Il y a des romans formidables qui passent totalement inaperçus. On peut se demander pourquoi. Peut-être qu'ils ne sont pas publiés chez le bon éditeur. Ou bien, l'attaché de presse n'arrive pas à faire le buzz. L'auteur, jeune et pas encore connu, a beau avoir un vrai talent, cela ne suffit pas pour intéresser les médias avides de soufre ou d'originalité.
Pourtant, en surfant sur le net, les blogueurs spécialisés livres, ont été nombreux à aimer et défendre "
Le premier été" d'
Anne Percin et ce, dès la mi-aout. Mais, les bulldozers de la rentrée destinés à truster les prix, ont laminé les espoirs de prétendants trop tendres, trop fragiles.
Fragile, il l'est ce deuxième roman d'
Anne Percin (pour les adultes, car elle écrit beaucoup pour les adolescents). L'histoire, au départ banale, de deux soeurs se retrouvant pour vider la maison de leurs grands-parents en Haute-Saône et qui sera propice aux souvenirs, séduit très vite grâce à une écriture absolument magnifique. Il y a longtemps que je n'avais pas été aussi transporté par la plume d'un écrivain d'aujourd'hui.
Tout sonne juste dans cette histoire. le desoeuvrement de cette jeune fille en vacances à la campagne chez ses grands-parents est décrite avec une telle minutie que l'on ne s'ennuie jamais car l'auteur instille dans son récit les germes d'un drame à venir. le soleil nous brûle, les herbes nous picotent les jambes, on croit entendre
Etienne Daho, les coquelicots sont rouges comme le sang, nos sens sont en éveil comme ceux de l'héroïne qui découvrira un amour dont elle portera les stigmates toute sa vie.
C'est court, c'est précis, c'est passionnant et l'on referme le livre bouleversé car cette histoire, menée comme un polar psychologique, vire, lentement mais sûrement, vers un univers vénéneux et cruel.
Personnellement, et bien que je sois un garçon, j'ai retrouvé les émotions, les odeurs, les images de mes étés d'adolescent, où, partagé entre l'ennui et le hit parade d'Europe1, entouré d'un monde encore un peu agricole qui vivait ces derniers instants, je découvrais ces sensations nouvelles d'un sexualité balbutiante.
Ce livre est pour moi une vraie madeleine de
Proust mais surtout un roman parfaitement réussi. BRAVO!