ISBN : 2070124851
Éditeur : Gallimard (2012)


Note moyenne : 4.11/5 (sur 76 notes) Ajouter à mes livres
L'auteur a commencé à tenir scrupuleusement le journal de son corps à l'âge de douze ans, en 1935. Il a continué jusqu à la fin de sa vie à 87 ans, en 2010. Son projet était d observer à la loupe et de noter l évolution de son organisme tout ce qui d ordinaire est tu ou... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 17 février 2012

    brigittelascombe
    Daniel Pennac confie en prologue avoir eu vent du Journal du corps d'un personnage en vue (dont il souhaite taire l'identité), "cahiers légués" à sa fille "adorée" Lison (amie de l'auteur).
    Autofiction?
    Ce Journal d'un corps, commencé suite à un traumatisme de scout ligoté à un arbre et chiant dans son froc (pardonnez l'expression!) de terreur d'être dévoré par des fourmis, va relater la vie de son narrateur du moment où il jure: je n'aurai "plus jamais peur" jusqu'à sa fin de vie.
    Sensations d'un écorché vif en manque d'amour maternel, construit en opposition à la mère humiliante pour ne pas être le "rien" prédit, "corps objet d'intérêt" pour suivre les murmures d'un père disparu trop tôt, ce corps, thème majeur de ce journal est plus un Moi-peau, un corps physique qui parle d'émotionnel.
    Invention d'un double "exercice d'incarnation convaincant",grève de la faim,jouissance,hypochondrie,somatisation, ce journal transcrit l'intime à travers un corps qui exprime ses manques, sa haine,son désir,son plaisir,son narcissisme,sa sexualité,ses amours,sa tendresse,ses peurs paniques.
    C'est toute une vie qui nous est contée rien qu'en regardant son écorce palpiter.
    "Les testicules siège de l'âme?"
    Question intéressante!
    Une ouverture intéressante aussi: un destin est-il toujours lié à l'enfance, une vie maîtrisée vers la réussite en tout ne montrant ses failles qu'en de secrètes cellules?
    Daniel Pennac(auteur connu et reconnu, prix Renaudot 2007 pour chagrin d'école) signe là un petit chef-d'oeuvre qui sonne fort, juste et vrai!
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    Critique de qualité ? (28 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par TINUSIA, le 29 février 2012

    TINUSIA
    Jubilation !
    C'est un grand cru que ce roman tout frais paru. du Pennac dans l'essence, avec un subtil mélange de facétie, d'exultation, de dialectique, de sagesse, assaisonné juste ce qu'il faut d'un soupçon d'extravagance.
    Le narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom) a remis à sa fille Lison, quelques moments avant sa mort, le journal qu'il a tenu, du 28 septembre 1936 au 29 octobre 2010. Non, ce n'est pas un journal intime, surtout pas ! SURTOUT PAS ! Ici pas de mièvreries d'une vie quotidienne et sociale que tout le monde connaît, et dont tout le monde parle. « Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose ». (Mercredi 18 novembre 1936). C'est un enfant de 13 ans, 1 mois et 8 jours qui commence cette biographie.
    Biographie imaginaire ? Auto-biographie ? Sans doute un peu les deux. Impossible que Pennac ait inventé tout cela, sans avoir puisé ses sources en son propre corps !
    À l'origine, c'est une grosse frayeur, un épouvantement devenu hystérique, qui conduit ce gamin à écrire. Un gamin chétif, malingre, dont le corps n'existe pas dans le regard de sa mère. « À quoi ressembles-tu ? Veux-tu que je te le dises ? Tu ne ressembles à rien ! Tu ne ressembles absolument à rien », vitupère-t-elle, en claquant la porte. Alors, pour exorciser ses peurs, il commence à les mettre en mots : il établit une liste de ses sensations : « la peur du vide broie mes couilles, la peur des coups me paralyse, la peur d'avoir peur m'angoisse toute la journée, l'angoisse me donne la colique, l'émotion (même délicieuse) me flanque la chair de poule, la nostalgie (penser à papa par exemple) mouille mes yeux, la surprise peut me faire sursauter […], la panique peut me faire pisser, le plus petit chagrin me fait pleurer, la fureur me suffoque, la honte me rétrécit. Mon corps réagit à tout. Mais je ne sais pas toujours comment il va réagir. » Et de poursuivre, le lendemain, « si je décris exactement tout ce que je ressens, mon journal sera un ambassadeur entre mon esprit et mon corps. Il sera le traducteur de mes sensations ».
    Le lecteur va donc suivre 74 ans de la vie de l'auteur du narrateur, au gré des manifestations de son corps. Mais point d'inventaire à la Prévert, ni de misérabiliste, ni d'hypocondrie débordante ! Et il ne les chante pas non plus à la Gaston Ouvrard : « Je suis d'une santé précaire, et je me fais un mauvais sang fou... ». Non, le narrateur n'est pas « pas bien portant ». Il vit ses jours - bons et mauvais -, les heurs - bons et mauvais -, et dit les bouleversements de son corps – bons et mauvais -.
    Je l'ai accompagné avec enthousiasme, cet enfant qui devient jeune homme, puis homme, puis vieillard. Et je ne l'ai pas vu vieillir, tant l'histoire de son corps qui prend de l'âge est distillée graduellement, progressivement. Les mots de Pennac, dans ce journal, c'est la quintessence de la vie qui passe. C'est du raffinement, de la finesse, de la subtilité.
    Et pourtant ! L'auteur ne s'encombre pas d'oiseuses pudibonderies pour évoquer ce corps qui peu à peu se déploie, s'affirme, décroît, puis se meurt. le vocable est cru, parfois un peu gaillard, quand il s'agit d'évoquer les miasmes de l'anatomie. de toutes les anatomies, parce que, en toute sincérité, j'ai retrouvé dans les scrupuleuses descriptions de nos rituelles « habitudes » intimes, quelques unes de mes petites pratiques solitaires que, bien sûr, je ne détaillerai pas... je n'ai pas l'habileté de Daniel Pennac, moi, pour révéler ma profonde nature !
    « [...]un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, […] les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe ».
    Ou bien : « Nous nous repaissons en secret des miasmes que nous retenons en public ».
    Je n'omettrai surtout pas dans cette chronique d'évoquer ce qui fait la force des textes de Daniel Pennac : la faculté de penser, l'intelligence, le sens des choses dans ce qu'il sublime notre quotidien.
    « L'angoisse se distingue de la tristesse, de la préoccupation, de la mélancolie, de l'inquiétude, de la peur ou de la colère en ce qu'elle est sans objet identifiable ».
    « Il me plaît de penser que nos habitus laissent plus de souvenirs que notre image dans le coeur de ceux qui nous ont aimés ».
    « Ces petits maux, qui nous terrorisent tant à leur apparition, deviennent plus que des compagnons de route, ils nous deviennent ».
    « Enfants, nous ne voyons pas les adultes vieillir ; c'est grandir qui nous intéresse, nous autres, et les adultes ne grandissent pas, ils sont confits dans leur maturité ».
    Ce livre, c'est un roman de vie, c'est un roman d'amour, c'est un roman d'aventure.
    Non, ce n'est pas un roman ; c'est une leçon de choses, comme on appelait ces cours, dans mon enfance, qui traitaient de ce qui ce nomme désormais « SVT ».
    Une leçon de choses, où je suis, tu es, il(elle) est, nous sommes, vous êtes, ils(elles) sont, du point de vue du corps, les protagonistes parfois ardents, parfois languissants, mais toujours présents de la ligne de vie.
    « Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté ».

    Lien : http://livresouverts.canalblog.com/
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    Critique de qualité ? (20 votes positifs)
  • Par Kittiwake, le 11 mars 2012

    Kittiwake
    Toute une vie, par épisodes sélectionnés, d'un point de vue physique, si tant est que l'on puisse scinder le corps et l'âme (vieux débat philosophique).
    Les impressions livrées ne sont pas celles d'un hypochondriaque qui s'observerait dans ses dysfonctionnements mais plutôt celles d'un extra-terrestre récemment incarné dans une enveloppe corporelle telle que la nôtre et qui noterait scrupuleusement ce qui advient pour en faire un rapport. Bien sûr avec l'âge qui avance la pathologie a la part belle (après cinquante ans, si tu te réveilles le matin et que tu n'as mal nulle part, c'est que tu es mort, dit la sagesse populaire), mais ce n'est pas le thème central du texte.
    Si l'on devait dessiner une image de ce corps livré, où les différentes parties seraient proportionnelles à l'importance qui leur est accordée, on aurait un être bizarre constitué d'un énorme sexe, un tube digestif conséquent, un assez gros nez puis quelques accessoires, dents, os, cheveux, et un peu de peau, et ce avec une évolution dans la vie, puisqu'avec le vieillissement certaines fonctions vont se mettre en veille pour céder la place à d'autres qui faisaient leur travail dans la discrétion, et se manifestent soudain dans leur dérèglement.
    L'auteur insiste sur l'aspect sécrétoire, sur les organes qui extériorisent le produit de leur fonctionnement (tout y passe : crottes de nez, urine, selles, gaz, sueur, sperme, voire sang quand une effraction libère le milieu intérieur liquide que contiennent nos vaisseaux). Il fait part d'une certaine fascination pour le contrôle qu'il peut exercer sur ce corps en se livrant à différentes expériences (musculation, grève de la faim....)
    J'ai trouvé également très intéressante la notion de vieillissement relatif, et d'accélération du temps ressenti au fur et à mesure que les années passent. En fait pour cette notion, comme pour bien d'autres, le narrateur met en mots ce que le commun des mortels expérimente quotidiennement. Certes le point de vue est masculin, mais bien des aspects sont tout de même identiques.
    L'histoire familiale apparait en filigrane, dès que son déroulé est cause ou conséquence d'un phénomène corporel. Ainsi l'incident fondateur, à l'origine de cette rédaction, nous révèle les relations conflictuelles du narrateur et de sa mère.
    Ce qui est remarquable est le style particulièrement mature de l'écriture du début du récit, qui est alors celui d'un jeune garçon de treize ans. Et également le fait que ce style évolue assez peu au cours de son existence. Les points d'intérêt changent mais pas la façon de les décrire. le journal a été commenté par le narrateur même avant de le livrer à sa fille et semble t-il peu de temps avant de l'achever.
    Le survol accéléré (un peu plus de trois cent pages, et qui sont une sélection de pages choisies par l'auteur) de toute une vie procure une sensation de vertige et nous confronte à la triste banalité de notre sort, en mettant en lumière cette impression fallacieuse qui peut parfois peut être la notre : nous ne sommes pas individuellement des modèles originaux.

    Lien : http://kittylamouette.blogspot.com/2012/03/journal-dun-corps.html
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    Critique de qualité ? (23 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par canel, le 15 avril 2012

    canel
    - - - DELICE DE LECTURE !
    Quel concept intéressant ! Un journal, tenu de 13 à 87 ans et consacré au corps - son évolution, ses sensations. Sont donc abordés les thèmes de la croissance, de la sexualité, du sport, de la maîtrise de soi (tant nos émotions et nos manifestations somatiques interagissent), des petits bobos physiques ou psychiques, de la médecine et de la chirurgie, du vieillissement et de la lente érosion des facultés... bref, une quasi-encyclopédie intime.
    L'idée de départ est excellente, et on peut faire confiance au talent maintes fois prouvé de Pennac pour ne pas en rester là : le récit pétille d'intelligence et d'humour, fourmille d'informations pour les femmes (et les hommes !) sur le corps masculin en particulier, humain en général. On se surprend à se voir différemment, à tenter les mêmes expériences que le narrateur (observer ses taches de vieillesse sur les mains, se tripoter les oreilles...).
    De loin en loin, j'ai attendu davantage sur le contexte socio-économico-politique des décennies traversées, comme dans 'Les années' d'Annie Ernaux ou 'Une vie française' de Jean-Paul Dubois, mais cela aurait éloigné du sujet clairement annoncé : le corps. C'est donc parfait ainsi, je ne regrette rien !
    Beaucoup d'extraits drôles, percutants, cochés dans mon livre, j'en vois plus de 60 recopiés dans Babelio. le mieux est de lire l'ouvrage en entier, vous ne le regretterez pas. Pour ma part, j'ai préféré le savourer plutôt que le dévorer.
    Mon unique bémol : le narrateur lègue ce journal à sa fille, lui révélant ainsi indirectement les mystères de l'intimité parentale, ce qui me semble être un sujet tabou entre un couple et sa progéniture, l'éducation sexuelle se devant d'être précise mais pas personnelle (par pudeur pour l'adulte ET le jeune)...
    - - - A faire lire aux ados dès 13-14 ans, garçons et filles !
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    Critique de qualité ? (17 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par sultanne, le 25 mai 2012

    sultanne
    Me voilà bien embarrassée devant un titre qui semble faire l'unanimité mais pour lequel j'ai du mal à comprendre l'engoûment.
    Le sujet et l'idée sont d'une originalité déconcertante et l'on est en droit d'attendre d'un "Journal d'un corps" une oeuvre différente, destabilisante, grandiose. Hors, je n'en ai rien trouvé, à mon grand désespoir.
    Je me suis ennuyée à mourir devant cet enfant tout ce qu'il y a de plus commun, qui happe ses muscles, se chie dessus, et qui étale le tout dans mon livre... j'avoue, j'ai le même à la maison et ça me suffit !
    J'ai reconnu n'importe quel adolescent bavant devant la féminité, se réveillant en sursaut de ses rêves sensuels, pratiquant le plaisir solitaire à tout bout de champ... non pas qu'il m'ait déplu... mais bien plutôt qu'il n'a rien d'original ! J'ai aussi le même à la maison...
    J'ai eu un peu honte pour ce cadre sup que se pissait sur les doigts pour vérifier la température, qui hésitait dans son débat métaphysique entre l'odeur du pet et celui du rot, et dont l'expulsion du polype m'a laissée de marbre. Je ne sais pas si j'ai le même à la maison, mais ça ne m'amuserait pas...
    Enfin, je n'ai pas même vibré devant ce vieillard débordant de sagesse dont l'"agonie" n'en est pas une et qui prétend rapporter le journal de son corps là où il oublie tant de détails. J'ai eu le même à la maison, au combien plus humain que celui-ci !
    L'éciture est la même du début à la fin et la plume du garçon de treize ans ne diffère pas de celle de l'homme de 70 ans ; voilà qui est bien improbable et qui retire à la beauté de ce journal. Les ficelles tendues au lecteur (car il y a des ficelles) sont tellement visibles qu'elles en sont prévisibles (la varicelle de Grégoire est annoncée dans son enfance, par exemple...). Si bien qu'aucune surprise ne m'a tenue en haleine durant ce long périple d'un corps qu'on cherche à incarner sans vraiment y parvenir.
    Reconnaissons néanmoins ces grands moments de littérature dans lesquels l'on décèle la plume, si fière et si talentueuse, de Pennac, mais celle-ci se noie entre deux saignements de nez, perdant de sa saveur et de sa beauté. Ce Journal d'un corps m'a ennuyé à mourir et n'a fait qu'encourager le mien à se manifester comme il le fait depuis plusieurs années, comme de chacun d'entre nous le fait depuis toujours.
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Critiques presse (7)


  • LePoint , le 21 mars 2012
    Généreux, baiseur monogame, ouvert d'esprit et de coeur, politiquement hypercorrect, voici le héros du nouveau roman de Daniel Pennac.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Lexpress , le 28 février 2012
    Ni tout à fait un autre, ni vraiment lui, ce Journal d'un corps que nous offre Daniel Pennac n'est pas non plus un testament, plutôt une enquête sur un quotidien familier.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Culturebox , le 27 février 2012
    Son récit sans tabou ne peut pas être impudique puisqu'à chacun il parle de son propre corps.
    Lire la critique sur le site : Culturebox
  • Telerama , le 23 février 2012
    Pennac prend à bras-le-corps l'énigme de l'incarnation : quel est le lien entre mon corps et moi ? Et montre que le mystère n'est jamais épuisé.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LeFigaro , le 20 février 2012
    Voici donc l'histoire de nos fibres, celle d'un type mal parti qui connaît mille morts, mille résurrections et remplit sa vie.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Bibliobs , le 10 février 2012
    Le nouveau héros du père des Malaussène analyse les caprices de son corps dans un Journal délirant.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • Lexpress , le 09 février 2012
    Le narrateur consigne dans un journal ses défaites amoureuses, ses conquêtes sexuelles et ses défaillances, de son premier à son ultime souffle. L'expression du corps au fil de la plume.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par csapin, le 29 mai 2012

    Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades. J'ignore si mon observation vaut pour l'ensemble des maquis, c'est en tout casq ce que j'ai constaté dans mon réseau. Il n'en allait pas de même pour les garçons qui s'étaient laissé prendre par le STO. Ceux-là tombaient comme des mouches. Les accidents du travail, les dépressions nerveuses, les épidémies, les infections en tout genre, les automutilations de ceux qui voulaient s'enfuir décimaient les ateliers ; cette main-d'oeuvre gratuite payait de sa santé un travail qui n'en voulait qu'à son corps. Nous, c'est l'esprit qui était mobilisé. Quelque nom qu'on lui donnât, l'esprit de révolte, le patriotisme, la haine de l'occupant, le désir de vengeance, le goût de la bagarre, l'idéal politique, la fraternité, la perspective de la libération, quoi que ce fût, cela nous gardait en bonne santé. Notre esprit mettait notre corps au service d'un grand corps de combat.
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  • Par csapin, le 29 mai 2012

    Quand Violette m'a dit qu'elle allait nettoyer ça avec le calva de Manès, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander si ça allait faire mal. Bien sûr, qu'est-ce que tu crois, la gnôle de Manès ce n'est pas de la bibine ! Donne ta jambe. J'ai tendu la jambe en me cramponnant à la chaise. Tu es prêt ? (Tijo surveillait l'opération avec beaucoup d'intérêt.) J'ai serré les dents et les paupières, j'ai fait signe que oui, Violette a frotté la plaie, et je n'ai absolument rien senti ! Parce qu'elle s'est mise à hurler à ma place. Un véritable hurlement de douleur comme si on la dépiautait vive ! Ca m'a d'abord sidéré, et puis ça nous a fait rire, Tijo et moi. Ensuite, j'ai senti sur mon genou la fraîcheur de l'alcool qui s'évapore. Il emportait une partie de la douleur. J'ai dit à Violette que ça ne marcherait pas pour le second genou puisque maintenant je connaissais le truc. Tu paries ? Donne l'autre jambe. Cette fois-ci elle a poussé un autre cri. Un cri d'oiseau incroyablement aigu qui m'a vrillé les tympans. Même résultat. Rien senti non plus. Ca mon petit gaillard, ça s'appelle L'anesthésie auditive. Elle n'a pas crié en nettoyant mes mains et son silence m'a encore plus surpris que ses hurlements. C'était fini avant que je ressente quoi que ce soit.
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  • Par csapin, le 29 mai 2012

    Mes nuits entrecoupées par ces envies pressantes et peu productives. Miction impossible. (Joli titre) Combien de fois ? me demandait jadis mon confesseur. Combien de fois ? me demande aujourd'hui mon urologue.
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  • Par csapin, le 29 mai 2012

    Pourquoi le vertige se manifeste-t-il d'abord chez moi par la strangulation des testicules ? En est-il de même chez les autres ? (...) Demandé à Mona si les ovaires sont eux aussi les sentinelles du vertige. Réponse : non. En revanche, mes testicules se sont à nouveau étranglés quand je l'ai vue s'approcher du bord de la falaise. J'ai eu le vertige à sa place. Couilles empathiques ?
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  • Par csapin, le 29 mai 2012

    L'opprobre jeté sur cette apothéose de la sensation est tout dans la laideur des mots qu'on emploie pour en parler. "Se branler" fait malade des nerfs, "se tripoter" est idiot, "se caresser" fait chienchien à sa mémère, "se masturber" est dégoûtant (il y a quelque chose de spongieux dans ce terme, même en latin), "se toucher" ne veut rien dire. "Vous êtes-vous touché ?" demande le confesseur. Bien sûr ! Comment faire ma toilette autrement ? Nous en avons longuement débattu avec Etienne et les copains. Je crois avoir trouvé l'expression juste : se prendre en main. Dorénavant, quand un adulte me recommandera de me prendre en main, je pourrai le lui promettre sans risquer le mensonge.
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