Arturo Perez-Reverte est un grand écrivain, dans la tradition espagnole du roman d'aventure (
Le Maître d'escrime,
Le capitaine Alatriste) et du roman énigmatique (
Le tableau du Maître flamand,
Club Dumas,
La Reine du Sud). Si vous ne l'avez jamais rencontré, commencez par
Le tableau du Maître flamand, et vous n'en sortirez plus.
Il est aussi journaliste, et, comme tel, il a été correspondant de guerre en ex Yougoslavie, où l'armée espagnole était engagée. Il y a découvert le plus terrible secret de la guerre, comment des hommes doués de raison en viennent à s'entretuer. Il en a d'abord fait un roman,
Le peintre de batailles .
Et, pour le 200ème anniversaire du « dos de mayo », journée révolutionnaire madrilène du 2 mai 1808, il raconte comment, dans une atmosphère chauffée à blanc, une simple rumeur (« les Français vont enlever le dernier infant royal, pour pouvoir installer un roi
Bonaparte ») conduit le Peuple de Madrid à se jeter, avec des navajas, des marteaux, des couteaux, ou même des ciseaux, sur les soldats de Napoléon, qui se croyant en pays conquis, ne prenaient aucune précaution. Il nous montre l'escalade de la violence, nourrie de peur et de vengeance, également naturelles et incontrôlables.
A la mi-journée, l'irréparable est consommé, et la répression, rendue célèbre par Goya (le tres de Mayo) commence.
Perez-Reverte a pris le parti de rendre hommage aux humbles madrilènes, et aux très rares officiers et aristocrates qui se sont joints à la révolte populaire : il cite leurs noms et leurs fonctions (« l'étudiant Jose Guttierez, le typographe Gomez Pastrana, le perruquier Martin de Larrea »). le lecteur est ainsi confronté à un très émouvant Mémorial du dos de mayo, vivant dans le récit au lieu d'être gravé dans le marbre.
Avec le portrait du Capitaine d'artillerie Daoiz, personnalité calme et pondérée, qui fait tranquillement son devoir d'Espagnol en sachant parfaitement qu'il n'en sortira pas vivant, ce livre prend son véritable sens, une méditation sur l'inévitable.
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