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Istanbul : Souvenirs d'une ville2Ajouter à mes livres
Présentation de l’éditeur
Vaste roman et vaste fresque, Istanbul constitue avant tout l’éducation sentimentale d’un écrivain dans une ville. Oran Pamuk y retrace sa vie intime dans une grande famille bourgeoise de la ville, où l’on se veut laïque et progressiste.... > voir plus
Un livre autobiographique qui se passe dans une ville, Istanbul, où la pauvreté et la tristesse y règne. J'ai beaucoup aimé ce livre, car il raconte son histoire pour toujours revenir à la tristesse d'Istanbul qui est en ruine, car on veut oublié l'empire Ottoman. de plus, j'aime beaucoup les détails donné par le narrateur, sur les lieux qui lui sont chers. On trouve également de nombreuses référence à la littérature française que l'auteur apprécie pour leur commentaires sur Istanbul. On est un peu troublé par le mélange entre les souvenirs et les commentaires du présent.
D'après elle [ l'institutrice ], c'est parce que le jeûne, autant que la maîtrise du souffle, était une '' diète '' d'un très grand bienfait pour la santé que Mahomet lui avait donné autant d'importance. Des siècles plus tard, les Occidentales d'aujourd'hui soucieuses de leur beauté redécouvrent combien le régime est vital. L'éxécution de la prière était d'ailleurs une sorte de gymnastique qui activait la circulation du sang et tonifiait le corps. De nos jours, dans des millions de bureaux et d'usines au Japon, on stoppe quotidiennement le travail sur un coup de sifflet, on fait cinq minutes de gymnastique, de même qu'on fait sa prière, puis on reprend son activité.
Comme la ferveur laĩque de la République kémaliste opposait au vide de croyance - pouvant passer pour un manque de principes, un cynisme ou un manque de foi - l'image d'un enthousiasme pour la modernité et l'occidentalisation, cette paresse spirituelle brûlait aux moments adéquats des feux d'un "idéalisme" exhibé avec fierté avant de retomber comme un feu de paille.Mais comme rien de profond n'était venu remplacer la religion, le paysage spirituel à l'intérieur de la famille était aussi vide que les terrains vagues couverts de fougères et les vestiges des anciennes grandes demeures en bois emportées sans résistances dans les flammes.
La neige faisait indéfectiblement partie de l'Istanbul de mon enfance. Comme certains enfants attendent, impatients, les vacances d'été, ..., moi aussi dans mon enfance, j'ai attendu que la neige tombât. ... Parceque la ville sous la neige m'apparaissait infiniment plus «belle». Et par ce terme de beauté, plus qu'au sentiment de renouveau et d'étonnement que procure cette dissimulation de la boue, de la saleté, des lézardes et des lieux négligés de la ville, je fais ici référence à l'atmosphère d'affolement et de catastrophe qu'apporte la neige à la ville. Bien qu'il ne neige chaque année qu'entre trois et cinq jours, ...., les Stambouliotes étaient pris à l'improviste comme s'il s'agissait de la 1ère fois;les routes étaient coupées, des queues se formaient immédiatement devant les boulangeries; de même, et c'est le plus important, toute la ville était comme unie autour de la neige, sujet unique, par un sentiment de communion. Et comme la ville et les gens, passablement coupés du reste du monde, se repliaient sur eux-même sous l'effet de leurs propres embarras, j'avais l'impression qu'Istanbul, durant les jours neigeux d'hiver, à la fois se vidait davantage et se rapprochait un peu plus des anciens jours sortis de légende
Lors des promenades en barque avec ma mère, les couleurs jaillissant des collines du Bosphore ne me paraissaient pas être les reflets d'une lumière venue de l'extérieur. C'était à mon sens comme si une lueur un peu falote sourdait de l'intérieur des toits, des platanes, des arbres de Judée, de l'intérieur des ailes des mouettes qui filaient rapidement devant nous, de l'intérieur des hangars à caïques à moitié effondrés. Même les jours d'été les plus chauds, ..., le soleil sur le Bosphore n'est jamais entièrement maître du climat et du paysage. Et j'aime, tout en essayant de comprendre le phénomène, à contempler cette lumière sans pareille quand, à la tombée des soirs d'été, le Bosphore mêle les rougeoiements du ciel au propre mystère de son obscurité.
Le vide spirituel que j'ai très souvent constaté chez les riches familles stambouliotes, laĩques et occidentalisées, se manifeste davantage dans ses silences que dans le rejet de la religion : alors que les gens pouvaient parler de sujets comme les mathématiques, la réussite scolaire, le football et les divertissements, sur des thèmes aussi essentiels que l'amour, l'affection, le sens de la vie, la jalousie ou la haine, tout le monde se repliait d'un air hébété et lugubre sur son quant à soi