La fille du capitaine nous narre donc les aventures de Piotr Andreievitch Griniov. Enfant turbulent puis adolescent un rien flemmard, promis par ses parents à une carrière militaire avant même sa naissance, il part donc pour l'armée, accompagné de son fidèle serviteur Savelitch. Mais au lieu d'aller se la couler douce à Petersbourg comme il le croyait, le voila qui échoue au fin fond de la campagne profonde, près d'Orenbourg, dans un fort isolé peuplé d'une poignée de militaires éclopés et de recrues cosaques.
On y croisera donc des personnages hauts en couleur: le capitaine Ivan Kouzmitch, plutôt débonnaire et sa femme Vassilissa Yegorovna, vieille dame dynamique qui se révèle être le vrai chef du camp; l'ambitieux militaire Chvabrine; et
La fille du capitaine, Macha, qui donne son titre au roman. Et bien sûr, Macha va vite devenir l'enjeu d'une rivalité entre Griniov et Chvabrine, ce qui es assez drôle, eu égard à son insignifiante. Car Macha est une fille au physique d'une grande banalité ( pour une fois, ça repose! tout ce qu'on saura d'elle c'est quelle a des cheveux blonds et un visage rond.. et pas un mot de plus!) et au caractère effacé, timide douce, peureuse - elle sursaute au moindre coup de feu, ce qui est assez cocasse dans la mesure ou elle a passé toute sa vie en garnison. Bref, la fille que personne n'aurait regardée si elle n'avait pas été la seule de la région en âge d'être courtisée.
Sur cette trame assez banale, mais plutôt drôle, tant
Pouchkine a du talent pour pointer l'absurdité quotidienne ( le fort est en ruine, avec un seul canon rouillé pour le défendre, ce qui n'empêche pas le capitaine de plastronner comme s'il dirigeait l'armée toute entière), se greffe assez vite le vrai sujet de l'histoire: l'insurrection, tout à fait authentique, menée entre 1773 et 1775 par le chef cosaque Pougatchev, qui prend d'assaut le fort.
Car oui, l'histoire d'amour entre les deux tourtereaux sans grande personnalité sert juste d'alibi pour parler de Pougatchev, personnage charismatique, mystérieux, cruel, mais qui n'oublie jamais un bienfait, et prend Piotr en affection. Et on se doute qu'être dans les bonnes grâces d'un hors-la-loi peut vous sauver la vie, mais aussi vous causer de sérieux problèmes avec la hiérarchie.
Et c'est là que ça devient très intéressant, car
Pouchkine présente Pougatchev sous un jour plutôt sympathique. Dans les premiers jets, d'ailleurs, le héros aurait du être Chvabrine, le militaire rebelle qui rejoint la troupe de cosaques révoltés - inspiré d'un dénommé Chvanvitch, personnage réel cité au procès de Pougatchev.
Pouchkine, pour son roman, mais aussi pour son essai sur Pougatchev, a fait un énorme travail de recherche, très impressionnant, fouillant les archives judiciaires, interrogeant les survivants ( il écrit son roman une cinquantaine d'années après les faits).. bref un travail documentaire colossal.. et risqué. Car présenter sous un jour favorable un réprouvé qui fomentait un coup d'état contre Catherine II, ou faire d'un traitre son héros ne serait pas vraiment passé à la censure, surtout venant de quelqu'un qui avait été exilé 10 ans plus tôt pour agitation politique et écrits séditieux.
D'où ce camouflage derrière une histoire d'amour sans grand intérêt.
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