna. Vera Candida sait qu'en revenant à Vatapuna, elle récupérera son horloge. Celle qui ne ment jamais, qui ne fait pas disparaître comme par un enchantement malin les heures pleines, celle qui ne dévore rien et égrène avec précision, et une impartialité réconfortante, les minutes, qu'elles soient les dernières ou qu'elles ponctuent une vie encore inestimablement longue.
    Il y a longtemps de cela, Vera Candida a perdu son horloge.
    C'est arrivé quand elle a quitté Vatapuna vingt-quatre ans auparavant. Elle avait pris dans le sens inverse le même minibus que celui-ci - moins rouillé sans doute, moins rafistolé avec des tendeurs et du gros scotch noir, moins bringuebalant et bruyant, moins sale, la route n'était pas encore visible sous les pieds quand on soulevait le tapis de sol, les pneus étaient moins lisses, mais le chauffeur était le même, des grigris jumeaux se balançaient au rétroviseur, juste empoussiérés maintenant et plus ternes, la radio diffusait déjà une soupe inaudible et criaillante, une sorte de continu crachotement de sorcière.
    Vera Candida est seule dans le minibus, elle n'a plus de bébé dans le ventre, mais quelque chose de moins étranger et de plus destructeur, et elle n'a plus quinze ans.
    Terminus, gueule le chauffeur.
    Vera Candida s'empare de son sac à dos, elle le glisse sur ses épaules, les sangles lui blessent la peau, elle grimace, se dit, C'est ainsi que je sais que je faiblis, le type la regarde descendre, il se penche vers elle quand elle est sur la chaussée :
    Je vous connais ? lance-t-il.
    Elle se retourne et le fixe. Il paraît gêné. Il dit :
    Je croyais que je vous connaissais. Mais je vois tellement de gens.
    Il fait un geste rond qui englobe la rue et les alentours déserts.
    Vous ne pouvez pas me connaître, répond-elle. Elle sourit pour ne pas paraître trop abrupte. Elle sait quelle impression elle peut produire; elle a trente-neuf ans, à cet âge on sait quelle impression on produit sur ses contemporains. Elle devine le malaise du chauffeur, Vera Candida a le regard azur et féroce, ce qui coïncide mal. Elle a, depuis qu'elle est née, toujours gardé les sourcils froncés. Il y a des gens qui ne regardent jamais leur interlocuteur dans les yeux mais juste au-dessus, sur le point le plus bas du front, et ce décalage crée un trouble indéfinissable. Vera Candida a ce genre de regard, c'est comme un muscle de son visage qui serait toujours crispé, une malformation congénitale, impossible d'avoir l'air doux et attendri. Déjà minuscule, Vera Candida ne lâchait personne avec sa scrutation, elle semblait percer chacun à jour - sans que cela fût vrai d'ailleurs, Vera Candida n'avait pas ce pouvoir, elle ne faisait que fixer les gens comme l'aurait fait un bébé jaguar. Et on n'avait qu'une envie, c'était de décamper le plus vite possible.
    Le chauffeur referme la porte coulissante et démarre.
    Vera Candida pose son sac, elle respire l'odeur des palétuviers, la poussière de la route, le gasoil, et les effluves du matin caraïbe - le ragoût et les beignets -, elle perçoit le jacassement des télés et des radios par les fenêtres ouvertes - il doit être sept heures sept heures trente, estime-t-elle -, le ressac de la mer en arrière-plan, un chuintement discret, elle reprend son sac et traverse le village, se dirige vers la cabane qu'elle a quittée vingt-quatre ans auparavant.
    Il y a un snack à la place.
    Une baraque en tôle cadenassée. Vera Candida s'approche pour jeter un œil à travers la porte vitrée, les relents persistants de graillon lui rappellent l'état de son estomac, elle se sent nauséeuse, elle jure entre ses dents, Putain de putain, elle s'attendait de toute façon à ce que la cabane en bois ait été rasée, c'était couru d'avance, elle le savait, n'est-ce pas, avant d'avoir entrepris le voyage, alors pourquoi a-t-elle entrepris ce voyage, elle entrevoit des tabourets retournés sur les deux tables et un comptoir bricolé avec du bois de récupération, elle s'assoit sur son sac et reprend son souffle, elle croise ses mains devant elle, voit ses doigts se superposer les uns aux autres, elle pense à ce que charrie son sang, elle pense à son corps qui déclare peu à peu forfait, elle a la tentation de se laisser aller à un désespoir tranquille. Elle ne se sent pas si mal, elle se sent juste en proie à la fatalité.
    Pssst, entend-elle.
    Elle lève le nez et aperçoit sur sa gauche, à travers le grillage, une petite vieille, les doigts accrochés au fil de fer, debout dans son jardin pelé, qui lui sourit d'un sourire de nourrisson édenté.
    Pssst, répète-t-elle.
    Vera Candida se remet sur ses pieds et se dirige vers la vieille, soupçonnant que la voix de celle-ci ne pourra venir jusqu'à elle, elle s'approche tout près de la vieille femme qui porte des breloques brillantes autour du cou, des médailles surdimensionnées et des sautoirs en strass, on dirait un catcheur, elle a l'air d'avoir sorti la totalité de son coffre à bijoux et enfilé tout ce que ses cervicales peuvent encore endurer, elle a un œil morne et un œil pétillant, elle semble avoir cent-dix ans. Vera Candida regarde les doigts de la vieille accrochés au grillage comme des griffes de serin, elle dit, Bonjour.
    Tu es Vera Candida, rétorque la vieille de sa toute petite voix. Elle toussote et ajoute, Ta grand-mère m'avait bien dit que tu reviendrais.
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  • Par Nadael, le 07 avril 2010

    L'odeur de Monica Rose faisait chavirer Vera Candida. Elle s'asseyait près de sa fille et plongeait le visage dans ses cheveux. Ils sentaient le sel et l'iode, le vent et quelque chose de plus souterrain et mammifère, comme la sueur d'un minuscule rongeur ou bien d'un petit loup. Monica Rose sentait la fourrure. Vera Candida se disait toujours, Comment ferai-je quand je serai une très vieille femme, que je n'y verrai plus, que je tenterai de me souvenir de cette odeur. Elle s'efforçait d'enregistrer comme sur des cylindres d'argile les sensations liées à sa fille : la main de la petite dans la sienne, la façon dont Monica Rose serrait son cou avec ses bras aussi fins que des roseaux, elle serrait serrait en y mettant toute sa minuscule force, et c'était inenvisageable de ne plus être deux un jour, c'était si injuste que cela paraissait impossible.
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  • Par Chrys, le 30 septembre 2010

    Première rencontre de Vera Candida et Itxaga:

    P112: "De toute façon elle décréta qu'il ne lui plaisait pas: il était trop grand et n'était pas assez vieil homme pour lui faire le moindre effet- sa grand-mère Rose Bustamente disait toujours qu'il fallait se choisir un homme beaucoup plus âgé que soi "parce qu'ils en ont fini avec leurs problèmes et peuvent ainsi s'occuper des tiens", elle ne disait jamais ce que les femmes de Vatupuna répétaient sans cesse, qu'elles attendaient d'un homme qu'il soit travailleur, qu'il les aime et les respecte, parce que, quand elle entendait ça, Rose Bustamente levait les yeux au ciel, haussait les épaules et s'exclamait, Autant espérer une pluie d'or du cul d'un âne.
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  • Par kathy, le 24 juin 2011

    Elle s'interrogea, quand la mort vient lentement (puisque la mort s'installe bien plus souvent lentement que brutalement), les gens autour de vous deviennent-ils crépusculaires, les voyez-vous avec de moins en moins de clarté, l'ombre gagne-t-elle le champ de vision, deviendrai-je bleue comme les vieilles personnes le deviennent, que vais-je faire de toute ma connaissance et de toute mon expérience, que vont-elles devenir, vont-elles s'enfoncer dans le sol avec moi ou s'effilocher autour de ma tête et se disperser dans l'atmosphère? Mais la connaissance de quoi au fond?
    Elle se rendit compte que, à chaque fois qu'elle avait lu un livre pendant toutes ces années, elle avait cherché un éblouissement, quelque chose qui lui dirait comment appréhender la mort. La barrière à franchir est dans ma tête, se dit-elle. Et en réalité il n'y a pas de barrière. Quelqu'un a tracé sur le sol une ligne et je l'enjambe avec une facilité déconcertante, d'un côté de l'autre d'un côté de l'autre, et hop vous voyez, il ne se passe rien de spécial. De ce côté-ci je suis avec les vivants, de ce côté-là je suis avec les morts. C'est comme un petit pas de danse que j'improvise pour vous.
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  • Par sylvie, le 29 novembre 2010

    C'est très difficile, pensait Vera Candida, d'oublier que votre enfant est un organe siamois de l'un des votres, c'est très difficile de ne pas le considérer tout le temps comme un membre supplémentaire et parfait de votre propre corps.
    Alors Vera Candida vit Monica déboucher du coin de la rue de ce pas de guerrière qu'elle avait depuis si longtemps adopté...
    ... Vera Candida se dit, C'est moi en plus costaud, elle la regarda, grande et brune, le visage sombre et la chevelure qui vivait sa vie autonome de chevelure d'amazone, elle se dit, C'est moi en plus fort et en plus exigeant. "p : 243-244
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