AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070382885
Éditeur : Gallimard (1990)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 163 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture:
«Tu as vingt-cinq ans et vingt-neuf dents, trois chemises et huit chaussettes, quelques livres que tu ne lis plus, quelques disques que tu n'écoutes plus. Tu n'as pas envie de te souvenir d'autre chose, ni de ta famille, ni de tes études, ni de tes amours, ni de tes amis, ni de tes vacances, ni de tes projets. Tu as voyagé et tu n'as rien rapporté de tes voyages. Tu es assis et tu ne veux qu'attendre, attendre seulement jusqu'à ce qu'... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr
Critiques, Analyses & Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Charybde7
Charybde725 avril 2014
  • Livres 5.00/5
Le détachement du monde d’un jeune homme, ou comment écrire pour dissoudre le réel.
En épigraphe à «Un homme qui dort», publié en 1967 juste après «Les choses», on peut lire cet extrait des Méditations sur le péché de Franz Kafka :
«Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison. Reste à table et écoute. N’écoute même pas, attends seulement. N’attends même pas, sois absolument silencieux et seul. Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut faire autrement, extasié, il se tordra devant toi.»
Alors qu’il doit aller passer un examen un matin, un jeune homme, un étudiant sans nom, ne se lève tout simplement pas. À partir de ce geste, ou de cette absence de geste, il se détache du monde, devient indifférent à ce monde qu’il ne reconnaît plus ; il veut tout accomplir sans y accorder ni la moindre valeur ou la moindre émotion, comme si chaque action - manger, s’habiller - n’avait plus qu’une visée fonctionnelle, comme si chaque geste devait être neutre, minimal. Et d’ailleurs il ne parle presque plus, sauf pour exprimer le strict nécessaire.
«La ténacité, l’initiative, le coup d’éclat, le triomphe tracent le chemin trop limpide d’une vie trop modèle, dessinent les sacro-saintes images de la lutte pour la vie. Les pieux mensonges qui bercent les rêves de tous ceux qui piétinent et s’embourbent, les illusions perdues des milliers de laissés-pour-compte, ceux qui sont arrivés trop tard, ceux qui ont posé leur valise sur le trottoir et se sont assis dessus pour s’éponger le front. Mais tu n’as plus besoin d’excuses, de regrets, de nostalgies. Tu ne rejettes rien, tu ne refuses rien. Tu as cessé d’avancer, mais c’est que tu n’avançais pas, tu ne repars pas, tu es arrivé, tu ne vois pas ce que tu irais faire plus loin : il a suffi, il a presque suffi, un jour de mai où il faisait trop chaud, de l’inopportune conjonction d’un texte dont tu avais perdu le fil, d’un bol de Nescafé au goût soudain trop amer, et d’une bassine de matière plastique rose remplie d’une eau noirâtre où flottaient six chaussettes, pour que quelque chose se casse, s’altère, se défasse, et qu’apparaisse au grand jour – mais le jour n’est jamais grand dans la chambre de bonne de la rue Saint-Honoré – cette vérité décevante, triste et ridicule comme un bonnet d’âne, lourde comme un dictionnaire Gaffiot : tu n’as pas envie de poursuivre, ni de te défendre, ni d’attaquer.»
Immobile lorsqu’il est à l’intérieur, dans sa chambre de bonne, il dort énormément, fixe la bassine rose dans laquelle trempent ses chaussettes et écoute son voisin à travers la cloison. Quand il sort dans la ville, deuxième lieu du récit, cet extérieur n’a pas plus de sens, et ses marches sans but en ville ne semblent pas davantage rattachées à la réalité que ce lieu insulaire qu’est sa chambre de bonne. Animé de mouvements mécaniques lorsqu’il marche dans les rues sans but, il est le plus souvent seul, silencieux, décroché du réel. Même la lecture du journal, qu’il fait quotidiennement et méthodiquement, sans sauter une seule ligne, a perdu tout son sens.
Dans cette vie de retrait, ses sens s’exacerbent : il regarde fixement les arbres et les rues, toutes ces choses qui n’ont plus de sens. Il est fasciné par son propre détachement qui ne débouche sur rien, un chemin sans issue.
Quel est le sens de la dissolution de ce héros apathique, cousin de Bartleby ou d’Oblomov, de cette tentative d’épuisement d’une vie où il ne se passe rien ? Est-ce le récit d’une résistance ou d’une dépression ? L’écriture de Perec, aux phrases répétitives en forme de litanie, au lieu de donner vie à une réalité nous en détache et fascine. Ce récit au ton neutre, rapidement hypnotique, comme il est rédigé à la deuxième personne, inclut le lecteur – toi -, tout autant que l’auteur et le protagoniste, dans cette indifférenciation qui touche les lieux, le passage du temps et les êtres.
Roman hors de la réalité, hors du temps, il semble que cet «Homme qui dort» ne prendra jamais une ride.
«Un homme qui dort» fut adapté en long métrage au cinéma en 1974 par Georges Perec et Bernard Queysanne.
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/09/05/note-de-lecture-un-homme-qui-dort-georges-perec/
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          140
JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS10 janvier 2016
  • Livres 4.00/5
La tentation de l'indifférence.
En creusant plusieurs sillons, certains grands écrivains n'hésitent pas à prendre des risques, à se remettre en cause, et c'est en partie par cela qu'ils sont grands. Ils ne craignent pas de se renouveler, quitte à déconcerter leur lectorat très friand de cultiver ses habitudes. Georges Pérec fait indiscutablement partie de cette catégorie. Après s'être fait connaître en 1965 avec Les Choses, roman tourné vers l'extérieur, vers la société de consommation naissante, il publie deux ans plus tard son troisième roman L'Homme qui dort, roman tourné vers l'intérieur, vers l'intime, vers la réflexion existentielle. Il met en scène un jeune étudiant en sociologie qui sombre dans une indifférence généralisée, concernant d'abord sa vie quotidienne la plus banale, puis s'étendant à ses relations amicales, à sa pensée et à son esprit. On assiste à une sorte d'immersion dans les eaux sombres et inquiétantes de la mélancolie et de la dépression. Heureusement, son esprit continue à fonctionner et il va finir par toucher le fond pour remonter lentement à la surface où il retrouve peu à peu le monde des vivants. Sur cette expérience de la vacuité et du danger de se laisser dominer par le repli sur soi même et par la sensation réconfortante de l'indifférence végétative, Pérec crée un roman à la fois foisonnant d'accumulations en tout genre et déconcertant par son titre et par l'emploi systématique de la deuxième personne du singulier.
A la lecture, ce qui saute aux yeux, c'est tout d'abord les accumulations : accumulation de descriptions (de la chambre, des animaux, des rues, des gens, des listes,…), accumulation des attitudes du personnage principal qui permet de le suivre dans ses moindres faits et gestes, l'accumulation de ses pensées face à la vie qui continue imperturbablement autour de lui et l'entraîne à mettre toujours davantage de distance avec le monde pour mener une survie élémentaire , sans raison et sans conviction. « Ici, tu apprends à durer » (p.61). Ivre de l'absence de contrainte, de la vacance des pensées, il n'a plus rien à accomplir, aucun objectif à atteindre, il se contente de vivre. La belle vie ? Pas si sûr ! On comprend que le désir du personnage principal (qui n'a pas de nom) qui consiste à ne pas subir de contraintes, à devenir indifférent à tout, ne le satisfait pas et que peu à peu il perd le goût de vivre. Ces différents types d'accumulation traduisent de façon obsédante cette vie qui s'écoule quand même et qui fait sentir sa présence à celui qui la refuse dans ses aspects banals, quotidiens, domestiques et qui cherche vainement à la dépasser, à la transcender.
Ensuite, on est surpris par le titre de ce roman. En effet, Un Homme qui dort n'est pas un titre très accrocheur, il ne donne pas franchement envie d'aller au-delà de la première de couverture : que peut-on écrire d'intéressant sur un homme qui dort ? Va-t-on avoir droit au récit de ses rêves ? Rien de palpitant et il faut bien que l'auteur soit Georges Pérec connu pour ses défis littéraires pour aller voir plus loin ! de plus, quand on referme le livre, on se pose encore la question : Pourquoi un tel titre ? On peut considérer que le personnage principal se confine dans une extrême passivité, qu'il subit son désir d'être indifférent, son sommeil est comme une métaphore de son absence volontaire au monde. Malgré cette tentative d'explication, on reste dubitatif devant ce choix inaugural.
Enfin, ce qui surprend le plus demeure l'utilisation constante du « tu » qui donne à ce roman un caractère qui lui est propre. C'est le genre de contraintes qu'affectionne Pérec. Cependant, on s'aperçoit très rapidement que ce « tu » lancinant n'est pas seulement une contrainte extérieure appliquée au texte, une sorte de jeu, un exercice de style mais qu'il fait partie intégrante du roman et probablement lui donne son sens profond. On a d'abord l'impression que l'auteur parle directement à son personnage, un auteur qui le comprend car il le connait parfaitement. A force de retrouver ce « tu » au fil du roman, on en vient à se dire que l'auteur s'adresse directement à quelqu'un qui lui est extrêmement familier : lui-même. Et cette hypothèse qui prend consistance au fur et à mesure des pages nous fait beaucoup mieux comprendre ce roman. Il apparaît alors que Georges Pérec se livre à une sorte d'autobiographie de ses années de jeunesse et d'étudiant où il aurait probablement vécu une expérience approchante ce qui expliquerait la grande diversité de ses accumulations observées dès le début. Cette formidable indifférence apparaît comme un chemin vers un à-quoi-bon-? nihiliste et désespérant conduisant implicitement mais profondément vers une sorte de volonté suicidaire. On retrouve ici une des grandes qualités littéraires dont l'oeuvre de Georges Pérec est nourrie : sa pudeur à évoquer ce qui lui tient réellement à coeur tout en le manifestant et en le l'évacuant grâce à l'écriture. Les écrits de Pérec ne sont jamais anodins.
Malgré toutes ses qualités intrinsèques,'Un Homme qui dort demeure malaisé à lire et il faut parfois s'accrocher pour arriver au terme de l'ouvrage. Ce livre ne trouve son intérêt que lentement mais il réussit à stimuler la réflexion. Il demande certainement à être relu à la lumière des questions et des hypothèses qu'il suscite et voir si celles-ci sont justifiées Dans ce cas, elles apporteraient une profondeur et une richesse insoupçonnées à la première lecture … et probablement une cinquième étoile dans mon appréciation pour Babélio !!
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          80
Herve-Lionel
Herve-Lionel23 avril 2014
  • Livres 5.00/5
N°744 – Avril 2014.
UN HOMME QUI DORTGeorges PEREC – Denoël. (1967)

Le personnage central de ce roman est un homme qui s'éveille. Il n'a pas de nom et l'auteur s'adresse à lui en le tutoyant. Est-ce parce qu'il le connaît ou peut-être parce que cet auteur s'adresse à lui-même un peu comme ces solitaires qui soliloquent sans cesse et s'interpellent eux-mêmes ? C'est un étudiant sans importance qui habite une mansarde minable de cinq mètres carrés sans confort, sous les toits et qui décroche de plus en plus des études. Non seulement il ne va pas en cours, a abandonné tout idée de diplôme et de réussite mais il se laisse aller physiquement et moralement, ne se lave même plus, ne quitte sa chambre qu'à la nuit pour roder dans les rues désertes ou pour les gestes élémentaires de la vie. de l'extérieur, il ne perçoit plus que les ombres portées qui se dessinent sur le plafond de son galetas et les bruits étouffés de la rue. Il ne rencontre plus personne, a tourné le dos à ses copains, ne vit plus et ne veut pas de la vie qui se résume pour lui à « une bassine en matière plastique rose où croupissent six chaussettes ». Quelque chose s'est brisé en lui et il n'est pas vraiment de ces philosophes qui s'interrogent à perte de vue sur le sens de l'existence, il laisse les problèmes métaphysiques aux autres.
A vingt cinq ans, c'est un marginal qui s'est inscrit en faculté pour ne pas participer à ce monde, faire partie de cette société qu'il veut ignorer. Il a oublié (où peut-être ne les a t-il jamais connus) la fougue de la jeunesse et l'enthousiasme qui dit-on caractérise cet âge et fait qu'on veut conquérir le monde et réformer la société, il n'a même plus ni repaires, ni souvenirs, ni espoirs, ni amours, ni passé ni avenir et quand il rentre chez ses parents, des retraités qui vivent à la campagne, dans l'Yonne, il ne partage avec eux plus rien que le silence, un lien de parenté qui se distend de plus en plus et peut-être aussi un maigre pécule qu'ils lui allouent pour préparer sa vie. Comme eux il est vieux mais cette vieillesse est d'une autre nature. Eux ont fait leur parcours sur terre et lui refuse de le sien, son itinéraire est déjà tout tracé vers la mort et l'hospice de vieillards. Cette absence de dialogue se traduit par l'éloignement, lui à Paris où il est censé étudier et eux ailleurs, loin de lui, autant dire dans un autre monde. Chez eux il s'isole volontiers en forêt pour regarder les arbres qui le fascinent, peut-être simplement parce qu'ils sont muets. Dans la Capitale, il mène une vie végétative, volontairement coupée du monde. Il est ce piéton qui arpente les rues et dont les gestes habituels et répétitifs sont dérisoires. Pourtant, il suffirait qu'il accepte de correspondre au stéréotype de celui qui fait ce qu'on attend de lui, docilement, qu'il fasse partie de ces oubliés de la société dont on attend rien qu'une obéissance servile et un dévouement de tous les jours, qu'il endosse ce costume du citoyen ordinaire. A ceux-là on donne des miettes sous forme de décorations, de flatteries illusoires, de distinctions hypocrites qui ne sont que de la poudre aux yeux mais qu'ils apprécient. Lui, au contraire ne veut être que « la pièce manquante du puzzle », celui qui n'écoute pas les conseils et marche sans se retourner vers son néant quotidien. Autour de lui le monde s'agite mais il n'en a cure. Il est transparent, sans importance, invisible, limpide et sa vie ne tient qu'en quelques mots, il est« comme une goutte d'eau qui perle au robinet d'un poste d'eau sur un palier, comme six chaussettes trempées dans une bassine en matière plastique rose, comme une mouche ou comme une huître, comme une vache, comme un escargot, comme un enfant ou comme un vieillard, comme un rat ».
A la fois indifférent, inaccessible et solitaire, il marche dans la ville comme dans un labyrinthe, hantant les bars et les squares sans presque s'en rendre compte et le métro est pour lui un souterrain incertain. Ses actions sont limitées, mesquines, sans importance et surtout il néglige l'étude. Tout chez lui est illusoire et sans intérêt. Il se sent persécuté, paranoïaque et le sommeil, ce basculement dans le néant, finit par le gagner et avec lui la perte du sens du réel et même une sorte de dédoublement de lui-même. Son angoisse est réelle, il refuse de réagir, n'offre aucune prise aux événements extérieurs et semble se complaire dans cette situation pas vraiment constructive. C'est aussi un sommeil éveillé, un sorte d'état semi-comateux où il fait des gestes automatiques uniquement destinés à survivre presque comme un ectoplasme, comme un fantôme transparent. La fin laisse entrevoir une espérance possible
Pourtant cette attitude n'est pas nouvelle pour lui et ne résulte pas d'une soudaine prise de conscience ; il a toujours été comme cela, dépressif, défaitiste, indolent, à cause peut-être de l'âge de ses parents. Pourtant il ne semble pas y avoir de ressemblance avec eux. Ils ont fait leurs parcours dans cette vie et espèrent bien que leur fils fera le sien. Ils lui permettent même de faire des études pour que sa vie soit meilleure. Pourtant il n'a pas le même état d'esprit à cause peut-être du fossé des générations, des références qui ne sont pas les mêmes ou à cause des temps qui changent un peu trop vite. Peut-être aussi doit-il cet état déprimé à un lointain aïeul ? La roulette de la génétique a de ces mystères !
C'est un texte déprimant comme l'est la vie de ce jeune homme mais pourtant éminemment poétique. Je connais mal le parcours de Perec. Je ne sais pas si ce texte est autobiographique (il l'a écrit avant son adhésion à l'OULIPO), mais un livre qui est aussi un univers douloureux est souvent porté pendant de nombreuses années avant que les mots ne viennent. Son enfance a été chaotique et il a peut-être été cet étudiant paumé. C'est peut-être aussi une simple fiction (encore que ce livre ne porte pas la mention « roman ») mais je m'y retrouve un peu, il est vrai avec quelques dizaines d'années de recul. J'ai bien dû, moi aussi, avant d'entrer dans la vie active, ressentir les mêmes affres, connaître les mêmes angoisses face à une vie qui semblait vouloir se dérober devant moi. Mes réaction n'ont certes pas été semblables mais il y avait quelque chose de cette errance, dans ces questions sur l'avenir, dans cette perte de repaires qui m'a fait apprécier ce texte


©Hervé GAUTIER – Avril 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          114
ATOS
ATOS15 janvier 2016
  • Livres 5.00/5

«  Atteindre le fonds cela ne veut rien dire ». Cela effectivement ne signifie rien. Ni cri, ni douleur. Rien . L'espace sidérant qui sépare l'homme de cette porte ouverte. L'homme stoïque devant sa propre liberté. Décider en somme . Dormir. Et ne même pas en rêver. S'arrêter net. Couper, larguer, sombrer et cela sans aucune dérive. Perec nous livre ce manuel. Pour nous penser à vivre.
Non cela ne veut rien dire «  atteindre le fonds », c'est inépuisable, et ce qui est dit est important pour la suite.
Comme il nous ressemble cet homme faisait une réussite, seul, il pense, fume et marche dans Paris.
S'immobilise dans un acharnement qu'il désoeuvre sans cesse. Il coule et le temps passe. Cousin de Bartleby ? Dépressif de tout pouvoir sur la vie ? dépossédé de l'adjectif maudit? Ne plus même faire acte de soi. Aucune transmission, aucune projection, aucun son, aucune communication, devenir une inconséquence de présence. Tenter de se détacher pour ne plus risquer, ne plus tenter. Se soustraire. S'abstenir. Disparaître de soi même, s'exempter de toute représentation, de toute élévation.
On peut lutter contre tout, vents et marées, pouvoir, société, on peut lutter contre soi, en désespoir des autres, mais on ne peut lutter contre le temps. On ne s'en échappe pas.
On alors peut être , poursuivre sans jamais recommencer , c'est ainsi que « L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. . Au réveil il était midi. »Aube. Arthur Rimbaud
Georges Pérec...ça veut dire des l'aube ...parler plus fort Poésie !.
Astrid Shriqui Garain
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          150
Bernardbre
Bernardbre05 octobre 2012
  • Livres 5.00/5
Comme tous les «grands» livres (quelle qu'en soit l'épaisseur...), «Un homme qui dort», dans ses premières pages, résiste à son lecteur. Ainsi doit-on s'accrocher avant d'être embarqué et de se laisser porter par le talent de l'auteur. Ici, le narrateur, proprement désincarné, se met lui-même à distance en s'exprimant à la deuxième personne. Son expérience, forme d'apprentissage voulue, est celle de l'indifférence à laquelle il cherche à se vouer comme à un art – en quoi ce livre ne relate pas à proprement parler la chronique d'une dépression ; car ce «héros» agit au lieu de subir, sa volonté est délibérément arrêtée (devenir imperméable à tout sentiment, par exemple) et il ne souffre pas : «Tu dois oublier d'espérer, d'entreprendre, de persévérer [...] tout ce que tu vois n'a pas d'importance, tout ce que tu fais est vain, tout ce que tu cherches est faux.» Y arriverait-il ? On peut le croire ("Tu te déprends de tout"...) jusqu'aux dernières pages dans lesquelles va être dressé le sévère constat de son échec : «L'indifférence est inutile. Tu peux vouloir ou ne pas vouloir, qu'importe! [...] Mais rien ne s'est passé: nul miracle, nulle explosion.» Il y a, dans ce livre (de 1967) qui happe son lecteur, le ferment de toute l'oeuvre à venir de Perec : la description clinique jusqu'aux détails apparemment les plus insignifiants («Tentative d'épuisement d'un lieu parisien», 1975), les énumérations et anaphores («Je me souviens», 1978, etc.), le désir d'exhaustivité («La Vie mode d'emploi », 1978), les jeux avec les mots («Les mots croisés», 1979), etc. Cette magie de faire d'une forme et d'un sujet a priori ingrats un livre qu'on n'arrive pas à lâcher garde, pour moi, quelque chose de mystérieux ; je ne saurais peut-être jamais d'où me vient cette fascination-aimantation pour les textes de Perec; et c'est peut-être tant mieux.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          101
Citations & extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine4308 août 2011
[ Incipit ]

Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence. À la pénombre connue de la chambre, volume obscur coupé par des détails, où ta mémoire identifie sans peine les chemins que tu as mille fois parcourus, les retraçant à partir du carré opaque de la fenêtre, ressuscitant le lavabo à partir d'un reflet, l'étagère à partir de l'ombre un peu plus claire d'un livre, précisant la masse plus noire des vêtements suspendus, succède, au bout d'un certain temps, un espace à deux dimensions, comme un tableau sans limites sûres qui ferait un très petit angle avec le plan de tes yeux, comme s'il reposait, pas tout à fait perpendiculairement, sur l'arête de ton nez, tableau qui, d'abord, peut te sembler uniformément gris, ou plutôt neutre, sans couleurs ni formes, mais qui, assez vite sans doute, se trouve posséder au moins deux propriétés : la première est qu'il s'assombrit plus ou moins selon que tu fermes plus ou moins fortement tes paupières, comme si, plus précisément, la contraction exercée sur la barre de tes sourcils lorsque tu fermes les yeux avait pour effet de modifier l'incinaison du plan par rapport à ton corps, comme si la barre de tes sourcils en formait la charnière, et, par conséquent, bien que cette conséquence n'ait pas l'air démontrable sinon par l'évidence, de modifier la densité, ou la qualité, de l'obscurité que tu perçois ; la seconde est que la surface de cet espace n'est pas du tout régulière, ou plus précisément, que la distribution, la répartition de l'obscurité ne se fait pas d'une manière homogène : la zone supérieure est manifestement plus sombre, la zone inférieure, qui te semble la plus proche, bien que déjà, évidemment, les notions de proche et lointain, haut et bas, devant et derrière, aient cessé d'être tout à fait précises, est, d'une part, beaucoup plus grise, c'est-à-dire non pas beaucoup plus neutre comme tu commences par le croire, mais bel et bien beaucoup plus blanche, et d'autre part contient, ou supporte, une, deux, ou plusieurs sortes de sacs, de capsules, un peu l'idée que tu te fais d'une glande lacrymale, par exemple, à bords minces et ciliés, et à l'intérieur desquels tremblent, s'agitent, se tordent des éclairs très très blancs, parfois très minces, comme de très fines zébrures, parfois beaucoup plus gros, presque gras, comme des vers.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          30
AlexandreBAlexandreB01 décembre 2015
Tu n’as guère vécu, et pourtant, tout est déjà dit, déjà fini. Tu n’as que vingt-cinq ans, mais ta route est toute tracée. Les rôles sont prêts, les étiquettes : du pot de ta première enfance au fauteuil roulant de tes vieux jours, tous les sièges sont là et attendent leur tour. Tes aventures sont si bien décrites que la révolte la plus violente ne ferait sourciller personne. Tu auras beau descendre dans la rue et envoyer dinguer les chapeaux des gens, couvrir ta tête d’immondices, aller nu-pieds, publier des manifestes, tirer des coups de revolver au passage d’un quelconque usurpateur, rien n’y fera : ton lit est déjà fait dans le dortoir de l’asile, ton couvert est mis à la table des poètes maudits. Bateau ivre, misérable miracle : le Harrar est une attraction foraine, un voyage organisé. Tout est prévu, tout est préparé dans les moindres détails : les grands élans du cœur, la froide ironie, le déchirement, la plénitude, l’exotisme, la grande aventure, le désespoir. Tu ne vendras pas ton âme au diable, tu n’iras pas, sandales aux pieds, te jeter dans l’Etna, tu ne détruiras pas la septième merveille du monde. Tout est déjà prêt pour ta mort : le boulet qui t’emportera est depuis longtemps fondu, les pleureuses sont déjà désignées pour suivre ton cercueil.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          50
bibliotheque-gemeauxbibliotheque-gemeaux24 septembre 2012
Il a suffit, il a presque suffit, un jour de mai où il faisait trop chaud, de l'inopportune conjonction d'un texte dont tu avais perdu le fil, d'un bol de Nescafé au goût soudain trop amer, et d'une bassine de matière plastique rose remplie d'une eau noirâtre où flottaient six chaussettes, pour que quelque chose se casse, s'altère, se défasse, et qu'apparaisse au grand jour - mais le jour n'est jamais grand dans la chambre de bonne de la rue Saint-Honoré - cette vérité décevante, triste et ridicule comme un bonnet d'âne, lourde comme un dictionnaire Gaffiot: tu n'as pas envie de poursuivre, ni de te défendre, ni d'attaquer.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          90
hubertguillaudhubertguillaud07 janvier 2008
Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence.





Quelle merveilleuse invention que l'homme! Il peut souffler dans ses mains pour les réchauffer et souffler sur sa soupe pour la refroidir.



L'indifférence ne t'as pas rendu différent.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          160
LaetiratureLaetirature19 mai 2011
En face du monde, l'indifférent n'est ni ignorant ni hostile. Ton propos n'est pas de redécouvrir les saines joies de l'analphabétisme, mais, lisant, de n'accorder aucun privilège à tes lectures. Ton propos n'est pas d'aller tout nu, mais d'être vêtu sans que cela implique nécessairement recherche ou abandon ; ton propos n'est pas de te laisser mourir de faim, mais seulement de te nourrir.
Commenter    J’apprécie          100
Videos de Georges Perec (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Perec

Les choses de Georges Perec - livre animé
Le roman de Georges Perec, un classique de la littérature française, mis en scène dans une création numérique originale. Un texte culte : Les choses une histoire des années 60, de Georges...
autres livres classés : indifférenceVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Je me souviens de Georges Perec

Quel était le nom d'origine (polonaise) de Georges Perec ?

Perecki
Peretz
Peretscki
Peretzkaia

15 questions
48 lecteurs ont répondu
Thème : Georges PerecCréer un quiz sur ce livre
. .