Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

ISBN : 2070382885
Éditeur : Gallimard (1990)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 105 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
" Il y eut ces journées creuses, la chaleur dans ta chambre, comme dans une chaudière, comme dans une fournaise, et les six chaussettes, requins mous, baleines endormies, dans la cuvette de matière plastique rose. Ce réveil qui n'a pas sonné, qui ne sonne pas, qui ne so... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (9)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par herveGAUTIER, le 23 avril 2014

    herveGAUTIER
    N°744 – Avril 2014.
    Un homme qui dortGeorges PEREC – Denoël. (1967)

    Le personnage central de ce roman est un homme qui s'éveille. Il n'a pas de nom et l'auteur s'adresse à lui en le tutoyant. Est-ce parce qu'il le connaît ou peut-être parce que cet auteur s'adresse à lui-même un peu comme ces solitaires qui soliloquent sans cesse et s'interpellent eux-mêmes ? C'est un étudiant sans importance qui habite une mansarde minable de cinq mètres carrés sans confort, sous les toits et qui décroche de plus en plus des études. Non seulement il ne va pas en cours, a abandonné tout idée de diplôme et de réussite mais il se laisse aller physiquement et moralement, ne se lave même plus, ne quitte sa chambre qu'à la nuit pour roder dans les rues désertes ou pour les gestes élémentaires de la vie. de l'extérieur, il ne perçoit plus que les ombres portées qui se dessinent sur le plafond de son galetas et les bruits étouffés de la rue. Il ne rencontre plus personne, a tourné le dos à ses copains, ne vit plus et ne veut pas de la vie qui se résume pour lui à « une bassine en matière plastique rose où croupissent six chaussettes ». Quelque chose s'est brisé en lui et il n'est pas vraiment de ces philosophes qui s'interrogent à perte de vue sur le sens de l'existence, il laisse les problèmes métaphysiques aux autres.
    A vingt cinq ans, c'est un marginal qui s'est inscrit en faculté pour ne pas participer à ce monde, faire partie de cette société qu'il veut ignorer. Il a oublié (où peut-être ne les a t-il jamais connus) la fougue de la jeunesse et l'enthousiasme qui dit-on caractérise cet âge et fait qu'on veut conquérir le monde et réformer la société, il n'a même plus ni repaires, ni souvenirs, ni espoirs, ni amours, ni passé ni avenir et quand il rentre chez ses parents, des retraités qui vivent à la campagne, dans l'Yonne, il ne partage avec eux plus rien que le silence, un lien de parenté qui se distend de plus en plus et peut-être aussi un maigre pécule qu'ils lui allouent pour préparer sa vie. Comme eux il est vieux mais cette vieillesse est d'une autre nature. Eux ont fait leur parcours sur terre et lui refuse de le sien, son itinéraire est déjà tout tracé vers la mort et l'hospice de vieillards. Cette absence de dialogue se traduit par l'éloignement, lui à Paris où il est censé étudier et eux ailleurs, loin de lui, autant dire dans un autre monde. Chez eux il s'isole volontiers en forêt pour regarder les arbres qui le fascinent, peut-être simplement parce qu'ils sont muets. Dans la Capitale, il mène une vie végétative, volontairement coupée du monde. Il est ce piéton qui arpente les rues et dont les gestes habituels et répétitifs sont dérisoires. Pourtant, il suffirait qu'il accepte de correspondre au stéréotype de celui qui fait ce qu'on attend de lui, docilement, qu'il fasse partie de ces oubliés de la société dont on attend rien qu'une obéissance servile et un dévouement de tous les jours, qu'il endosse ce costume du citoyen ordinaire. A ceux-là on donne des miettes sous forme de décorations, de flatteries illusoires, de distinctions hypocrites qui ne sont que de la poudre aux yeux mais qu'ils apprécient. Lui, au contraire ne veut être que « la pièce manquante du puzzle », celui qui n'écoute pas les conseils et marche sans se retourner vers son néant quotidien. Autour de lui le monde s'agite mais il n'en a cure. Il est transparent, sans importance, invisible, limpide et sa vie ne tient qu'en quelques mots, il est« comme une goutte d'eau qui perle au robinet d'un poste d'eau sur un palier, comme six chaussettes trempées dans une bassine en matière plastique rose, comme une mouche ou comme une huître, comme une vache, comme un escargot, comme un enfant ou comme un vieillard, comme un rat ».
    A la fois indifférent, inaccessible et solitaire, il marche dans la ville comme dans un labyrinthe, hantant les bars et les squares sans presque s'en rendre compte et le métro est pour lui un souterrain incertain. Ses actions sont limitées, mesquines, sans importance et surtout il néglige l'étude. Tout chez lui est illusoire et sans intérêt. Il se sent persécuté, paranoïaque et le sommeil, ce basculement dans le néant, finit par le gagner et avec lui la perte du sens du réel et même une sorte de dédoublement de lui-même. Son angoisse est réelle, il refuse de réagir, n'offre aucune prise aux événements extérieurs et semble se complaire dans cette situation pas vraiment constructive. C'est aussi un sommeil éveillé, un sorte d'état semi-comateux où il fait des gestes automatiques uniquement destinés à survivre presque comme un ectoplasme, comme un fantôme transparent. La fin laisse entrevoir une espérance possible
    Pourtant cette attitude n'est pas nouvelle pour lui et ne résulte pas d'une soudaine prise de conscience ; il a toujours été comme cela, dépressif, défaitiste, indolent, à cause peut-être de l'âge de ses parents. Pourtant il ne semble pas y avoir de ressemblance avec eux. Ils ont fait leurs parcours dans cette vie et espèrent bien que leur fils fera le sien. Ils lui permettent même de faire des études pour que sa vie soit meilleure. Pourtant il n'a pas le même état d'esprit à cause peut-être du fossé des générations, des références qui ne sont pas les mêmes ou à cause des temps qui changent un peu trop vite. Peut-être aussi doit-il cet état déprimé à un lointain aïeul ? La roulette de la génétique a de ces mystères !
    C'est un texte déprimant comme l'est la vie de ce jeune homme mais pourtant éminemment poétique. Je connais mal le parcours de Perec. Je ne sais pas si ce texte est autobiographique (il l'a écrit avant son adhésion à l'OULIPO), mais un livre qui est aussi un univers douloureux est souvent porté pendant de nombreuses années avant que les mots ne viennent. Son enfance a été chaotique et il a peut-être été cet étudiant paumé. C'est peut-être aussi une simple fiction (encore que ce livre ne porte pas la mention « roman ») mais je m'y retrouve un peu, il est vrai avec quelques dizaines d'années de recul. J'ai bien dû, moi aussi, avant d'entrer dans la vie active, ressentir les mêmes affres, connaître les mêmes angoisses face à une vie qui semblait vouloir se dérober devant moi. Mes réaction n'ont certes pas été semblables mais il y avait quelque chose de cette errance, dans ces questions sur l'avenir, dans cette perte de repaires qui m'a fait apprécier ce texte


    ©Hervé GAUTIER – Avril 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Bernardbre, le 05 octobre 2012

    Bernardbre
    Comme tous les «grands» livres (quelle qu'en soit l'épaisseur...), «Un homme qui dort», dans ses premières pages, résiste à son lecteur. Ainsi doit-on s'accrocher avant d'être embarqué et de se laisser porter par le talent de l'auteur. Ici, le narrateur, proprement désincarné, se met lui-même à distance en s'exprimant à la deuxième personne. Son expérience, forme d'apprentissage voulue, est celle de l'indifférence à laquelle il cherche à se vouer comme à un art – en quoi ce livre ne relate pas à proprement parler la chronique d'une dépression ; car ce «héros» agit au lieu de subir, sa volonté est délibérément arrêtée (devenir imperméable à tout sentiment, par exemple) et il ne souffre pas : «Tu dois oublier d'espérer, d'entreprendre, de persévérer [...] tout ce que tu vois n'a pas d'importance, tout ce que tu fais est vain, tout ce que tu cherches est faux.» Y arriverait-il ? On peut le croire ("Tu te déprends de tout"...) jusqu'aux dernières pages dans lesquelles va être dressé le sévère constat de son échec : «L'indifférence est inutile. Tu peux vouloir ou ne pas vouloir, qu'importe! [...] Mais rien ne s'est passé: nul miracle, nulle explosion.» Il y a, dans ce livre (de 1967) qui happe son lecteur, le ferment de toute l'œuvre à venir de Perec : la description clinique jusqu'aux détails apparemment les plus insignifiants («Tentative d'épuisement d'un lieu parisien», 1975), les énumérations et anaphores («Je me souviens», 1978, etc.), le désir d'exhaustivité («La Vie mode d'emploi », 1978), les jeux avec les mots («Les Mots Croisés», 1979), etc. Cette magie de faire d'une forme et d'un sujet a priori ingrats un livre qu'on n'arrive pas à lâcher garde, pour moi, quelque chose de mystérieux ; je ne saurais peut-être jamais d'où me vient cette fascination-aimantation pour les textes de Perec; et c'est peut-être tant mieux.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Alodia, le 03 septembre 2013

    Alodia
    J'ai adoré!!! et c'est peu de le dire. J'ai vraiment été transporté dans la tête de son personnage ( qui n'est autre que le narrateur lui-même ) . Très belle écriture comme je les aime. Grande réflexion, sur le monde, sur lui -même... pour moi un livre PARFAIT! Aucune faute pour moi tout est bien. Avec si peu de chose on arrive à créer un... si je puis dire... un chef d'oeuvre oui c'est cela. C'est un livre universel, il peut tous nous toucher, il est le reflet même de nos sentiments, de nos peurs, de nos désillusions. J'ai hâte de voir l'adaptation cinématographique, même si j'ai bien peur que le film ne soit pas à la hauteur du livre. Enfin, c'est l'un des livres à lire dans sa vie ( je vais d'ailleurs le mettre dans mes favoris pour une île déserte).
    Allez vite l'acheter, vous ne le regretterez pas. Profitons c'est la rentrée et le changement c'est maintenant !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par hubertguillaud, le 07 janvier 2008

    hubertguillaud
    De la mi-conscience du quasi-sommeil à l'indifférence du refus de la vie, Perec décrit là une situation ultime, avec une langue ultime. Expérience littéraire abscons qui fleure bon les années 60, on peut-être rebuté par cette vision descriptif et introspectif du monde. Expérience ultime, non seulement dans la trame de l'histoire, mais bien également dans la langue, construite d'accumulation déclamatives.
    La vie n'existe que par les détails que l'on observe, tout détail étant égal à un autre. Dans cette narration hypnotique, où toute intrigue est absente, où les activités du personnage sont insignifiantes, sans valeurs, nivelant tout acte au niveau des autres, est-ce vraiment l'indifférence, dont se revendique le personnage qui prédomine, ou au contraire une haute conscience de soi ?
    A voir, le film, qui rend accessible d'autres hypnotismes que Perec n'a sur rendre (le son notamment, mais aussi, celui de l'image) : http://www.dailymotion.com/video/x3svpv_georges-perec-un-homme-qui-dort_shortfilms
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 3         Page de la critique

  • Par sbrodj, le 20 juin 2011

    sbrodj
    De Perec, ce grand écrivain du 20ème siècle, on connait davantage "Les Choses" ou "La vie, mode d'emploi". Ce petit roman est magnifique bien qu'assez sombre dans son propos. A éviter de lire pour se remonter le moral.
    Mais comme chacun sait, les plus jolies fleurs sont souvent à cueillir du côté du mal.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la critique

> voir toutes (19)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence. À la pénombre connue de la chambre, volume obscur coupé par des détails, où ta mémoire identifie sans peine les chemins que tu as mille fois parcourus, les retraçant à partir du carré opaque de la fenêtre, ressuscitant le lavabo à partir d'un reflet, l'étagère à partir de l'ombre un peu plus claire d'un livre, précisant la masse plus noire des vêtements suspendus, succède, au bout d'un certain temps, un espace à deux dimensions, comme un tableau sans limites sûres qui ferait un très petit angle avec le plan de tes yeux, comme s'il reposait, pas tout à fait perpendiculairement, sur l'arête de ton nez, tableau qui, d'abord, peut te sembler uniformément gris, ou plutôt neutre, sans couleurs ni formes, mais qui, assez vite sans doute, se trouve posséder au moins deux propriétés : la première est qu'il s'assombrit plus ou moins selon que tu fermes plus ou moins fortement tes paupières, comme si, plus précisément, la contraction exercée sur la barre de tes sourcils lorsque tu fermes les yeux avait pour effet de modifier l'incinaison du plan par rapport à ton corps, comme si la barre de tes sourcils en formait la charnière, et, par conséquent, bien que cette conséquence n'ait pas l'air démontrable sinon par l'évidence, de modifier la densité, ou la qualité, de l'obscurité que tu perçois ; la seconde est que la surface de cet espace n'est pas du tout régulière, ou plus précisément, que la distribution, la répartition de l'obscurité ne se fait pas d'une manière homogène : la zone supérieure est manifestement plus sombre, la zone inférieure, qui te semble la plus proche, bien que déjà, évidemment, les notions de proche et lointain, haut et bas, devant et derrière, aient cessé d'être tout à fait précises, est, d'une part, beaucoup plus grise, c'est-à-dire non pas beaucoup plus neutre comme tu commences par le croire, mais bel et bien beaucoup plus blanche, et d'autre part contient, ou supporte, une, deux, ou plusieurs sortes de sacs, de capsules, un peu l'idée que tu te fais d'une glande lacrymale, par exemple, à bords minces et ciliés, et à l'intérieur desquels tremblent, s'agitent, se tordent des éclairs très très blancs, parfois très minces, comme de très fines zébrures, parfois beaucoup plus gros, presque gras, comme des vers.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

  • Par bibliotheque-gemeaux, le 24 septembre 2012

    Il a suffit, il a presque suffit, un jour de mai où il faisait trop chaud, de l'inopportune conjonction d'un texte dont tu avais perdu le fil, d'un bol de Nescafé au goût soudain trop amer, et d'une bassine de matière plastique rose remplie d'une eau noirâtre où flottaient six chaussettes, pour que quelque chose se casse, s'altère, se défasse, et qu'apparaisse au grand jour - mais le jour n'est jamais grand dans la chambre de bonne de la rue Saint-Honoré - cette vérité décevante, triste et ridicule comme un bonnet d'âne, lourde comme un dictionnaire Gaffiot: tu n'as pas envie de poursuivre, ni de te défendre, ni d'attaquer.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par Laetirature, le 19 mai 2011

    En face du monde, l'indifférent n'est ni ignorant ni hostile. Ton propos n'est pas de redécouvrir les saines joies de l'analphabétisme, mais, lisant, de n'accorder aucun privilège à tes lectures. Ton propos n'est pas d'aller tout nu, mais d'être vêtu sans que cela implique nécessairement recherche ou abandon ; ton propos n'est pas de te laisser mourir de faim, mais seulement de te nourrir.

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la citation

  • Par mandarine43, le 17 juillet 2011

    Tout est prévu, tout est préparé dans les moindres détails : les grands élans du cœur, la froide ironie, le déchirement, la plénitude, l’exotisme, la grande aventure, le désespoir… Tout est déjà prêt pour ta mort…Pourquoi grimperais-tu au sommet des plus hautes collines, puisque ensuite il te faudrait redescendre et, une fois redescendu, comment faire pour ne pas passer ta vie à raconter comment tu t’y es pris pour monter ? Pourquoi ferais-tu semblant de vivre ? Pourquoi continuerais-tu ? Ne sais-tu pas déjà tout ce qui t’arrivera ? N’as-tu pas déjà été tout ce que tu devais être : le digne fils de ton père et de ta mère, le brave petit scout, le bon élève qui aurait pu mieux faire, l’ami d’enfance, le lointain cousin, le beau militaire, le jeune homme pauvre ?
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la citation

  • Par hubertguillaud, le 07 janvier 2008

    Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence.





    Quelle merveilleuse invention que l'homme! Il peut souffler dans ses mains pour les réchauffer et souffler sur sa soupe pour la refroidir.



    L'indifférence ne t'as pas rendu différent.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 12         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
5,64 € (neuf)
2,00 € (occasion)

   

Faire découvrir Un homme qui dort par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (206)

> voir plus

Quiz