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Critiques sur Titus d'Enfer (4)


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    • Livres 5.00/5
    Par sentinelle le 04/01/2010


    Il est bien difficile de définir l'œuvre de Mervyn Peake. Elle est tellement atypique qu'elle se dérobe à toute simplification ou définition sommaire. Farce, récits fantastiques où se mêlent l'humour, le grotesque et l'inquiétant, lieux étranges et gigantesques, folie des personnages, tous aussi hallucinés les uns que les autres, il est bien difficile d'attribuer une étiquette toute faite à tant d'originalité. le plus connu de ses écrits étant « La trilogie de Gormenghast », « Titus d'enfer » constituant le premier volet de cette trilogie. Autant vous le dire tout de suite, en lisant « Titus d'enfer », j'avais l'impression d'avoir un OVNI entre les mains tellement son roman est original et bien construit, le tout porté par une écriture des plus limpides. Rien d'étonnant à ce que Mervyn Peake soit repris comme l'une des influences majeures de la fantasy anglo-saxonne.

    Pourtant le sujet est d'une grande simplicité. Nous sommes dans le château de Gormenghast, un château aux dimensions effroyables et monumentales, véritable labyrinthe dans lequel, simples lecteurs que nous sommes, nous nous perdons bien volontiers. Gormenghast, personnage à part entière du roman, est aussi et avant tout la propriété des comtes d'Enfer, noble lignée présente dans les lieux depuis des siècles.

    Lord Tombal, l'actuel maître des lieux et le 76ème comte d'Enfer, y vit avec son épouse Gertrude et sa fille Fuchsia. Lady Gertrude est une femme étrange et colossale, isolée dans ses appartements et vivant entourée de ses chats blancs et perpétuellement accompagnée d'une multitude d'oiseaux dans ses moindres déplacements. Fushia d'Enfer est une jeune fille solitaire et taciturne d'environ une quinzaine d'années, aux cheveux noirs et sauvages. Cora et Clarisse d'Enfer, les deux sœurs jumelles de Lord Tombal, deux idiotes aussi molles d'esprit que de corps, vivent également à ses côtés.

    La seule occupation de cette famille consiste à accomplir scrupuleusement des rites fixés par une tradition ancestrale, en dehors de quoi ils sont totalement livrés à eux-mêmes, ou devrais-je dire à leur folie individuelle. Ces rituels, aussi absurdes qu'étranges et dont la signification échappe depuis longtemps aux membres de la famille, sont présidés par le maître de cérémonies Grisamer, véritable encyclopédie vivante des rites ancestraux et garant depuis des années de la bonne tenue de ces derniers. Nous retrouvons également autour de la famille un grand nombre de personnes au service des comtes d'Enfer : Craclosse, le valais de Lord Tombal, aussi osseux que cadavérique, chacun de ses pas d'araignée s'annonçant par de multiples craquements des rotules - le docteur Salprune, au timbre de voix insupportable et au rire d'hyène et sa sœur Irma, aux os protubérants et maigre comme une patte de cigogne - la vieille et si menue Nannie Glu, la gouvernante de Fushia et Abiatha Lenflure, le chef de cuisine pataugeant dans sa graisse, sans oublier ses nombreux marmitons.

    Auprès du château habite dans des huttes un peuple d'artistes très pauvres qui sculptent le bois. Il n'y a aucun rapport entre ces gens misérables et les membres du château, si ce n'est une fois par an, le premier matin de juin plus exactement, « quand toute la population des taudis d'argile avait l'autorisation de pénétrer dans le domaine, pour exposer les sculptures de bois auxquelles elle avait travaillé toute l'année ». Chaque année, les trois plus belles sculptures sont exposées au château et il y a une compétition féroce pour être parmi les heureux élus.

    Il se fait que tout Gormenghast est aujourd'hui en liesse. C'est qu'une heureuse et surprenante nouvelle, que plus personne n'osait d'ailleurs espérer, se répand de bouche à oreille au château : le 77ème comte d'Enfer vient de naître, digne descendant mâle de la lignée !

    Mais ce n'est assurément pas le seul événement essentiel de la vie de Gormenghast qui se déroule ce jour là. A l'insu de tous, le jeune Finelame, marmiton du chef de cuisine Lenflure, qui n'en peut plus de la cruauté de son chef bien nommé ni de la petitesse des cuisines du château en regard de ses ambitions démesurées, s'enfuit en suivant les pas du fidèle serviteur Craclosse qui vient de quitter les cuisines pour s'en aller rejoindre son maître. C'est que le château est un véritable dédale, et Craclosse, qui ignore à ce moment là être le fil d'Ariane du jeune Finelame, va l'amener bien malgré lui auprès de membres de la lignée d'Enfer. Ce jeune homme de 17 ans, doté d'une grande intelligent, est également aussi manipulateur que rusé. Son objectif ? S'introduire dans la vie des comtes d'Enfer, et ce par n'importe quel moyen, n'excluant ni la tromperie ni les basses manœuvres pour arriver à ses fins. Mais est-ce vraiment un bien pour la vie de Gormenghast de compter Finelame dans ses rangs ?

    La présence de cet opportuniste ne signe-t-elle pas plutôt le début de la fin d'une lignée en déliquescence qui se contente de suivre scrupuleusement des rituels sans queue ni tête auxquels ils n'y comprennent plus rien ?

    L'heure de la continuité, signée par l'arrivée du jeune Titus, ne se retrouverait-elle pas en concurrence avec l'heure du changement et des bouleversements, signée par la venue du jeune Finelame ?

    Allégorie de la fin d'un empire, ce roman est aussi déroutant qu'intriguant.

    Mention spéciale pour la description des personnages aussi loufoques les uns que les autres, tellement bien décrits que nous les visualisons sans peine, à tel point qu'ils nous semblent plus vrais que nature malgré leurs dingueries.

    Si vous aimez les ambiances baroques et médiévales, les romans originaux où l'imagination se fait la part belle, le tout porté par une très belle plume, alors n'hésitez pas et venez rejoindre Gormenghast, vous ne serez pas déçu ! Mervyn Peake possède un style à nul autre pareil qu'il bien serait dommage de ne pas s'y plonger.


    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-26771789.html

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    • Livres 5.00/5
    Par lolo71 le 13/03/2009


    Au pied de la montagne, au bord de la rivière, se dresse le château de Gormenghast, immense et labyrinthique, majestueux et en partie en ruine. C'est le domaine des comtes d'Enfer. Aujourd'hui est un grand jour : Titus est né, soixante-dix-septième comte d'Enfer. Gormenghast a un héritier, « l'héritier de milliers d'hectares de pierres croulantes et de vieux ciment, l'héritier de la tour des Silex et des douves stagnantes, des monts déchiquetés et du fleuve glauque […] ». L'héritier également d'une loi et de rites absurdes, dont l'origine remonte à des temps immémoriaux et la signification s'est perdue, mais qui n'en rythment pas moins la vie des habitants du château.
    Dans les dédales sombres se croisent quantité de personnages : Lord Tombal, le mélancolique comte ; sa femme, Lady Gertrude, rousse, énorme, toujours entourée d'une nuée d'oiseaux ou d'un tapis de chats blancs ; Fuschia, leur fille, sombre et rêveuse, avide d'affection ; Craclosse, l'arachnéen serviteur, dévoué à son maître et à la tradition de Gormenghast ; le jovial docteur Salprune, qui doute et le cache sous ses airs mielleux ; Grisamer, le vieux docteur de la loi des comtes d'Enfer ; et aussi Lenflure, Nannie Glu, Brigantin, Irma Salprune, les jumelles Cora et Clarice… Sans oublier Finelame, personnage clé, hautes épaules et front bombé, jeune marmiton évadé des sombres cuisines du château et qui aspire à une destinée plus haute.
    Se nouent entre eux des intrigues, des colères et des tendresses, des haines et des attirances, des suspicions et des alliances, qui font du château un théâtre des passions humaines. La quête de l'amour, la jalousie, la recherche de l'identité, la soif du pouvoir, le crime animent leur cœur et inspirent leurs actes culminant dans des scènes d'anthologie grandioses.
    L'humour et un sens certain de la dérision enrichissent un récit qui sinon tournerait à la tragédie pure. La condition humaine a aussi ses côtés comiques. Conte, roman gothique, fantasmagorie, « Titus d'enfer » est tout cela à la fois, et surtout autre chose : un univers singulier. Gormenghast est de pur imaginaire, il existe dans un temps et un lieu indéterminés, mais ce qui se trame dans le château est de tout temps et de tout lieu : des humains, trop humains, se débattant pour s'affirmer et exister. C'est pourquoi les personnages et l'histoire nous fascinent tant.
    C'est aussi grâce à la qualité de l'écriture, flot lyrique et sensuel, dense et précis, charriant dans la tête du lecteur une litanie d'images. le style flamboyant du dessinateur anglais Mervyn Peake (1911-1968), concepteur de livres pour enfants, caricaturiste et illustrateur, ayant laissé quatre ou cinq livres, en particulier La Trilogie de Gormenghast, dont Titus d'enfer est le premier épisode. Elle comprend également Gormenghast et Titus errant. Une œuvre épique et poétique, ayant inspiré nombre de commentaires et d'études tant elle est riche d'interprétations. En France ses livres sont plus ou moins tombés dans l'oubli pendant vingt-cinq ans. Erreur (faute ?) réparée grâce aux éditions Phébus (encore elles), qui nous permettent découvrir un écrivain unique et un livre inoubliable.




    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/01/26/titus-denfer-de-mervyn..

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    • Livres 4.00/5
    Par Alienor le 23/01/2009


    Le roman commence avec la naissance de Titus, héritier de la célèbre lignée des Comtes d'Enfer et du vaste domaine de Gormenghast. Il s'achève avec son accession au trône, alors que le pauvre enfant n'a pas encore atteint l'âge de deux ans !
    Entre ces deux évènements fondateurs, l'auteur nous présente, par le biais de courtes scènes, toute une galerie de personnages qui entourent le futur comte.
    Et le sentiment qu'éprouve le lecteur, c'est que Titus n'est peut-être pas si bien né que cela. Etre issu d'une famille noble, quelle importance lorsque l'on n'est pas aimé ! Entre un père écrasé par la mélancolie, une mère qui n'éprouve de sentiments que pour les chats et les oiseaux, et une sœur qui le jalouse, comment pourrait-il éprouver l'envie de sourire à la vie ?
    Seule Nannie Glue, qui l'élève tout comme elle a élevé sa sœur Fuschia, éprouve de l'amour pour lui.
    Dans cette vie, seuls comptent les rituels qui rythment les journées et les évènements importants qui ponctuent l'existence. Ces rituels auxquels se plie depuis toujours le père de Titus, 76ème comte d'Enfer, et qui ont vidé sa vie au lieu de la remplir ! Quand le livre s'achève, Titus, deux ans à peine, se retrouve confronté à l'écrasante responsabilité de poursuivre les traditions. Son père a disparu, il est le 77ème compte d'Enfer.C'est un drôle de roman que celui-ci. Drôle car inclassable. Drôle car féroce. Drôle par les illustrations de Mervyn PEAKE lui-même.
    Difficile d'établir des comparaisons avec d'autres œuvres, même si l'on pense à Tolkien et son Seigneur des Anneaux puisque c'est également une trilogie. Point de fantastique ici, mais un univers imaginaire insolite et terriblement attachant, même lorsque les personnages ne sont pas sympathiques.
    Une fois la lecture achevée, on a hâte de découvrir la suite, et de voir si Titus échappera ou non à ce sombre destin tout tracé. On a hâte également de voir comment va évoluer le personnage de Finelame, autre héros de l'histoire, dont le rôle trouble va, on le pressent, prendre de plus en plus d'ampleur.


    Lien : http://tassedethe.unblog.fr

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    • Livres 5.00/5
    Par wictoria le 27/09/2008


    Avis aux lecteurs, ce billet est exceptionnellement long, peut-être destructuré, aussi vous pardonnerez d'avance ma verve, car j'ai tenté de synthétiser au mieux ce que j'ai vécu de cette histoire tout au long des longues semaines qui viennent de passer (car certes, je lis, mais il se trouve que je travaille et que je vis avec ma famille avant toute chose). Ayant terminé ma lecture, entre 2 et 6 heures ce matin, je m'empresse d'éditer mon compte-rendu maladroit mais sincère.

    Lire la suite :
    http://monbiblioblog.blogspot.com/2007/06/titus-denfer.html

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