> Gilles Authier (Traducteur)

ISBN : 2070428176
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 3.79/5 (sur 73 notes) Ajouter à mes livres
Du fond du cœur noir d'un puits, la victime d'un horrible assassinat pose la première pierre d'une histoire aux multiples personnages et rebondissements. Il neige, en cet hiver 1591 sur la ville d'Istanbul, et le froid n'empêche pas les complots et les me... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog
    A Istanbul, en cet hiver 1591, monsieur Délicat, honorable enlumineur au grand atelier du sultan, git le crâne fracassé au fond d'un puits. Or, il s'avère très rapidement que Délicat, avec quelques uns de ses collègues de l'atelier, participait dans le plus grand secret à l'élaboration d'un ouvrage à la réputation sulfureuse, à la gloire du Sultan.
    Qui l'a assassiné ? Et pour quels mobiles ?
    Comme les miniatures réalisées par étapes successives sous la direction du Grand Maître de l'atelier, par les peintres, enlumineurs, doreurs, et calligraphes, le récit de Mon nom est Rouge est l'œuvre d'une multitude de narrateurs : personnages vivants ou morts, animaux, objets, le diable, la couleur rouge…
    C'est un vrai souk que ce Mon nom est Rouge ! On y trouve de tout : énigme policière, romance, contes et fables, reconstitution historique…, mais surtout une réflexion philosophique passionnante sur la peinture.
    En ce XVIe siècle, tandis que l'école vénitienne utilise la perspective et cherche à être la plus fidèle possible à ce que voit l'artiste, l'école ottomane, elle, s'attache depuis toujours à représenter personnages et paysages non tels que les peintres les voient, mais tels qu'ils sont aux yeux de Dieu.
    Se pose alors la question du style et de l'originalité de l'artiste. En Occident, les artistes les plus renommés sont ceux qui ont réussi à imposer leur style. Ils signent même leurs œuvres, ce qui est inconcevable pour les turcs. Bien au contraire, les plus grands artistes orientaux sont ceux qui parviennent de mémoire, à reproduire à la perfection les mêmes modèles codifiés, le comble de la consécration pour eux étant de devenir aveugle (pour se détacher de la vision terrestre et ne se concentrer que sur la vision divine). Certains n'hésiteront pas à se crever eux-mêmes les yeux.
    Pamuk puise son érudition dans son vécu : avant d'entrer en littérature quand il avait une vingtaine d'années, il voulait être peintre, et a passé des années, lui aussi, à reproduire des miniatures perses et ottomanes. D'ailleurs, il ne cache pas que certains passages de ce roman sont clairement autobiographiques (il va jusqu'à donner à son héroïne le prénom de sa mère, Shekuré, elle-même mère d'un petit… Orhan).

    On le voit, à travers la peinture, ce sont deux visions du monde et de la société qui s'opposent. Car ici, ce ne sont rien de moins que l'Orient et l'Occident qui s'affrontent à grands coups de pinceaux.
    Il y a également dans Mon nom est Rouge une satire politique d'un certain orient contemporain. L'art de la miniature ottomane étant intimement lié à l'adoration de Dieu, d'aucuns voient dans l'engouement pour l'école vénitienne une menace pour la religion. S'affrontent alors les partisans de la modernité et ceux de la tradition. « Et pourquoi pas faire confiance à Dieu, et peindre ce qu'il nous fait voir, au lieu de ce qu'Il ne veut pas qu'on voie ? » La censure et l'intégrisme ne sont pas très loin. Toute ressemblance avec des événements récents…
    Le propos des deux livres étant semblables, on peut voir dans Mon nom est Rouge un Nom de la rose à l'orientale, aux doux effluves de Mille et une nuits (tradition arabe pourtant) : une multitude de personnages, de fréquentes adresses au lecteur des récits en tiroirs et des digressions à n'en plus finir. S'il possède de nombreux charmes, ce type de récit a aussi les défauts propres au genre : la psychologie des personnages n'est qu'esquissée, et certaines digressions sont parfois décourageantes (personnellement, l'épisode des caves du trésor du Sultan m'a semblé interminable).
    Bref un roman foisonnant, très érudit, qui donne envie de se plonger dans un livre de miniatures ottomanes (on regrette même que le roman ne soit pas accompagné de reproductions des miniatures qui y sont décrites), et dont le véritable intérêt dépasse celui de la simple énigme policière.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Mon%20nom%20est%20rouge
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    • Livres 4.00/5
    Par Chatoune, le 23 mars 2009

    Chatoune
    Remarquable roman ! Son écriture polyphonique entretient un suspens magistral, donne à voir et à entendre Istanbul, nous fait sentir le froid de cet hiver 1591 où la mort rôde plus surement que les chiens errants parmi les peintres miniaturistes de l'atelier du sultan.
    Finalement, ce n'est pas tant la découverte du nom de l'assassin qui importe mais plutôt la vérité sur son geste meurtrier : ou comment la pratique d'un art et sa confrontation avec l'Occident, oblige à prendre parti entre le respect ou l'opposition à la tradition, et entraîne l'un des protagonistes à commettre l'irréparable.
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    • Livres 5.00/5
    Par yokai, le 05 mai 2010

    yokai
    Le sultan a confié à l'Oncle la réalisation d'un livre sans pareille. Celui-ci fait donc appel aux plus grands maîtres peintres et enlumineurs pour la réalisation de cet ouvrage controversé. Pour ce faire, il prend d'infinies précautions pour commander la réalisation des plus dangereuses des miniatures. Ces dernières sont réalisées par plusieurs peintres sans qu'aucun ne puisse appréhender la scène dans son ensemble. Malgré ces précautions, l'un d'eux, monsieur Délicat, est assassiné par l'un de ces pairs. le récit se déroule à une époque où l'art Moyen-oriental, initialement influencé par l'Asie commence à se tourner vers l'Occident. A cette époque, les grands maîtres, contrairement à leurs homologues occidentaux, ne signaient pas leurs œuvres. Ils s'attachaient plus à représenter les choses en conformité avec la tradition plutôt qu'à imposer leur propre style. Ici, pas question de perspectives, ou de représentations différenciables des visages, il ne s'agit pas de peindre la réalité telle qu'elle est observée par l'artiste mais telle qu'elle est vue par Dieu.
    Le roman est construit de façon remarquable. Chaque chapitre est le récit de l'un des protagonistes de l'histoire qui s'adresse directement au lecteur. le lecteur en sait donc plus que les personnages eux-mêmes puisque chacun se confie à lui et le jeu consiste à démasquer le meurtrier parmi les différents intervenants. Ces narrateurs sont bien sûr des êtres humains - et notamment les peintres impliqués dans l'affaire - mais aussi des objets inanimés aussi divers qu'une pièce d'argent, qu'un chien dessiné sur une feuille de papier ou que la Mort elle-même. le meurtrier du pauvre Délicat parle sous son vrai nom mais aussi sous le nom de l'Assassin, son style est donc peut-être identifiable. Qui est l'assassin ? Est-ce Papillon, Cigogne, Olive ou un autre …
    Malgré leur habitude à répéter tant et tant les mêmes thèmes, parfois jusqu'à en devenir aveugles, ces grand peintres peuvent laisser consciemment ou inconsciemment, d'infimes traces. Ces subtiles différences, qui font le style des grand peintres européens, n'apparaissent pas au centre de l'œuvre, là où toute l'attention du peintre est focalisée. Elles émergent le plus souvent lors de la réalisation de détails fastidieux et si souvent répétés, comme les brins d'herbes, que leur réalisation, qui est devenue automatique, laisse apparaître la signature du peintre. Est-ce ce genre de négligence qui permettra de confondre l'assassin ?
    Le récit est merveilleux et le changement de ton entre les personnages admirable. Orhan Pamuk sait aussi distiller des ambiances particulières en jouant sur les lumières, les sons et plus généralement avec les éléments du décor. On croisera souvent le chien dont les aboiements sinistres dans le lointain sont certainement motivés par l'odeur ou la couleur du sang. le roman se déroule dans un périmètre restreint mais l'intrigue est intéressante et pleine de rebondissements. Bien qu'il s'y apparente par son intrigue principale, je ne limiterai pas ce roman au genre polar. Non qu'il soit un genre inférieur, mais ce livre propose une dimension historique et une telle érudition dans le domaine artistique qui prennent vite le pas sur la résolution du meurtre. Je n'ose imaginer la masse de documentation qu'a du compiler l'auteur pour écrire ce superbe roman.

    Lien : http://aubonroman.blogspot.com/2007/09/mon-nom-est-rouge-par-orhan-p..
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    • Livres 4.00/5
    Par PtiteSouris, le 03 avril 2011

    PtiteSouris
    Environ une semaine et demi pour lire ce livre de 730 pages... mais je me suis accrochée (malgré un début quelque peu difficile)
    L'histoire : Istanbul, 1591, un miniaturiste nous raconte qu'il a tué et que son cadavre gît au fond d'un puit. Pourquoi a-t-il été tué et par qui ? A quelle oeuvre participait-il ? Lui-même le sait, mais ne nous dira rien...
    Chacun des protagonistes raconte à son tour son histoire : le maître d'oeuvre, l'Oncle, qui veut faire réaliser un livre de miniatures à la façon italienne, donc blasphématoire ; le Noir, un ancien camarade du mort qui espère épouser la fille de l'Oncle ; la fille de l'Oncle, Shékuré, une belle veuve, qui aimerait se remarier, peut-être avec le Noir ; l'Assassin ; les divers peintres... Chacun nous raconte une partie de sa vie, le déroulement de l'enquête, ses propres certitudes ou incertitudes.
    Pourquoi j'ai trouvé le démarrage laborieux ? L'auteur nous ramène dans l'empire ottoman du XVIe siècle, dans un milieu très particulier : celui des peintres miniaturistes, toujours soupçonnés de blasphèmes, pour la représentation du monde. Et ces peintres se disputent eux-mêmes au niveau de ce qu'il est acceptable ou non de représenter. Si bien que le récit est empli de considérations sur l'art de la peinture, les dérives possibles.... et c'est parfois compliqué et peu intéressant pour moi.
    En outre, l'auteur ne se lasse pas d'inclure de longues descriptions, des miniatures par exemple, ce qui ne contribue pas à accélérer le rythme de l'histoire.
    Néanmoins, Orhan Pamuk écrit ici un récit totalement dépaysant. Il s'agit quelque part uniquement d'une enquête policière, doublée d'une intrigue amoureuse. Mais l'auteur inclut tellement de détails de civilisations (légendes et histoire, cérémonies du mariage, enterrement...), que nous sommes transportés dans cette époque et ce lieu avec l'impression de l'avoir toujours connu.
    Donc, pour conclure, un roman qui m'a plu, parce que dépaysant et bien construit (on ne réussit à identifier le meurtrier qu'à la fin) mais qui est très long... il faut donc s'accrocher...

    Lien : http://ptitesouris.hautetfort.com/archive/2011/04/03/mon-nom-est-rou..
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    • Livres 5.00/5
    Par Beatrice64, le 27 février 2011

    Beatrice64
    « Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d'un puits. » Ainsi commence le roman d'Orhan Pamuk, raconté, donc, à la 1ère personne, par un mort du fond de son puits. Nous sommes à la fin du 16ème siècle, au coeur de l'atelier de miniaturistes de l'atelier du Sultan à Istanbul. Mêlant supense d'une intrigue policière (qui a tué cet homme, et pourquoi ?), romanesque histoire d'amour et peinture de la culture et des traditions de l'empire Ottoman, ‘Mon nom est Rouge' est un livre brillant et foisonnant, plein de rebondissements, d'aventures, d'amour, et d'intelligence. Un grand moment de lecture.
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 10 mars 2012

    Incipit

    Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d'un puits. J'ai depuis longtemps rendu mon dernier souffle, mon cœur depuis longtemps s'est arrêté de battre, mais, en dehors du salaud qui m'a tué, personne ne sait ce qui m'est arrivé. Mais lui, cette méprisable ordure, pour bien s'assurer qu'il m'avait achevé, il a guetté ma respiration, surveillé mes dernières palpitations, puis il m'a donné un coup de pied dans les côtes, et ensuite porté jusqu'à un puits, pour me précipiter par-dessus la margelle. Ma tête, déjà brisée à coup de pierre, s'est fracassée en tombant dans le puits ; mon visage et mon front, mes joues se sont écrasés, effacés ; mes os se sont brisés, ma bouche s'est remplie de sang.
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    Un beau jour, expliquait-il, Dieu avait vu le monde dans sa perfection, et, confiant en la beauté qu’il de ce qu’il voyait, avait décidé de le léguer, sous cette forme, à ses serviteurs. Le devoir nous était échu, à nous peintres et amateurs, de rappeler, de nous rappeler ce paysage vu par Dieu dont se transmettait l’héritage. Les grands peintres, à chaque génération, se rendaient aveugles par le travail, faisaient le sacrifice de toutes leurs forces, de toute leur vie à la représentation de cette vision sublime, de ce qui avait été rêvé et vu par Lui. (…) Il ne leur était pas plus donné de contempler, au demeurant, les œuvres des prédécesseurs, parfois séparés par des siècles ; mais l’arbre, mais l’oiseau, le prince qui se lave au hammam, la jeune fille triste à sa fenêtre venaient toujours les mêmes sous leurs pinceaux, toujours pareils entre eux, toujours conformes au premier miracle, au modèle de la Création.
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  • Par Outis, le 17 septembre 2007

    Une image accrochée au mur, quelle que soit notre première intention, finit toujours par inviter à l’adoration... Sans même en prendre conscience.
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    Non seulement, en effet, (les Européens) s’attachent à montrer, à rendre – si j’ose dire – tous les détails de ces seigneurs, de ces prêtres, ou riches marchands, et même de leurs femmes – couleur des yeux, texture de la peu, contours particuliers des lèvres, effets d’ombre d’un décolleté, rides au front, bagues aux doigts, et jusqu’aux touffes de poils qui sortent des oreilles – mais ils les placent en plein centre de leurs tableaux, accrochent ceux-ci aux murs, à l’instar de leurs idoles, comme si l’homme, cette créature, appelait à se prosterner devant lui, et attendait un culte ! Or, l’homme est-il une créature assez importante pour qu’on dessine tous ses détails, y compris son ombre ? Si nous dessinons les maisons d’une rue selon la perception de l’homme, qui est fautive, elles iront diminuant de taille en proportion de la distance, et cela aussi ce sera donner à l’homme, abusivement, la place centrale qui revient à Dieu.
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  • Par Orphea, le 10 mars 2012

    Nous étions deux à aimer la même femme, lui devant, moi derrière qu'il ne voyait pas, et quand nous entrâmes, dans ce dédale que désertent, à l'heure qu'il était, les meutes belliqueuses de chiens errants, dans cet Istanbul silencieux, où les djinns sont embusqués parmi les ruines calcinées, où, dans la cour des grandes mosquées, les anges se blottissent dans le creux des coupoles, au chevet des cyprès qui murmurent avec les fantômes, des cimetières grouillants de spectres et couverts de neige, frôlant tous deux les mêmes égorgeurs à l'affût, les mêmes échoppes innombrables, les étables et les couvents, les fabriques de chandelles, les tanneries, je crois que je n'étais plus son poursuivant, ni lui, le poursuivi, mais que je l'imitais, et qu'il était mon frère.
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