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Critiques sur La Vie mode d'emploi (13)


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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf le 24/06/2010


    Mort de Bartlebooth, hier, 1975, sur les divans verts de la salle de lecture, mort de Perec il y a précisément vingt-cinq ans, sa voix pour me réveiller ce matin, mort de Winckler, mort de Valène, et demain, ce soir peut-être, mort de marraine. L'immeuble s'écroule sous le poids de la vie. Mille romans en un, mille personnages qui se croisent et dont les destins loufoques, tragi-comiques, ridicules, toujours mus par la passion ou la folie, entrent en contact par l'immeuble, le livre et le cerveau extraordinairement fertile de Georges Perec. Qu'est-ce que c'est, lire la vie mode d'emploi ? C'est entrer dans la joie du détail, dans le trésor de l'anodin, dans le feuilleté de l'existence. Tous les appartements débordent de fourbi dont Perec, tranquillement et malicieusement, dresse la liste que le lecteur, même s'il est distrait, parcourt sans se lasser en attendant qu'on lui raconte un destin extraordinaire, l'obsession d'un homme, culminant dans les puzzles de Bartlebooth, mais déclinée de mille manières différentes, parcourant tous les milieux possibles et imaginables, car ce qui fascine dans un tel bouquin, c'est l'imagination sans borne de l'auteur prestidigitateur qui fait sortir d'une boîte immobilière des mondes infinis, que seule la mort peut à peu près clore. Après la lecture de la vie mode d'emploi, on ne rentre plus dans un immeuble comme avant, comme si ne s'y cachaient pas, derrière les portes fermées, les paillassons à chats ou à ramoneurs, les bottes terreuses d'enfants, les souliers vernis de cadres supérieurs en préretraite, les étagères vides et poussièreuses, les ballons crevés, les trottinettes rutilantes, les..., les..., les... (au secours, Georges, donne-moi des idées, je te plagie bien médiocrement), des hommes qui ont tous leur petit grain, leur secret, leur fétiche, des femmes passionnément amoureuses ou ennuyées, des enfants terribles ou terreux (mais peut-être justement pas là où les bottes nous auraient fait croire que...), des anciennes stars australiennes quittées par leurs cinquièmes maris, des transsexuels qui essaient d'enregistrer un disque, des..., des..., des..., des hommes qui passent dix ans à apprendre à peindre, puis dix ans à voyager dans tous les ports du monde pour y faire des aquarelles, puis le reste de leur vie à les reconstruire pour mieux les annihiler, et qui, au moment de leur mort, échouent. Malgré La Disparition, et parce qu'il y a disparition, cela même qui a disparu demeure, il y a quatre "e" dans Georges Perec, il reste un W ou un souvenir d'enfance et, vingt-cinq ans après, je lis la vie mode d'emploi.

    critique de qualité ? (11 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par yv1 le 24/07/2011


    A la suite de ma lecture de Ce qui stimule ma racontouze..., j'ai eu une envie irrépressible de lire La vie mode d'emploi. Je m'suis dit : "Bon, c'est un gros livre, il vaut mieux le lire pendant les vacances, prendre le temps." Et c'est ce que j'ai fait. Mais la question qui me vint à l'esprit plusieurs fois, lors de ma lecture c'est : "Mais pourquoi, n'ai-je point lu ce roman plus tôt ? Ce livre est un chef d'oeuvre, comment ai-je pu passer à côté si longtemps ?"

    Dans une écriture extrêmement simple et accessible, Georges Perec écrit le roman des romans. Celui dans lequel, en marge des personnages et des lieux décrits, naissent des histoires, d'autres lieux, d'autres personnages a priori sans relation avec les habitants du 11 rue Simon-Crubellier, mais ici, tout est lié, ne serait-ce que par une combine parfois ténue, mais toujours visible.

    Bartlebooth est le personnages principal, celui qui lie un peu les autres, celui dont l'histoire est le fil rouge du roman
    les autres résidents ont tous des histoires ou des aïeux qui ont eu des aventures, rares, rocambolesques, désopilantes, comiques ou tragiques. Malgré les multiples intervenants, le lecteur n'est pas perdu. Perec fait des petits chapitres, consacrés à un habitant ou à la famille, ou plutôt à l'appartement et à ceux qui l'occupent ou l'ont occupé. A chaque fois, il replace ses personnages de telle manière que le lecteur s'y retrouve aisément.


    Ce roman est absolument génial, un puits de connaissance dans tous les domaines : histoire, chimie, mathématiques, littérature, peinture, musique, sport, etc, mais jamais pédant, toujours pédagogique et à la portée du lecteur. Un roman qui alterne le burlesque, le cocasse, le drôle, le triste, le sombre, le noir. Un roman dans lequel l'auteur s'essaye à tous les genres, poésie, roman picaresque, épopée, roman d'amour, ... Un roman fourre-tout, mais extrêmement maîtrisé et bien rangé. Un livre unique, d'un genre que je ne rencontrerai pas de sitôt, sauf à relire celui-ci, bien entendu !

    Des passages sont vraiment fabuleux, comme celui dans lequel Georges Perec présente son personnage nommé Cinoc
    Les 579 pages (sans compter les annexes) de la version poche se lisent très vite, sans de temps mort, sans "ventre mou" au milieu du livre, bien que la plus grosse partie soit consacrée à des descriptions. Au contraire, j'aurais bien rajouté un ou deux étages à l'immeuble du 11 de la rue Simon-Crubellier

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par 270778 le 25/04/2010


    On parle plus volontiers de « La Disparition » à propos de Perec or, il me semble que si ce roman ludique et inclassable constitue un tour de force littéraire, dans la lignée des membres de l'O.U.L.I.P.O., le vrai chef d'œuvre de Perec est bien plus « la vie mode d'emploi », publié en 1978 et sous-titré avec malice « Romans ».
    Roman puzzle, roman total, roman impossible à résumer, sauf à dire qu'il s'agit des vies d'habitants d'un immeuble comme vues en coupe.
    Les descriptions réalistes d'appartements bourgeois alternent avec des récits fantastiques ou des histoires d'aventuriers sur le Nil en 1800, entre autres.
    Tous les styles, tous les genres sont représentés dans ce roman gigogne qui ne rejète ni la parodie, ni l'emprunt, ni la digression.
    Le post-scriptum dresse la liste des auteurs auxquels il a emprunté des citations: Borges, Butor, Calvino, Lowry, Garcia Marquez mais aussi des moins connus comme Unica Zurn. Ce dernier procédé est très habile car il donne envie de relire le roman, le jeu consistant alors à chercher les extraits en question... et également de lire les auteurs en question quand on ne les connaît pas.
    Surtout, il y a, chez Perec, cette jubilation enfantine que l'on rencontre trop peu dans la littérature française contemporaine, sauf peut-être chez Eric Chevillard, mais dans un genre un peu différent.


    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par lolo71 le 14/12/2009



    Avec « la vie mode d'emploi », Georges Perec a réalisé un véritable tour de force littéraire. Rien d'étonnant pour ce membre de l'Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle), mouvement littéraire (bien qu'il s'en défende) expérimental qui se propose d'écrire en s'inventant des contraintes, bien souvent fondées sur des problèmes mathématiques, faisant de l'auteur oulipien « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ». Fondé par Raymond Queneau et par un mathématicien, Marcel Duchamp et Italo Calvino, pour les plus connus, en ont également fait partie.

    Perec décrit un immeuble parisien de huit étages, au 11 rue Simon-Crubellier dans le 17ème arrondissement, tel qu'il se présente le 23 juin 1975 à huit heures du soir. Comme si la façade en avait été retirée et que son intérieur se dévoile à nos yeux, Perec nous raconte ce qu'il y voit à cet instant précis. Tout, des caves aux combles, En passant par le hall d'entrée, les escaliers et chaque pièce de chaque appartement, y passe : décoration, sols, meubles, tableaux, livres, le moindre objet, mais aussi les personnes qui s'y trouvent, leur physique, comment elles sont habillées, ce qu'elles font, leur attitude, tout est méticuleusement décrit. Mais fort heureusement pour le lecteur, cet inventaire maniaque alterne avec l'histoire de ses habitants actuels et de ceux qui les ont précédés. On trouve ainsi des nantis et des pauvres, des antiquaires, un médecin, une ancienne cantatrice, un artisan, un producteur de télévision, un expert international, un peintre, un chimiste, une concierge, un serveur, des domestiques, des retraités, et bien d'autres encore. Leur histoire personnelle ou celle de leurs ancêtres, l'évocation de leurs relations conflictuelles, amicales, amoureuses ou professionnelles se mêlent à des anecdotes, des légendes ou autres fictions tirées de livres ou de tableaux imaginaires, ou bien encore de l'esprit des personnages. le sous-titre du livre, romans (vous avez noté le pluriel) s'en trouve pleinement justifié, tant les récits qui le composent sont nombreux.

    Perec fait également référence à tous ces jeux de l'esprit chers aux oulipiens : échecs, énigmes, devinettes, rébus, jeux de mots, anagrammes, mots croisés, puzzle. Ce dernier offre d'ailleurs une métaphore utile à « la vie mode d'emploi » : comme les pièces au départ éparses du puzzle, toutes les histoires éparses, tous ces romans dans le roman, une fois assemblés, reliés les uns aux autres, finissent par composer un tableau d'ensemble qui donne alors son sens à chacun des éléments. le puzzle achevé, c'est la vie d'un immeuble et de ses habitants depuis sa fondation en 1875 jusqu'à ce jour de juin 1975, les pièces, ce sont les hommes, les femmes, les animaux, les objets, les évènements, l'imaginaire, les actions, les pensées, toutes choses qui constituent la vie même.

    On sent que Perec s'est beaucoup amusé avec cette œuvre monumentale, érudite et unique. le jeu n'est-il pas, d'ailleurs, au cœur même du principe oulipien ? Cette lecture reste toutefois exigeante, on peut se perdre dans cette succession d'histoires et la pléthore de personnages. Mais cela vaut la peine de s'accrocher car on en sort avec la sensation d'avoir embrassé la totalité de la vie.

    P.S. : sur le cahier des charges (les fameuses contraintes) qui ont présidé à la composition du texte (l'ordre des chapitres, les éléments, évènements, objets, personnages, histoires, etc. qu'ils doivent contenir), et pour ceux que ça intéresse, rendez-vous sur cette page : http://escarbille.free.fr/vme/vme.php?ind=lmn



    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/12/14/la-vie-mode-demploi-de..

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par philcoba78 le 15/12/2010


    Une référence. Georges Perec a mis presque 10 ans pour écrire ce roman total.

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par PLUMAGILE le 15/07/2009


    Un livre' qui se lit à petite dose , pas d'une seule traite, c'est sûr ! mais en même temps quel talent dans l'observation ! peut-être ne suis-je pas très objective parce qu'inconditionnelle de Georges Pérec et de l'Oulipo.

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par Sarah_DD le 04/06/2008


    Voilà un des rares livres que j'ai abandonnés, je ne suis même pas arrivée à la moitié. Il s'agit de la description (trop) minutieuse des habitants d'un immeuble. Ce n'est pas que je n'aime pas les romans à tiroirs, mais il s'attache vraiment à des détails presque absurdes, surtout pendant 1000pages. Je reprendrai peut-être un jour, qui sait.

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par MarcelP le 16/07/2009


    Quel bonheur de lecture, au contraire!
    C'est un peu comme observer une goutte d'eau au microscope : ce n'est qu'une larme bien anodine mais qui révèle tant d' univers!

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par philcoba78 le 14/09/2011


    Valéne mis des années à comprendre ce que cherchait exactement Bartelbooth. La première fois qu'il vint le voir en janvier mile neuf cent vingt-cinq, Bartelboth lui dit seulement qu'il voulait apprendre à fond l'art de l'aquarelle et qu'il souhaitait prendre une leçon quotidienne pendant dix ans. La fréquence et la durée de ces cours particuliers firent sursauter Valène qui se trouvait parfaitement heureux quand il avait décroché dix-huit leçons en un trimestre. Mais Bartelbooth semblait décidé à consacrer à cet apprentissage tout le temps qu'il faudrait et n'avait apparemment pas de soucis d'argent.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par philcoba78 le 15/12/2010


    "Je cherche en même temps l'éternel et l'éphémère", Bartlebooth.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)






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