
Bombay : douze millions d'êtres humains qui grouillent, pauvres pour la plupart, corrompus pour certains. Mollaji, un intouchable, loue sa charrette à bras pour n'importe quoi, y compris faire le croque-mort à vingt roupies, moins d'un dollar. On l'appelle pour prendre en charge un corps qui flotte dans un lac saumâtre. Le cadavre, celui d'un jeune prostitué, a été si atrocement mutilé qu'on a du mal à en identifier le sexe. L'inspecteur George Sansi, chargé de l'enquête, se révolte... Mais un serial killer est déjà l'œuvre et l'affaire est bien plus que crapuleuse : lié au départ au cinéma, le scandale semble éclabousser jusqu'aux plus hautes sphères de ce gigantesque pays à la dérive, et pourquoi pas jusqu'à l'ex-colonisateur anglais. Une journaliste américaine, Annie Ginnaro, va elle aussi se mêler aux investigations...
Vision hallucinante d'un pays en plein chaos, rongé par la corruption. Réalité ou simple description du côté obscur d'une société qui n'a toujours pas abandonné le système des castes ? Sans doute un peu des deux. Le journaliste, écrivain et grand voyageur qu'est Paul Mann livre ici un récit brillant, fort bien écrit. La personnalité de l'enquêteur George Sansi – mi-anglais, mi-indien, très humain et assoiffé de justice – n'est pas pour rien dans l'intérêt de ce roman. Tous ceux que révulsent les incroyables inégalités du monde contemporain y trouveront matière à réflexion. Et ceux qui s'intéressent particulièrement à l'Inde pourront retrouver Bombay et les personnages de George Sansi et de son amie Annie Ginnaro dans La Jungle de Goa, leur seconde aventure au pays des intouchables. --Bruno Ménard