** Critiqué dans le cadre du programme Masse Critique **
« Comme je l'ai déjà dit, je ne peux pas me rappeler le titre du film que l'on passait. Quoique, réflexion faite, cela ne me paraît pas d'un grand secours, car je ne parviens même pas à démêler ce qui de tout ceci faisait partie du film, ou de l'événement historique, ou encore de la tentative d'en faire de la littérature ».
Goran Petrović nous convie à un voyage au cœur de la vie des habitants d'une petite ville serbe en 1980. Un cinéma, l'Uranie, un projectionniste, Bonimenteur, un ouvreur, Simonovitch. Un film dont le nom a été oublié, l'intrigue évacuée. Mais avec une précision ethnologique, nous découvrons les destins croisés des spectateurs de la salle, du 1er rang à l'arrière fond de la salle. Un par un, nous apprenons les occupations, préoccupations, aspirations.
La construction du livre s'avère à mon sens simpliste (malgré une découpe en petits chapitres titrés de façon amusante) : la création de bâtiment qui abritera l'Uranie, par un étrange personnage ayant fait fortune grâce à l'appariement de godillots gauches, puis de godillots droits, achetés dans deux ventes aux enchères séparées. Puis la description uniforme des spectateurs. Puis l'Histoire qui (la mort du maréchal Tito), contrairement à la grande hache de Pérec, ne bouleverse pas tant de chose que ça. Puisque la dernière partie du roman s'évertue à décrire la trajectoire finale des spectateurs. Une réflexion inaboutie sur la place de la grande histoire dans la vie quotidienne.
Mais des bonnes idées bien sûr, en particulier l'apparition ponctuée d'un étrange animal, un perroquet nommé « Démocratie », dont on a juré qu'il parlerait un jour. Les problèmes de son premier propriétaire, ayant tenu des propos sur « démocratie » gênant le régime en place. Et puis l'oiseau qui sauve finalement son second propriétaire, par quelques mots répétés dans un cirque.
Et puis ce plafond de l'Uranie, dont le stuc s'effrite, laissant s'évanouir étoiles, comètes, planètes, en poussière sur les spectateurs.
Je concéderai somme toute être peu friande de romans loufoques et drôlatiques. «
Sous un ciel qui s’écaille » est l'un de cela, puisque la mosaïque kaléidoscopique des personnages, du voyeur à la prostituée n'acceptant pour client que des militaires (et les faisant bien sur payer en fonction de leur grade), de l'opportuniste politique au pâtissier cachant le tatouage de sa femme, sont des éclats de vie impromptus.
Un roman cinématographique bien fade en somme, soutenu heureusement par de solides métaphores.