Disons le sans détours, ce livre est un dédale architecturé à l'image de la complexité humaine. A condition de suivre minutieusement les multiples fils tissés, vous en sortirez profondément troublé. Pas question ici d'une aimable romance pour lecteur complaisant mais d'un tableau de vie rudement mené. Ce qui ne veut pas dire au pas de charge. Bien au contraire, chez Pamuk, le dévoilement se paie d'un luxe de détails : petit à petit, ligne par ligne, flocon après flocon. L'homme hésite souvent, doute toujours et espère démesurément.
Nostalgie de l'enfance à
Istanbul, dessèchement du poète émigré en Allemagne, misère affective et sexuelle de l'adulte. Trois bonnes raisons, pour Ka, d'un retour aux sources.
Mais la source coulera vers d'autres rivages, jusqu'à Kars, petite bourgade au cœur de l'Anatolie profonde où vous découvrirez que la structure des cristaux de
Neige diffèrent tous par quelques détails, un peu à l'image des êtres humains. Que ces cristaux, bien qu'uniques, forment une masse
Neigeuse où la politique, la religion, la sociologie agrègent l'ensemble d'une manière parfaitement naturelle. Ne concluez pas que Pamuk nous raconte une histoire de la politique ou de la religion en Turquie, non, l'essentiel ce sont bien les sentiments que ressentent les individus. L'individu c'est le drame de l'occidental qu'est devenu Ka.