Après les tumultes du Noyé du grand canal, les première pages de
L'honneur de Sartine laissent présager un drame intime, donc une intrigue beaucoup moins mouvementée.
Il n'en est rien. Derrière ce drame familial et sournois, se cache une affaire politique propre à ébranler la couronne et surtout, à détruire Sartine, le mentor de Nicolas, présentement marquis de Ranreuil. Leurs amitiés aura connu un bas fulgurant, suivi d'une réconciliation surprenante. ici, c'est un Sartine aux abois, faible, vulnérable, ne sachant plus à qui se fier que nous découvrons. Il met son âme à nu devant Nicolas, tant il est accablé par l'ampleur de sa disgrâce. Il illustre ainsi la versatilité de la Cour, dont Nicolas lui-même aura un exemple flagrant.
Jamais sans doute une intrigue n'aura autant mis la vie de notre héros en danger. Jamais ses amis eux-mêmes n'auront autant souffert - physiquement et moralement - au cours de l'enquête. S'en prendre aux siens pour le réduire au silence montre à quel point ses adversaires ne connaissent pas le commissaire au Châtelet.
Vingt ans déjà que Nicolas le Floch est arrivé à Paris et résolvait
L'énigme des Blancs-Manteaux, et il se livre à une véritable introspection. Il mesure le parcours qu'il a effectué, se souvient des enquêtes qu'il a résolues, de leur lot d'horreurs et de monstruosité. Loin du tapage de la cour, il reste indéfectiblement fidèle au souvenir du feu roi, et à ses filles. Il prend conscience qu son enfant est devenu un homme, et que le bonheur qu'il vit aujourd'hui ne se reproduira peut-être plus. le bonheur n'est constitué que de moments fugaces.
L'honneur de Sartine est un excellent roman policier, rigoureusement construit, magnifiquement écrit, comme tous les romans précédents de
Jean-François Parot. N'hésitez-plus : lisez-le.