Entre l'édit dit de Milan en 313 qui accorde au christianisme la liberté de culte et l'interdiction de toute croyance païenne par Justinien en 529, ce que l'on appelele le paganisme vit ses dernières années dans l'empire romain. C'est le sujet de ce livre, qui est divisé en deux parties.
La première partie retrace l'histoire de la fin du paganisme, marquée par les persécutions (hors la tentative de restauration sous Julien), et la manière dont il s'adapte pour tenter de survivre aux interdictions successives. le tournant principal est l'année 391, où tout culte public est interdit (l'année de l'incendie du Sérapeïon, pour ceux qui ont vu le film Agora).
La seconde décrit les différents aspects du paganisme finissant, riche et divers (et sans aucun rapport avec le néopaganisme moderne). Il y a par exemple les cultes officiels de l'empire, financés par l'argent public et dont les charges (pontificats) se confondent avec des postes administratifs. Ceux là sont les plus fragiles et les premiers à disparaïtre. Les pratiques plus personnelles et les religions plus hermétiques, comme le culte de Dionysos ou celui d'Isis, survivront plus longtemps. le paganisme s'était en fait déjà tranformé. Par exemple, au moment où ils ont été interdits, les sacrifices n'étaient déjà plus guère pratiqués. La réflexion théologique, avec la recherche d'un principe suprême (Apollon ou Sol Invictus par exemple) d'où découlent les autres dieux, ou les conceptions métaphysiques des néoplatoniciens ne diffèrent plus beaucoup d'un monothéisme. Différence fondamentale : pour eux le monde est incréé.
Je regrette par contre que le livre n'aborde pas plus les croyances de la "campagne", comme on peut les deviner dans les campagnes de Martin de Tours en Gaule. Et il passe très rapidement sur les provinces occidentales moins urbanisées et bientôt dirigées par des barbares.
Ma petite présentation désordonnée de ces chroniques des derniers païens ne peut donner qu'une faible idée d'un livre très riche, sans doute un peu daté maintenant (mais une postface à la dernière édition évoque les développements ultérieurs), qui n'est jamais partisan et n'essaie pas de donner une vision faussement simplificatrice d'un phénomène très complexe. Par exemple, la pratique qui était le plus impitoyablement pourchassée était celle de la divination. En effet la divination pouvait permettre de prédire la fin du règne d'un empereur ou le nom de son successeur. Les croyances païennes de cette époque, riches et complexes, qui échappent finalement à toute tentative de définition sinon en négatif du christianisme, ne se sont pas laissées éradiquer sans se dissoudre, et le christianisme en comporte encore de nombreux héritages.
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