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ISBN : 2070382885
Éditeur : Gallimard (1990)


Note moyenne : 3.96/5 (sur 127 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
" Il y eut ces journées creuses, la chaleur dans ta chambre, comme dans une chaudière, comme dans une fournaise, et les six chaussettes, requins mous, baleines endormies, dans la cuvette de matière plastique rose. Ce réveil qui n'a pas sonné, qui ne sonne pas, qui ne so... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde7, le 25 avril 2014

    Charybde7
    En épigraphe à «Un homme qui dort», publié en 1967 juste après «Les choses», on peut lire cet extrait des Méditations sur le péché de Franz Kafka :
    «Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison. Reste à table et écoute. N’écoute même pas, attends seulement. N’attends même pas, sois absolument silencieux et seul. Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut faire autrement, extasié, il se tordra devant toi.»
    Alors qu’il doit aller passer un examen un matin, un jeune homme, un étudiant sans nom, ne se lève tout simplement pas. À partir de ce geste, ou de cette absence de geste, il se détache du monde, devient indifférent à ce monde qu’il ne reconnaît plus ; il veut tout accomplir sans y accorder ni la moindre valeur ou la moindre émotion, comme si chaque action - manger, s’habiller - n’avait plus qu’une visée fonctionnelle, comme si chaque geste devait être neutre, minimal. Et d’ailleurs il ne parle presque plus, sauf pour exprimer le strict nécessaire.
    «La ténacité, l’initiative, le coup d’éclat, le triomphe tracent le chemin trop limpide d’une vie trop modèle, dessinent les sacro-saintes images de la lutte pour la vie. Les pieux mensonges qui bercent les rêves de tous ceux qui piétinent et s’embourbent, les illusions perdues des milliers de laissés-pour-compte, ceux qui sont arrivés trop tard, ceux qui ont posé leur valise sur le trottoir et se sont assis dessus pour s’éponger le front. Mais tu n’as plus besoin d’excuses, de regrets, de nostalgies. Tu ne rejettes rien, tu ne refuses rien. Tu as cessé d’avancer, mais c’est que tu n’avançais pas, tu ne repars pas, tu es arrivé, tu ne vois pas ce que tu irais faire plus loin : il a suffi, il a presque suffi, un jour de mai où il faisait trop chaud, de l’inopportune conjonction d’un texte dont tu avais perdu le fil, d’un bol de Nescafé au goût soudain trop amer, et d’une bassine de matière plastique rose remplie d’une eau noirâtre où flottaient six chaussettes, pour que quelque chose se casse, s’altère, se défasse, et qu’apparaisse au grand jour – mais le jour n’est jamais grand dans la chambre de bonne de la rue Saint-Honoré – cette vérité décevante, triste et ridicule comme un bonnet d’âne, lourde comme un dictionnaire Gaffiot : tu n’as pas envie de poursuivre, ni de te défendre, ni d’attaquer.»
    Immobile lorsqu’il est à l’intérieur, dans sa chambre de bonne, il dort énormément, fixe la bassine rose dans laquelle trempent ses chaussettes et écoute son voisin à travers la cloison. Animé de mouvements mécaniques lorsqu’il marche dans la ville, sans rien différencier, il est le plus souvent seul, décroché du réel. Même la lecture du journal, qu'il fait quotidiennement et méthodiquement, sans sauter une seule ligne, a perdu tout son sens.
    Dans cette vie de retrait, ses sens s’exacerbent : il regarde fixement les arbres et les rues, toutes ces choses qui n’ont plus de sens. Il est fasciné par son propre détachement qui ne débouche sur rien, un chemin sans issue. Quel est le sens de cette absence, de ce héros apathique qui fait son Oblomov, de cette tentative d’épuisement d’une vie où il ne se passe rien ? La mort de la littérature et d‘un art détaché de la réalité ? Le refus d’une société devenue insupportable par son attachement aux choses, à la consommation ? Le refus du divertissement ? En tous cas le sort de cet homme, dans ce récit au ton neutre rédigé à la deuxième personne, nous inclut par ce «tu», nous lecteur, tout autant que l’auteur et le protagoniste, ressort qui rend palpable une tentation de retrait qui touche chaque homme sensé.
    «Un homme qui dort» fut adapté en long métrage au cinéma en 1974 par Georges Perec et Bernard Queysanne.
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    • Livres 5.00/5
    Par herveGAUTIER, le 23 avril 2014

    herveGAUTIER
    N°744 – Avril 2014.
    Un homme qui dortGeorges PEREC – Denoël. (1967)

    Le personnage central de ce roman est un homme qui s'éveille. Il n'a pas de nom et l'auteur s'adresse à lui en le tutoyant. Est-ce parce qu'il le connaît ou peut-être parce que cet auteur s'adresse à lui-même un peu comme ces solitaires qui soliloquent sans cesse et s'interpellent eux-mêmes ? C'est un étudiant sans importance qui habite une mansarde minable de cinq mètres carrés sans confort, sous les toits et qui décroche de plus en plus des études. Non seulement il ne va pas en cours, a abandonné tout idée de diplôme et de réussite mais il se laisse aller physiquement et moralement, ne se lave même plus, ne quitte sa chambre qu'à la nuit pour roder dans les rues désertes ou pour les gestes élémentaires de la vie. de l'extérieur, il ne perçoit plus que les ombres portées qui se dessinent sur le plafond de son galetas et les bruits étouffés de la rue. Il ne rencontre plus personne, a tourné le dos à ses copains, ne vit plus et ne veut pas de la vie qui se résume pour lui à « une bassine en matière plastique rose où croupissent six chaussettes ». Quelque chose s'est brisé en lui et il n'est pas vraiment de ces philosophes qui s'interrogent à perte de vue sur le sens de l'existence, il laisse les problèmes métaphysiques aux autres.
    A vingt cinq ans, c'est un marginal qui s'est inscrit en faculté pour ne pas participer à ce monde, faire partie de cette société qu'il veut ignorer. Il a oublié (où peut-être ne les a t-il jamais connus) la fougue de la jeunesse et l'enthousiasme qui dit-on caractérise cet âge et fait qu'on veut conquérir le monde et réformer la société, il n'a même plus ni repaires, ni souvenirs, ni espoirs, ni amours, ni passé ni avenir et quand il rentre chez ses parents, des retraités qui vivent à la campagne, dans l'Yonne, il ne partage avec eux plus rien que le silence, un lien de parenté qui se distend de plus en plus et peut-être aussi un maigre pécule qu'ils lui allouent pour préparer sa vie. Comme eux il est vieux mais cette vieillesse est d'une autre nature. Eux ont fait leur parcours sur terre et lui refuse de le sien, son itinéraire est déjà tout tracé vers la mort et l'hospice de vieillards. Cette absence de dialogue se traduit par l'éloignement, lui à Paris où il est censé étudier et eux ailleurs, loin de lui, autant dire dans un autre monde. Chez eux il s'isole volontiers en forêt pour regarder les arbres qui le fascinent, peut-être simplement parce qu'ils sont muets. Dans la Capitale, il mène une vie végétative, volontairement coupée du monde. Il est ce piéton qui arpente les rues et dont les gestes habituels et répétitifs sont dérisoires. Pourtant, il suffirait qu'il accepte de correspondre au stéréotype de celui qui fait ce qu'on attend de lui, docilement, qu'il fasse partie de ces oubliés de la société dont on attend rien qu'une obéissance servile et un dévouement de tous les jours, qu'il endosse ce costume du citoyen ordinaire. A ceux-là on donne des miettes sous forme de décorations, de flatteries illusoires, de distinctions hypocrites qui ne sont que de la poudre aux yeux mais qu'ils apprécient. Lui, au contraire ne veut être que « la pièce manquante du puzzle », celui qui n'écoute pas les conseils et marche sans se retourner vers son néant quotidien. Autour de lui le monde s'agite mais il n'en a cure. Il est transparent, sans importance, invisible, limpide et sa vie ne tient qu'en quelques mots, il est« comme une goutte d'eau qui perle au robinet d'un poste d'eau sur un palier, comme six chaussettes trempées dans une bassine en matière plastique rose, comme une mouche ou comme une huître, comme une vache, comme un escargot, comme un enfant ou comme un vieillard, comme un rat ».
    A la fois indifférent, inaccessible et solitaire, il marche dans la ville comme dans un labyrinthe, hantant les bars et les squares sans presque s'en rendre compte et le métro est pour lui un souterrain incertain. Ses actions sont limitées, mesquines, sans importance et surtout il néglige l'étude. Tout chez lui est illusoire et sans intérêt. Il se sent persécuté, paranoïaque et le sommeil, ce basculement dans le néant, finit par le gagner et avec lui la perte du sens du réel et même une sorte de dédoublement de lui-même. Son angoisse est réelle, il refuse de réagir, n'offre aucune prise aux événements extérieurs et semble se complaire dans cette situation pas vraiment constructive. C'est aussi un sommeil éveillé, un sorte d'état semi-comateux où il fait des gestes automatiques uniquement destinés à survivre presque comme un ectoplasme, comme un fantôme transparent. La fin laisse entrevoir une espérance possible
    Pourtant cette attitude n'est pas nouvelle pour lui et ne résulte pas d'une soudaine prise de conscience ; il a toujours été comme cela, dépressif, défaitiste, indolent, à cause peut-être de l'âge de ses parents. Pourtant il ne semble pas y avoir de ressemblance avec eux. Ils ont fait leurs parcours dans cette vie et espèrent bien que leur fils fera le sien. Ils lui permettent même de faire des études pour que sa vie soit meilleure. Pourtant il n'a pas le même état d'esprit à cause peut-être du fossé des générations, des références qui ne sont pas les mêmes ou à cause des temps qui changent un peu trop vite. Peut-être aussi doit-il cet état déprimé à un lointain aïeul ? La roulette de la génétique a de ces mystères !
    C'est un texte déprimant comme l'est la vie de ce jeune homme mais pourtant éminemment poétique. Je connais mal le parcours de Perec. Je ne sais pas si ce texte est autobiographique (il l'a écrit avant son adhésion à l'OULIPO), mais un livre qui est aussi un univers douloureux est souvent porté pendant de nombreuses années avant que les mots ne viennent. Son enfance a été chaotique et il a peut-être été cet étudiant paumé. C'est peut-être aussi une simple fiction (encore que ce livre ne porte pas la mention « roman ») mais je m'y retrouve un peu, il est vrai avec quelques dizaines d'années de recul. J'ai bien dû, moi aussi, avant d'entrer dans la vie active, ressentir les mêmes affres, connaître les mêmes angoisses face à une vie qui semblait vouloir se dérober devant moi. Mes réaction n'ont certes pas été semblables mais il y avait quelque chose de cette errance, dans ces questions sur l'avenir, dans cette perte de repaires qui m'a fait apprécier ce texte


    ©Hervé GAUTIER – Avril 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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    • Livres 5.00/5
    Par Bernardbre, le 05 octobre 2012

    Bernardbre
    Comme tous les «grands» livres (quelle qu'en soit l'épaisseur...), «Un homme qui dort», dans ses premières pages, résiste à son lecteur. Ainsi doit-on s'accrocher avant d'être embarqué et de se laisser porter par le talent de l'auteur. Ici, le narrateur, proprement désincarné, se met lui-même à distance en s'exprimant à la deuxième personne. Son expérience, forme d'apprentissage voulue, est celle de l'indifférence à laquelle il cherche à se vouer comme à un art – en quoi ce livre ne relate pas à proprement parler la chronique d'une dépression ; car ce «héros» agit au lieu de subir, sa volonté est délibérément arrêtée (devenir imperméable à tout sentiment, par exemple) et il ne souffre pas : «Tu dois oublier d'espérer, d'entreprendre, de persévérer [...] tout ce que tu vois n'a pas d'importance, tout ce que tu fais est vain, tout ce que tu cherches est faux.» Y arriverait-il ? On peut le croire ("Tu te déprends de tout"...) jusqu'aux dernières pages dans lesquelles va être dressé le sévère constat de son échec : «L'indifférence est inutile. Tu peux vouloir ou ne pas vouloir, qu'importe! [...] Mais rien ne s'est passé: nul miracle, nulle explosion.» Il y a, dans ce livre (de 1967) qui happe son lecteur, le ferment de toute l'œuvre à venir de Perec : la description clinique jusqu'aux détails apparemment les plus insignifiants («Tentative d'épuisement d'un lieu parisien», 1975), les énumérations et anaphores («Je me souviens», 1978, etc.), le désir d'exhaustivité («La Vie mode d'emploi », 1978), les jeux avec les mots («Les Mots Croisés», 1979), etc. Cette magie de faire d'une forme et d'un sujet a priori ingrats un livre qu'on n'arrive pas à lâcher garde, pour moi, quelque chose de mystérieux ; je ne saurais peut-être jamais d'où me vient cette fascination-aimantation pour les textes de Perec; et c'est peut-être tant mieux.
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    • Livres 5.00/5
    Par Alodia, le 03 septembre 2013

    Alodia
    J'ai adoré!!! et c'est peu de le dire. J'ai vraiment été transporté dans la tête de son personnage ( qui n'est autre que le narrateur lui-même ) . Très belle écriture comme je les aime. Grande réflexion, sur le monde, sur lui -même... pour moi un livre PARFAIT! Aucune faute pour moi tout est bien. Avec si peu de chose on arrive à créer un... si je puis dire... un chef d'oeuvre oui c'est cela. C'est un livre universel, il peut tous nous toucher, il est le reflet même de nos sentiments, de nos peurs, de nos désillusions. J'ai hâte de voir l'adaptation cinématographique, même si j'ai bien peur que le film ne soit pas à la hauteur du livre. Enfin, c'est l'un des livres à lire dans sa vie ( je vais d'ailleurs le mettre dans mes favoris pour une île déserte).
    Allez vite l'acheter, vous ne le regretterez pas. Profitons c'est la rentrée et le changement c'est maintenant !
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  • Par NMTB, le 29 mars 2015

    NMTB
    De toute l’œuvre de Perec « Un homme qui dort » est le roman que je trouve le plus atypique, dans le ton ; même si l’on retrouve tout à fait sa voix obsessionnelle et baroque, et aussi son côté virtuose un peu vain. Et c’est précisément de la vanité, au sens de la vacuité, du vide, dont il question dans ce roman en négatif. Un sentiment sans passion. Le ton n’est pas celui du désespoir noir mais du gris de l’acédie, de l’absurde sensation d’insensibilité. Un roman fait de riens, de solitude, de gestes communs, attentif aux moindres détails, au moindre bruit, mouvement, et pourtant indifférent à tout. Simple notation, catalogage. Un roman sur le temps qui passe, tout en actions et à l’activité réduite à presque rien, bourré de citations, de références littéraires, au Rimbaud qui a cessé d’écrire, au Kafka diariste de l’empêchement, à l’Ulysse de Joyce, au narrateur de Moby Dick et encore plus à Bartleby.
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Citations et extraits

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  • Par NMTB, le 29 mars 2015

    Ce n’est pas que tu détestes les hommes, pourquoi les détesterais-tu ? Pourquoi te détesterais-tu ? Si seulement cette appartenance à l’espèce humaine ne s’accompagnait pas de cet insupportable vacarme, si seulement ces quelques pas dérisoires franchis dans le règne animal ne devaient pas se payer de cette perpétuelle indigestion de mots, de projets, de grands départs ! Mais c’est trop cher pour des pouces opposables, pour une station debout, pour l’imparfaite rotation de la tête sur les épaules : cette chaudière, cette fournaise, ce gril qu’est la vie, ces milliards de sommations, d’incitations, de mises en garde, d’exaltations, de désespoirs, ce bain de contraintes qui n’en finit jamais, cette éternelle machine à produire, à broyer, à engloutir, à triompher des embûches, à recommencer encore et sans cesse, cette douce terreur qui veut régir chaque jour, chaque heure de ta mince existence.
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  • Par NMTB, le 29 mars 2015

    Seule compte ta solitude : quoi que tu fasses, où que tu ailles, tout ce que tu vois n’a pas d’importance, tout ce que tu fais est vain, tout ce que tu cherches est faux. Seule existe la solitude, que tôt ou tard, chaque fois, tu retrouves en face de toi, amicale ou désastreuse ; chaque fois, tu demeures seul, sans secours, en face d’elle, démonté ou hagard, désespéré ou impatient.
    Tu t’es arrêté de parler et seul le silence t’a répondu. Mais ces mots, ces milliers, ces millions de mots qui se sont arrêtés dans ta gorge, les mots sans suite, les cris de joie, les mots d’amour, les rires idiots, quand donc les retrouveras-tu ?

    Maintenant tu vis dans la terreur du silence. Mais n’es-tu pas le plus silencieux de tous ?
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  • Par NMTB, le 29 mars 2015

    Tu n’es plus qu’un œil. Un œil immense et fixe, qui voit tout, aussi bien ton corps affalé, que toi, regardé regardant, comme s’il était complètement retourné dans son orbite et qu’il te contemplait sans rien dire, toi, l’intérieur de toi, l’intérieur noir, vide, glauque, effrayé, impuissant de toi. Il te regarde et il te cloue. Tu ne cesseras jamais de te voir. Tu ne peux rien faire, tu ne peux pas t’échapper, tu ne peux pas échapper à ton regard, tu ne pourras jamais : même si tu parvenais à t’endormir si profondément que nulle secousse, nul appel, nulle brûlure ne saurait te réveiller, il y aurait encore cet œil, ton œil qui ne se fermera jamais, qui ne s’endormira jamais.
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  • Par NMTB, le 29 mars 2015

    Ne plus rien vouloir. Attendre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre. Traîner, dormir. Te laisser porter par les foules, par les rues. Suivre les caniveaux, les grilles, l’eau le long des berges. Longer les quais, raser les murs. Perdre ton temps. Sortir de tout projet, de toute impatience. Etre sans désir, sans dépit, sans révolte.
    Ce sera devant toi, au fil du temps, une vie immobile, sans crise, sans désordre : nulle aspérité, nul déséquilibre. Minute après minute, heure après heure, jour après jour, saison après saison, quelque chose va commencer qui n’aura pas de fin : ta vie végétale, ta vie annulée.
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  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence. À la pénombre connue de la chambre, volume obscur coupé par des détails, où ta mémoire identifie sans peine les chemins que tu as mille fois parcourus, les retraçant à partir du carré opaque de la fenêtre, ressuscitant le lavabo à partir d'un reflet, l'étagère à partir de l'ombre un peu plus claire d'un livre, précisant la masse plus noire des vêtements suspendus, succède, au bout d'un certain temps, un espace à deux dimensions, comme un tableau sans limites sûres qui ferait un très petit angle avec le plan de tes yeux, comme s'il reposait, pas tout à fait perpendiculairement, sur l'arête de ton nez, tableau qui, d'abord, peut te sembler uniformément gris, ou plutôt neutre, sans couleurs ni formes, mais qui, assez vite sans doute, se trouve posséder au moins deux propriétés : la première est qu'il s'assombrit plus ou moins selon que tu fermes plus ou moins fortement tes paupières, comme si, plus précisément, la contraction exercée sur la barre de tes sourcils lorsque tu fermes les yeux avait pour effet de modifier l'incinaison du plan par rapport à ton corps, comme si la barre de tes sourcils en formait la charnière, et, par conséquent, bien que cette conséquence n'ait pas l'air démontrable sinon par l'évidence, de modifier la densité, ou la qualité, de l'obscurité que tu perçois ; la seconde est que la surface de cet espace n'est pas du tout régulière, ou plus précisément, que la distribution, la répartition de l'obscurité ne se fait pas d'une manière homogène : la zone supérieure est manifestement plus sombre, la zone inférieure, qui te semble la plus proche, bien que déjà, évidemment, les notions de proche et lointain, haut et bas, devant et derrière, aient cessé d'être tout à fait précises, est, d'une part, beaucoup plus grise, c'est-à-dire non pas beaucoup plus neutre comme tu commences par le croire, mais bel et bien beaucoup plus blanche, et d'autre part contient, ou supporte, une, deux, ou plusieurs sortes de sacs, de capsules, un peu l'idée que tu te fais d'une glande lacrymale, par exemple, à bords minces et ciliés, et à l'intérieur desquels tremblent, s'agitent, se tordent des éclairs très très blancs, parfois très minces, comme de très fines zébrures, parfois beaucoup plus gros, presque gras, comme des vers.
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De Poincaré à Perelman : une épopée mathématique du XXe siècle, par Gérard Besson, Institut... .
Gérard Besson est directeur de recherches au CNRS et directeur de l'Institut Fourier, laboratoire de mathématiques fondamentales de l'Université de Grenoble Alpes. Il est spécialiste de géométrie Riemannienne et de la relation entre la topologie et la géométrie. Il a travaillé sur les variétés de dimension trois, sur les résultats de Grigori Perelman et leurs extensions aux variétés ouvertes. Il est récipiendaire du prix Alexandre Johannidès 2006 de l'académie des sciences, d'un soutien de l'Institut Clay et d'une bourse du European Research Council pour ses travaux sur les variétés ouvertes de dimension trois. Georges Pérec écrivait « L'espace de notre vie n'est ni construit, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et il se rassemble ? ?» Et sait-on précisément à quoi ressemble l?espace physique dans lequel nous vivons ? En 1904, le mathématicien français Henri Poincaré propose un critère simple pour vérifier qu?un espace à trois dimensions fini et sans bordure est une sphère. La conjecture de Poincaré était née ! Cette assertion sans démonstration est le début d?une grande aventure scientifique qui a occupé tout le XXe siècle. La preuve de sa véracité à été donnée au début du XXIe par le mathématicien russe Grigori Perelman.








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