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Tout le monde devraitécrire2Ajouter à mes livres
" Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l'épreuve de l'écriture paraît cruciale. Peut-être publie-t-on trop, mais il n'est pas sûr que l'on écrive suffisamment. Tout le monde devrait écrire pour soi dans la concen... > voir plus
Tout le monde devrait lire Georges Picard.
D'abord pour le plaisir de découvrir une langue précise sans être précieuse, une rare disposition à ciseler ses pensées avec la minutie d'un joaillier. Cet essai, c'est une leçon donnée par un virtuose de la prose, à tous les apprentis qui cherchent à sculpter le magma informe qui bout derrière la barrière fragile des mots impossibles à apprivoiser. Georges Picard démontre par l'exemple, en professeur exigeant, ce que peut une vie d'exercices en écriture. Il trace sa route au travers du conformisme stylistique, de la bienpensance contemporaine. A qui le suivra sur les chemins sinueux d'une pensée toujours mouvante, Georges Picard n'apportera pas la vision reposante d'un paysage connu, mais plutôt celui d'une route sans fin qui n'en finit pas de se chercher.
Car le but principal n'est pas d'écrire pour les autres, mais plutôt d'écrire pour soi même, pour être ce que l'on devient : « l'écriture acharnée qui force à réfléchir reste l'une des armes les plus solides contre la sauvagerie ou l'impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s'en emparer. »
ecrire, ecrire, ne pas publier, dilemne torture et baume pour les lecteurs invétérés, pitiés pour les arbres décapités, les décervelés, tout va bien, je respire
Si un sismographe retransmettait les moindres soubresauts mentaux de celui qui cherche ses pensées par ses mots, nul doute que l'on disposerait d'un tracé erratique et serré, à peine lisible mais qui, parfois, de façon inattendue, donnerait un trait net avant de reprendre sa configuration cahoteuse. Cela pour le rythme, et ceci pour la forme: un bombardement discontinu de mots suscité par une activité cérébrale affluant irrégulièrement, avec des poches denses d'intuitions, des pointes imaginatives préverbales, des décrochages brutaux d'attention, relayés par de nouvelles cadences, tourbillonnements de la pensée, parfois fusante et féconde, parfois tâtonnante et synclinale, souvent tirée vers l'avant par les mots eux-mêmes dont les connexions s'enchaînent rapidement, s'emballent au gré de mécanismes profonds d'appel basés sur une mémoire en partie inconsciente.
J'ai connu de ces périodes découragées et décourageantes où le journal ou la télévision ont plus d'attrait qu'un livre. Alors, étant au plus bas de moi-même, l'angoisse enlevait toute saveur à ma vie. C'est que j'avais goûté auparavant à des substances intellectuelles prodigieusement roboratives, notamment à ces livres qui obligent le lecteur à poser sur l'existence un regard métamorphosé. Pour les personnes n'ayant jamais connu cette expérience bouleversante, lire un livre n'est rien de plus qu'un moyen de passer le temps ou de se changer les idées. Comment leur suggérer que la littérature possède des pouvoirs bien plus déterminants sans leur donner l'impression qu'on agite de façon grandiloquente des idées théâtrales?
Je retrouve dans ce leurre, par lequel nous opérons la transmutation du Réel en Idéologie, la tendance bien connue de la plupart des gens à masquer des traits de caractère derrière des raisonnements. Cette stratégie plus ou moins consciente est un bon aliment pour la chaudière littéraire.
Le plus beau de l'écriture, c'est cette tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c'est l'usage d'une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces.
Aujourd'hui, précisément parce que la pression extérieure a atteint un niveau presque insupportable, la sauvegarde personnelle réside dans le repliement créateur, superbement indifférent à l'indifférence générale.
Georges Picard : Tout le monde devrait écrire A la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT reçoit Georges PICARD pour son livre "Tout le monde devrait écrire", un essai qui parle du bonheur d'écrire.