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> Gilles Authier (Traducteur)

ISBN : 2070428176
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 3.84/5 (sur 116 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Du fond du cœur noir d'un puits, la victime d'un horrible assassinat pose la première pierre d'une histoire aux multiples personnages et rebondissements. Il neige, en cet hiver 1591 sur la ville d'Istanbul, et le froid n'empêche pas les complots et les me... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Under_The_Moon, le 02 septembre 2012

    Under_The_Moon
    Eh bien, le moins qu'on puisse dire c'est que j'aurais mis vraiment beaucoup de temps à finir ce livre !
    Découragée par l'aspect répétitif du roman (à cause de la forme polyphonique) et les longues descriptions, je me suis d'abord arrêtée à mi-parcours.
    Puis, poussée par la curiosité, j'ai tout de même repris le livre et me suis laissée à nouveau envoûtée par l'atmosphère stambouliote du XVIème siècle : l'évocation de ses palais, de tous ses quartiers, et des sultans qui ont le plus marqué cet empire grandiose.
    Certes, il faut attendre les 150 dernières pages (sur 700!) pour voir le récit s'accélérer! Mais le jeux en vaut la chandelle.
    J'ai, entre autre, beaucoup aimé les passages type "les experts dans les ateliers de peintres", où l'on voit les personnages utiliser une loupe et toutes leurs connaissances pour traquer les styles avec la plus grande minutie ( ceci, afin de démasquer l'assassin de l'Oncle et de Monsieur Délicat) !
    Orhan Pamuk signe donc une oeuvre très riche où se mêlent art, histoire, philosophie, policier, moeurs et littérature ! (avec quelques anachronismes qui font sourire)
    Sans vouloir dévoiler le pot-aux-roses, je tiens quand même à parler de la fin du roman : un petit clin d'oeil malicieux (et ironique!) d'Orhan Pamuk à ses lecteurs qui nous met (à nouveau) en garde contre son art.
    A coup sûr, lui au moins n'aura pas cédé à la folie, l'ambition et la vanité de ses personnages !
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    • Livres 5.00/5
    Par jsgandalf, le 01 septembre 2012

    jsgandalf
    En refermant « Neige » d'Orhan Pamuk, j'ai eu l'étrange sensation de passer à coté de quelque chose. Avec « Mon nom est Rouge » je sais que j'avais raison. Quel roman ! D'abord une vraie histoire, bien construite et qui tient en haleine, ayant pour cadre Istanbul en hivers en 1591. Un meurtre. Un livre. de l'amour. Des intrigues. du sang. Mais surtout une vraie recherche sur l'art et sur la relation que nous avons avec lui. Une interrogation sur le choc des cultures et le mélange qu'il en résulte. le tout écrit magnifiquement.
    Un livre à déguster en prenant sont temps, en faisant des poses pour se laisser imprégner jusqu'à pouvoir imaginer regarder une miniature réalisée par les maîtres d'Herat.
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    • Livres 5.00/5
    Par michelekastner, le 01 février 2013

    michelekastner
    C'est un voyage merveilleux dans un Orient magique que nous propose Orhan Pamuk, dans l'univers des grands maîtres enlumineurs, calligraphes et peintres miniaturistes. Un des quatre peintres de l'Atelier de Maître Osman a été assassiné. Tous les quatre travaillaient également pour Monsieur l'Oncle pour un livre de miniatures commandé par le Sultan pour le millénaire de l'Hégire. Maître Osman reste fidèle à la grande tradition des anciens maîtres perses d'Hérat, de Qazvin ou de Tabriz qui s'exerçaient à représenter le monde vu par Dieu, en se conformant aux règles en vigueur dans leur Atelier, en s'efforçant de ne pas avoir un style personnel ; Monsieur l'Oncle est attiré par la peinture réaliste des maîtres vénitiens ou européens qui utilisent la perspective et cherchent à restituer trait pour trait leurs modèles, privilégiant la forme aux sens. Pour les partisans de l'Islam, pour le Hodja d'Erzurum, cette peinture à l'occidentale est impie et contraire aux versets du Coran. Mais c'est avant tout une bataille entre Orient et Occident, prémices d'un déclin en marche, conflits attisés par la jalousie entre peintres ou grands maîtres ambitieux ou orgueilleux, désireux de reconnaissance ou de puissance. C'est tout à la fois une réflexion sur l'art de la miniature, une intrigue policière qui tient le lecteur en haleine, une leçon de sagesse, un voyage dans l'histoire du royaume perse et de l'empire ottoman, une mine de références artistiques et légendaires . Les multiples voix qui s'adressent tour à tour au lecteur rendent le récit passionnant et vivant. Un grand roman.
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog
    A Istanbul, en cet hiver 1591, monsieur Délicat, honorable enlumineur au grand atelier du sultan, git le crâne fracassé au fond d'un puits. Or, il s'avère très rapidement que Délicat, avec quelques uns de ses collègues de l'atelier, participait dans le plus grand secret à l'élaboration d'un ouvrage à la réputation sulfureuse, à la gloire du Sultan.
    Qui l'a assassiné ? Et pour quels mobiles ?
    Comme les miniatures réalisées par étapes successives sous la direction du Grand Maître de l'atelier, par les peintres, enlumineurs, doreurs, et calligraphes, le récit de Mon nom est Rouge est l'œuvre d'une multitude de narrateurs : personnages vivants ou morts, animaux, objets, le diable, la couleur rouge…
    C'est un vrai souk que ce Mon nom est Rouge ! On y trouve de tout : énigme policière, romance, contes et fables, reconstitution historique…, mais surtout une réflexion philosophique passionnante sur la peinture.
    En ce XVIe siècle, tandis que l'école vénitienne utilise la perspective et cherche à être la plus fidèle possible à ce que voit l'artiste, l'école ottomane, elle, s'attache depuis toujours à représenter personnages et paysages non tels que les peintres les voient, mais tels qu'ils sont aux yeux de Dieu.
    Se pose alors la question du style et de l'originalité de l'artiste. En Occident, les artistes les plus renommés sont ceux qui ont réussi à imposer leur style. Ils signent même leurs œuvres, ce qui est inconcevable pour les turcs. Bien au contraire, les plus grands artistes orientaux sont ceux qui parviennent de mémoire, à reproduire à la perfection les mêmes modèles codifiés, le comble de la consécration pour eux étant de devenir aveugle (pour se détacher de la vision terrestre et ne se concentrer que sur la vision divine). Certains n'hésiteront pas à se crever eux-mêmes les yeux.
    Pamuk puise son érudition dans son vécu : avant d'entrer en littérature quand il avait une vingtaine d'années, il voulait être peintre, et a passé des années, lui aussi, à reproduire des miniatures perses et ottomanes. D'ailleurs, il ne cache pas que certains passages de ce roman sont clairement autobiographiques (il va jusqu'à donner à son héroïne le prénom de sa mère, Shekuré, elle-même mère d'un petit… Orhan).

    On le voit, à travers la peinture, ce sont deux visions du monde et de la société qui s'opposent. Car ici, ce ne sont rien de moins que l'Orient et l'Occident qui s'affrontent à grands coups de pinceaux.
    Il y a également dans Mon nom est Rouge une satire politique d'un certain orient contemporain. L'art de la miniature ottomane étant intimement lié à l'adoration de Dieu, d'aucuns voient dans l'engouement pour l'école vénitienne une menace pour la religion. S'affrontent alors les partisans de la modernité et ceux de la tradition. « Et pourquoi pas faire confiance à Dieu, et peindre ce qu'il nous fait voir, au lieu de ce qu'Il ne veut pas qu'on voie ? » La censure et l'intégrisme ne sont pas très loin. Toute ressemblance avec des événements récents…
    Le propos des deux livres étant semblables, on peut voir dans Mon nom est Rouge un Nom de la rose à l'orientale, aux doux effluves de Mille et une nuits (tradition arabe pourtant) : une multitude de personnages, de fréquentes adresses au lecteur des récits en tiroirs et des digressions à n'en plus finir. S'il possède de nombreux charmes, ce type de récit a aussi les défauts propres au genre : la psychologie des personnages n'est qu'esquissée, et certaines digressions sont parfois décourageantes (personnellement, l'épisode des caves du trésor du Sultan m'a semblé interminable).
    Bref un roman foisonnant, très érudit, qui donne envie de se plonger dans un livre de miniatures ottomanes (on regrette même que le roman ne soit pas accompagné de reproductions des miniatures qui y sont décrites), et dont le véritable intérêt dépasse celui de la simple énigme policière.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Mon%20nom%20est%20rouge
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    • Livres 4.00/5
    Par Chatoune, le 23 mars 2009

    Chatoune
    Remarquable roman ! Son écriture polyphonique entretient un suspens magistral, donne à voir et à entendre Istanbul, nous fait sentir le froid de cet hiver 1591 où la mort rôde plus surement que les chiens errants parmi les peintres miniaturistes de l'atelier du sultan.
    Finalement, ce n'est pas tant la découverte du nom de l'assassin qui importe mais plutôt la vérité sur son geste meurtrier : ou comment la pratique d'un art et sa confrontation avec l'Occident, oblige à prendre parti entre le respect ou l'opposition à la tradition, et entraîne l'un des protagonistes à commettre l'irréparable.
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 10 mars 2012

    Incipit

    Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d'un puits. J'ai depuis longtemps rendu mon dernier souffle, mon cœur depuis longtemps s'est arrêté de battre, mais, en dehors du salaud qui m'a tué, personne ne sait ce qui m'est arrivé. Mais lui, cette méprisable ordure, pour bien s'assurer qu'il m'avait achevé, il a guetté ma respiration, surveillé mes dernières palpitations, puis il m'a donné un coup de pied dans les côtes, et ensuite porté jusqu'à un puits, pour me précipiter par-dessus la margelle. Ma tête, déjà brisée à coup de pierre, s'est fracassée en tombant dans le puits ; mon visage et mon front, mes joues se sont écrasés, effacés ; mes os se sont brisés, ma bouche s'est remplie de sang.
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  • Par AV, le 21 juillet 2012

    Au fur et à mesure que j'ouvrais d'autres volumes, et tournais d'autres pages, je sentais m'envahir, en songeant à tous ces peintres, les soucis divers et variés de tous mes prédécesseurs, chacun avec son caractère, sa mélancolie, sa vie passée en province ou dans une capitale, employé par tel ou tel souverain ou despote, pour qui ils avaient peint jusqu'à en devenir aveugles. Je sentais presque dans ma chair les sévérités de l'apprentissage, les soufflets endurés de la part des mécènes irascibles, laissant des traces cramoisies sur leurs joues, ou les coups de maillet de marbre sur leur crâne tonsuré, tandis que j'inspectais, gêné, un album de dernière catégorie sur les techniques de torture.
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  • Par Under_The_Moon, le 29 août 2012

    Dans les villes d'Occident, la coutume qu'ont les femmes, non seulement d'aller visage découvert, mais d'exposer aux passants leurs claires chevelures, qui sont leur plus puissant attrait, puis leur cou, leurs bras, leur gorge superbe, et même de laisser voir - s'il faut ajouter foi aux récits qu'on en fait - un peu de leurs jolies jambes quand elels marchent, et la douloureuse conséquence de cela sur les hommes, constamment affublés d'une honteuse turgescence qui entrave leurs mouvements et entraîne, inéluctable, une paralysie e toute la société, eh bien, sachez que c'est la cause qu'il ne se passe pas un seul jour sans qu'une forteresse de giaours tombe entre les mains des Ottomans !
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  • Par Under_The_Moon, le 02 septembre 2012

    Les gens aspirent au bonheur dans la vie, plutôt qu'à des sourires béats sur de belles images. Les peintres ne l'ignorent pas, et savent que c'est là leur limite. Qu'ils ne font que mettre à la place du bonheur dans la vie celui de la contemplation.

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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    Non seulement, en effet, (les Européens) s’attachent à montrer, à rendre – si j’ose dire – tous les détails de ces seigneurs, de ces prêtres, ou riches marchands, et même de leurs femmes – couleur des yeux, texture de la peu, contours particuliers des lèvres, effets d’ombre d’un décolleté, rides au front, bagues aux doigts, et jusqu’aux touffes de poils qui sortent des oreilles – mais ils les placent en plein centre de leurs tableaux, accrochent ceux-ci aux murs, à l’instar de leurs idoles, comme si l’homme, cette créature, appelait à se prosterner devant lui, et attendait un culte ! Or, l’homme est-il une créature assez importante pour qu’on dessine tous ses détails, y compris son ombre ? Si nous dessinons les maisons d’une rue selon la perception de l’homme, qui est fautive, elles iront diminuant de taille en proportion de la distance, et cela aussi ce sera donner à l’homme, abusivement, la place centrale qui revient à Dieu.
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