"Alors qu'ai-je fait, vilaine ? J'ai seulement écrit ce dont j'ai été moi-même témoin. Rien de plus. Délibérément, je ne m'étends pas sur les autres 'agréments' du chemin que j'ai choisi. Un empoisonnement. Des arrestations. Des menaces dans des lettres et sur Internet. Des coups de fil anonymes promettant de me tuer. Je pense que ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est que j'ai la chance de faire mon travail. Décrire la vie, recevoir tous les jours des visites à la rédaction, car les gens n'ont plus où aller avec leurs malheurs."
Alors que fait-elle, dans ces articles ? Elle décrit, oui, la vie des gens, les morts atroces, l'indifférence obscène des autorités. Instantanés d'une réalité plongée dans les ténèbres, chaque article comme un flash pour saisir le monstre qui avance dans le noir. Et ce noir-là est au grand jour.
Les articles sont courts, se suffisent en eux-mêmes. Pas le coeur de résumer quelques-unes des horreurs qu'ils relatent, des fragments de vie rapportés en patchwork sanglant, un rouge criant d'humanité. Aperçu par les titres, qui parlent tout seuls :
Art. 3 "Il faut se battre, fiston !" (20 mars 2000)
Art. 5 Un sadisme ordinaire (12 mars 2001)
Art. 7 Deux bandits tués mais trente-six morts (1er juillet 2002)
Art. 10 Récépissé pour meurtres (5 février 2004)
Art. 12 "Nous revenions pour achever des gens" (27 mai 2004)
Art. 13 Des néonazis proclament : "Nous disposons d'un sniper salarié" (19 juillet 2004)
Art. 15 Les flics l'ont abandonné dans une décharge, et l'ambulance n'était pas pressée (28 mars 2005)
Art. 23 Un homme tué "par prévention" (10 juillet 2006)
Art. 25 Une tête attachée au tuyau (3 août 2006)
Art. 26 Un parapluie pour recueillir les gouttes (17 août 2006)
... Et puis il y a
Van Gogh, et les mouvements d'une main qui voudrait tant chasser la crainte des coeurs...