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ISBN : 2070456609
Éditeur : Gallimard (2014)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 535 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
13 ans, 1 mois, 8 jours. Mercredi 18 novembre 1936
Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.

50 ans et 3 mois. Jeudi 10 janvier 1974
Si je devais rendre ce journal public, ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Lolokili, le 02 juin 2013

    Lolokili
    J’abordai ce Journal d’un corps avec un enthousiasme prudent, appréhendant d’avoir à y lire, rapportées au jour le jour façon traité d’anatomie, les manifestations pas forcément ragoutantes d’un corps en (dé)route vers l’inexorable décomposition.
    Erreur ma fille, grossière erreur. En fait de journal, il s’agit plutôt d’une chronique. Ou même… d’un roman. Oui, un roman ! Un roman de mec, instinctif, poétique et truculent, pudique et sans tabou, espiègle et grave, cru, élégant, empreint de dérision, rythmé par la réjouissante symphonie des phrases et la saveur des (bons) mots.
    Réduire ce roman donc à la seule description d’un corps et de ses bouleversements au fil du temps ne lui rendrait pas l’hommage qu’il mérite, car ce sont l’esprit du narrateur, ses émois, ses troubles et toutes les réminiscences de sa belle existence qui s’expriment ici avant tout. Cadeau, et pas des moindres, l’humour et la prose virtuose de Pennac, redécouverts avec bonheur, confèrent à cette lecture d’authentiques moments de délectation.
    Bon sang, je l’ai tellement aimé ce livre qu’en pondre ne serait-ce que l’ombre d’un pauvre commentaire m’a intimidée pendant des jours. J’arrête donc là les frais mais pour finir, juste un conseil qui n’engage que moi… Lisez ce bouquin. Point.

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 17 février 2012

    brigittelascombe
    Daniel Pennac confie en prologue avoir eu vent du Journal du corps d'un personnage en vue (dont il souhaite taire l'identité), "cahiers légués" à sa fille "adorée" Lison (amie de l'auteur).
    Autofiction?
    Ce Journal d'un corps, commencé suite à un traumatisme de scout ligoté à un arbre et chiant dans son froc (pardonnez l'expression!) de terreur d'être dévoré par des fourmis, va relater la vie de son narrateur du moment où il jure: je n'aurai "plus jamais peur" jusqu'à sa fin de vie.
    Sensations d'un écorché vif en manque d'amour maternel, construit en opposition à la mère humiliante pour ne pas être le "rien" prédit, "corps objet d'intérêt" pour suivre les murmures d'un père disparu trop tôt, ce corps, thème majeur de ce journal est plus un Moi-peau, un corps physique qui parle d'émotionnel.
    Invention d'un double "exercice d'incarnation convaincant",grève de la faim,jouissance,hypochondrie,somatisation, ce journal transcrit l'intime à travers un corps qui exprime ses manques, sa haine,son désir,son plaisir,son narcissisme,sa sexualité,ses amours,sa tendresse,ses peurs paniques.
    C'est toute une vie qui nous est contée rien qu'en regardant son écorce palpiter.
    "Les testicules siège de l'âme?"
    Question intéressante!
    Une ouverture intéressante aussi: un destin est-il toujours lié à l'enfance, une vie maîtrisée vers la réussite en tout ne montrant ses failles qu'en de secrètes cellules?
    Daniel Pennac(auteur connu et reconnu, prix Renaudot 2007 pour chagrin d'école) signe là un petit chef-d'oeuvre qui sonne fort, juste et vrai!
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    • Livres 5.00/5
    Par fichetoux, le 06 mars 2012

    fichetoux
    BLAM !!!!
    Rien vu venir,cœur emballé, coeur comblé,cœur explosé…LE coup de cœur 6 étoiles !!!
    Tente en vain d'essayer de mettre mes idées et émotions en place pour une critique plus, enfin moins, ou plutôt, quoique.hum, ca me rappelle un pub pour un parfum qu'un homme tentait de décrire sans y arriver 
    Bref, Fichetoux, toujours sous le choc…mais promis, vous donne des nouvelles
    3h du matin, le déclic !!!
    Et oui, il y a des livres comme ca, qui même terminés laissent le lecteur dans un état de stupeur, bouche bée, et dont le récit et ses implications trottent dans votre tête.
    Des livres, où la dernière page lue et le bouquin refermé, on est dans son lit et, pendant une demi heure, on regarde le mur sans le voir, toujours l'esprit dans ce trésor de papier on se dit « waowwww !!! »
    Mais allez expliquer ce « waowwww !!! »
    Ce que mon « conscient » tentait de formuler au sujet du Journal d'un corps, mon « inconscient » l'avait déjà capté et mis par écrit dans ma précédente tentative de critique-enfin,d'avis car je n'ai pas la prétention d'être un critique, plutôt un lecteur qui essaye d'expliquer ses coups de cœurs.
    BLAM !!! Juste une onomatopée mais une juste onomatopée.
    BLAM !!! Détonation, projectile…PROJECTION
    Avec le recul (sans mauvais jeu de mot balistique), je me suis retrouvé projeté tout au long de ce bouquin :
    Retrouvé comme infirmier aux urgences, en hématologie, en endoscopie digestive (et oui, je roule ma bosse professionnellement, grosso modo 10 ans dans chaque service) confronté aux maux et parcours du combattant de tout un chacun perdu au milieu de ce monde médical, froid, asseptisé, usant de termes « savants » pour le profane perdu…projection dans mon milieu carabin si particulier.
    retrouvé comme être humain face à la sénescence, la maladie, la mort de proches( famille et autres), les choses que l'on apprends par après, tout comme Lison, pas spécialement des secrets mais des non-dits, pour ne pas faire souffrir l'autre, ne pas l'accabler, l'épargner, acte d'amour parfois dévastateur, parfois protecteur mais jamais anodin pourtant partant d'un bon sentiment (des notes de feu mon père retrouvées par hasard); ou choses tues par humilité, ou parce que l'on trouve cela normal( la tête que j'ai faite quand ma tante m'a montré le « diplôme de résistant » de feu mon oncle signé par Eisenhower, véridique !...projection dans le passé avec ses bons et moins bons souvenirs.
    Retrouvé toujours comme être humain face à l'avenir de mes proches restants mais s'approchants doucement de la finalité, certains déjà dans les bras de ce cher Aloïs…projection dans l'avenir et la douleur des pertes à venir
    Projection, toujours projection…à croire que ce bouquin a été écrit pour moi (non, je plaisante, ce serait me donner une trop grande importance lol)
    Mise en abime totale, voila le pourquoi de mon bouleversement par rapport a ce fabuleux bouquin qui, du reste, m'a beaucoup fait rire par son ton ironique un peu désabusé, m'a forcement beaucoup ému par sa trame et pas mal gamberger pour ses relations humaines…mais après tout, n'est ce pas cela aussi que l'on demande parfois à un livre ?
    Bref, un livre fort, magique, tendre, drôle, lucide, sensible, cru et cruel parfois; mais un ami que l'on accompagne et qui nous accompagne vers un formidable voyage qu'est une vie, qu'est La Vie.
    Fred-Fichetoux-Beg content d'avoir réconcilié son conscient et inconscient va pouvoir faire dodo en paix
    Bonnes lectures à toutes et à tous, en espérant ne pas avoir été trop « pompeux » dans cette critique, euh, pardon, avis.
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    • Livres 5.00/5
    Par TINUSIA, le 29 février 2012

    TINUSIA
    Jubilation !
    C'est un grand cru que ce roman tout frais paru. du Pennac dans l'essence, avec un subtil mélange de facétie, d'exultation, de dialectique, de sagesse, assaisonné juste ce qu'il faut d'un soupçon d'extravagance.
    Le narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom) a remis à sa fille Lison, quelques moments avant sa mort, le journal qu'il a tenu, du 28 septembre 1936 au 29 octobre 2010. Non, ce n'est pas un journal intime, surtout pas ! SURTOUT PAS ! Ici pas de mièvreries d'une vie quotidienne et sociale que tout le monde connaît, et dont tout le monde parle. « Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose ». (Mercredi 18 novembre 1936). C'est un enfant de 13 ans, 1 mois et 8 jours qui commence cette biographie.
    Biographie imaginaire ? Auto-biographie ? Sans doute un peu les deux. Impossible que Pennac ait inventé tout cela, sans avoir puisé ses sources en son propre corps !
    À l'origine, c'est une grosse frayeur, un épouvantement devenu hystérique, qui conduit ce gamin à écrire. Un gamin chétif, malingre, dont le corps n'existe pas dans le regard de sa mère. « À quoi ressembles-tu ? Veux-tu que je te le dises ? Tu ne ressembles à rien ! Tu ne ressembles absolument à rien », vitupère-t-elle, en claquant la porte. Alors, pour exorciser ses peurs, il commence à les mettre en mots : il établit une liste de ses sensations : « la peur du vide broie mes couilles, la peur des coups me paralyse, la peur d'avoir peur m'angoisse toute la journée, l'angoisse me donne la colique, l'émotion (même délicieuse) me flanque la chair de poule, la nostalgie (penser à papa par exemple) mouille mes yeux, la surprise peut me faire sursauter […], la panique peut me faire pisser, le plus petit chagrin me fait pleurer, la fureur me suffoque, la honte me rétrécit. Mon corps réagit à tout. Mais je ne sais pas toujours comment il va réagir. » Et de poursuivre, le lendemain, « si je décris exactement tout ce que je ressens, mon journal sera un ambassadeur entre mon esprit et mon corps. Il sera le traducteur de mes sensations ».
    Le lecteur va donc suivre 74 ans de la vie de l'auteur du narrateur, au gré des manifestations de son corps. Mais point d'inventaire à la Prévert, ni de misérabiliste, ni d'hypocondrie débordante ! Et il ne les chante pas non plus à la Gaston Ouvrard : « Je suis d'une santé précaire, et je me fais un mauvais sang fou... ». Non, le narrateur n'est pas « pas bien portant ». Il vit ses jours - bons et mauvais -, les heurs - bons et mauvais -, et dit les bouleversements de son corps – bons et mauvais -.
    Je l'ai accompagné avec enthousiasme, cet enfant qui devient jeune homme, puis homme, puis vieillard. Et je ne l'ai pas vu vieillir, tant l'histoire de son corps qui prend de l'âge est distillée graduellement, progressivement. Les mots de Pennac, dans ce journal, c'est la quintessence de la vie qui passe. C'est du raffinement, de la finesse, de la subtilité.
    Et pourtant ! L'auteur ne s'encombre pas d'oiseuses pudibonderies pour évoquer ce corps qui peu à peu se déploie, s'affirme, décroît, puis se meurt. le vocable est cru, parfois un peu gaillard, quand il s'agit d'évoquer les miasmes de l'anatomie. de toutes les anatomies, parce que, en toute sincérité, j'ai retrouvé dans les scrupuleuses descriptions de nos rituelles « habitudes » intimes, quelques unes de mes petites pratiques solitaires que, bien sûr, je ne détaillerai pas... je n'ai pas l'habileté de Daniel Pennac, moi, pour révéler ma profonde nature !
    « [...]un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, […] les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe ».
    Ou bien : « Nous nous repaissons en secret des miasmes que nous retenons en public ».
    Je n'omettrai surtout pas dans cette chronique d'évoquer ce qui fait la force des textes de Daniel Pennac : la faculté de penser, l'intelligence, le sens des choses dans ce qu'il sublime notre quotidien.
    « L'angoisse se distingue de la tristesse, de la préoccupation, de la mélancolie, de l'inquiétude, de la peur ou de la colère en ce qu'elle est sans objet identifiable ».
    « Il me plaît de penser que nos habitus laissent plus de souvenirs que notre image dans le coeur de ceux qui nous ont aimés ».
    « Ces petits maux, qui nous terrorisent tant à leur apparition, deviennent plus que des compagnons de route, ils nous deviennent ».
    « Enfants, nous ne voyons pas les adultes vieillir ; c'est grandir qui nous intéresse, nous autres, et les adultes ne grandissent pas, ils sont confits dans leur maturité ».
    Ce livre, c'est un roman de vie, c'est un roman d'amour, c'est un roman d'aventure.
    Non, ce n'est pas un roman ; c'est une leçon de choses, comme on appelait ces cours, dans mon enfance, qui traitaient de ce qui ce nomme désormais « SVT ».
    Une leçon de choses, où je suis, tu es, il(elle) est, nous sommes, vous êtes, ils(elles) sont, du point de vue du corps, les protagonistes parfois ardents, parfois languissants, mais toujours présents de la ligne de vie.
    « Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté ».

    Lien : http://livresouverts.canalblog.com/
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    • Livres 4.00/5
    Par meyeleb, le 25 juin 2012

    meyeleb
    Quelle bonne idée que ce journal! Il faut dire que les romans d'aujourd'hui investissent surtout dans l'analyse psychologique. le corps, eh bien on lui laisse les miettes, vulgaire véhicule du dieu Pensée.
    Pennac, lui, décide de redorer le blason du charnel, du viscéral. le corps et ses humeurs, visqueuses celles-ci, encombrantes et odorantes parfois. le corps et ses rouages, mais aussi ses caprices. Jamais ennuyeux, le corps! Car il change, il passe par des métamorphoses, il force l'étonnement, contraint à l'adaptation. On s'en fait un ami (ou un ennemi) de plus en plus longue date, à la fois intransigeant et bienveillant à l'égard de ses petits défauts et de ses défaillances.
    C'est une histoire parfaite au fond : des rebondissements en veux-tu en voilà, de l'amour, des amitiés, de la souffrance, du suspense aussi (même si on en connaît déjà la fin, l'important n'étant pas le quoi mais le comment, n'est-ce pas ?).
    Et puis vous la connaissez cette sensation si agréable de se reconnaître dans un personnage! Que celui qui n'a pas songé : « Mais oui, c'est vrai, moi aussi j'ai connu ça! » lève le doigt! Car il les accumule les impressions, les sensations, les petites manies intimes communes à tout un chacun, bien placées, égrenées au fil du journal.
    Femmes, on savourera certains passages où le corps masculin s'exprime dans toute sa virilité, avec le sourire de celle qui aimerait y être, juste une fois, pour voir. Mais au final il s'agit du Journal d'un corps; pas MON corps, bien un corps qui s'indifférencie au fil des pages, trouve un écho en chacun de nous.
    Comme la notion du temps y est bien rendue! Un temps subjectif, ralenti par de multiples découvertes dans l'enfance, entrecoupé de silences qui précipitent les mois les uns derrière les autres à l'âge adulte. Et comme ça se lit! A vous mettre dans l'angoisse du temps qui passe si vite, lui aussi! Quelle étrange prise de conscience, lorsque vous refermez le livre ouvert il y a quelques jours seulement, qu'une vie s'est écoulée!
    J'ai lu ce bouquin avec le sentiment d'avoir porté plus d'attention à mon corps tout à coup, de lui avoir laissé le moyen de s'exprimer, d'être là, pleinement. Expérience plutôt sympathique, qui nous réconcilie avec nous-mêmes.
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Critiques presse (10)


  • ActuaBD , le 05 août 2013
    Dans la grande tradition des romans de référence illustrés par des grands noms de la BD, Larcenet apporte à l’ouvrage de Daniel Pennac des images ou l’humain subit les fantaisies de l’imaginaire.
    Lire la critique sur le site : ActuaBD
  • LesEchos , le 24 avril 2013
    OEuvre imposante, « Journal d'un corps » de Daniel Pennac vient d'être mis en images par Manu Larcenet. La rencontre fonctionne parfaitement.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Sceneario , le 18 avril 2013
    On est séduit par la beauté et la force du texte de Pennac. L'écrivain décale la rhétorique propre aux journaux intimes, il dévoile les méandres du corps pour rebondir sur le vécu du narrateur. Le texte est magnifiquement souligné par les illustrations de Larcenet qui expérimente, joue sur les formes, sur les évocations ...
    Lire la critique sur le site : Sceneario
  • LePoint , le 21 mars 2012
    Généreux, baiseur monogame, ouvert d'esprit et de coeur, politiquement hypercorrect, voici le héros du nouveau roman de Daniel Pennac.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Lexpress , le 28 février 2012
    Ni tout à fait un autre, ni vraiment lui, ce Journal d'un corps que nous offre Daniel Pennac n'est pas non plus un testament, plutôt une enquête sur un quotidien familier.
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  • Culturebox , le 27 février 2012
    Son récit sans tabou ne peut pas être impudique puisqu'à chacun il parle de son propre corps.
    Lire la critique sur le site : Culturebox
  • Telerama , le 23 février 2012
    Pennac prend à bras-le-corps l'énigme de l'incarnation : quel est le lien entre mon corps et moi ? Et montre que le mystère n'est jamais épuisé.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LeFigaro , le 20 février 2012
    Voici donc l'histoire de nos fibres, celle d'un type mal parti qui connaît mille morts, mille résurrections et remplit sa vie.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Bibliobs , le 10 février 2012
    Le nouveau héros du père des Malaussène analyse les caprices de son corps dans un Journal délirant.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • Lexpress , le 09 février 2012
    Le narrateur consigne dans un journal ses défaites amoureuses, ses conquêtes sexuelles et ses défaillances, de son premier à son ultime souffle. L'expression du corps au fil de la plume.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par CelineTH7854, le 16 décembre 2014

    Pour la première fois de ma vie, je suis allé consulter un dentiste (recommandé par l'oncle Georges). Résultat, une chique à ne plus pouvoir me montrer au bureau.

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  • Par Aproposdelivres, le 09 octobre 2014

    Et me voilà renvoyé à la création de ce journal. Septembre 1936. J'ai douze ans, bientôt treize. Je suis scout. Avant, j'étais louveteau, affublé d'un de ces noms d'animaux mis en vogue par Le Livre de la jungle. Je suis scout, donc, c'est important, je ne suis plus louveteau, je ne suis plus petit, je suis grand, je suis un grand. C'est la fin des grandes vacances. Je participe à un camp scout quelque part dans les Alpes. Nous sommes en guerre contre une autre troupe qui nous a volé notre fanion. Il faut aller le récupérer. La règle du jeu est simple. Chacun de nous porte son foulard dans le dos, coincé dans la ceinture de son short. Nos adversaires aussi. On appelle ce foulard une vie. Non seulement il nous faut revenir de ce raid avec notre fanion, mais en rapportant le plus de vies possible. Nous les appelons aussi des scalps et nous les suspendons à nos ceintures. Celui qui en rapporte le plus grand nombre est un guerrier redoutable, il est un « as de la chasse », comme ces aviateurs de la Grande Guerre dont les carlingues s'ornaient de croix allemandes à proportion du nombre d'avions abattus. Bref, nous jouons à la guerre. Comme je ne suis pas bien costaud, je perds ma vie dès le début des hostilités. Je suis tombé dans une embuscade. Plaqué à terre par deux ennemis, ma vie arrachée par un troisième. Ils me ligotent à un arbre pour que je ne sois pas tenté, même mort, de reprendre le combat. Et ils m'abandonnent là. En pleine forêt. Attaché à un pin dont la résine colle à mes jambes et à mes bras nus. Mes ennemis s'éclipsent. Le front s'éloigne, j'entends sporadiquement des éclats de voix de plus en plus ténus, puis, plus rien. Le grand silence des bois s'abat sur mon imagination. Ce silence de la forêt qui bruit de tous les possibles : les craquements, les frôlements, les soupirs, les gloussements, le vent dans la futaie... Je me dis que les bêtes, dérangées par nos jeux, vont maintenant réapparaître. Pas les loups, bien sûr, je suis un grand, je ne crois plus aux loups mangeurs d'hommes, non, pas les loups, mais les sangliers par exemple. Que fait un sanglier à un garçon attaché à un arbre ? Sans doute rien, il lui fiche la paix. Mais si c'est une laie, accompagnée de ses petits ? Pourtant, je n'ai pas peur. Je me pose juste le genre de questions qui viennent dans une situation où tout est à explorer. Plus je fais des efforts pour me libérer, plus les liens se resserrent et plus la résine colle à ma peau. Va-t-elle durcir ? Une chose est sûre, je ne me débarrasserai pas de mes liens, les scouts s'y connaissent en nœuds indénouables. Je me sens bien seul mais je ne me dis pas qu'on ne me retrouvera jamais. Je sais que c'est une forêt fréquentée, nous y rencontrons assez souvent des cueilleurs de myrtilles et de framboises. Je sais qu'une fois finies les hostilités quelqu'un viendra me détacher. Même si mes adversaires m'oublient, ma patrouille notera mon absence, un adulte sera prévenu et je serai libéré. Donc je n'ai pas peur. Je prends mon mal en patience. Mon raisonnement maîtrise sans difficulté tout ce que la situation propose à mon imagination. Une fourmi grimpe sur ma chaussure, puis sur ma jambe nue qu'elle chatouille un peu. Cette fourmi solitaire n'aura pas raison de ma raison. En elle-même, je la juge inoffensive. Même si elle me pique, même si elle entre dans mon short, puis dans mon slip, ce n'est pas un drame, je saurai supporter cette douleur. Il n'est pas rare de se faire mordre par les fourmis en forêt, c'est une douleur connue, maîtrisable, elle est acide et passagère. Tel est mon état d'esprit, tranquillement entomologiste, jusqu'à ce que mes yeux tombent sur la fourmilière proprement dite, à deux ou trois mètres de mon arbre, au pied d'un autre pin : un gigantesque tumulus d'épines de pin grouillant d'une vie noire et fauve, un monstrueux grouillement immobile. C'est quand je vois la deuxième fourmi grimper sur ma sandale que je perds le contrôle de mon imagination. Il n'est plus question de piqûres à présent, je vais être recouvert par ces fourmis, dévoré vif. Mon imagination ne me représente pas la chose dans son détail, je ne me dis pas que les fourmis vont grimper le long de mes jambes, qu'elles vont me dévorer le sexe et l'anus ou s'introduire en moi par mes orbites, mes oreilles, mes narines, qu'elles vont me manger de l'intérieur en cheminant par mes intestins et mes sinus, je ne me vois pas en fourmilière humaine ligotée à ce pin et vomissant par une bouche morte des colonnes de travailleuses occupées à me transporter miette par miette dans l'effroyable estomac qui grouille sur lui-même à trois mètres de moi, je ne me représente pas ces supplices, mais ils sont tous dans le hurlement de terreur que je pousse maintenant, les yeux fermés, la bouche immense. C'est un appel au secours qui doit couvrir la forêt, et le monde au-delà d'elle, une stridence où ma voix se brise en mille aiguilles, et c'est tout mon corps qui hurle par cette voix de petit garçon redevenu, mes sphincters hurlent aussi démesurément que ma bouche, je me vide le long de mes jambes, je le sens, mon short se remplit et je coule, la diarrhée se mêle à la résine, et cela redouble ma terreur car l'odeur, me dis-je, l'odeur va enivrer les fourmis, attirer d'autres bêtes, et mes poumons s'éparpillent dans mes appels à l'aide, je suis couvert de larmes, de bave, de morve, de résine et de merde. Pourtant, je vois bien que la fourmilière ne se soucie pas de moi, qu'elle demeure à travailler pesamment sur elle-même, à s'occuper de ses innombrables petites affaires, qu'à part ces deux fourmis vagabondes les autres, qui sont sans doute des millions, m'ignorent complètement, je le vois, je le perçois, je le comprends même, mais c'est trop tard, l'effroi est le plus fort, ce qui s'est emparé de moi ne tient plus aucun compte de la réalité, c'est mon corps tout entier qui exprime la terreur d'être dévoré vif, terreur conçue par mon esprit seul, sans la complicité des fourmis, je sais confusément tout cela bien sûr, et plus tard quand l'abbé Chapelier – il s'appelait Chapelier – me demandera si je croyais sérieusement que les fourmis allaient me dévorer, je répondrai non, et quand il me demandera d'avouer que je me suis joué la comédie, je répondrai oui, et quand il me demandera si ça m'a amusé de terroriser par mes hurlements les promeneurs qui m'ont finalement détaché je répondrai je ne sais pas, et n'as-tu pas honte d'avoir été ramené tout merdeux comme un bébé devant tes camarades, je répondrai si, toutes questions qu'il me pose en me nettoyant au jet, en enlevant le plus gros au jet, sans même ôter mes vêtements, qui sont un uniforme je te le rappelle, l'uniforme des scouts je te le rappelle, et t'es-tu demandé une seconde ce qu'allait penser des scouts ce couple de promeneurs ? Non, pardon, non, je n'y ai pas pensé. Mais, dis-moi la vérité, cette comédie t'a fait plaisir tout de même, non ? Ne mens pas, ne me dis pas que tu n'y as pas pris du plaisir ! Tu y as pris plaisir, n'est-ce pas ? Et je ne pense pas avoir su répondre à cette question car je n'étais pas encore entré dans ce journal qui pendant toute la vie qui allait suivre s'est proposé de distinguer le corps de l'esprit, de protéger dorénavant mon corps contre les assauts de mon imagination, et mon imagination contre les manifestations intempestives de mon corps. Et que va dire ta mère ? As-tu pensé à ce que va dire ta mère ? Non, non, je n'ai pas pensé à maman et comme il me posait cette question je me suis même dit que la seule personne que je n'avais pas appelée pendant que je criais, c'était maman, maman était la seule que je n'avais pas appelée.
    Je fus renvoyé. Maman vint me chercher. Le lendemain, je commençais ce journal en écrivant : Je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus jamais peur.
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  • Par Lolokili, le 04 juin 2013

    Eh oui, pour la morve on a inventé le mouchoir, le crachoir pour la salive, le papier pour les selles […] mais rien de spécifique pour le sperme. En sorte que depuis que l’homme est adolescent et qu’il décharge partout où la pulsion l’y pousse, il tente de cacher son forfait avec les moyens du bord : draps, chaussettes, gants de toilette, torchons, mouchoirs, kleenex, serviettes de bain, brouillons de dissertations, journal du jour, filtre à café, tout y passe, même les rideaux, les serpillières et les tapis. La source étant intarissable, innombrables et imprévisibles étant les pulsions, notre environnement est un honteux foutoir.
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  • Par Peete, le 26 octobre 2014

    Laissons-nous glisser dit-elle en ôtant nos vêtements, et c’est bien de glissement qu’il s’agit, soie sur peau, lenteur sur lenteur, nue sur nu, effleurements si délicats que s’évanouissent la durée, la pesanteur et la crainte. Nazaré, dis-je sans conviction, monsieur, murmure-t-elle en piquetant mon cou de minuscules baisers, l’heure n’est plus aux conférences, il n’y a plus rien à maîtriser. Et de baiser légèrement ma poitrine, et mon ventre, et le dos de mon sexe, qui n’en frémit pas, l’imbécile, ce dont je me fiche, libre à toi de ne pas jouer avec nous, vieille chose, les petits baisers gagnant l’intérieur de mes cuisses où la langue de Nazaré ouvre le passage à son visage tandis que ses mains glissent sous mes fesses, que je me cambre, que mes doigts se perdent dans sa formidable chevelure, que sa langue me soupèse, que ses lèvres m’engloutissent, et que me voici dans sa bouche, sa langue entamant un lent travail d’enroulement, ses lèvres leur va-et-vient de sculpteur, et moi m’épanouissant, ma foi, oui, modestement mais tout de même, Nazaré, Nazaré, et durcissant, ma foi, peu à peu mais bel et bien, Nazaré, ô Nazaré, dont j’attire le visage à mes lèvres tandis que nous roulons sur nous-mêmes, Nazaré qui s’ouvre et m'accueille ...
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  • Par Aproposdelivres, le 09 octobre 2014

    64 ans, 2 mois, 18 jours Lundi 28 décembre 1987
    Une blague stupide faite par Grégoire et son copain Philippe à la petite Fanny m'a rappelé la scène originelle de ce journal, le trauma qui l'a fait naître.
    Mona, qui aime faire le vide, a ordonné un grand feu de vieilleries dont la plupart dataient du temps de Manès : Chaises bancales, sommiers moisis, une charrette vermoulue, des pneus hors d'usage, autant dire un autodafé gigantesque et pestilentiel. (Ce qui, à tout prendre, est moins sinistre qu'un vide-greniers.) Elle en a chargé les garçons qui ont décidé de rejouer le procès de Jeanne d'Arc. J'ai été tiré de mon travail par les hurlements de la petite Fanny, recrutée pour tenir le rôle de la sainte. Pendant toute la journée, Grégoire et Philippe lui ont vanté les mérites de Jeanne dont Fanny, du haut de ses six ans, n'avait jamais entendu parler. Ils lui ont tant fait miroiter les avantages du paradis qu'elle battait des mains en sautant de joie à l'approche du sacrifice. Mais quand elle a vu le brasier dans lequel on se proposait de la jeter toute vivante, elle s'est précipitée chez moi en hurlant. (Mona, Lison et Marguerite étaient en ville.) Ses petites mains m'ont agrippé avec une terreur de serres. Grand-père ! Grand-père ! J'ai tenté de la consoler avec des « là, là », des « c'est fini », des « ce n'est rien » (ce n'était pas rien, c'était même assez grave, mais je n'étais pas au courant de ce projet de canonisation). Je l'ai prise sur mes genoux et j'ai senti qu'elle était humide. Plus que cela, même, elle avait fait dans sa culotte, elle s'était souillée de terreur. Son cœur battait à un rythme effrayant, elle respirait à coups minuscules. Ses mâchoires étaient à ce point soudées que j'ai craint une crise de tétanie. Je l'ai plongée dans un bain chaud. C'est là qu'elle m'a raconté, par bribes, entre deux restes de sanglot, le destin que ces deux abrutis lui avaient réservé.
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