Prix Sorcières 2009 ( c'est-à-dire choisi par des adolescents ), j'attendais le meilleur de ce roman et je n'ai pas été déçue.
Ce livre est fort, dense, autant par sa thèmatique que par sa narration. Roman engagé, antimilitariste, il se dégage de ce texte une réelle intensité, une émotion vive. Résolument réaliste, ce récit au quotidien du parcours d'un jeune américain, de son recrutement par l'armée à ses missions en Irak, est impressionnant, tellement proche qu'il en donne le frisson jusqu'à la colère et l'écoeurement.
L'auteur a su raconter avec une sobriété et une ironie fine, sans passage crû, volontairement violents ou pathos affligeant, toutes les conséquences de l'engagement militaire, que ce soit sur le jeune manipulé, son avenir gâché, que sur sa famille tout en évoquant des thèmes parallèles sans compliquer le récit.
La relation entre les deux frères est un élément moteur du roman, le cadet étant narrateur, assistant et relatant une année, cette petite année qu'il a fallu pour que son aîné voit sa vie complètement bouleversée. le lecteur suit les deux garçons, la formation militaire de l'un, les rêves de musique et le premier amour du second. A l'histoire d'ado s'oppose celle du militaire qui doit face à la dure réalité de sa situation, à ses désillusions, rendant celle-ci plus troublante encore, d'autant que
Xavier-Laurent Petit ne fournit aucune indication géographique : on comprend vite évidemment que ces jeunes sont de nationalité américaine et que "là-bas" c'est l'Irak. Et c'est aussi cela la force de ce texte : cet ancrage hyper réaliste dans des événements politiques contemporains tout en préservant un récit à caractère universel, que ce soit les méthodes de recrutement antédiluviennes - en faisant miroiter une formation, un emploi, une reconnaissance sociale - , la formation au combat développant le goût des armes, des décorations, le désir de se distinguer tout en étant coupé d'autres valeurs que militaires; que ce soit la manipulation par les discours et les médias; que ce soit l'angoisse du départ, la peur au ventre, le passage à l'acte, l'enfer des questions sans réponse, la perte des repères, l'horreur et l'absurde.
Ce roman est d'autant plus émouvant que l'histoire familiale se répète. le père, un ancien du Viet-Nam d'où il a ramené une jambe blessée, a fait le choix de cacher son passé militaire de tireur d'élite à ses enfants. Lorsque son fils aîné part, il revoit, il revit sa jeunesse crédule et ses erreurs, prévoit l'enfer qui va suivre et qu'il n'a pas su empêcher. Ce qu'il a voulu occulter lui revient brutalement, douloureusement. Il paie bien cher son mensonge.
Ainsi, la dénonciation des ravages d'un conflit sur les vies - qu'elles soient sur les zones de combats ou à des milliers de kilomètres de distance -, et des méthodes de l'armée, passent à travers tous les personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires, parce que ce n'est pas une histoire que ce roman mais trois, puisque c'est aussi celle des deux copains qui se sont engagés - à construire des ponts donc... -, parce que ce n'est pas le récit de trois histoires individuelles mais aussi celles de leurs familles.
L'épilogue est à la hauteur du récit, de sa qualité et de son engagement, profondément humain, à l'image de ce roman.
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