http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2007/07/la-passion-du-rel-alberto-caeiro-et.html
Extrait :
Les éditions du Seuil proposent une édition de poche des
Poèmes païens d'
Alberto Caeiro (Le Gardeur de troupeaux, le Berger amoureux et Les poèmes désassemblés) et de son disciple Ricardo Reis (Odes) d'abord publiés chez Bourgois.
Ces deux poètes sont, avec Alvaro de Campos et Bernardo Soares, les principaux hétéronymes de
Fernando Pessoa. Alors que Campos et Soares ont une approche métaphysique, intellectuelle et finalement citadine du monde, Reis et surtout Caeiro ont une approche plus sensitive, plus charnelle, plus bucolique du monde.
Alberto Caeiro et Reis développent une poésie de la sensation immédiate, sensation non médiatisée par la réflexion. Il y a chez eux un véritable amour du réel qui se caractérise d'abord par une critique de la démarche intellectuelle sensée nous éloigner de la nature et de sa beauté :
« Penser gêne autant que marcher sous la pluie
Lorsque le vent s'accroît et que la pluie semble tomber plus fort… »
Alberto Caeiro, le Gardeur de troupeaux, I.
L'intelligence nous empêche effectivement d'appréhender directement le réel. Connaître, c'est ne pas voir.
« Parce que penser, c'est ne pas comprendre…
Le monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser c'est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d'accord…
Moi je n'ai pas de philosophie : j'ai des sens. »
Alberto Caeiro, le gardeur de troupeaux, II
Du point de vue de la connaissance, en effet, le réel n'a d'intérêt qu'en ce qu'il n'est que l'expression d'une réalité antérieure, profonde, cachée qui, seule, lui donne un sens. C'est de ce présupposé que vient la distinction entre l'être et l'apparence et la double signification du mot nature. La nature est d'abord ce qui nous environne, mais ce même terme désigne aussi l'essence, la vérité de la chose (la nature humaine, etc.). La vérité est donc ailleurs, elle est cachée et le réel n'a de sens que par rapport à ce sens caché qui paradoxalement est le réel réellement réel alors que ce qui s'offre à notre perception n'est qu'un simulacre de réalité ; de l'inessentiel.