> Jean-Yves Pellegrin (Traducteur)

ISBN : 2749103967
Éditeur : Le Cherche midi (2009)


Note moyenne : 3.18/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Washington. Adie Klarpol, une jeune artiste désillusionnée, est engagée par une compagnie d'informatique pour travailler sur un système expérimental, « la Caverne ». Ce simulateur d'univers virtuels en 3D permet de revisiter, entre quatre murs, les chefs-d'oeuvre de l'a... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    InColdBlog
    « Cela était. Et cela n'était pas. »
    Cette formule qui ouvre chaque conte persan des Mille et une nuits résume parfaitement le dernier roman de Richard Powers, L'Ombre en fuite (publié en 2000 aux Etats-Unis).
    D'un côté, la Caverne, système expérimental de simulation d'univers virtuels en 3D.
    A l'invitation de son ami Steve, Adie, artiste douée mais désillusionnée, quitte Manhattan pour rejoindre à Seattle une équipe de chercheurs impliqués dans un projet de réalité virtuelle, financé par une richissime compagnie d'informatique.
    Aux côtés de ces matheux et informaticiens attelés jour et nuit à leur projet, elle va mettre son talent au service de la Caverne, en apportant son regard de peintre et de graphiste, reproduisant en trois dimensions les toiles des plus grands maîtres (Le douanier Rousseau, Van Gogh…).
    De l'autre côté, une cellule, quelque part au Liban.
    Américain d'origine iranienne, Taimur est venu à Beyrouth pour enseigner l'anglais.
    Un beau matin de ces années 1980, il est enlevé par un groupe d'islamistes pour lesquels il ne sera qu'un otage occidental de plus, une monnaie d'échange et de pression supplémentaire.
    Seul dans son cachot, pour ne pas perdre la raison, il va mettre sa mémoire à contribution espérant faire tomber les murs de sa prison.

    Deux pays, deux univers, deux lieux clos. C'est à une curieuse expérience que Powers convie ses lecteurs dans L'Ombre en fuite.
    A ma gauche, la Caverne, où les chercheurs évoluent dans un espace vide, peuplé uniquement de matériel informatique, de connexions et des câbles électriques en tout genre, plongé, comme son nom l'indique, dans une obscurité permanente. De cette nuit éternelle, ils ne s'évadent qu'à travers les œuvres recréées grandeur nature par la réalité virtuelle.
    Dans cette grotte de Lascaux du XXe siècle, tous s'agitent, tâtonnent, réfléchissent, essaient, échouent, s'engueulent, recommencent, progressent… comme autant de rats de laboratoire que le lecteur observerait, tel un scientifique pour lequel ne comptent que les résultats de l'expérience. La distanciation est d'autant plus aisée que Powers inonde le récit d'un vocabulaire informatique technique auquel la plupart restera hermétique (comme le tiercé pour Guy Lux, l'informatique c'est son dada).
    A ma droite, la geôle de Taimur où le lecteur, en totale empathie avec le prisonnier, devient à son tour le rat de laboratoire, coincé entre quatre murs, à la merci du bon vouloir de ses gardiens. Dans ces chapitres, Powers utilise le “vous”, seconde personne du pluriel. Cette adresse au lecteur, telle celle d'un hypnotiseur, décuple sa force d'identification.
    (En me relisant, je m'aperçois que ce recours au “vous” est le choix du traducteur et non de Powers, puisque en anglais n'existe que le “You”. Et je n'ai pas trouvé sur le web d'extrait relatif à Taimur en V.O. pour savoir comment cet effet est rendu dans le texte original.)

    Une fois encore, Powers prouve qu'il est un virtuose de la structure narrative.
    Paradoxalement, dans l'alternance des chapitres, ceux consacrés à l'enfermement de Taimur m'ont semblé d'indispensables bouffées d'oxygène (dont la longueur va croissant, à l'inverse des sourates de son précieux Coran), une échappée attendue pour passer de l'univers quasi clinique de la Caverne à un monde plus “humain”, de la lumière électrique des néons à celle éblouissante du soleil du Proche Orient.
    La Caverne et la geôle libanaise, les deux récits se répondent : il s'agit de fuir le monde réel grâce à des représentations physiques, dans un cas, ou mentales, dans l'autre. Chacun de ces récits prend tout son sens à la lumière de l'autre : les images recréées par Adie faisant écho à celles que Taimur fait émerger des tréfonds de son esprit ; la chute du mur de Berlin et l'opération “Tempête du désert” auxquels les pensionnaires de la Caverne assistent devant leur téléviseur renvoient à Taimur prisonnier dans un pays arabe de murs qu'il voudrait bien voir s'effondrer…
    Contre toute attente, les deux histoires vont même finir par s'interpénétrer.

    Avant toute chose, je dois avouer que, comme beaucoup d'autres lecteurs (voir les liens un peu plus bas), j'ai peiné à entrer dans ce roman. S'il ne s'était pas agi de Richard Powers, j'aurais très probablement laissé tomber l'affaire en cours de lecture. D'autant que la narration m'a fortement rappelé celle de Trois fermiers s'en vont au bal, roman entremêlant trois histoires sans rapport apparent dont le lien se fait jour au fil du récit, et dont j'étais sorti mitigé.
    En revanche, avec L'Ombre en fuite, j'avais beau peiner, il y avait “quelque chose” qui me plaisait.
    Puis, en faisant fi de tout le jargon informatique, j'ai réussi à m'intéresser à cette bande de savants fous complètement investis par leur passion, j'ai “vécu” à leurs côtés la magie du monde virtuel, j'ai fait grincer le plancher de la chambre de Van Gogh en Arles.
    Puis, les rapports entre les membres de l'équipe sont devenus moins flous, Powers éclaircissant au fur et à mesure la situation établie comme acquise dès l'ouverture du roman, notamment les liens qui unissent Steve et Adie (j'ai beaucoup aimé le personnage de Ted).
    Comme d'habitude avec Powers, on ne peut qu'être sensible à l'érudition de l'auteur, ses réflexions sur l'art, le rapport qu'il entretient avec la vie, comment il représente le réel. Plus “conventionnels”, les chapitres sur les affres de Taimur, prisonnier de ses quatre murs, sont captivants (sans mauvais jeu de mots) ; comment il lutte pour ne pas sombrer dans la folie (je n'ai pu m'empêcher de penser au Joueur d'échecs de Zweig), comment il tente d'entretenir des relations avec ses geôliers…
    Au final, malgré une entrée en matière laborieuse et le sentiment de n'avoir pas tout absorbé de la substantifique moelle de ce roman (le billet de Leiloona m'a d'ailleurs conforté dans cette idée), je vais garder de L'Ombre en fuite un très bon souvenir. Celui d'une lecture ardue qui m'aura rendu moins bête en m'emportant dans des hauteurs qui ne me sont pas familières et dont se détachent des images et des extraits très vivaces.
    Je n'en ai que plus hâte encore de lire La Chambre aux échos qui patiente dans ma PAL depuis un an.


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/L%27ombre%20en%20fuite
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  • Par keisha, le 17 mai 2009

    keisha
    Seattle, années 80 : Adie Klarpol rejoint une équipe de grosses têtes travaillant à la mise au point de la "Caverne".
    Différents talents s'associent pour créer des univers virtuels.
    Adie commence par une simple feuille du tableau du douanier Rousseau pour aboutir à la chambre Jungle.
    (Le rêve, Douanier Rousseau, MOMA, New York)
    "Leur première réussite - la feuille qui tournoyait dans les ténèbres de la caverne - les avait conduits là : à ce corps laiteux et lenticulaire que Spider voyait graviter dans la pénombre de son esprit. Epaules bombées, tresses de toron. le galbe des hanches reposait en quelque point du limaçon de Pascal."
    La chambre Econométrie permet de "voir" les données économiques:
    "A dix heures, juste au dessus de l'horizon, la chevelure rousse d'une comète dessine une reprise de la consommation au troisième trimestre. Une rosace de poussière cosmique présage un chômage persistant. Une variation des données tabulaires met au jour des rapports cachés qui deviennent soudain évidents. Les courbes dansent comme des lampions accrochés au front d'une nuit d'été."
    Beyrouth, années 80 : Taimur Martin , professeur américain est pris en otage et enfermé dans une pièce obscure. Il survit des mois et des mois, se perdant dans sa mémoire et son imagination, suppliant qu'on lui donne de la lecture.
    Après plusieurs tentatives infructueuses il réussit à se souvenir d'un tableau du musée de Chicago, où il habitait avec son épouse Gwen:
    "Tout ici vous a attendu, vous, la pensée qui regarde. le savon, l'eau, la serviette, une chemise de rechange, un mur aux tableaux penchés. Que vous faut-il d'autre? le lit est un peu étroit. Mais dans une chambre comme celle-là, Gwen réclamera de dormir blottie contre vous."
    (La chambre de Van Gogh à Arles (Art Institute of Chicago))
    Les deux histoires se poursuivent parallèlement, avec en commun cette chambre de Van Gogh. Par finir par se rejoindre...
    Mon avis:
    Richard Powers confirme là son grand talent. J'ai retrouvé son style extrêmement imagé et précis, où science, art et poésie sont ici entrelacés.
    Le monde des chercheurs embarqués dans leur passion est bien rendu.
    La partie concernant la captivité au Liban est tout aussi captivante et basée sur des faits réels.
    C'est une lecture qui fait chauffer quelques neurones et réclame de l'attention... Parfois vertigineux...
    Un roman qui mérite de s'y plonger en dépit de l'aridité du thème de la réalité virtuelle, transfiguré par l'auteur.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-30358345.html
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    • Livres 2.00/5
    Par kathel, le 15 septembre 2010

    kathel
    Le sentiment qui domine à la suite de cette lecture est plutôt la déception. Je dois dire que si l'auteur n'avait pas été Richard Powers dont j'ai adoré Le temps où nous chantions, je n'aurais certainement pas dépassé les cent premières pages. Je reconnais à ce livre des qualités, mais j'ai trouvé que l'auteur l'avait sciemment rendu obscur comme s'il voulait décourager une partie des lecteurs !
    Deux histoires s'entremêlent : tout d'abord celle d'Adie Klarpol, artiste qui a abandonné une carrière prometteuse pour des petits boulots dans la pub et qui est contactée par un ami qui lui propose de venir le rejoindre à Seattle pour travailler à la création d'environnements virtuels. le deuxième récit est celui, à la deuxième personne, de Taimur Martin, enseignant fraîchement débarqué au Liban, enlevé et détenu comme otage dans un cachot dépourvu de la moindre commodité.
    Les deux récits alternent et se répondent, et c'est là le grand intérêt de ce roman : l'univers virtuel créé par Adie et ses collègues trouve un écho dans les lieux recréés par la mémoire de Taimur afin que son enfermement ne le fasse pas sombrer dans la folie. C'est captivant, très bien écrit, mais, et c'est un gros "mais" : les parties scientifiques à propos de la créations de ces univers virtuels, la jungle du Douanier Rousseau ou la chambre de Van Gogh en Arles, sont beaucoup trop longues et remplies de vocabulaire obscur ! J'ai noté par exemple en deux pages les mots : hangul, lenticulaire, mathesis, lonchuras et épicanthus qui, pour ce que j'ai cru en comprendre, ne relèvent pas tous du même champ sémantique. Cela fait tout de même beaucoup, sans compter un vocabulaire plus purement technique qu'on peut saisir en ayant quelques notions de logiciels de dessin par ordinateur. le sujet ne manque pas d'intérêt, les réflexions sur les rapports entre l'art et la vie sont passionnantes, et j'ai d'ailleurs persisté jusqu'au bout des 430 pages, mais dans lesquelles j'aurais volontiers fait des coupes sévères ! Bravo au traducteur qui n'a pas dû avoir la tâche facile et qui s'en est très bien sorti.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-30960941.html
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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 12 mai 2009

    Bien des années plus tard, lorsqu'elle refit surface, Adie Klarpol n'aurait su dire comment elle s'était représentée les lieux. Ni même esquisser les contours de ce qu'elle avait imaginé. Assemblage souterrain de concrétions où grouillait un peuple de tritons aveugles. Une Carlsbad miniature pour spéléologues. La datcha d'été du Roi de la montagne.
    La Caverne, avait dit Stevie à l'autre bout du fil. Stevie Spiegel, surgi du néant, au milieu de la nuit, des années après que chacun eut cru l'autre mort, quand d'aventure ils songeaient l'un à l'autre. La Caverne. Dans l'esprit d'Adie, ce mot évoquait toutes sortes de formes hormis la sienne propre.
    Elle ne l'avait pas reconnu au téléphone. C'est Steve, avait-il annoncé.
    Mais ce nom ne lui disait rien.
    Adie, dans le noir, serrait le combiné d'une main maladroite. Elle s'efforçait de remonter le fil du temps, à contre-courant, vers une date où ce Steve lancé a capella pouvait encore lui évoquer des choses. Allons, Steve : l'un des douze prénoms les plus répandus aux Etats-Unis chez les 24-38 ans de sexe masculin.
    Steve Spiegel, avait-il encore répété, vexé par la confusion d’Adie. Madison ? Ton colocataire, ton collaborateur ? Mahler Haus ? Ça y est, j’y suis : tu as jeté au feu tout ton passé.
    Devant elle, une vision s’était précipitée, comme une apparition de la Vierge venue sermonner de petits écoliers slaves : elle se revit à vingt et un ans. Le souvenir emporta les digues de terre bien tassée qu’Adie avait pris soin de dresser autour d’elle. Steve Spiegel. À l’époque, ils avaient projeté de passer ensemble le reste de leur existence, tous les trois. Elle, lui et celui qui vivrait assez vieux pour devenir son ex-mari.
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Vidéo de Richard Powers

Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Richard Powers Le périple de François Busnel commence dans le New Jersey avec Joyce Carol Oates puis va se poursuivre à travers les Grandes Plaines avec en toile de fond ce mythe américain toujours vivace : se réinventer encore et toujours. La liste est longue de noms qui évoquent la conquête de l'Ouest, les règlements de comptes entre desperados, les batailles rangées opposant tuniques bleues et Indiens, les massacres des populations indigènes... Avec les écrivains Joyce Carol Oates, Elmore Leonard, Laura Kasischke, Michael Collins, Dan Chaon, Richard Powers et Louise Hendricks...








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