> Nino Frank (Traducteur)

ISBN : 2070786471
Éditeur : Gallimard (2007)


Note moyenne : 4.4/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres

Avant que le coq chante réunit trois nouvelles, presque trois courts romans : Par chez nous, La prison et La maison sur les collines. D'abord, il y a Talino, mécanicien, qui, revenu de prison, trouve un emploi dans une ferme lointaine et commet l'ir... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par nastasiabuergo, le 13 avril 2012

    nastasiabuergo
    Cesare Pavese possède tout le pessimisme et la désillusion d'une personne trop clairvoyante. C'est donc ce regard qu'il décline dans bon nombre de ses livres et celui-ci ne déroge pas à la règle. L'ouvrage est composé de trois nouvelles qui ont toutes pour dénominateur commun un épisode de vie « en suspens », dans un lieu inhabituel pour des raisons peu communes. le titre fait référence à une descente des Allemands dans un repaire d'activistes politiques dans la troisième nouvelle :
    La première, « Par chez nous », raconte, dans un style qui pourrait faire penser à Erskine Caldwell, l'équipée de deux innocentés sortant de la prison de Turin : Berto, le narrateur, citadin combinard endurci à la gouaille caractéristique et Talino, l'air niais et débonnaire, fils de paysan piémontais. Berto, sans feu ni lieu, comprend vite que rien ne le retient à Turin, d'autant plus que Talino l'exhorte à le suivre dans sa campagne natale. Berto n'a aucune confiance en lui et réalise que Talino est bien plus fin qu'il n'en a l'air, ce qui ne l'engage guère à le suivre. Mais, faute de mieux, Berto s'y résout finalement, pour tâcher de gagner quelques sous tant ses poches sonnent le creux. Berto, mécano de formation, aidera la famille de Talino pour la moisson en faisant fonctionner la batteuse à blé. Arrivé sur place, Berto découvre les sœurs de Talino, dont la belle Gisèle, mais aussi et surtout, le mystère qui entoure l'étrange et imprévisible Talino… Je vous laisse bien évidemment découvrir la suite.
    La seconde, « La prison », raconte le vécu d'un relégué (c'est-à-dire d'un opposant politique à Mussolini), Stefano, originaire du nord de l'Italie, fraîchement libéré de prison et contraint de demeurer en résidence surveillée dans un village littoral rural du sud de la péninsule. L'auteur y décrit les murs invisibles que sont la mer d'un côté, le statut « d'étranger » et la méconnaissance des mœurs locales de l'autre. Mais aussi et surtout, le lourd travail psychique que continue d'effectuer la prison dans le comportement du libéré bien après le franchissement des murs de la prison. Cesare Pavese, comme à son habitude, nous livre une vision désabusée, sans issue, comme quoi, l'on ne sort jamais complètement de prison une fois y être entré.
    La troisième, « La maison sur les collines » est la plus longue, la plus consistante et probablement la plus crépusculaire des trois. Il faut reconnaître que le thème n'en est pas des plus gais puisqu'il s'agit d'une description et d'un recueil d'impression sur les années de guerre, d'angoisse et de traque, où l'on craint à chaque instant de voir débarquer « Avant que le coq chante » une milice prête à vous expédier trois balles dans la carlingue parce que vous êtes un sympathisant de l'opposition politique. La maison sur les collines est donc le refuge, à quelques encablures de Turin, de ces activistes rouges au moment où les chemises noires de Mussolini vacillent au milieu de la guerre. Après les angoisses évidentes liées aux bombardements aveugles, où l'on ne sait jamais si l'on sera sur la liste des dommages collatéraux, Cesare Pavese s'attarde sur l'angoisse, plus vicieuse et plus sourde encore, celle qui ne fait pas de bruit et qui n'est pas annoncée par les alarmes ou les sirènes, celle des descentes punitives. Cette dernière nouvelle est vraiment glauque, sans issue et l'on comprend sans peine que l'auteur, hanté et tiraillé par les démons qu'il décrit si bien, ait choisi d'en finir quelques mois après la publication de ce livre. J'en veux pour preuve la toute dernière phrase du livre : « Il n'y a peut-être que les morts à le savoir, et il n'y a qu'eux pour qui la guerre soit finie pour de bon. » Ceci peut également nous rappeler le témoignage d'un autre vibrant témoin italien des heures sombres de la guerre, Primo Lévi, qui a lui aussi choisi d'en finir ainsi, n'ayant jamais totalement réussi à tourner la page des atrocités vécues. Je vous préviens donc que si vous attendez la gaieté dans les chaumières, ce livre ne vous conviendra peut-être pas, mais ceci dit, ce n'est là que mon avis, c'est à dire, pas grand chose.
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Citations et extraits

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  • Par nastasiabuergo, le 17 mai 2012

    L'heure la plus cruelle était l'aube (...). C'était l'heure à laquelle on fait irruption, où l'on surprend les fugitifs dans leur cachette. Dans la chaleur de mon lit, je pensais aux cellules, aux visages connus, aux morts nombreux. Dans le silence, je revoyais mon passé, je réentendais les propos, je fermais les yeux et je me figurais que je souffrais avec les autres. Cette ombre de courage suffisait à me faire frémir.
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  • Par nastasiabuergo, le 30 mars 2012

    On en était au point où cela ne pourrait pas aller pis. (...) Un consommateur de ma connaissance, homme gros et jovial, dit que, somme toute, nous avions déjà gagné la guerre. "Si je me regarde autour, qu'est-ce que je vois? s'exclamait-il. Des trains bondés, le commerce prospère, le marché noir, l'argent, les hôtels travaillent, les firmes travaillent, partout on travaille et on dépense. Personne ne lâchera, voyons, personne ne parle de laisser tomber. Quatre maisons qu'on a mises en miettes, et après? (...) Si, après trois années de guerre, on en est arrivés à ce point, il faut espérer qu'elle durera encore un moment. Après tout, s'il s'agit de mourir dans son lit, on en est tous capables.
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  • Par nastasiabuergo, le 09 avril 2012

    Derrière les cultures et les routes, derrière les maisons humaines, sous mes pieds, le vieux cœur indifférent de la terre couvait dans l'obscurité, vivait en ses ravins, ses racines, ses choses secrètes, les peurs de l'enfance.
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  • Par nastasiabuergo, le 08 avril 2012

    La guerre m'a simplement ôté le dernier scrupule de vivre seul, de me manger tout seul les années et le cœur, et un beau jour je me suis aperçu que Belbo, mon gros chien, était encore le dernier confident sincère que j'avais.
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  • Par nastasiabuergo, le 14 avril 2012

    Pour menaçant que fût l'avenir imminent, le vieux monde chancelait, et mon existence était entièrement basée sur ce monde, sur la terreur, la rancune, le dégoût qu'inspirait ce monde.
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Vidéo de Cesare Pavese

Un siècle d'écrivains, une collection dirigée par Bernard Rapp, France 3, 1995. Un film de Alain Bergala : Cesare Pavese, écrivain italien. (1/8)








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