En ouvrant le livre j'ai réalisé que
Le capitaine Alatriste avait déjà pour moi la même aura légendaire qu'un D'Artagnan. Commencée il y a à peine quinze ans la série a tout déjà des grands classiques de la littérature d'aventure, avec un goût insistant de chef d'oeuvre intemporel. Bien sûr, la comparaison n'est pas fortuite. Bien que de caractères extrêmement différents, les deux personnages ont de nombreux points communs, sont contemporains, et l'amour de
Pérez Reverte pour Dumas est transparent dans
Club Dumas. On retrouve même dans Alatriste un Rochefort italien et une Milady juvénile.
Après la guerre et la boue des Flandres du volume précédent, le capitaine et Iñigo rentrent en Espagne, à Séville précisément, juste à temps pour le retour annuel des galions du nouveau monde, prétexte à explorer de nouveaux aspects de l'Espagne du 17ème siècle. On retrouve Quevedo et Guadalmedina, et aussi la belle Angelica de Alquézar, et le capitaine se trouve engagé dans une affaire pour laquelle il va devoir recruter une bande de ruffians. La plume si reconnaissable de
Pérez Reverte est toujours là, avec le portrait incisif et pittoresque d'un pays et d'une époque, et de l'âme espagnole, tant celle des grands que des petits, et ce blues du déclin qui parcourt toute la série, meublée par les silences et les regards du capitaine mieux que par mille répliques.
C'est aussi le roman le mieux structuré de la série, je trouve, avec un longue attente bien ménagée se résolvant dans un paroxysme de violence. Il m'en reste deux à lire dans la série. Je les garde précieusement pour plus tard, pour ne pas en épuiser trop vite le plaisir.