Pâques 1939. Les Filles de la Révolution Américaine ont refusé à Marian Anderson, "la plus grande contralto du pays, récemment revenue d'une tournée triomphale en Europe", le droit de chanter à Washington au Constitution Hall. Eleanor Roosevelt démissionne de ce groupe et crée un comité de protestation. Finalement 75 000 personnes assisteront au concert en plein air donné au pied du Mémorial Lincoln.
Parmi elles, David Strom, physicien juif allemand qui vient d'émiger aux Etats Unis, et Délia
Daley, jeune femme noire qui envisage de faire du chant sa carrière. C'est le début de leur belle histoire d'amour.
Un dicton juif dit " L'oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux. Mais où vont-ils construire leur nid ?"
David et Délia se marient. A l'époque, dans cettains états américains, c'est un crime. Là où ils résident, c'est mal accepté et le quotidien de Délia est dur, très dur.
"Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu'ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l'emmener faire les course sans pour autant que tout le magasin en soit pétrifié."
Ils élèvent leur trois enfants dans un bain de musique, de science (ah la relativité!) et d'amour, tentant l'expérience de ne pas vouloir leur coller une étiquette. le monde extérieur s'en chargera quand même.
L'aîné, Jonah, est très très doué pour le chant. Il aura une carrière internationale, Joseph sera longtemps dans l'ombre de son frère et Ruth se rebellera contre sa famille.
Au travers de ce gros livre
Richard Powers brosse le portrait des Etats Unis au cours du dernier siècle, parlant de façon extraordinaire de la musique et du racisme, et des tiraillements de Jonah, Joseph et Ruth entre deux "couleurs".
Que dire ? Extraordinaire ! Ce livre m'a captivée de bout en bout.
Richard Powers décrit magnifiquement la musique (toutes les sortes de musique, pas seulement la classique blanche européenne) et son effet sur les chanteurs et auditeurs.
"Des huit vives mesures, la voix de soprano s'élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé parl'hiver; L'air progresse de la manière la plus simple : un do stable rentre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le ré instable de la gamme. A partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu'à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprise, moucheté de taches mineures et d'une lumière soudain vive. Les lignes imbriquées l'une dans l'autre débordent de leur lit pour donner naissance aux suivantes, la joie l'emporte, l'ingénuité se répand partout. "
Un beau moment de lecture, un grand bonheur ; j'ai été portée, soulevée par cette histoire !
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