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> Charles Baudelaire (Traducteur)
> Michel Zéraffa (Préfacier, etc.)

ISBN : 2253006920
Éditeur : Le Livre de Poche (1972)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 1444 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Edgar Poe aime à agiter ses figures sur des fonds violâtres et verdâtres où se révèlent la phosphorescence de la pourriture et la senteur de forage. - Baudelaire.

Ce volume contient:
- Edgar Poe, sa vie et ses œuvres - Double Assassinat dans la rue... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 05 novembre 2012

    Nastasia-B
    Je sais que je vais en faire rugir certains, mais je crains, à la lecture de ce recueil de nouvelles, d'être moins dithyrambique que pouvait le laisser espérer sa grande notoriété.
    Il est difficile d'émettre un avis plutôt négatif pour une œuvre et un auteur qu'on trouve incontournables, mais telle est la gageure que je m'impose et qui d'ailleurs n'engage que moi.
    En effet, Edgar Poe est à sa façon un explorateur, un pionnier, un génie. On pourrait, au bas mot, citer son œuvre comme initiatrice d'au moins deux genres devenus majeurs de nos jours : le polar et la SF.
    Il est indéniable qu'il y a une influence décisive de Poe dans Robert-Louis Stevenson, dans Jules Verne, dans Conan Doyle et tous ceux qui ont suivi. le problème, c'est justement qu'en raison de son statut d'initiateur, les nouvelles qu'il nous a légué sont des stades embryonnaires de genres désormais enrichis de chef-d'œuvres, à mon sens, tellement plus retentissants que les malheureuses petites Histoires de ce recueil qu'elles porteraient presque à sourire par leur excessive simplicité ou leur naïveté.
    Aussi, lisez-les à titre d'héritage culturel, de curiosités ou d'étape dans l'histoire de la littérature, mais pas vraiment pour leur intérêt intrinsèque.
    Le double assassinat de la rue Morgue, c'est du proto-Sherlock Holmes, La lettre volée, c'est du proto-Hercule Poirot, Le Scarabée d'or, c'est du proto-Jim Hawkins, le canard au ballon et l'Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaall, c'est du proto-Phileas Fogg, etc., etc.
    Que dire également de la traduction "positivement" imparfaite de Baudelaire et de son efflorescence de "positivement" ? J'adore pourtant Baudelaire, mais sa carrière de critique d'art et de poète est cent fois meilleure que celle de traducteur. N'est pas Maurice-Edgar Coindreau qui veut. Bien sûr Charles Baudelaire a un talent de plume indéniable, mais ce n'est pas la seule qualité requise pour faire un excellent traducteur.
    En somme, c'est un ouvrage qui a marqué son temps, qui revêt un caractère prophétique, mais qui a beaucoup, beaucoup, beaucoup vieilli au point de devenir, excusez-moi pour le jeu de mots facile, des " Histoires Extraordinairement Dépassées " et qui risquent fort d'en décevoir s'ils s'attendent à mieux. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 3.00/5
    Par Aaliz, le 27 août 2012

    Aaliz
    Après les références faites aux nouvelles de Poe par Bradbury dans les Chroniques martiennes, je mourrais d'envie de faire enfin connaissance avec cet auteur incontournable.
    J'ai commencé ma découverte par ce recueil des Histoires extraordinaires.
    Je ne pense pas que c'était un choix judicieux et je vais vous expliquer pourquoi :
    Poe a écrit nombre de nouvelles qu'on trouve dans différents recueils. Les histoires extraordinaires et Les nouvelles histoires extraordinaires en regroupent la majorité, toutes traduites par Charles Baudelaire. Les nouvelles ne sont pas présentées par ordre chronologique d'écriture mais sont plutôt disposées de façon à conserver un lien logique d'une nouvelle à l'autre. On retrouvera les mêmes thèmes, les mêmes problématiques, les mêmes ficelles. Ce qui peut expliquer que certains lecteurs aient eu l'impression de lire à chaque fois la même histoire. Si vous craignez cette sensation de répétition, premier conseil : lisez les nouvelles dans le désordre.
    Le recueil des Histoires extraordinaires regroupe 13 nouvelles que j'ai trouvées inégales en qualité (selon mes propres goûts qui ne seront donc pas forcément les vôtres). Voici le détail de mes impressions pour chacune d'entre elles :
    § Double assassinat dans la rue Morgue :
    Une des nouvelles les plus célèbres de l'auteur, elle s'inscrit dans le pur roman policier où l'accent est surtout mis sur le sens de l'observation et sur l'esprit de déduction. Elle met en scène le lieu d'un crime et deux personnages qui vont s'essayer à résoudre l'affaire : M.Dupin et le narrateur. Ces deux personnages et leur façon de procéder ont clairement inspiré Sir Arthur Conan Doyle et ses célèbres Sherlock Holmes et Dr Watson.
    Intéressante par le fait qu'elle soit une source d'inspiration, cette nouvelle ne m'a particulièrement emballée.
    § La lettre volée :
    On reprend les mêmes personnages et on recommence. Cette fois-ci, nos deux détectives amateurs recherchent une lettre assez compromettante.
    Ici aussi, le dénouement n'est pas particulièrement époustouflant. Il faut dire qu'à notre époque, les ficelles sont usées jusqu'à la corde mais je reconnais que ça a du avoir un caractère très novateur pour l'époque de Poe.
    § Le Scarabée d'or :
    Une nouvelle étrange où on oscille entre fantastique (par le décor, la psychologie des personnages) et l'aventure. Elle a peut-être pu inspirer Stevenson. On y trouve aussi un cours d'initiation à la cryptographie (science que Poe adorait). J'ai bien aimé mais sans plus.
    § Le canard au ballon :
    L'histoire et le contexte d'écriture de cette nouvelle sont plus intéressants que la nouvelle elle-même. Il s'agit à l'origine d'un canular paru dans un journal. Poe y raconte l'exploit réalisé par une poignée de savants ayant réussi la traversée de l'Atlantique en ballon (à savoir que ceci n'a été réalisé pour la première fois qu'en 1978 !). Poe agence son récit de manière à rendre l'événement crédible, on a ainsi droit à plusieurs pages de descriptions techniques relatives au ballon et à son fonctionnement. le reste relate la traversée.
    § Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaal :
    Ma préférée du recueil ! J'ai vraiment adoré cette nouvelle. Elle devait elle aussi être un canular à l'origine et paraître dans un journal seulement Poe s'est fait griller la politesse par un astronome ayant eu apparemment la même idée. Laquelle ? Faire croire qu'un homme était parvenu sur la lune où il y découvrait une civilisation extra-terrestre. Poe a remanié son texte pour en faire la nouvelle que l'on peut lire. Elle raconte donc l'histoire d'un marchand qui, pour échapper à la misère et à ses créanciers, décide d'aller vivre sur la lune. Pour cela, il construit un ballon et prévoit tout le nécessaire pour qu'il puisse atteindre la lune. le texte est parfois très technique et scientifique ce qui le rend très crédible. Bien entendu, certains détails sont incohérents, je mettais ces incohérences sur le dos de l'état des connaissances de l'époque alors qu'en fait elles sont délibérément incluses dans le texte par l'auteur en guise d'indices pour déceler le canular. Néanmoins, le réalisme de l'expérience est tel que je me suis laissée aller à y croire et à sourire à la fin.
    § Manuscrit Trouvé dans une bouteille :
    Je suis passée à côté de cette nouvelle qui se veut fantastique et où on vogue à bord d'un mystérieux navire. Je n'ai pas tout compris et je ne sais pas s'il y avait quelque chose à comprendre.
    § Une descente dans le maelstrom :
    J'ai bien aimé ce récit, écrit de façon très réaliste et où j'ai ressenti plus de sensations que dans les autres nouvelles. Jusque là, j'avais trouvé l'écriture de Poe assez froide, je n'arrivais pas à ressentir quoique ce soit mais celle-ci sort du lot.
    § La vérité sur le cas de M.Valdemar :
    On entre dans le paranormal avec cette nouvelle et les suivantes. le narrateur est magnétiseur et va maintenir un homme entre la vie et la mort en le magnétisant. On sent que Poe a du s'intéresser à ce genre de « science » sans y croire si on se fie à certains de ses commentaires à ce sujet. Etant hermétique à ce genre de pratiques, je n'ai pas vraiment apprécié cette nouvelle.
    § Révélation magnétique :
    Le narrateur est là aussi magnétiseur. Il rapporte le dialogue qu'il a eu avec l'un de ses « patients ». Poe utilise ce moyen pour exprimer certaines considérations d'ordre philosophique concernant l'existence d'une divinité matérielle ou spirituelle. Je n'ai pas terminé ma lecture de cette nouvelle, je n'y comprenais rien et je n'avais pas envie de lire ce genre de choses.
    § Souvenirs de M.Auguste Bedloe :
    Encore du magnétisme excepté que cette fois la relation entre magnétisé et magnétiseur est si forte que le magnétisé semble vivre la vie d'un autre à travers les souvenirs qu'a le magnétiseur de cet autre. Toutefois, Poe maintient le doute concernant cette explication et en suggère une autre : la réincarnation.
    J'ai bien aimé mais sans plus encore une fois.
    § Morella :
    On retrouve le thème de la réincarnation. Cette nouvelle aurait pu être bien plus angoissante mais ça n'est pas passé.
    § Ligeia :
    Une belle histoire de fantôme, classique me direz-vous mais j'ai bien aimé.
    § Metzengerstein :
    Deux familles voisines se haïssent. Lorsqu'il semblerait que l'une des deux soit anéantie, elle parvient quand même à détruire sa rivale par le biais d'un mystérieux cheval. J'ai bien aimé l'idée, ce que Poe voulait faire mais encore une fois je n'ai pas été convaincue et j'ai bien du mal à expliquer pourquoi. Peut-être le style …
    Donc voilà, mon avis d'ensemble sur ce recueil est plutôt mitigé. Je m'attendais à plus de frissons et je pense que la déception m'a empêchée de savourer ces Histoires comme il l'aurait fallu. le genre de la nouvelle ne facilite pas non plus les choses.
    J'ai trouvé le style de Poe trop dénué d'émotions, c'était froid et je n'arrivais pas à être touchée. La traduction de Baudelaire n'y a rien fait. J'ai retenu quand même de ce recueil que Poe était un homme très intelligent et très cultivé. Il était assez sûr de sa supériorité intellectuelle et ça se ressent par moment. Il s'intéressait à des domaines très variés et semblait de plus très bien les maîtriser.
    Je suis admirative de cette maîtrise mais aussi de son imagination. On sait que Poe a posé les bases du roman policier, il sait aussi écrire de la science-fiction, du fantastique, de l'aventure. Il touche à presque tous les genres. Il est ainsi une source d'inspiration pour de nombreux auteurs : Conan Doyle, Stevenson, Jules Verne etc…
    Je n'ai donc pas voulu m'arrêter à ce recueil et j'ai poursuivi avec Les nouvelles histoires extraordinaires où, là, on découvre le véritable génie de Poe.
    Donc un conseil, si vous souhaitez découvrir Poe, commencez par les Nouvelles Histoires.
    Mon billet viendra bientôt.


    Lien : http://booksandfruits.over-blog.com/article-histoires-extraordinaire..
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    • Livres 5.00/5
    Par Bobinou, le 30 octobre 2014

    Bobinou
    Comment être sûr que Poe ça est du solide? Son oeuvre est présent dans la pleiade. Bien. Sa réputation de Maitre du Fantastique le précède. Pas mal. Il a été traduit par Beaudelaire lui-même... A oui quand même.
    Chose appréciable en soi, la traduction est solide et l'âme poétique est saine et sauve!!
    Si j'avais à conseiller l'œuvre de ce phénomène, je conseillerais une petite biographie pour bien comprendre l'ampleur de sa création. Tout n'est pas facile à comprendre, les descriptions sont parfois un peu taillonnent. Nonobstant ces remarques, Double assasinat, Descente dans le Maelström, le scarabée d'or m'ont donné grande satisfaction.
    Mais je suis sur que cet opus sera ravir chacun des lecteurs et c'est en cela que nous avons du Poe d'avoir eut Beaudelaire pour nous le dire.
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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune, le 29 décembre 2013

    JacobBenayoune
    Pierre Ménard (auteur d’un Don Quichotte) avait écrit lors de sa jeunesse un livre bizarre d’un français singulier. Ce livre a été mal accueilli par ses lecteurs contemporains qui y voyaient tous les stéréotypes du roman policier à ses origines, toutes les faiblesses des romans d’aventures et toute l’insuffisance des romans d’horreur. Il y voyait un retour fade aux origines de ces genres qui se sont épanouis avec le temps sous la plume d’auteurs talentueux. Et le style assez lourd parfois ne l’a pas beaucoup aidé. Ménard l’avait intitulé Histoires Extraordinaires.
    Voilà comment un lecteur contemporain pourrait voir ces Histoires extraordinaires d’Edgar Allen Poe le grand représentant de la littérature américaine au même titre que Cervantès pour l’espagnole, Dante pour l’italienne ou Goethe pour l’allemande. Or, à la lecture de ce recueil de treize nouvelles (choix fortuit du chiffre ?) nous découvrons un bel esprit qui a la soif de tout connaitre, de tenter de toutes les connaissances, un écrivain aux talents multiples, un maître des maîtres, le Christophe Colomb de maints genres.
    Personnellement, j’ai aimé les nouvelles où Poe gardait les pieds sur terre (au sens propre). Ainsi, j’ai lu avec un grand plaisir les deux premières nouvelles (policières), avec cette description de l’amitié qui réunissait le narrateur et son ami et des facultés d’analyse qu’avait ce dernier. La troisième nouvelle est une chasse au trésor, nouvelle agréable et intéressante. Puis c’est la glace ! On est devant ses deux nouvelles qui m’ont donné le plus de peine à lire (peut-être parce que je ne suis pas amateur de ce genre ni de Jules Verne); ces deux histoires au ballon. Surtout la deuxième, la plus longue du recueil où l’on est entraîné dans une suite interminable de descriptions minutieuses d’une exactitude scientifique d’un voyage extraordinaire. Puis on revient avec deux nouvelles dans la mer, vraiment intéressante est la première avec ce naufrage et ce bateau bizarre où le rescapé échappe à sa mort pour un moment. Ensuite, on retrouve deux histoires courtes sur le magnétisme dont la deuxième est un dialogue plutôt philosophique. L’histoire suivante est assez singulière, parmi les plus belles du recueil, où le rêve et la réalité se confondent. Les deux suivantes sont des histoires de revenants sur des femmes mystérieuses, intelligentes et d’une beauté déroutante. La dernière est une histoire de la haine entre deux familles (pas à la Roméo et Juliette bien sûr).
    En somme, roman policier, roman d’aventures, roman fantastique ou d’horreur, tous sont là, ainsi que roman d’anticipation. Poe a le don de la description qu’il veut réaliste même en décrivant l’irréel. Chaque nouvelle nous rappelle un auteur : Stevenson, Conan Doyle, Verne, Conrad (Typhon surtout), Mérimée… Finissons par cette traduction. Baudelaire admirait tellement Poe qu’il a voulu faire une traduction fidèle à cet ouvrage. Malgré cela il dédie ses Fleurs du mal à Gautier ! Je sentais cette double présence Poe-Baudelaire en lisant le livre, c’était comme si Baudelaire me lisait ces histoires. Pour finir, ce livre est à lire sans doute, il est indispensable et hormis les deux nouvelles au ballon, il est agréable à lire.
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    • Livres 4.00/5
    Par olivberne, le 05 janvier 2013

    olivberne
    Le maître américain de la nouvelle fantastique. Il est le pendant De Maupassant aux États-Unis. On entre dans un univers sombre, glauque et révélateur de la personnalité humaine. Les chutes sont parfois inattendues et souvent amusantes. Par contre, l'atmosphère angoissante fait qu'on a un peu de mal à se concentrer et à savourer le texte souvent complexe. Ce n'est pas pour rien que le plus grand amoureux de Poe, c'est Baudelaire!
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Citations et extraits

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  • Par JacobBenayoune, le 01 décembre 2013

    P. Ne pouvez-vous pas me donner une idée plus précise de ce que vous entendez par matière imparticulée ?
    V. Les matières dont l’homme a connaissance échappent aux sens, à mesure que l’on monte l’échelle. Nous avons, par exemple, un métal, un morceau de bois, une goutte d’eau, l’atmosphère, un gaz, le calorique, l’électricité, l’éther lumineux. Maintenant, nous appelons toutes ces choses matière, et nous embrassons toute matière dans une définition générale ; mais, en dépit de tout ceci, il n’y a pas deux idées plus essentiellement distinctes que celle que nous attachons au métal, et celle que nous attachons à l’éther lumineux. Si nous prenons ce dernier, nous sentons une presque irrésistible tentation de le classer avec l’esprit ou avec le néant. La seule considération qui nous retient est notre conception de sa constitution atomique. Et encore, ici même, avons-nous besoin d’appeler à notre aide et de nous remémorer notre notion primitive de l’atome, c’est-à-dire de quelque chose possédant dans une infinie exiguïté la solidité, la tangibilité, la pesanteur. Supprimons l’idée de la constitution atomique, et il nous sera impossible de considérer l’éther comme une entité, ou au moins comme une matière. Faute d’un meilleur mot, nous pourrions l’appeler esprit. Maintenant, montons d’un degré au delà de l’éther lumineux, concevons une matière qui soit à l’éther, quant à la raréfaction, ce que l’éther est au métal, et nous arrivons enfin, en dépit de tous les dogmes de l’école, à une masse unique, — à une matière imparticulée. Car, bien que nous puissions admettre une infinie petitesse dans les atomes eux-mêmes, supposer une infinie petitesse dans les espaces qui les séparent est une absurdité. Il y aura un point, — il y aura un degré de raréfaction, où, si les atomes sont en nombre suffisant, les espaces s’évanouiront, et où la masse sera absolument une. Mais la considération de la constitution atomique étant maintenant mise de côté, la nature de cette masse glisse inévitablement dans notre conception de l’esprit. Il est clair, toutefois, qu’elle est tout aussi matière qu’auparavant. Le vrai est qu’il est aussi impossible de concevoir l’esprit que d’imaginer ce qui n’est pas. Quand nous nous flattons d’avoir enfin trouvé cette conception, nous avons simplement donné le change à notre intelligence par la considération de la matière infiniment raréfiée.
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  • Par JacobBenayoune, le 08 décembre 2013

    Au bord de cette rivière s’élevait une ville d’un aspect oriental, telle que nous en voyons dans Les Mille et une Nuits, mais d’un caractère encore plus singulier qu’aucune de celles qui y sont décrites. De ma position, qui était bien au-dessus du niveau de la ville, je pouvais apercevoir tous ses recoins et tous ses angles, comme s’ils eussent été dessinés sur une carte. Les rues paraissaient innombrables et se croisaient irrégulièrement dans toutes les directions, mais ressemblaient moins à des rues qu’à de longues allées contournées, et fourmillaient littéralement d’habitants. Les maisons étaient étrangement pittoresques. De chaque côté, c’était une véritable débauche de balcons, de vérandas, de minarets, de niches et de tourelles fantastiquement découpées. Les bazars abondaient ; les plus riches marchandises s’y déployaient avec une variété et une profusion infinie : soies, mousselines, la plus éblouissante coutellerie, diamants et bijoux des plus magnifiques.
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  • Par JacobBenayoune, le 15 décembre 2013

    Toutefois, bien que je visse que les traits de Ligeia n’étaient pas d’une régularité classique, quoique je sentisse que sa beauté était véritablement exquise et fortement pénétrée de cette étrangeté, je me suis efforcé en vain de découvrir cette irrégularité et de poursuivre jusqu’en son gîte ma perception de l’étrange. J’examinais le contour du front haut et pâle, — un front irréprochable, — combien ce mot est froid appliqué à une majesté aussi divine ! — la peau rivalisant avec le plus pur ivoire, la largeur imposante, le calme, la gracieuse proéminence des régions au-dessus des tempes, et puis cette chevelure d’un noir de corbeau, lustrée, luxuriante, naturellement bouclée et démontrant toute la force de l’expression homérique : chevelure d’hyacinthe. Je considérais les lignes délicates du nez, et nulle autre part que dans les gracieux médaillons hébraïques je n’avais contemplé une semblable perfection ; c’était ce même jet, cette même surface unie et superbe, cette même tendance presque imperceptible à l’aquilin, ces mêmes narines harmonieusement arrondies et révélant un esprit libre. Je regardais la charmante bouche : c’était là qu’était le triomphe de toutes les choses célestes ; le tour glorieux de la lèvre supérieure, un peu courte, l’air doucement, voluptueusement reposé de l’inférieure, les fossettes qui se jouaient et la couleur qui parlait, les dents, réfléchissant comme une espèce d’éclair chaque rayon de la lumière bénie qui tombait sur elles dans ses sourires sereins et placides, mais toujours radieux et triomphants. J’analysais la forme du menton, et, là aussi, je trouvais la grâce dans la largeur, la douceur et la majesté, la plénitude et la spiritualité grecques, ce contour que le dieu Apollon ne révéla qu’en rêve à Cléomènes, fils de Cléomènes d’Athènes ; et puis je regardais dans les grands yeux de Ligeia.
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  • Par JacobBenayoune, le 14 novembre 2013

    Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autres choses, c’est qu’elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives. De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. Les résultats, habilement déduits par l’âme même et l’essence de sa méthode, ont réellement tout l’air d’une intuition.
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  • Par JacobBenayoune, le 01 décembre 2013

    Cependant nous avons toujours le vent arrière, et, comme nous portons une masse de toile, le navire s’enlève quelquefois en grand hors de la mer. Oh ! horreur sur horreur ! — la glace s’ouvre soudainement à droite et à gauche, et nous tournons vertigineusement dans d’immenses cercles concentriques, tout autour des bords d’un gigantesque amphithéâtre, dont les murs perdent leur sommet dans les ténèbres et l’espace. Mais il ne me reste que peu de temps pour rêver à ma destinée ! Les cercles se rétrécissent rapidement, — nous plongeons follement dans l’étreinte du tourbillon, — et, à travers le mugissement, le beuglement et le détonnement de l’Océan et de la tempête, le navire tremble, — oh ! Dieu ! — il se dérobe, — il sombre!
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