La Nature du prince n'est pas le plus connu des romans de
Roger Peyrefitte. Quel plaisir, cependant, prend-on à le relire ! Avec sa verve habituelle, l'élégance précise de sa plume que des citations latines souvent burlesques dans leur contexte rehaussent joyeusement, l'auteur prend prétexte d'un jugement historique – et canonique – visant à connaître de la « nature » de ce prince, le duc de Mantoue, grand seigneur du XVIe siècle, mené par l'Église apostolique, catholique et romaine. Il s'agit en fait d'évaluer son aptitude à consommer un mariage au sujet duquel les grands noms de l'Italie et de l'Europe d'alors se déchirent selon leurs alliances et leurs intérêts. Afin de trancher cette question qui soulève de nombreux doutes, le souverain pontife, Grégoire XIII, décide d'une épreuve in virginem devant témoins. Leur rôle sera de « voir et toucher », afin d'attester auprès du saint siège de la puissance virile du candidat devant une vierge qu'il va falloir dénicher dans un couvent.
Roger Peyrefitte, grand spécialiste de la liturgie et des fastes de l'Église d'antan, met au service du lecteur son immense culture afin de lui faire revivre avec espièglerie les petites intrigues et les mœurs bien surprenantes d'un monde grandiose et oublié.
Précurseur des « Clés de saint Pierre », des «
Chevaliers de malte » et de «
La soutane rouge », ce charmant livre, que l'on trouve toujours facilement en édition de poche et en occasion, est apte à ravir tous les passionnés de l'auteur, ainsi que les curieux et les amoureux de cette vieille Église disparue, si humaine dans ses petits travers d'alors et dont les shows messianiques dominicaux – tout en pompe et en latin – remplissaient encore de fidèles les édifices du culte.