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ISBN : 2253023906
Éditeur : Le Livre de Poche (1980)


Note moyenne : 4.11/5 (sur 328 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
C'est dans les derniers mois de sa vie que le peintre Serge Valène conçut l'idée d'un tableau qui rassemblerait toute son expérience : tout ce que sa mémoire avait enregistré, toutes les sensations qui l'avaient parcouru, toutes ses rêveries, ses passions, ses haines vi... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Tomisika, le 26 janvier 2013

    Tomisika
    S'il y a bien une chose que je n'aime pas, c'est abandonner un livre. Débuté en octobre, La vie, mode d'emploi m'accompagnait partout sans que je puisse avancer. Je l'ouvrais, lisais un chapitre ou deux, puis le refermais. Et toujours avec ce sentiment d'en venir à bout, de l'achever. Sauf qu'au bout d'un moment, je me suis rendue compte que la lutte était plus éprouvante que réjouissante.
    La vie, mode d'emploi, c'est l'histoire d'un immeuble parisien. On suit le quotidien de tous les habitants. Chacun emménage avec son histoire, les lieux évoluent et se transforment, les liens se créent. Dans ce microcosme c'est invraisemblable d'imaginer tout un monde, et Georges Perec l'a fait.
    Georges Perec a donné une histoire personnelle à chacun. Il a fait démonstration d'une richesse de vocabulaire et d'imagination hors norme. Rien que pour cela il faut le lire! Je me suis arrêtée peu après la moitié du bouquin, et chaque fois le foklore de mots était un plaisir énorme.
    L'ironie des situation, l'espièglerie, et le style de Perec. C'est savoureux.
    Mais voilà, cet enchaînement de petites histoires m'a lassé. J'adore découvrir de nouveaux mots, mais l'incroyable quantité de détails et d'énumérations m'ont autant plu que fatigué. J'en venais à consommer des mots, des quantités de vie, mais sans en comprendre l'intrigue, sans en percevoir la subtilité des échanges.
    La vie, mode d'emploi, c'est vraiment un chef d'oeuvre. de tout ce que j'ai lu, Perec est le seul à m'avoir autant offert en dépaysement. Il faut lire quelques chapitres pour comprendre. Mais un chef d'oeuvre qui peut se révéler laborieux pour ceux qui aspirent à l'action.
    Cette chronique est presque une lettre d'au-revoir à ce livre qu'il a bien fallu fermer. Je n'en pouvais plus de le voir trainer à mon côté et de peiner à l'ouvrir. Quelques fois les chefs d'oeuvre sont destinés aussi à un type de public. Et je pense ne pas en faire partie. Probablement car je n'aime pas l'énumération (d'objets ou de vie) et aussi car c'est pour moi un peu redondant de toujours découvrir une nouvelle vie, comme si j'étais dans un train et que je voyais des paysages multiples se poursuivre. Mais pour autant je reconnais le génie. Cet auteur en était un! Et je compte bien lire d'autres ouvrages de lui, mais des moins consistants afin de mieux aborder son univers.

    Lien : http://lechateaudegaby.wordpress.com/2013/01/26/la-vie-mode-demploi-..
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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Mort de Bartlebooth, hier, 1975, sur les divans verts de la salle de lecture, mort de Perec il y a précisément vingt-cinq ans, sa voix pour me réveiller ce matin, mort de Winckler, mort de Valène, et demain, ce soir peut-être, mort de marraine. L'immeuble s'écroule sous le poids de la vie. Mille romans en un, mille personnages qui se croisent et dont les destins loufoques, tragi-comiques, ridicules, toujours mus par la passion ou la folie, entrent en contact par l'immeuble, le livre et le cerveau extraordinairement fertile de Georges Perec. Qu'est-ce que c'est, lire la vie mode d'emploi ? C'est entrer dans la joie du détail, dans le trésor de l'anodin, dans le feuilleté de l'existence. Tous les appartements débordent de fourbi dont Perec, tranquillement et malicieusement, dresse la liste que le lecteur, même s'il est distrait, parcourt sans se lasser en attendant qu'on lui raconte un destin extraordinaire, l'obsession d'un homme, culminant dans les puzzles de Bartlebooth, mais déclinée de mille manières différentes, parcourant tous les milieux possibles et imaginables, car ce qui fascine dans un tel bouquin, c'est l'imagination sans borne de l'auteur prestidigitateur qui fait sortir d'une boîte immobilière des mondes infinis, que seule la mort peut à peu près clore. Après la lecture de la vie mode d'emploi, on ne rentre plus dans un immeuble comme avant, comme si ne s'y cachaient pas, derrière les portes fermées, les paillassons à chats ou à ramoneurs, les bottes terreuses d'enfants, les souliers vernis de cadres supérieurs en préretraite, les étagères vides et poussièreuses, les ballons crevés, les trottinettes rutilantes, les..., les..., les... (au secours, Georges, donne-moi des idées, je te plagie bien médiocrement), des hommes qui ont tous leur petit grain, leur secret, leur fétiche, des femmes passionnément amoureuses ou ennuyées, des enfants terribles ou terreux (mais peut-être justement pas là où les bottes nous auraient fait croire que...), des anciennes stars australiennes quittées par leurs cinquièmes maris, des transsexuels qui essaient d'enregistrer un disque, des..., des..., des..., des hommes qui passent dix ans à apprendre à peindre, puis dix ans à voyager dans tous les ports du monde pour y faire des aquarelles, puis le reste de leur vie à les reconstruire pour mieux les annihiler, et qui, au moment de leur mort, échouent. Malgré La Disparition, et parce qu'il y a disparition, cela même qui a disparu demeure, il y a quatre "e" dans Georges Perec, il reste un W ou un souvenir d'enfance et, vingt-cinq ans après, je lis la vie mode d'emploi.
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    • Livres 5.00/5
    Par Walktapus, le 03 février 2013

    Walktapus
    La Vie mode d'emploi, roman, le roman, ZE roman.
    La Vie mode d'emploi, c'est l'Univers condensé en un immeuble.
    C'est un feuilleton qu'on peut lire et relire dans le désordre, en totalité ou non : à la fois les mille et une nuits, la comédie humaine, l'Encyclopédie ou le catalogue de la Redoute. C'est un voyage immobile et mouvementé s'étirant majestueusement l'espace d'une seconde. C'est un puzzle, un patchwork, un bouquet aux mille parfums, ternes ou colorés, passionnants ou soporifiques.
    Lire La Vie mode d'emploi c'est passer d'une pièce à l'autre, d'une époque, d'un style, d'une histoire, d'une aventure, d'une allusion, à l'autre, c'est jouir de la profusion, de la variété, de la surprise, des références, des hommages et des énigmes innombrables, de l'humour et de la malice omniprésents.
    Quel autre roman peut faire réfléchir à un problème d'échec, entre une liste des objets trouvés dans l'escalier et l'histoire des boîtes de café ionisé trimballées de douane en douane ?
    C'est une variété et une diversité immenses gouvernées par quelques lois souterraines : l'univers en somme, et la vie.
    La Vie mode d'emploi est riche, riche comme la vie, et aussi passionnant.
    Oui, oui : c'est une déclaration d'amour. Vie Mode d'Emploi, je t'aime !
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    • Livres 2.00/5
    Par lecassin, le 20 mai 2013

    lecassin
    On voit certains commentaires annoncer un livre foisonnant qu'on peut lire en entier (ou pas), dans le désordre (ou dans l'ordre)… C'est bien là mon problème avec ce genre de livre : j'ai besoin que l'auteur m'embarque dans son texte, qu'il le structure ; qu'il m'empoigne et conduise plus ou moins fermement vers le mot FIN…
    Alors là, c'est raté… Et puis ces descriptions du quotidien… à la longue (pas si longue que ça, d'ailleurs), je m'ennuie ; et je stoppe, conscient qu'il y a encore tant de choses à lire qui me procureront surprises et bonheur, sans être obligé à un effort surhumain de lecture que je ne suis jamais bien prêt à fournir.
    Certains architectes (j'en connais au poins un personnellement) disent que la ville de Royan est une ville d'architecte et qu'elle ne peut être « lue » que par un architecte. C'est peut être vrai, mais voilà bien une ville que je trouve laide…
    Finalement je me demande si dans le même ordre d'idée, « La vie mode d'emploi » n'est pas un livre de prof de Français, uniquement lisible par des prof de Français… A moins que nous ne soyons là dans une expression de l'art conceptuel en littérature ; art conceptuel qui ne me touche généralement pas.
    Désolé de ne pas participer concert de louanges... Pas pu finir !
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    • Livres 5.00/5
    Par herveGAUTIER, le 18 avril 2014

    herveGAUTIER
    N°742 – Avril 2014.
    la vie mode d'emploiGeorges PEREC – Hachette.(Prix Médicis 1978)

    Si on en juge par la couverture, ce n'est pas un mais des romans que le lecteur va aborder. Ce texte retrace la vie d'un immeuble imaginaire de huit étages situé au 11 de la rue Simon Crubellier dans la 17° arrondissement de Paris entre 1875 et 1975. C'est déjà tout un programme et cela commence le 23 juin1975 à huit heures du soir ! Il sera en effet question de ses habitants, de leur histoire et de leurs histoires, bref des destins entrecroisés, des aventures qui s'entrechoquent, des épisodes de cette comédie humaine éphémère et éternelle mais aussi des descriptions scientifiques, des recettes de cuisines, des listes, des grilles de mots croisés, des inventaires... autant de choses hétéroclites, de digressions et de détails un peu fous dont Perec est friand. Pour « faciliter » Les Choses, le lecteur doit imaginer cet immeuble comme une sorte de maison de poupées dont on aurait supprimé la façade de façon à pouvoir percevoir la vie à l'intérieur à moins qu'il ne préfère être investi de cet étrange pouvoir qu'avait, selon a légende, cette fée qui pouvait soulever les toits des maisons et observer leurs occupants. C'est en tout cas une sorte de microcosme qui existe et meurt sous les yeux du lecteur. L'auteur va décrire minutieusement toutes les pièces (appartements, caves, ascenseur et sa machinerie mais aussi des cages d'escaliers, les caves, la chaufferie et des choses qu'on y perd ou qui s'y trouvent par hasard) et évoquer leurs occupants passés et présents, un peu comme on considère les morceaux d'un puzzle. Cela fait penser à un patchwork, des séquences de vécu qu'on aurait réunies ensemble.
    Bartlbooth est quand même le personnage principal de toute cette agitation (même s'il ne l'est qu'en filigranes) et son étrange projet autour de l'aquarelle pour laquelle il n'a aucune disposition mais qui bouscule la logique la plus élémentaire. Il mobilisera son énergie personnelle mais aussi celle de Smauft, son factotum, celle de Winkler (le faiseur de puzzle), celle de Valène (le peintre), celle de Morellet (le préparateur de chimie), tous évidemment habitants de cet immeuble mais avec un seul objectif : qu'il ne subsiste rien de tout le travail de chacun !
    Ce sont effectivement des romans qui nous sont proposés et qu'on peut lire séparément, des textes gigognes où se mélangent harmonieusement l'histoire, la géographie, les légendes, les aventures personnelles plus ou moins Imaginaires et hypothétiques et tout cela sans beaucoup de lien entre elles. On y rencontre à l'occasion des catalogues de bricolage, la généalogie et la biographie d'une famille ou des tranches de vie de locataires successifs, une sorte d'inventaire à la Prévert ainsi que des histoires à arborescences, rebondissements et improbables conclusions qui assurément égarent le lecteur mais qu'importe puisque la relation qu'il est en train de lire a pour lui la solidité d'un château de cartes édifié dans un courant d'air ! Il y est souvent question d'amour et de mariages, de quêtes, de difficultés de tous ordres, de souffrances, de maladies, de décès et de successions subséquentes, d'injustices dans les héritages, de malversations ou de mauvaises affaires, de volontés de laisser une trace de son passage sur terre où celle de retrouver ses racines, bref que des choses bien humaines. Perec a ainsi voulu, semble-t-il, appréhender le monde dans sa totalité, à travers les petites et les grandes choses qui arrivent à chacun mais surtout en en soulignant les incohérences et les incongruités et ce à travers les vies de ses occupants. Il l'a fait sous la forme contraignante édictée par l'OULIPO (Ouvroir de littérature potentielle) qui est censée générer la créativité. Il semblerait bien qu'il ait rempli son « contrat » puisque au terme de cet ouvrage de 695 pages(y compris les annexes) on ne s'y ennuie pas, mieux peut-être on lit chaque chapitre avec la gourmandise d'un écolier qui fait ses premiers pas dans l'apprentissage de la lecture !
    Perec a, paraît-il, mis près de 10 ans à écrire cet ouvrage. C'est une œuvre unique, pleine de curiosités et d'érudition qu'il ne faut surtout pas rejeter à priori à cause du nombre de ses pages et peut-être aussi de son côté labyrinthique. La lecture peut paraître difficile mais le lecteur en ressort avec une curieuse sensation, celle peut-être d'avoir lu autre chose qu'un roman traditionnel avec un début, un développement et une fin qui souvent est classiquement un « happy-end ». J'ai goûté cette écriture débridée et débordante qui prend sans doute sa source dans l'imaginaire délirant de l'auteur et sa volonté d'en rajouter toujours un peu dans les précisions et les anecdotes qui souvent prêtent à sourire dans leurs développement comme dans leurs conclusions. le style de Perec révèlent un goût non dissimulé pour les phrases et les mots qu'on mâche avec gourmandise et que l'auteur a écrits jusqu'à satiété pour le plus grand bonheur de son lecteur mais sûrement d'abord de lui-même. Elle n'a d'égal que celle de monopoliser l'attention et même l'intérêt, et ça marche ! J'ai bien aimé ce dépaysement complet, ce culte du détail qui peut paraître inutile à la compréhension du texte(et l'est peut-être) qui le dispute à la poursuite de l'histoire mais qui est tout à fait propre à exciter l'imagination du lecteur devenu de plus en plus complice de cette chronique abracadabrantesque. Un simple objet par ailleurs anodin est pour notre auteur le prétexte à l'énoncé d'une histoire à la fois improbable et parfaitement acceptable si on veut bien l'admettre. J'ai apprécié aussi le sens abscons de certaines formules pourtant censées être explicatives, claires et même pédagogiques sans oublier les rébus et les incontournables calembours dignes de consommateurs avinés du café du commerce ou de bureaucrates fatigués par une harassante journée de travail dans un bureau mal éclairé et poussiéreux ! Tout cela instille dans l'esprit du lecteur une impression qui ressemble à la fois à du dérisoire et à du sérieux, de l'éternel et de l'éphémère sans qu'on sache très bien si c'est le plaisir de lire un tel ouvrage qui fait se graver un sourire au coin des lèvres ou celui de pénétrer malgré soi dans un univers digne des meilleures fictions, mais un peu étrange quand même.

    J'ai retrouvé avec un immense plaisir cet auteur dont j'ai déjà parlé dans cette chronique (la Feuille Volante n° 484-486-487). Dans ma bibliothèque idéale, il tient une grande place, celle qu'occupent généralement ceux qui sont partis un peu trop tôt !

    ©Hervé GAUTIER – Avril 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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Citations et extraits

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  • Par vingtvingt, le 11 octobre 2014


    C'est une salle de bains. Le sol et les murs sont couverts de tommettes vernies,ocre jaune. Un homme et une femme sont agenouillés dans la baignoire qui est à moitié remplie d'eau. Ils ont tous les deux une trentaine d'années. L'homme,les mains posées sur la taille de la femme,lui lèche le sein gauche cependant qu'elle,légèrement cambrée,enserre de sa main droite le sexe de son compagnon tout en se caressant elle-même de l'autre main. Un troisième personnage assiste à cette scène: un jeune chat noir,avec des reflets mordorés et une tâche blanche sous le cou,allongé sur le rebord de la baignoire,et dont le regard jaune vert semble exprimer un prodigieux étonnement. Il porte un collier de cuir tressé muni d'une plaque réglementaire indiquant son nom-Petit Pouce-son numéro d'immatriculation à la S.P.A.,et le numéro de téléphone de ses propriétaires,Philippe et Caroline Marquiseaux;non pas leur numéro parisien;car il serait tout à fait improbable que Petit Pouce sorte de l'appartement et se perde dans Paris,mais le numéro de leur maison de campagne: le 50 à Jouy-en-Josas (Yvelinnes)
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  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Dans l'escalier, 1

    Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d'une manière un peu lourde et lente, dans cet endroit neutre qui est à tous et à personne, où les gens se croisent presque sans se voir, où la vie de l'immeuble se répercute, lointaine et régulière. De ce qui se passe derrière les lourdes portes des appartements, on ne perçoit le plus souvent que ces échos éclatés, ces bribes, ces débris, ces esquisses, ces amorces, ces incidents ou accidents qui se déroulent dans ce que l'on appelle les « parties communes », ces petits bruits feutrés que le tapis de laine rouge passé étouffe, ces embryons de vie communautaire qui s'arrêtent toujours aux paliers. Les habitants d'un même immeuble vivent à quelques centimètres les uns des autres, une simple cloison les sépare, ils se partagent les mêmes espaces répétés le long des étages, ils font les mêmes gestes en même temps, ouvrir le robinet, tirer la chasse d'eau, allumer la lumière, mettre la table, quelques dizaines d'existences simultanées qui se répètent d'étage en étage, et d'immeuble en immeuble, et de rue en rue. Ils se barricadent dans leurs parties privatives - puisque c'est comme ça que ça s'appelle - et ils aimeraient bien que rien n'en sorte, mais si peu qu'ils en laissent sortir, le chien en laisse, l'enfant qui va au pain, le reconduit ou l'éconduit, c'est par l'escalier que ça sort. Car tout ce qui se passe passe par l'escalier, tout ce qui arrive arrive par l'escalier, les lettres, les faire-part, les meubles que les déménageurs apportent ou emportent, le médecin appelé en urgence, le voyageur qui revient d'un long voyage. C'est à cause de cela que l'escalier reste un lieu anonyme, froid, presque hostile. Dans les anciennes maisons, il y avait encore des marches de pierre, des rampes en fer forgé, des sculptures, des torchères, une banquette parfois pour permettre aux gens âgés de se reposer entre deux étages.
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  • Par Palimpseste, le 09 septembre 2012

    [...] "Ainsi s'organisa concrètement un programme que l'on peut énoncer succinctement ainsi : Pendant dix ans, de 1925 à 1935, Bartlebooth s'initierait à l'art de l'aquarelle. Pendant vingt ans, de 1935 à 1955, il parcourrait le monde, peignant, à raison d'une aquarelle tous les quinze jours, cinq cents marines de même format (65 X 50, ou raisin) représentant des ports de mer. Chaque fois qu'une de ces marines serait achevée, elle serait envoyée à un artiste spécialisé (Gaspard Winckler) qui la collerait sur une mince plaque de bois et la découperait en un puzzle de sept cent cinquante pièces. Pendant vingt ans, de 1955 à 1975, Bartlebooth, revenu en France, reconstituerait, dans l'ordre, les puzzles ainsi préparés, à raison, de nouveau, d'un puzzle tous les quinze jours. À mesure que les puzzles seraient ré-assemblés, les marines seraient « re-texturées » de manière à ce qu'on puisse les décoller de leur support, transportées à l'endroit même où - vingt ans auparavant - elles avaient été peintes, et plongées dans une solution détersive d'où ne ressortirait qu'une feuille de papier Whatman, intacte et vierge. Aucune trace, ainsi, ne resterait de cette opération qui aurait, pendant cinquante ans, entièrement mobilisé son auteur." [...]
    Chapitre XXVI. Bartlebooth, 1.
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  • Par mandarine43, le 05 novembre 2011

    Une seule personne dans l'immeuble déteste vraiment Madame Nochère : c'est Madame Altamont, pour une histoire qui leur est arrivée un été. Madame Altamont partait en vacances. Avec le souci d'ordre et de propreté qui la caractérise en tout, elle vida son réfrigérateur et fit cadeau de ses restes à sa concierge : un demi-quart de beurre, une livre de haricots verts frais, deux citrons, un demi-pot de confiture de groseilles, un fond de crème fraîche, quelques cerises, un peu de lait, quelques bribes de fromage, diverses fines herbes et trois yaourts au goût bulgare. Pour des raisons mal précisées, mais vraisemblablement liées aux longues absences de son mari, Madame Altamont ne put partir à l'heure initialement prévue et dut rester chez elle vingt-quatre heures de plus ; elle retourna donc voir Madame Nochère et lui expliqua, d'un ton à vrai dire plutôt embarrassé, qu'elle n'avait rien à manger pour le soir et qu'elle aimerait bien récupérer les haricots verts frais qu'elle lui avait donnés le matin même. « C'est que, dit Madame Nochère, je les ai épluchés, ils sont sur le feu. » « Que voulez-vous que j'y fasse ? » répliqua Madame Altamont. Madame Nochère monta elle-même à Madame Altamont les haricots verts cuits et les autres denrées qu'elle lui avait laissées. Le lendemain matin, Madame Altamont partant, cette fois-ci pour de bon, redescendit à nouveau ses restes à Madame Nochère. Mais la concierge les refusa poliment.
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  • Par mandarine43, le 04 novembre 2011

    Madame Claveau fut la concierge de l'immeuble jusqu'en mille neuf cent cinquante-six. C'était une femme de taille moyenne, aux cheveux gris, à la bouche mince, toujours coiffée d'un fichu couleur tabac, toujours vêtue (sauf les soirs de réception où elle tenait le vestiaire) d'un tablier noir avec des petites fleurs bleues. Elle surveillait la propreté de son immeuble avec autant de soin que si elle en avait été propriétaire. Elle était mariée à un livreur de chez Nicolas qui parcourait Paris en tricycle, la casquette crânement penchée sur l'oreille, le mégot au coin des lèvres, et que l'on voyait parfois, sa journée terminée, ayant troqué son blouson de cuir beige tout craquelé contre une veste molletonnée que Danglars lui avait laissée, donner un coup de main à sa femme en faisant briller les cuivres de la cage de l'ascenseur ou en passant au blanc d'Espagne le grand miroir du vestibule sans cesser de siffloter le succès du jour, La Romance de Paris, Ramona, ou Premier rendez-vous. Ils avaient un fils, prénommé Michel, et c'est pour lui que Madame Claveau demandait à Winckler les timbres des paquets que Snautf lui envoyait deux fois par mois. Michel se tua dans un accident de moto, à dix-neuf ans, en 1955, et sa mort prématurée ne fut sans doute pas étrangère au départ de ses parents l'année suivante. Ils se retirèrent dans le Jura. Morellet prétendit longtemps qu'ils avaient ouvert un café qui avait tout de suite périclité parce que le père Claveau avait pratiquement bu son fonds au lieu de le vendre, mais c'est un bruit que personne ne confirma ni n'infirma jamais.
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