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ISBN : 2843045614
Éditeur : Zulma (2011)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 14 notes)
Résumé :

Héritier de la liberté et du combat de ses pères, tous républicains et résistants, Serge Pey nous offre avec ce Trésor de la guerre d'Espagne un fabuleux kaléidoscope d'histoires vraies. Son écriture porte en elle cette force des grands écrivains telluriques comme Giono ou Faulkner, et parvient à nous rendre présente, comme intimement vécue, l'aventure de ces enfants pris dans la tourmente des gu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
de
de22 août 2012
Une légende, c'est le chemin des infinis du possible
Récits d'enfance et de guerre.
Comment parler d'enfance, de guerre ?
Le poète, par la magie des mots, la force des images, les sauts de construction fait surgir des moments, des ambiances, des lumières, des couleurs ou des sons façonnant ainsi le paysage du passé, de la mémoire.
Nous sommes bien ici, à la fois dans l'invention de la langue et dans la fidélité aux souvenirs.
Aussi, Serge Pey, n'a pas besoin de se faire historien de l'Espagne, de la violence des classes dominantes contre l'espérance populaire, la révolte des sans, la révolution des anarchistes, des poumistes et d'autres, dont les brigadistes internationaux.
Avec inventivité, il convoque les moyens littéraires pour nous faire sentir, ressentir le poids, la légèreté, l'ironie ou le drame de situations.
Pour un rencontre avec des coquilles « on dit que les coquilles portent bonheur car elles possèdent la voix de ceux qui sont partis ! », le linge comme vocabulaire « la petite écriture du petit sens », la Cega « elle était reveneuse de halètements, de rêves, de feux froids, d'yeux abandonnés », la langue des chiens, le voleur de cerises « Voler une cerise est un rite de la liberté », les arbres et les noms perdus, le sang dans le lavoir des drapeaux, les bijoux scarabée, Santamaria « Santamaria avait dormi avec sa vengeance à la manière d'un amant fou et jaloux », les aigles qui « descendent dans nos rêves et nous emportent vers des sommeils que nous ne connaissons pas et qui nous réveillent pour l'éternité », le sous titrage inversé, les Grands et la torture des chiens, l'enfermement, les nombres imparfaits, le mécanicien de l'infini, les morts se battants contre l'ennemi, l'évasion d'un wagon et ses quatre propositions, les trous sur la plage, les « fantômes harassés de voyage et de soif » ou la marche « vers la frontière, les souliers sur l'épaule »…
Sans oublier le poids du soleil « ce soleil qui disparaissait parfois sous le soleil et qu'on cherchait alors dans toute la maison, dans la poussière, sous le lit, dans un livre ouvert à la page déchirée, sous un soleil perdu »et les refus « Chacun se retenait ou s'interdisait de tirer la chasse afin de laisser circuler l'intelligence de la création des maîtres enfermés » ou « Je dis non pour exister ».
J'ai particulièrement apprécié les variations autour de l'échiquier. Que ce soit le jeu d'échec littéraire « Affamés de littérature, ils avaient même élaboré un jeu d'échecs littéraires où ils faisaient correspondre un vers à chaque pièce ainsi qu'à chaque déplacement », les échecs comme beauté « Mais le vrai joueur, qui ne joue plus, poursuit d'autres buts en cherchant à faire la véritable partie », ou les alcools comme pièces noires et blanches « variante d'un jeu à l'aveugle gouverné uniquement par les parfums ». Comme ne pas succomber aussi à la bibliothèque blanche du docteur.
Un livre d'évidence.
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yv1
yv122 juillet 2011
  • Livres 4.00/5
Remarquablement écrites, ces histoires sont tour à tour drôles, dramatiques ou poétiques. Deux sont particulièrement drôles -même si elles gardent aussi un côté dramatique :
- le linge et l'étendoir, où la mère du narrateur communique avec les "rebelles" grâce à la manière dont elle étend son linge : "Ma mère m'avait appris le langage secret du linge séché. Elle était la maîtresse des voyelles de l'interrogation, des consonnes clandestines, et des conjugaisons réalisées avec des lacets de chaussures. Les grammaires de silence, les concordances d'espaces et non de temps, les conjonctions de coordination nouvelles, les accords de participe passé entre des auxiliaires qui n'avaient aucun secret pour elle, car elle était le secret." (p.20)
- le cinéma : beaucoup plus amusante et anecdotique qui explique comment grâce aux projections de cinéma de plein air, le narrateur est devenu expert en lecture de français... à l'envers !
Les dramatiques, il y eut malheureusement de quoi les alimenter pendant cette guerre :
- le morceau de bois, où comment on peut devenir enfant-bourreau si l'on n'a pas la force de caractère suffisante : "Le directeur avait mis au point sa méthode. A chaque nouvel enfant qu'il sélectionnait pour en faire un surveillant, il confiait un jeune chiot. L'enfant devait l'allaiter et le faire dormir avec lui. Puis après quelques mois, il le forçait à le torturer, et ensuite, il lui donnait l'ordre de le tuer. C'est ainsi qu'il préparait chaque enfant de la section des Grands à torturer les Petits qu'il voulait faire parler." (p.83)
- L'arrestation qui paraît être simplement le récit d'une arrestation puis d'une évasion, mais qui pousse le raisonnement assez loin et qui contient, à mon humble avis, les plus belles phrases du livre : "Ce wagon a transporté du bétail. Il sent le purin et la paille. Je me dis que nous sommes aussi du bétail et que c'est justement la différence entre le bétail et nous qui fonde l'espérance. Pas la survie. le bétail lui non plus ne veut pas mourir comme la majorité des camarades de ce wagon. Mais la différence entre le bétail et nous est que nous ne nous échappons pas, mais que nous nous évadons.
Ce n'est pas le fait de parler ou d'articuler des mots qui établit notre différence, mais de mettre en alliance cette parole, avec quelquechose qu'elle ne connaît pas. Parler c'est espérer, sinon nos paroles sont des meuglements. (p.121/122)
Les nouvelles poétiques sont présentes également, notamment dans les histoires concernant les joueurs d'échecs (Le Morse, Echecs et beauté, La partie des profanes), mais celle qui m'a le plus touché est La bibliothèque blanche, où comment construire de la poésie avec les titres des ouvrages lus ou non lus ; un véritable amour du livre-objet, de ce qu'il renferme et de ce qu'il représente.
Il y a beaucoup d'autres nouvelles (17 en tout), courtes, assez différentes les unes des autres, autant dans le thème que dans l'écriture : certaines plus factuelles, plus descriptives et d'autres plus irrationnelles, rêvées.
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melina1965
melina196506 juillet 2013
  • Livres 4.00/5
Une oeuvre importante pour notre mémoire collective.

Serge Pey, poète passé maître dans l'art des performances de sa poésie-action et plasticien, nous livre ici un passionnant recueil de nouvelles façonnées par les souvenirs familiaux de l'Espagne républicaine. Fils de réfugiés catalans, il porte un regard original sur cet héritage républicain d'enfant d'exilés.
De cette quinzaine de nouvelles, souvenirs tressés des années trente à quarante, se dégagent essentiellement deux univers : celui des violences faites aux républicains dans l'Espagne franquiste mais aussi dans les camps en France et celui de la lutte pour la liberté et la démocratie. Elles sont dures et cruelles mais illuminées par des trouvailles et se font parfois agréablement écho les unes aux autres.
De ces récits personnels émergent une dimension universelle grâce à la générosité et à la luminosité de la langue du poète.
Ecouter la lecture d'un extrait du Voleur de cerises par Yvon le Men lors de la remise du Prix Ganzo de poésie 2013 à Serge Pey dans le cadre du Festival Etonnants Voyageurs :
Lien : http://soundcloud.com/jacquesdepierreux/le-voleu..
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emmyne
emmyne04 mars 2013
Ce recueil de nouvelles relatent des histoires vraies. Enfant d'Espagne, de Républicains exilés en France, Serge Pey raconte et rend hommages à leur combat, à leur résistance, à leur espérance.
Le trésor, celui qu'il nous dévoile, n'est pas d'or à déterrer mais de mots et d'émotions, les mots et les noms dans sa langue natale. Mémoire d'enfance, mémoire familiale, dont il fait une poétique, sans lyrisme ni mélancolie, sans occulter la violence de cette guerre civile. Serge Pey est poète, il raconte sans plaquer le témoignage sur la phrase. La puissance de son style, la présence fabuleuse de ses personnages, voilà ce qu'il donne à ses lecteurs, ce qu'il rend à la vie, aux vies d'alors.
Variété des récits et narrateurs en variations, sur le réalisme grave, sur la rude sobriété de ces scènes sur le vif, à vif, l'acuité et l'élan d'une esthétique philosophique, d'une pensée du monde, la poétique en images impétueuses. Des pages fécondes, généreuses, ardentes.
Lien : http://www.lire-et-merveilles.fr/lectures/litter..
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de
de22 août 2012
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Citations & extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
yv1yv122 juillet 2011
Ce wagon a transporté du bétail. Il sent le purin et la paille. Je me dis que nous sommes aussi du bétail et que c'est justement la différence entre le bétail et nous qui fonde l'espérance. Pas la survie. Le bétail lui non plus ne veut pas mourir comme la majorité des camarades de ce wagon. Mais la différence entre le bétail et nous est que nous ne nous échappons pas, mais que nous nous évadons.

Ce n'est pas le fait de parler ou d'articuler des mots qui établit notre différence, mais de mettre en alliance cette parole, avec quelquechose qu'elle ne connaît pas. Parler c'est espérer, sinon nos paroles sont des meuglements. (p.121/122)

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yv1yv122 juillet 2011
Ma mère m'avait appris le langage secret du linge séché. Elle était la maîtresse des voyelles de l'interrogation, des consonnes clandestines, et des conjugaisons réalisées avec des lacets de chaussures. Les grammaires de silence, les concordances d'espaces et non de temps, les conjonctions de coordination nouvelles, les accords de participe passé entre des auxiliaires qui n'avaient aucun secret pour elle, car elle était le secret. (p.20)
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yv1yv122 juillet 2011
Le directeur avait mis au point sa méthode. A chaque nouvel enfant qu'il sélectionnait pour en faire un surveillant, il confiait un jeune chiot. L'enfant devait l'allaiter et le faire dormir avec lui. Puis après quelques mois, il le forçait à le torturer, et ensuite, il lui donnait l'ordre de le tuer. C'est ainsi qu'il préparait chaque enfant de la section des Grands à torturer les Petits qu'il voulait faire parler. (p.83)
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dede22 août 2012
Chacun se retenait ou s’interdisait de tirer la chasse afin de laisser circuler l’intelligence de la création des maîtres enfermés
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dede22 août 2012
ce soleil qui disparaissait parfois sous le soleil et qu’on cherchait alors dans toute la maison, dans la poussière, sous le lit, dans un livre ouvert à la page déchirée, sous un soleil perdu
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Videos de Serge Pey (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Serge Pey
Performance du poète toulousain Serge Pey à la librairie "À la Sorbonne", à Nice, le 1 avril 1994. "Et nous ne voulons pas être des hommes..."
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