ISBN : 2714450407
Éditeur : Belfond (2012)


Note moyenne : 4.15/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Après le décès de son époux, Letty Fleming emmène ses trois enfants sur une île d Écosse. Là, chacun tente de combler le vide laissé par cet homme plein de secrets. De reconstruire sa vie et de glisser un peu de magie dans ce morne quotidien. Dissimulé aux yeux de tous,... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par fee-tish, le 28 février 2012

    fee-tish
    Premier livre de la journaliste anglaise Bella Pollen a être publié en France, L'été de l'ours est un roman contemporain à la fois tendre et très dur.
    Nous sommes en 1980, aux Hébrides-Extérieures, une île écossaise. Letty Fleming s'y est réfugiée avec ses trois enfants après la mort de son mari. En effet, Nicky Fleming, diplomate anglais en poste à Bonn en Allemagne, s'est visiblement suicidé en se jetant du haut d'un toit. Fuyant les mondanités de l'Ambassage, Letty retrouve ses racines. Mais elle n'est pas seule. Ses trois enfants doivent eux aussi faire face au deuil, à leur manière.
    Georgie, l'aînée, jeune fille de dix-huit ans est plutôt renfermée. Essayant d'être un support pour sa mère, elle s'en oublie elle-même. Jusqu'à ce que le jeune Aliz lui fasse chavirer le cœur et lui permette d'avancer. Un personnage tout en douceur, aux portes du monde adulte, qui cache un lourd secret à propos de son père.
    Alba, quant à elle, est une adolescente de quatorze ans. Ne trouvant pas sa place, elle est violente tant physiquement que psychologiquement avec son entourage. La mort de son père adoré n'améliore pas les choses, au contraire. Elle n'a de cesse de torturer son petit frère. Ce personnage est agaçant mais tellement attachant au fond.
    Enfin, le dernier de la fratrie est Jamie, neuf ans. Un enfant rêveur et très fragile. Letty le surprotège, à tel point qu'on ne lui a jamais dit que son père était mort ; simplement qu'il était « perdu », qu'il avait eu un « accident ». Afin de ne pas le choquer, il ne participe pas à l'enterrement, si bien que, dans son esprit, il va sublimer l'image de son père et le réincarner dans la peau d'un ours, cet animal qu'il admire. Or, il se trouve qu'un ours vient justement de s'échapper de la bienveillance de son dresseur sur l'île où la famille a trouvé refuge.
    Ce roman parle donc de la manière de gérer un deuil. Chaque enfant, avec son caractère propre, tente de surmonter cette épreuve. La difficulté est l'éloignement de Letty. Incapable d'aller au-delà de son chagrin, elle s'enferme, en oublie parfois ses enfants et rend la mort de son mari tabou. C'est un récit très fort en émotions quelles qu'elles soient : tristesse, désespoir, amour. Ajoutons à cela que l'auteur est une conteuse hors pair. Je me suis sentie portée par ses mots. de plus, elle réussit parfaitement à nous prendre d'affection pour les quatre personnages principaux : une adulte, une jeune fille proche de la majorité, une adolescente et un enfant.
    Ce roman, c'est aussi une enquête ; celle que va mener Letty pour faire le jour concernant les rumeurs scabreuses qui fleurissent autour de son mari. Qui était-il vraiment ? S'est-elle méprise sur son compte ? D'indices en aveux, elle avance peu à peu dans ses recherches, sur fond de Guerre Froide et de secret ministériel. Ceci dit, ne vous méprenez pas : il ne s'agit pas d'un polar. Plutôt d'une fresque familiale dramatique mais toujours optimiste ; qui se déroule dans un paysage écossais dont les descriptions entraînent le lecteur dans une ambiance, dans un paysage îlien magnifique : des grandes landes, des falaises abruptes, des plages de galets, etc.
    Enfin, je noterais une dernière chose : la présence de cet ours ajoute une touche de magie. On entre dans sa tête, on connaît ses pensées, son désir de liberté et en même temps son besoin des hommes. Il est un des personnage phare de l'histoire, même si je n'ai compris qu'assez tard son importance.
    Pour conclure, une lecture très agréable, qui m'a arraché quelques larmes à la fin. Je retiens le nom de cette auteure car, si d'autres de ses livres sont traduits en français, je pense retenter l'aventure.
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    • Livres 5.00/5
    Par Fattorius, le 28 février 2012

    Fattorius
    Suivez l'ours, et vous passerez à côté d'une partie du roman: telle est la fallacieuse invitation soufflée par le titre du roman "L'Eté de l'ours" (The Summer Of The Bear) de Bella Pollen. Les éditions Belfond en ont publié une traduction française solidement construite par Florence Bertrand, et c'est une lecture qui en vaut la peine - d'autant plus que pour le lectorat francophone, il s'agit d'une sorte de découverte. "L'Eté de l'ours" est, en effet, le premier roman de l'auteur traduit en français.

    C'est que les ingrédients sont nombreux et apparemment antagonistes: vie aux Hébrides contre diplomatie, guerre froide contre tentatives de vie de famille, tensions familiales contre amour entre mari et femme, loyauté familiale contre trahison d'Etat. Pour assurer une cohésion à ces éléments, l'auteur use d'un leurre, un McGuffin comme dirait l'autre: elle place un ours sur la minuscule île des Hébrides où l'action se déroule. Ours mystérieux: existe-t-il, ou pas? Personne ne l'a vu, tout le monde en parle, c'est un peu l'Arlésienne du roman. le lecteur va être amené à s'y intéresser...

    ... et ce faisant, il s'attachera au personnage de Jamie, fils de Letty, un enfant "différent", comme qui dirait. Dans une démarche qui a tout du "show not tell", l'auteur suggère qu'il est un peu handicapé, ou attardé, sans jamais le dire franchement - ce qui entretient un certain doute chez le lecteur, mal pris entre l'idée de considérer Jamie comme un idiot ou un génie. le refus d'une qualification qui pourrait être considérée comme dévalorisante laisse à ce personnage l'occasion d'affirmer, sans a priori, sa part de vérité - qui touche à la transcendance: et si l'ours était la réincarnation de son défunt diplomate de père? L'auteur suggère par ailleurs, çà et là, qu'une communication s'installe entre "Jamie qui, seul entre tous, a vu l'ours" et l'ours lui-même. Et puis, le lecteur ne peut s'empêcher de penser qu'un enfant et un ours, vrai ou en peluche, ça va bien ensemble. Bref, le couple fonctionne.

    Ceux qui préfèrent un regard plus adulte délaisseront cette approche un peu trop directe pour être honnête pour essayer de répondre, page après page, à la principale question posée par ce roman: qu'est-ce qui a poussé Nicky, le fameux diplomate, à un trouble suicide? Peu à peu, se dessine ici un dilemme qui a tout de celui d'Antigone: faut-il obéir à la raison d'Etat ou donner, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, la priorité aux siens - bref, laisser parler son coeur? Dans le contexte de guerre froide qui constitue l'arrière-plan de ce roman campé dans les années 1970, il est assez facile à l'auteur de camper un personnage fidèle à la fois à la Couronne britannique et à sa famille - et, partant, à construire un dilemme insoluble et indicible qui touche simultanément au secret défense et au secret de famille. Lequel est le plus lourd?

    Ce roman comporte un troisième niveau, plus fouillé encore: celui de la radiographie des rapports existant entre les membres d'une famille de cinq personnes - un père, une mère, deux filles et un garçon. le lecteur sera ici impressionné par la différenciation faite par l'auteur entre chaque membre de la famille, mais aussi par les interactions tendues, fortes, que cela autorise, dès les premières pages du roman - qui attirent l'attention sur l'animosité de la peste Alba envers son frère Jamie, évoqué plus haut. Cela, sans oublier Georgie, apparemment plus romanesque (alors que sa soeur a les pieds bien sur terre, de manière parfois un peu trop mécanique), qui va découvrir l'amour au fil des pages. Enfin, il n'est pas évident, pour Letty, de découvrir que son Nicky de mari a, lui aussi, dû choisir entre l'Etat et les siens dans le cadre de sa mission diplomatique en Allemagne. Ces interactions, l'auteur les présente dès les premières pages en serrant tout le monde dans une antique Peugeot 404: rien de tel qu'un voyage familial en voiture pour faire ressortir la substantifique moelle des caractères de chacun des passagers.

    Et si la guerre froide constitue le contexte planétaire de ce roman, celui-ci est également marqué, en contrepoint, par le regard très local que l'auteur porte sur les habitants d'une île. Ceux-ci sont dépeints avec le souci de leur offrir, à tous, au moins un trait de personnalité distinct: alcoolisme teinté de malice, maniaquerie comptable, complexes liés au statut de secondo, excentricités diverses, etc. C'est là que l'auteur arrive à apporter à un récit qui aurait pu être simplement dramatique une petite touche d'esprit, voire d'humour, qui apporte à ce roman une saveur particulière et unique. le tout, sur un fond sauvage, dépeint avec un vocabulaire riche et précis, qui tranche avec l'ambiance feutrée des représentations diplomatiques.

    Alors... préférez-vous les tanières des ours ou les ors des ambassades? Construit en plusieurs strates permettant à chaque lecteur de construire son histoire à partir d'éléments qu'il assemblera à sa manière personnelle, ce roman s'adresse à un public large; chacun devrait donc y trouver une porte d'entrée. Et puis, pour convaincre les indécis, n'oublions pas que Jamie a, au sens le plus littéral comme le plus figuré, un coeur gros comme ça.
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    • Livres 5.00/5
    Par Fattorius, le 28 février 2012

    Fattorius
    Suivez l'ours, et vous passerez à côté d'une partie du roman: telle est la fallacieuse invitation soufflée par le titre du roman "L'Eté de l'ours" (The Summer Of The Bear) de Bella Pollen. Les éditions Belfond en ont publié une traduction française solidement construite par Florence Bertrand, et c'est une lecture qui en vaut la peine - d'autant plus que pour le lectorat francophone, il s'agit d'une sorte de découverte. "L'Eté de l'ours" est, en effet, le premier roman de l'auteur traduit en français.
    C'est que les ingrédients sont nombreux et apparemment antagonistes: vie aux Hébrides contre diplomatie, guerre froide contre tentatives de vie de famille, tensions familiales contre amour entre mari et femme, loyauté familiale contre trahison d'Etat. Pour assurer une cohésion à ces éléments, l'auteur use d'un leurre, un McGuffin comme dirait l'autre: elle place un ours sur la minuscule île des Hébrides où l'action se déroule. Ours mystérieux: existe-t-il, ou pas? Personne ne l'a vu, tout le monde en parle, c'est un peu l'Arlésienne du roman. le lecteur va être amené à s'y intéresser...
    ... et ce faisant, il s'attachera au personnage de Jamie, fils de Letty, un enfant "différent", comme qui dirait. Dans une démarche qui a tout du "show not tell", l'auteur suggère qu'il est un peu handicapé, ou attardé, sans jamais le dire franchement - ce qui entretient un certain doute chez le lecteur, mal pris entre l'idée de considérer Jamie comme un idiot ou un génie. le refus d'une qualification qui pourrait être considérée comme dévalorisante laisse à ce personnage l'occasion d'affirmer, sans a priori, sa part de vérité - qui touche à la transcendance: et si l'ours était la réincarnation de son défunt diplomate de père? L'auteur suggère par ailleurs, çà et là, qu'une communication s'installe entre "Jamie qui, seul entre tous, a vu l'ours" et l'ours lui-même. Et puis, le lecteur ne peut s'empêcher de penser qu'un enfant et un ours, vrai ou en peluche, ça va bien ensemble. Bref, le couple fonctionne.
    Ceux qui préfèrent un regard plus adulte délaisseront cette approche un peu trop directe pour être honnête pour essayer de répondre, page après page, à la principale question posée par ce roman: qu'est-ce qui a poussé Nicky, le fameux diplomate, à un trouble suicide? Peu à peu, se dessine ici un dilemme qui a tout de celui d'Antigone: faut-il obéir à la raison d'Etat ou donner, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, la priorité aux siens - bref, laisser parler son coeur? Dans le contexte de guerre froide qui constitue l'arrière-plan de ce roman campé dans les années 1970, il est assez facile à l'auteur de camper un personnage fidèle à la fois à la Couronne britannique et à sa famille - et, partant, à construire un dilemme insoluble et indicible qui touche simultanément au secret défense et au secret de famille. Lequel est le plus lourd?
    Ce roman comporte un troisième niveau, plus fouillé encore: celui de la radiographie des rapports existant entre les membres d'une famille de cinq personnes - un père, une mère, deux filles et un garçon. le lecteur sera ici impressionné par la différenciation faite par l'auteur entre chaque membre de la famille, mais aussi par les interactions tendues, fortes, que cela autorise, dès les premières pages du roman - qui attirent l'attention sur l'animosité de la peste Alba envers son frère Jamie, évoqué plus haut. Cela, sans oublier Georgie, apparemment plus romanesque (alors que sa soeur a les pieds bien sur terre, de manière parfois un peu trop mécanique), qui va découvrir l'amour au fil des pages. Enfin, il n'est pas évident, pour Letty, de découvrir que son Nicky de mari a, lui aussi, dû choisir entre l'Etat et les siens dans le cadre de sa mission diplomatique en Allemagne. Ces interactions, l'auteur les présente dès les premières pages en serrant tout le monde dans une antique Peugeot 404: rien de tel qu'un voyage familial en voiture pour faire ressortir la substantifique moelle des caractères de chacun des passagers.
    Et si la guerre froide constitue le contexte planétaire de ce roman, celui-ci est également marqué, en contrepoint, par le regard très local que l'auteur porte sur les habitants d'une île. Ceux-ci sont dépeints avec le souci de leur offrir, à tous, au moins un trait de personnalité distinct: alcoolisme teinté de malice, maniaquerie comptable, complexes liés au statut de secondo, excentricités diverses, etc. C'est là que l'auteur arrive à apporter à un récit qui aurait pu être simplement dramatique une petite touche d'esprit, voire d'humour, qui apporte à ce roman une saveur particulière et unique. le tout, sur un fond sauvage, dépeint avec un vocabulaire riche et précis, qui tranche avec l'ambiance feutrée des représentations diplomatiques.
    Alors... préférez-vous les tanières des ours ou les ors des ambassades? Construit en plusieurs strates permettant à chaque lecteur de construire son histoire à partir d'éléments qu'il assemblera à sa manière personnelle, ce roman s'adresse à un public large; chacun devrait donc y trouver une porte d'entrée. Et puis, pour convaincre les indécis, n'oublions pas que Jamie a, au sens le plus littéral comme le plus figuré, un coeur gros comme ça.


    Lien : http://fattorius.over-blog.com/article-sur-les-traces-de-l-ours-et-d..
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    • Livres 4.00/5
    Par florencemullot, le 06 mars 2012

    florencemullot
    Avant toute chose, je voudrais remercier Babelio et les éditions Belfond pour m'avoir permise de découvrir ce roman. Je ne l'aurais jamais lu si on ne me l'avait pas proposé et après cette lecture, je me dis que cela aurait été vraiment dommage de passer à côté de ce récit si émouvant. Il est vrai que je ne lis pas ce genre de récit habituellement. Plutôt lectrice de littérature de jeunesse ou jeunes adultes, je ne vais quasiment jamais dans les rayonnages où Bella Pollen et ses confrères pourraient m'attendre. Donc tout simplement merci.
    J'avais bien sûr lu le résumé avant de m'attaquer à "L'été de l'ours", et contre toute attente, je fus intriguée. Pourtant, il n'y avait rien "d'extraordinaire" dans cette histoire. Juste une famille touchée par le deuil comme beaucoup d'autres malheureusement. Une perte brutale et incomprise. Mais chaque membre de la famille ne vit pas ce drame de la même manière, et si Letty, la mère, s'engouffre dans le chagrin, son fils Jaimie, lui, continue de chercher ce père qu'il a perdu. Ses sœurs Alba et Georgie se débattent entre leurs sentiments d'enfants et ceux de jeunes adultes.
    Il n'est pas difficile d'entrer dans le vie de cette famille. Il a même été assez déconcertant de voir avec quelle facilité Bella Pollen arrive à nous plonger dans l'univers de ces parfaits inconnus. Les chapitres se suivent, très courts et chaque, à tour de rôle, nous révélant les penser de Letty, Jaimie, Georgie, Alba et de l'ours. J'ai beaucoup aimé cette dynamique. C'était un pari osé car il est difficile de s'attacher à des personnages en si peu de temps. Mais en même temps, les histoires et les pensées s'entrecroisent. Même Nicky, le père, est très présent dans cette histoire. Il l'est d'ailleurs peut-être trop, ce qui empêche le reste de la famille de réellement faire le deuil. Car le roman traite avant tout de cela. Comment gérer la perte tragique et soudaine d'un être cher ?
    Letty se perd entre trouver la raison de ce suicide et comment gérer cette perte. Elle, la mère de cette fratrie de trois enfants, qui perd petit à petit son rôle et laisse le chagrin l'engloutir, laissant ses enfants livraient à eux-même. Elle ne réussira à sortir de cette torpeur que grâce à la colère sourde qu'elle laissait enfouie en elle. Sa fille cadette, Alba, est d'ailleurs celle qui représente le plus cette colère. Chacun d'eux représente en fin de compte des étapes du deuil : le dénie de Jaimie, l'acceptation de Georgie, la colère d'Alba, la tristesse de Letty... Mais cette avant tout à leur propre rythme et à travers d'autres épreuves comme la découverte de la vérité que chacun d'eux finira par arriver à la dernière étape : la reconstruction.
    Et cela se fait avec douceur et justesse. Chaque membre de la famille progresse à son rythme et rencontre d'autres soucis lié à son âge. Jaimie se débat entre les propres des adultes souvent trop obscurs pour lui. Alba entre dans l'adolescence trop brutalement et n'arrive à s'exprimer que par la colère et la rébellion. Georgie devient adulte, se débattant entre les secrets qu'elle garde et son envie de vivre une vie normale. Et enfin Letty, de retour chez elle, dans celle île perdue à la recherche de la vérité... de sa propre vérité.
    Les choses évoluent avec douceur et petit à petit tout s'enchaîne avec clairvoyance et fluidité. le fond de guerre froide et d'ambassadeurs donne une petite touche de curiosité à l'ensemble. Ils donnent cette petite part de mystère qui entoure la mort de Nicky beaucoup plus crédible, sans pour autant alourdir cette histoire de famille... Et puis, enfin l'Ours. Personnage si important durant toute ce roman. Un emblème, une lueur d'espoir qui donne au récit de Bella Pollen une dimension un peu magique qui m'a charmée sans aucun doute.
    En clair, un roman a découvrir. Une auteur à découvrir. Si jamais Bella Pollen est de nouveau publiée en français, je dois dire que je me laisserais tenter sans trop d'hésitation car cela fait du bien de lire ce roman à l'ambiance douce-amère, et qu'il est toujours bien de lire d'autres univers que ceux qu'on affectionne habituellement.
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    • Livres 4.00/5
    Par Sharon, le 10 mars 2012

    Sharon
    Merci à Babélio et aux éditions Belfond pour ce partenariat.
    Je commencerai par une petite déception : bien que ce roman s'appelle L'été de l'ours (traduction littérale de son titre anglais), celui-ci n'est pas le personnage principal du roman. Il aura une place importante (certains chapitres sont racontés de son point de vue) avant d'acquérir une dimension symbolique à travers les yeux du petit Jamie, qui ne parvient pas à faire le deuil de son père mais il n'est pas le sujet central du livre.
    Le deuil. le mot est jeté. L'un des sujets principaux du livre est là. Letty et ses enfants ne peuvent faire le deuil de Nicholas parce que l'oppobre a été jeté sur son nom. Letty est dans un dilemme. D'un côté, elle ne parvient pas à communiquer avec ses enfants, parce que rien n'est plus difficile que de trouver les mots quand la souffrance vous submerge, de l'autre, ceux-ci sentent bien, à travers les non-dits de leur mère et de leurs amis de Bonn que quelque chose ne va pas, quelque chose qui les arrache à cette ville où ils ont vécu sept ans, où ils avaient leurs amis, leurs écoles.
    1980 : nous sommes en pleine guerre froide. Si nous lisons un roman sur la seconde guerre mondiale, nous saisissons immédiatement l'arrière-plan historique mais là, combien de lecteurs ont oublié ce qu'était la guerre froide ? D'ailleurs, combien de romanciers consacrent un roman sur cette période pendant laquelle les relations Est-Ouest étaient plus que tendues ? Je pense certes à La taupe de John le Carré, je pense aussi à Berlin 73 qui présente une vision plutôt riante de la vie à l'Est (sans commentaires). Ici, Bella Pollen montre l'envers du décor, les obligations des femmes de diplomates, et la hiérarchie qui règne entre elles, la manière dont elles doivent se comporter pour que leur mari puisse faire carrière. Elle montre aussi combien il est difficile pour un diplomate de faire son devoir parce qu'il lui a fallu avant toute chose définir en quoi il consistait. Si le mot "espion" peut subjuguer les enfants (et nous faire irrésistiblement penser à James Bond), il est surtout lourd de conséquence pour Letty qui doit non seulement surmonter la mort de son mari mais tenter de comprendre ce qui s'est passé, avec trois enfants à sa charge.
    Et là, je reviens, presque logiquement, à ce thème du deuil que chacun vivra véritablement à sa manière. La mère, bien qu'elle agisse, est emmurée dans son chagrin, et comme elle ne communiquait plus avec son mari - pour ne pas le déranger, lui avait-on conseillé, en une réminiscence d'un manuel de la bonne épouse des années 60 - elle ne parvient plus non plus à parler avec Alba, sa seconde fille. Alba commence une crise d'adolescende cabarinée, manipulant sa soeur aînée, houspillant son frère, submergée qu'elle est par son mal-être. de nos jours, on dirait qu'elle teste les limites, et qu'une fois qu'elles sont posées, elle trouve un nouveau moyen de les franchir. Georgiana tente de concilier son rôle (ingrat) d'aînée modèle, de confidente de son père et de toute jeune fille. Quant à Jamie, ce doux rêveur, il est celui à qui on en a dit le moins, parce qu'on ne peut pas tout dire à un enfant aussi sensible (encore un préjugé toujours valable). du coup, Jamie vit une vie quasiment parallèle à celle de sa famille, il voit ce que les autres ne voient pas, les mots et les gestes prennent d'autres sens pour lui. Il est à la fois terriblement attachant et terriblement égoïste. Terriblement résistant aussi.
    L'été de l'ours est un roman psychologique (pour l'analyse des sentiments), historique (pour la guerre froid) qui tend parfois vers le conte. Dis ainsi, cela paraît peu crédible, pourtant Bella Pollen réussit à concilier les trois. J'espère maintenant que ses précédents livres seront traduits en français.

    Lien : http://le.blog.de.sharon.over-blog.com/article-l-ete-de-l-ours-de-be..
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Citations et extraits

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  • Par claracambry, le 10 février 2012

    Discrètement, elle les regarda par la fenêtre alors qu'ils s'entassaient dans la remorque. Alba et Jamie perchés aux coins opposés, Georgie, son livre attachée à elle comme un membre supplémentaire, laissant pendre ses jambes à l'arrière. Dès qu'ils furent hors de vue, elle poussa un soupir de soulagement et pressa un doigt sur le lecteur de cassettes. Verdi. Puccini. Wagner.N'importe quoi ferait l'affaire.L'opéra isolait son cœur du froid de ses autres émotions. "Les hommes trahissent par cupidité, vengeance, dégout d'eux-mêmes, désir...". Alick avait emmené les enfants, la laissant avec un autre après-midi rempli d'heures vides durant lesquelles elle s'efforcerait de comprendre laquelle de ces pulsions avait tué son mari.
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  • Par florencemullot, le 25 mars 2012

    D'immenses colonnes de mots et d'expressions, de fragments de chansons et de bouts effilochés de poèmes avaient été soigneusement collationnés dans son cerveau. On y trouvait des histoires à dormir debout et des histoires sans queue ni tête, les vibrations de la vérité et de la tromperie et le pincement de minuscules mensonges entre les deux.
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  • Par Sharon, le 09 mars 2012

    Letty détestait les frontières. Ces lignes minces comme des traits de crayon où la culture, le pouvoir et la religion étaient destinés à s'opposer interminablement les uns aux autres. Elle détestait l'intolérance qu'elles représentaient, les secrets et les mensonges qu'elles exigeaient, et, surtout, le temps qu'elles avaient volé à Nicky.
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  • Par canel, le 14 février 2012

    D'ordinaire, quand Jamie ouvrait la bouche en présence de sa soeur, il s'attendait à se faire ridiculiser. Parfois les piques d'Alba étaient si cruelles qu'elle aurait pu tout aussi bien prendre le coeur de Jamie entre ses mains et le serrer jusqu'à ce qu'il ait atteint la taille d'un pépin de pomme. (p. 244)
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  • Par florencemullot, le 25 mars 2012

    C'était comme si chaque phrase contenait un mot de moins et chaque conversation était raccourcie d'une phrase. Pourtant, lentement mais sûrement, des paragraphes entiers commencèrent à disparaître de leur vie, et ils en étaient arrivés au stade où ils n'échangeaient des informations que lorsque c'était nécessaire.
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