En avril 2063, à l'hôpital Royal Marsden de Londres, un homme agonisant rédige jour après jour une histoire de sa vie, qu'il destine à son médecin. Jour après jour, il repousse l'approche de la mort grâce à l'encre dont il noircit les pages. Jusqu'au point final, jusqu'à sa dernière minute. Après avoir longuement tergiversé, ainsi qu'il l'explique dans son avant-propos, ce médecin décide de faire publier le manuscrit.
James Wright, né à la fin du XXème siècle, publia dans les années 2020 un recueil de nouvelles et un premier roman qui furent salués par la critique et encensés par le public. Son nom même semblait le destiner à la carrière d'écrivain. Mais à la même époque, la découverte d'un généticien, Albert Zimmermann commence à faire des ravages dans le monde de l'art : Zimmermann aurait découvert le gène de l'artiste. Désormais, un simple test génétique suffit à certifier si un individu est doué pour la peinture, la musique ou l'écriture. Quelle aubaine pour les éditeurs, directeurs artistiques et autres, qui n'ont plus à prendre de risques sur l'avenir en lançant un nouvel auteur ou un nouvel artiste ! Quelle humiliation pour les auteurs publiés priés de se soumettre au dit test pour affirmer leur droit à la publication !
En refusant de se soumettre au test Zimmermann, Wright choisit son camp, celui du doute face à la fatalité, celui de la renaissance artistique face à la naissance biologique, mais aussi celui de l'échec, du rejet, de la lente et inexorable dégringolade jusqu'à ce lit d'hôpital et à cette mort anonyme.
Dans ce roman d'anticipation atypique,
Nicos Panayotopoulos livre une réflexion sur la condition de l'artiste, et plus largement sur la condition humaine. Notre futur est-il inscrit dans nos gènes ? L'autodétermination n'est-elle qu'une illusion et l'homme libre un imposteur ? Mais cette réflexion n'est pas doctorale et proclamée, elle s'inscrit en filigrane d'un récit intimiste et sombre, dans les doutes et les incertitudes d'un homme qui a choisi une voie difficile et qui ne peut toujours s'empêcher de regarder par-dessus son épaule et regarder ce à quoi il a tourné le dos.