ISBN : 1090175000
Éditeur : Serge Safran éditeur (2011)


Note moyenne : 4.33/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
Avec Nicolo, joueur de dés du XIIe siècle, ou Julien, reporter photographe d'aujourd'hui, sans compter Lorenzo Lotto ou Veronica Franco, on entre de plain-pied dans Venise. Chaque personnage mis en scène ici, à sept moments différents de son histoire, entretient un rapp... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par Fattorius, le 16 mai 2011

    Fattorius
    Venise, un monde en soi; Venise, une planète à part entière, avec son lot d'enchantement et de mystère: tel est le fil rouge du recueil "Nouvelles vénitiennes", premier ouvrage d'imagination de la traductrice Dominique Paravel. Il se compose de sept nouvelles, rangées de manière chronologique de manière à évoquer, à chaque fois, une période précise de l'histoire de la Sérénissime, du Moyen Age jusqu'au vingt et unième siècle.
    "Un coup de dés", première nouvelle du recueil, est emblématique à plus d'un titre. Elle relate la mise en place des deux colonnes qui ornent, aujourd'hui encore, la Place Saint-Marc. Tout ce qui constituera le recueil y figure à l'état natif. La question du hasard y est abordée au travers de l'élément très concret du jeu; plus loin dans le recueil, elle reviendra de manière plus stylisée, plus abstraite. Les femmes y sont présentes, aussi, avec le personnage de Soradamor, qui consent à donner son corps à Nicolò mais refusera obstinément de lui parler - donc de partager son âme avec lui, à l'image d'une ville qui refuse de partager le coeur de son mystère avec les étrangers. Enfin, il y a le jeu des règles et lois immuables qui régissent Venise, et font d'elle une planète à part, le lieu d'une mentalité particulière, à jamais insaisissable, aspirant à l'éternité.
    Femmes? L'auteur creuse le sillon de manière heureuse, en insistant sur l'aspect le plus concret de la question. le lecteur sera ainsi placé face à de nombreux personnages féminins, souvent des prostituées - qui, à l'instar de la ville, donnent leur corps mais conservent leur âme. Cela donne des pages d'une extrême sensualité, confinant à l'érotisme, où l'auteur porte une attention exacerbée aux personnes et à leurs corps: sécrétions corporelles des miséreux et des puissants, scènes de dissection, jouissances brèves ou intenses, émois, excitation de l'interdit, demandes étonnantes comme celle de cette orpheline qui, dans "Le goût du chocolat", demande à un ambassadeur français de lui caresser les seins avant de se concéder à lui dans un établissement public. Cela passe par des images fortes, classiques ou novatrices...
    Venise ne saurait être évoquée sans que soit abordée son histoire. Aussi chaque nouvelle relate-t-elle, sans qu'on sache si c'est vrai ou non (mais au fond, qu'importe?), un épisode de l'histoire de la Sérénissime et de ses habitants. le lecteur a envie de connaître la destinée du joueur Nicolò, à la fois détestable et fascinant casinotier avant l'heure. Ces éléments historiques offrent à l'auteur l'occasion de placer quelques objets qui créent un fil rouge tout au long du récit - on pense à la statue équestre de la place Saint-Marc ou à l'énigmatique portrait peint par Maître Lorenzo Lotto. Les plus illustres Vénitiens traversent ces nouvelles: l'Arétin, Antonio Vivaldi, quelques doges ou représentants de familles illustres.
    "Mondo Novo", dernière nouvelle du recueil, paraît rompre le charme. L'auteur y adopte du reste une démarche un peu différente en insistant sur le fait que Venise, ville belle de partout s'il en est, semble avoir tout donné aux milliers de personnes qui l'ont découverte - à telle enseigne que Favier, le photographe dont il est ici question, peine à trouver un point de vue original sur cette ville. le ton est également différent des autres nouvelles: "Mondo Novo" commence par un long épisode didactique, et ses personnages s'y expriment dans un français approximatif, semblant traduit littéralement de l'italien, alors que par convention, tout le monde a un style irréprochable dans tous les autres textes. Mais Venise est-elle moins mystérieuse pour autant? Favier n'en saisit pas l'essence, et la relation charnelle n'est pas l'objectif premier de sa rencontre avec Viola, celle femme qu'il a photographiée de manière impulsive et qu'il cherche à revoir. Ainsi le mystère persiste-t-il, au-delà des apparences du désenchantement. Amour? La porte reste ouverte.
    Recueil de nouvelles, "Nouvelles vénitiennes" peut également être lu comme un tout, pratiquement comme un "roman en éclats" relatant, de manière chronologique, la destinée du seul personnage essentiel du récit: Venise elle-même. le tout est porté par un style classique est limpide; le lecteur se trouvera donc immédiatement à l'aise avec le monde vénitien de Dominique Paravel, fine connaisseuse de la ville, qui signe ici une approche personnelle, riche en résonances, du mystère de Venise - un mystère que chacun se doit désormais d'approcher, à sa manière.


    Lien : http://fattorius.over-blog.com
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  • Par delitterys, le 19 mai 2011

    delitterys
    Nouvelles vénitiennes est le premier livre du label créé par le cofondateur des éditions Zulma. Il se distingue de cette maison, célèbre pour ses couvertures aux graphismes originaux, par la sobriété, piquetée de blanc, de ses couvertures. du blanc, une simple coulée d'épices en guise de logo, un début d'élégance.
    C'est un bien joli livre qui lance le bal des publications. On y (re)découvre Venise à travers sept portraits, sept âges de la ville. Nicolò, le joueur de dés, Andrea del Verrochio le sculpteur, maître Lotto le peintre, Veronica, la divine courtisane, Elena, la frêle savante, Paulina, la farouche chanteuse, et Julien le photographe : tous arpentent la ville et gravitent autour de la place St Marc, point nodal du rêve vénitien. Nicolò lui offrira ses colonnes, Verrochio une statue, Lotto y peindra un rêve, Veronica y sera célébrée, humiliée puis pardonnée, Elena honorée, Paulina aimée et Julien y expérimentera le déboussolement de celui qui ne parvient pas à embrasser Venise.
    Venise les relit, corps et art, à travers les différents chapitres de sa riche histoire : un Moyen-Age marqué par le développement architectural de la ville, les différentes étapes de l'âge d'or de la création et du savoir vénitiens, les guerres napoléoniennes, qui marquent la fin de sa suprématie, et le présent au tourisme échevelé.
    Les textes fonctionnent un peu comme un kaléidoscope : leurs éclats difractent la lumière pour mieux nous conduire vers une impression de la ville, perçue comme une certaine expérience de la grâce, spirituelle comme sensuelle. Les deux personnages qui encadrent le recueil s'en sentent rejetés : Venise est trop extrême pour celui qui ne vit que pour le hasard et veut consommer la beauté, plutôt que la laisser l'imprégner, et pour celui qui n'accepte pas de se laisser aller et veut en forcer l'âme à grands coups de clichés. Quant aux autres, ils s'y initient, dans un grand jeu de tension entre corps et âme, qui reflète parfaitement ce qu'est la Sérénissime : une chair splendide, offerte en pâture au regard, dont l'âme inaccessible n'a cessé d'inspirer et de fasciner les artistes à travers le temps. Une succession d'arcades aux arcanes attirantes, constellées de destins que la lagune brasse et intègre aux antiques pierres.
    Henri de Régnier, fin connaisseur de la ville, soulignait combien il était risqué d'écrire sur Venise, sur laquelle tant d'ouvrages ont déjà été publiés, couvrant les différentes facettes de l'histoire humaine et toutes les expressions possibles de la littérature. Dominique Paravel semble avoir trouvé, dans ces micro-fictions de la ville et de ceux qui en ont forgé la grâce, une autre façon de célébrer Venise. Sa plume, en hésitant entre classicisme et sensualité, capture elle aussi, dans ce tiraillement, un peu de l'essence de la ville. En faisant douter le lecteur de la réalité de ses personnages (et pourtant tous, si ce n'est le dernier, font partie de l'histoire de Venise), elle apporte sa part personnelle de patine à une ville qui, depuis sa création, hésite entre réel et imaginaire.
    Une jolie réussite littéraire, à offrir aux amoureux de Venise.

    Lien : http://www.delitteris.com/index.php/au-fil-des-pages/nouvelles-venit..
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par joedi, le 05 février 2012

    joedi
    Sept nouvelles dont le lieu commun est Venise. le récit débute au XIIe siècle pour s'achever au XXIe. Chaque nouvelle possède un point commun, que ce soit les deux colonnes devant le Palais des Doges que Nicolo, joueur de dés prétend pouvoir ériger ou un tableau du Maître Lotto pour lequel il ne trouve aucun acheteur. Venise la Sérénissime est mystérieuse et captivante, elle a ses propres lois et une morale bien à elle, Venise est le personnage principal de ces sept nouvelles. J'ai apprécié le style de ce premier livre de fiction écrit par Dominique Paravel. Cette lecture fut un pur moment de bonheur.
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  • Par Fantine, le 09 juin 2011

    Fantine
    La première œuvre de fiction de Dominique Paravel est un recueil regroupant sept nouvelles mettant en scène des personnages réels et/ou fictifs.
    Il y a une certaine cohérence dans la chronologie car le Moyen Age ouvre le bal pour se terminer au 20eme siècle après une petite incursion au 15eme, 16eme, 17eme et 18eme siècle.
    L'auteur présente les portraits de sept personnages aux caractères bien trempés, et, que tout relie à Venise.
    Cette dernière est le fil conducteur de ces nouvelles. Elle est omniprésente, voire même, par moment, étouffante. D'ailleurs, la majeur partie des protagonistes entretiennent des rapports difficiles avec la Sérénissime.
    En effet, qu'ils soient fictifs comme Nicolo ou Julien Favier, réels comme Lorenzo Lotto, Veronica Franco, Andrea del Verrochio, chacun d'entre eux « cultivent » une haine féroce, et/ou un amour exclusif (voire même de la jalousie) envers la Cité des Doges. C'est aussi l'occasion pour eux de faire une rétrospection sur leur vie afin de mieux comprendre, d'appréhender leur vie actuelle et future.

    L'histoire de Venise est, également, évoquée dans chaque nouvelle. C'est l'occasion pour le lecteur (qu'il soit profane ou non envers la Serenissime) de côtoyer, d'une manière vraiment agréable, la Grande Histoire qui a fait de Venise ce qu'elle est aujourd'hui c'est-à-dire une ville éternelle au point de vue artistique (sculpture, peinture), architecturale, musicale, etc ainsi qu'au passé grandiose.
    En ce qui me concerne, j'ai adoré ce petit recueil de nouvelles, et, je le recommande à tous, que l'on soit ou non admirateur de Venise.
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  • Par XL, le 10 juillet 2011

    XL
    Vénitienne d'adoption depuis une trentaine d'années, c'est d'une plume fluide et érudite que Dominique Paravel mène son lecteur dans le dédale des ruelles et des canaux, mais aussi à travers les archives de la Cité des doges.
    Le recueil se compose de sept nouvelles, sept portraits, sept âges de la Sérénissime, rangés par ordre chronologique (du XII ème au XXI ème siècles) de manière à évoquer des périodes précises, marquantes, de son Histoire.
    Au gré des épisodes : Nicolò le joueur, Andrea le sculpteur, Lorenzo le peintre, Veronica la courtisane, Elena la femme savante, Paulina la chanteuse et Julien le photographe, Venise se dévoile et se dérobe. Pour les héros de ces récits, visiteurs éperdus, la rencontre ne se produit pas. Venise secrète, dont l'âme inaccessible n'a cessé d'inspirer et de fasciner les artistes, garde sa part d'ombre, impénétrable aux étrangers qui, ayant tenté de saisir son mystère, repartent bredouilles et amers.
    Pour sa richesse historique et sa langue sensuelle et impudique, ce livre est à rapprocher des Chroniques napolitaines de Jean Noël Schifano.
    J'ai reçu Nouvelles vénitiennes, dédicacées d'un gentil mot de Dominique Paravel, grâce à un partenariat Babelio avec les éditions Serge Safran que je remercie tous les deux ! Quelques mots (empruntés chez Mollat, Ces mots-là) :
    [Serge Safran] a choisi de lancer sa marque, sans faussse pudeur avec son nom dessus. Son ambition est raisonnable et nous laisse penser que ce n'est pas la fortune que recherche ce directeur littéraire aux choix très respectés parmi ses pairs. Trois livres par an viendront enrichir ce mince catalogue qui se souciera d'exigence. L'éditeur annonce qu'il s'agit d'un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu'ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes.
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Citations et extraits

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  • Par joedi, le 05 février 2012

    Il est devenu frileux, sa peau trop grande pour son squelette ne lui tient plus chaud. Le lien avec le corps se défait peu à peu, le lien avec la vie se dénoue. Il ferme les yeux, se réfugie dans l'immensité de la nuit, là où la différence entre l'enfant indistinct du passé et le septuagénaire trop présent d'aujourd'hui disparaît, là où ne demeure qu'une sensation flottante et apaisée de l'être.
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  • Par joedi, le 04 février 2012

    Des jours et des jours de voyage et au terme Venise l'avait reçu dans sa lumière inouïe, une ville sans aucune ligne droite, où la perspective est sans cesse faussée, fantasmée, un coquillage spiralé au fond d'une lagune compliquée qui est sa seule défense, une île multipliée d'îles, ceinturée d'eau et de solitude.
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  • Par joedi, le 04 février 2012

    Il y avait quelque chose de surhumain dans la réalisation d'une statue équestre, quelque chose qui échappait à la dimension normale, aux gestes ordinaires du sculpteur. Et puis, le corps des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants lui était connu, il avait passé sa vie à les observer, à les dessiner, mais il ignorait le corps de la bête. Il ignorait la tension de ses muscles, le plissé charnel de sa robe, l'odeur de sa peau échauffée.
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  • Par Fantine, le 09 juin 2011

    Il a dû demander son chemin plusieurs fois, les rues finissaient dans les canaux qu'il fallait traverser sur des planches en bois jetées d'une rive à l'autre, à certains endroits un îlot en voie d'assèchement et entouré de palissades lui coupait le chemin.
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  • Par Fantine, le 09 juin 2011

    Venise est un chantier, elle est construite dans un marécage, sur des terrains boueux compactés par les ordures, mais, les façades des palais sont colorées comme des tapis d'Orient, la lumière est une coulée d'or, les hommes portent des habits de brocart et le femmes des soies moirées, il veut cette ville, il veut sa place à n'importe quel prix.
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