ISBN : 9782812602498
Éditeur : Editions du Rouergue (2011)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 41 notes) Ajouter à mes livres
Anne Percin Deux soeurs se retrouvent une fin d’été en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Catherine, la benjamine, s’est tenue loin de ce village. Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé fait surgir en elle des souvenirs précis et... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 13 septembre 2011

    InColdBlog
    Après s'en être tenue éloignée des années durant, Catherine, la trentaine, est de retour avec Angélique dans le village où leur grand-mère vient de mourir. Les deux sœurs sont venues vider les lieux, faire le tri dans les souvenirs qui peuplent encore la maison bientôt mise en vente.
    « Je n'ai jamais douté que j'avais des racines, moi. Je ne les ai jamais arrachées. Tout juste ai-je tiré parfois sur certaines lianes qui me gênaient, qui m'empêchaient d'avancer. »
    Revenir sur les « lieux du crime » ravive chez Catherine le douloureux secret qui la dévore depuis l'été de ses seize ans. Pour la première fois, elle choisit de s'en ouvrir auprès de sa sœur et de partager sa culpabilité et ses remords.
    « A seize ans, la peau n'est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu'on ignore totalement à quoi on peut ressembler. »
    « Ma seule excuse, c'est le monde dans mon dos. »
    Enfants, Catherine et Angélique passaient leurs vacances d'été à la campagne chez leurs grands-parents.
    Chaque année, il leur fallait se ré-acclimater aux visages croisés dans les rues du village, ré-apprendre à oublier les regards curieux qui vous rappellent que vous n'êtes pas vraiment du village, redevenir le temps des vacances « la » Catherine, « la fille des Valette ».
    Catherine savoure ces journées où le temps s'étire doucement, entre cueillette des haricots dans le potager, après-midi à la piscine municipale et longues heures de lecture dans la touffeur silencieuse du grenier.
    De deux ans son aînée, Angélique, elle, attend avec impatience qu'arrivent les enfants de la colonie dont l'effervescence bouscule le village endormi.
    Colons et jeunes du village se jaugent ; garçons et filles s'apprivoisent, se séduisent. Pendant les jeux de plein air façon Intervilles les clans se forment. Les couples aussi, à la piscine ou lors des boums.
    Plus réservée qu'Angélique, Catherine semble étrangère à ces passions adolescentes. Jusqu'à ce qu'au détour d'une balade dans les champs, elle croise le chemin d'un garçon qui bouleversera sa vie.
    « Quelque chose venait de mourir, quelque chose était mort cet été-là. Je n'aurais pas su dire quoi et pourtant je n'ai jamais rien senti avec autant de force et de conviction. »

    Nouveau roman d'Anne Percin, Le premier été s'annonce comme une chronique nostalgique d'une adolescence passée au cœur des années 80. Ces années où la frimousse de Sophie Marceau dans La boum rayonnait en une de OK ! et de Podium, où Etienne Daho, les Rita Mitsouko, Niagara, Téléphone, Madonna trustaient le Hit Parade Europe1, et l'affaire Grégory toutes les conversations, quand les piscines étaient Tournesol et les salopettes Naf-Naf le top de la branchitude…
    Bref, des vacances insouciantes, placées sous les auspices du Grand Meaulnes et des histoires sentimentales de Bonne Soirée, des amitiés et des premiers flirts, comme peut en vivre tout un chacun. le temps des premiers émois amoureux, des amours naissantes, de la découverte du corps de l'autre, mais aussi de l'éveil de son propre corps.
    « La vraie découverte, ce n'est pas le sexe de l'autre, c'est le sien (…) C'est comme découvrir une nouvelle pièce dans la maison où on habite depuis toujours. »
    Comme toujours chez Anne Percin, c'est finement observé, ça sonne juste, ça invite à se replonger dans sa propre expérience, dans son vécu intime.
    Après la belle rencontre avec Bonheur fantôme il y a deux ans, Dieu sait si j'avais placé de grandes attentes dans Le premier été. Et, au fond, je dois reconnaître que j'étais un peu déçu. J'avais le sentiment d'avoir déjà lu plus ou moins la même chose ailleurs et je ne voyais pas très bien où tout ça allait mener. Ou plutôt si, je le voyais trop bien.
    Et alors que je commençais à trépigner, VLAN !, je me suis pris un coup si violent que j'en suis resté K.O. un moment, la gorge nouée. Sans exagérer.
    Pauvre crétin prétentieux, j'avais tout faux. Je n'avais rien vu venir et je venais de me faire cueillir en beauté !
    Prenez garde, ne sous-estimez pas le talent d'Anne Percin. Ne vous laissez pas abuser par les faux airs de bluette adolescente de son Premier été, c'est un roman vénéneux. Celui d'un été meurtrier, écrasé de soleil, où l'innocence se fracasse sur la cruauté et la perversion. L'été des choix, du sacrifice et de la trahison. Il y a de Sa majesté des mouches de William Golding dans Le premier été.
    Hormis son atmosphère pesante, sa tension qui monte en puissance, Le premier été marque aussi par la sensualité palpable qui s'en dégage.
    Une sensualité charnelle, brute, presque sauvage, sans arrière-pensée ni honte, où la chaleur de l'été exalte les peaux, les odeurs… où une pomme d'Adam « grosse comme un œuf », un goulot de cannette de bière, se voient ainsi chargés le plus naturellement du monde d'un érotisme torride. « le garçon le plus sauvagement doux de la Création » restera pour moi l'un des plus enivrants qu'il m'ait été donné de rencontrer en littérature.
    Après Bonheur fantôme, c'est donc le deuxième été que je passe en compagnie d'Anne Percin. Et quel été ! Chargé d'émotion, son nouveau roman est le récit d'un beau gâchis qui va laisser une marque indélébile sur ses protagonistes.
    Au lecteur qui imagine se désaltérer d'un soda un peu douceâtre, Le premier été laissera un goût amer de bile au fond de la gorge.
    Un roman brillant et durablement dérangeant.
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    • Livres 4.00/5
    Par argali, le 27 novembre 2011

    argali
    Une maison de famille à vider et ce sont des années de souvenirs qui affluent. Pour Catherine, ce sera un seul souvenir. Celui d'un été. Un été (presque) comme les autres, chez ses grands-parents. Un été qui bouleversera sa vie.

    Assise sur le banc devant la maison, elle laisse lentement remonter à la surface, avec délicatesse et retenue, ce qu'elle a enfoui au plus profond d'elle-même si longtemps. Mot après mot, nous cheminons à ses côtés vers l'inéluctable. Elle parle. Et on écoute en silence, sentant la tension monter crescendo.
    Immanquablement, pour peu qu'on ait sensiblement son âge, on replonge dans nos propres souvenirs. On retrouve nos premières lectures, « Bonne Soirée » que lisaient nos parents et nos premiers OK Magazine. On se prend à fredonner les chansons dont elle évoque les titres. On revoit nos propres vacances à la campagne, la moiteur de l'été, le temps des moissons, les balades en liberté, la piscine du village…

    Le ton est intimiste, pudique, on se sent confident privilégié. Plus d'une fois, j'ai eu l'impression de lire son journal par dessus son épaule. La sensation était troublante.

    Anne Percin nous conte avec beaucoup de talent, d'une plume implacable, l'innocence, la candeur et la cruauté de l'enfance. Tout sonne juste dans cette histoire ; les senteurs nous enivrent, les couleurs nous aveuglent, le soleil nous brûle et tous nos sens sont en éveil.
    Une belle découverte dont je suis sortie bouleversée.
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    • Livres 5.00/5
    Par pilyen, le 11 novembre 2011

    pilyen
    Il y a des romans formidables qui passent totalement inaperçus. On peut se demander pourquoi. Peut-être qu'ils ne sont pas publiés chez le bon éditeur. Ou bien, l'attaché de presse n'arrive pas à faire le buzz. L'auteur, jeune et pas encore connu, a beau avoir un vrai talent, cela ne suffit pas pour intéresser les médias avides de soufre ou d'originalité.
    Pourtant, en surfant sur le net, les blogueurs spécialisés livres, ont été nombreux à aimer et défendre "Le premier été" d'Anne Percin et ce, dès la mi-aout. Mais, les bulldozers de la rentrée destinés à truster les prix, ont laminé les espoirs de prétendants trop tendres, trop fragiles.
    Fragile, il l'est ce deuxième roman d'Anne Percin (pour les adultes, car elle écrit beaucoup pour les adolescents). L'histoire, au départ banale, de deux soeurs se retrouvant pour vider la maison de leurs grands-parents en Haute-Saône et qui sera propice aux souvenirs, séduit très vite grâce à une écriture absolument magnifique. Il y a longtemps que je n'avais pas été aussi transporté par la plume d'un écrivain d'aujourd'hui.
    Tout sonne juste dans cette histoire. le desoeuvrement de cette jeune fille en vacances à la campagne chez ses grands-parents est décrite avec une telle minutie que l'on ne s'ennuie jamais car l'auteur instille dans son récit les germes d'un drame à venir. le soleil nous brûle, les herbes nous picotent les jambes, on croit entendre Etienne Daho, les coquelicots sont rouges comme le sang, nos sens sont en éveil comme ceux de l'héroïne qui découvrira un amour dont elle portera les stigmates toute sa vie.
    C'est court, c'est précis, c'est passionnant et l'on referme le livre bouleversé car cette histoire, menée comme un polar psychologique, vire, lentement mais sûrement, vers un univers vénéneux et cruel.
    Personnellement, et bien que je sois un garçon, j'ai retrouvé les émotions, les odeurs, les images de mes étés d'adolescent, où, partagé entre l'ennui et le hit parade d'Europe1, entouré d'un monde encore un peu agricole qui vivait ces derniers instants, je découvrais ces sensations nouvelles d'un sexualité balbutiante.
    Ce livre est pour moi une vraie madeleine de Proust mais surtout un roman parfaitement réussi. BRAVO!

    Lien : http://sansconnivence.blogspot.com/
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    • Livres 3.00/5
    Par canel, le 11 décembre 2011

    canel
    Eté 2001. Sa grand-mère maternelle étant décédée, la narratrice vide sa maison en compagnie de sa soeur, de dix-huit mois son aînée. C'est l'occasion de se souvenir des étés qu'elles y ont passés ensemble, avec les jeunes de ce village vosgien et ceux de la colo. Un mois d'août en particulier a marqué la narratrice, celui de ses seize ans. On découvre peu à peu pourquoi.
    Souvenirs d'adolescence à foison, dans lesquels on retrouve une part de la sienne si on est de la même époque, du même milieu (des grands-parents à la campagne) : les musiques sur lesquelles on se trémoussait (Madonna, Daho, Niagara...), bien sûr, mais aussi les lectures, et la revue "Bonne Soirée" de la Mamie avec ses feuilletons à l'eau de rose... La sensation de revisiter également ses premiers émois amoureux peut être souillée d'une gêne, d'un sentiment de voyeurisme, si ses propres ados en sont "là" à leur tour...
    A part ce parfum de nostalgie doux-amer, l'auteur offre à son lecteur un suspense sur un secret apparemment pesant pour sa détentrice, une blessure, une souillure restées vives. le mystère est entretenu de façon disproportionnée, m'a-t-il semblé, et je n'ai pas aimé cette façon qu'a la narratrice d'interpeller sa soeur à la deuxième personne du singulier - soeur qu'elle considère comme complice inconsciente/involontaire de l'épisode dramatique en question, et à qui elle voue une rancune tenace.
    Malgré une petite impression de "déjà-lu maintes fois" et un peu d'ennui au milieu de longueurs, une lecture plaisante grâce à une plume qui m'a bien "emportée", me rappelant un peu ce que j'aime trouver chez J.-P. Blondel, A. Ernaux, F. Juhel, M.-S. Roger.
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    • Livres 4.00/5
    Par Sando, le 29 août 2011

    Sando
    « Le premier été » est le récit d'une adolescence chamboulée par le tumulte des premiers émois et par la découverte de la sexualité.
    Catherine, notre narratrice de 31 ans profite d'un séjour avec sa sœur dans la maison familiale pour revenir sur l'été qui a bouleversé son existence. Cet été, c'est celui de ses 16 ans. Elle l'a passé avec sa sœur Angélique, comme chaque année, dans la maison de ses grands-parents, à Sainte Marie, petit village de la Haute-Saône.
    Catherine se décrit comme un individu solitaire, complexé et effacé par sa sœur, plus âgée d'un an, mais jolie et rayonnante. Un lien étroit uni néanmoins les deux jeunes filles qui n'ont pas de secret l'une pour l'autre. Jusqu'au jour où Angélique fait l'expérience du flirt et découvre les premiers émois auprès du grand et beau Xavier, fraîchement débarqué du camp de vacances voisin. de là, un fossé se creuse entre les deux sœurs, l'une tentant par tous les moyens d'échapper à l'enfance et l'autre partagée entre son envie de la suivre et la peur de ce qu'elle pourrait découvrir… Mais l'arrivée de Sébastien va plonger brutalement Catherine dans les affres de l'adolescence. Saisie par la beauté brute et sauvage du jeune homme, elle succombe et nous décrit à merveille la magie et l'excitation de la première rencontre, ainsi que la naissance du désir (face à la nudité de l'autre). Irrésistiblement attirée par le mystère et la candeur que dégagent le garçon, Catherine semble savoir dès la première seconde quel sera le dénouement de leur histoire… Mais c'est sans compter sur la terrible réalité qui entoure le jeune homme et qui laissera place à la honte et au dégoût…
    Anne Percin parvient avec beaucoup de subtilité et de grâce à trouver le mot juste. C'est avec un infini plaisir qu'elle nous replonge dans cette période riche en émotions et en apprentissages qu'est l'adolescence. Un récit frais et vivant, dont la légèreté n'est mise en évidence que pour cacher un dénouement plus sombre…
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Citations et extraits

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  • Par pilyen, le 11 novembre 2011

    Et sur le trottoir, j'ai vu les fleurs.
    Deux fleurs posées ou jetées sur le trottoir, deux fleurs qui n'avaient rien à faire là - des coquelicots, alors qu'il n'en pousse pas devant chez nous ni dans les ornières au bord de la route. Seulement dans les champs et au bord du Raddon.
    Deux coquelicots que les pneus de la voiture venaient d'écraser.
    Je les ai repoussés du pied, mais les pétales étaient comme incrustés dans le bitume. Seules les tiges sont tombées dans le caniveau. Sur le goudron restaient des flaques rouges, comme des confettis écrasés, des lambeaux de chair. Comme du sang.
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  • Par val-m-les-livres, le 11 septembre 2011

    On ne sait pas ce qu'il faut faire avec ça, ce sexe au garde-à-vous qu'on n'osait même pas imaginer, qu'on ne voyait pas avant quand il reposait bien tranquille dans son nid de poils, lorsque le garçon dormait au bord de la rivière. Il n'y a qu'à attendre que ça trouve son chemin. C'est comme une petite bête qui cherche. Ca finit par trouver. Et alors là, c'est le plus étonnant.

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  • Par Prunella, le 18 février 2012

    La sexualité proprement dite, je veux dire le plaisir, ça passait au second plan. A la limite, on expliquait aux filles comment en donner, jamais comment en recevoir. Il fallait se débrouiller dans une mer d'incertitude. Moi, je m'étais jetée à l'eau, très loin, directement en pleine mer, sans avoir jamais appris à nager.
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  • Par claracambry, le 27 août 2011

    Mais j’avais seize ans, et s’il y a un âge où il faut faire des efforts, c’est bien, celui-là. A seize ans, la peau n’est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu’on ignore totalement à quoi on peut ressembler.
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  • Par Sando, le 27 novembre 2011

    Je sens à cet instant précis où ma poitrine se soulève pour former un gros soupir, que l'heure est venue de tout te raconter. Depuis quinze ans, je cherche en vain le bon moment.[...] Ce matin, les tapis ont quitté leurs sols et exposent à tous les regards leur intimité poussiéreuse.
    Alors je vais parler sans te regarder, les yeux fixés sur les dessins compliqués du tapis rouge. D'abord je ferai le tour de la bordure extérieure, et puis j'en viendrai au motif central. Et tu m'écouteras, parce que tu es assise, désoeuvrée, parce que tu es ma soeur et que nous n'avons rien à faire de mieux, maintenant qu'on a tout vidé dans la maison, que de nous montrer sur ce banc.
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