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Nicolas Richard (Traducteur)
ISBN : 2264041447
Éditeur : 10-18 (02/04/2008)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 380 notes)
Résumé :
Tout commence en 1939, lorsque Delia Daley et David Strom se rencontrent à un concert de Marian Anderson. Peut-on alors imaginer qu'une jeune femme noire épouse un Juif allemand fuyant le nazisme ? Et pourtant ... Leur passion pour la musique l'emporte sur les conventions et offre à leur amour un sanctuaire de paix où, loin des hurlements du monde et de ses vicissitudes, ils élèvent leurs trois enfants. Chacun d'eux cherche sa voix dans la grande cacophonie américai... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
Chouchane
11 mars 2013
Quand on ouvre un roman de plus de mille pages, on sait qu'il existe deux façons de le finir, la première : épuisé, la seconde : ébloui et insatisfait de s'arrêter, c'est de cette façon que j'ai fermé le livre de Richard Power : bouleversée. Toutes les dimensions d'un très bon roman y sont réunies : Un contexte historique passionnant, la lutte pour les droits civiques aux États Unis ; une réflexion sur la notion de couleur de peau mais aussi sur le temps ; de l'érudition , la musique sous toutes ses formes ; une histoire , celle d'une famille mixte. David est un physicien brillant, juif, il fuit le nazisme en allant aux États Unis. Il y rencontre, lors du concert (réel) de Maria Anderson, Delia une femme noire. Tout deux sont des musiciens mélomanes, leur passion les rapproche et leur permet d'inventer un futur qui est, à leur époque, interdit aux États-Unis. Un blanc ne peut pas épouser une noire, c'est illégal. Ils vont pourtant se marier et avoir trois enfants, qu'ils élèveront à leur façon afin qu'ils soient ce qu'ils doivent être sans subir les folies des hommes. Pourtant aucun des trois n'échappera à la difficulté d'être ce qu'il est. C'est l'un deux, Joseph, qui raconte le roman de sa famille. Il relate surtout le parcours de son frère Jonah un ténor dont la voix est d'une rare pureté et l'oreille absolue, la rencontre de ses parents et l'errance de sa soeur Ruth dans la lutte pour les droits des noirs américains . Cette petite famille va démarrer son existence en musique autour de l'épinette de la mère qui apprend à ses enfants, le solfège, le piano, le chant et la vie. Une famille qui chante tous les jours et permet à Power de nous offrir de très belles pages sur la musique. Il y eut des moments courts où j'ai trouvé les descriptions musicales un peu longues mais surtout des moments longs où j'ai été emportée par le tourbillon de la famille Storm.
Chaque chapitre retrace une période mais comme le récit ne se déroule pas de façon chronologique, il faut beaucoup de temps pour tout recomposer. On passe des années soixante à la fin du XIX°, on traverse l'hiver 1941, on revient aux années 1970, et ainsi de suite… tout ça parce que le temps fait des boucles et pirouettes et que dans les replis du temps on peut voir son passé et son futur. Ainsi le roman se termine sur la rencontre initiale entre David et Delia et nous offre une surprise émouvante que chacun aimerait pouvoir vivre. C'est très beau et douloureux comme la vie.
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Myriam3
06 octobre 2016
Laissez-moi d'abord le temps de souffler avant d'aborder ce roman... quelle épopée!
C'est tout un écheveau à démêler avant de pouvoir ne serait-ce que vous donner la trame principale du récit. Disons que nous suivons les aléas d'une famille pas ordinaire des années 40 aux années 80: le père, juif allemand, est un chercheur physicien un peu déboussolé ayant fui l'Europe pour refaire sa vie aux Etats-Unis. La mère, une jeune femme noire descendant de deux lignées d'esclaves et ayant, bien sûr, du sang blanc d'esclavagistes dans les veines. Leurs trois enfants, des prodiges du chant élevés libres et dans la non-conscience de leur couleur de peau. Ils sont éduqués à la maison et en musique, jusqu'à ce que Jonah, l'aîné, soit envoyé au conservatoire de musique pour qu'il puisse développer un talent exceptionnel.
Le récit virevolte autour de la musique, l'oppression raciale et la thèse paternelle selon laquelle le temps forme une boucle et que nos vies se répètent. Chaque personnage évolue selon une perception unique et personnelle de ce qu'être noir signifie dans un pays où la ségrégation n'est pas loin, sachant qu'entre une peau plutôt claire et une autre foncée il peut y avoir un gouffre...
Il faudrait des pages entières pour aborder la richesse et la complexité de ce roman aux multiples facettes qui ne plonge jamais ni dans la facilité ni dans le cliché. Il peut paraître ardu au premier abord quand on n'est pas grand connaisseur en musique mais finalement il suffit de se laisser emporter pour pénétrer dans ce monde particulier. Chaque personnage est attachant, agaçant parfois mais surtout si humain. Ils vont me manquer, c'est certain, et je suis heureuse de tout ce que j'ai pu apprendre par ce livre, émue de l'humanité et la bonté des membres de cette famille, et choquée de constater que, telle la boucle du temps que le père proclame, les émeutes des années 70 dont on parle ici font écho à celles d'aujourd'hui même, comme si le temps s'était figé.
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mariecesttout
21 février 2014
Quel roman, oui!
Son poids, sa longueur pourrait décourager d'éventuels lecteurs . Et aussi sa complexité. Car si cela m'a évoqué Philip Roth bien sûr, avec" Pastorale américaine", et surtout "La tache" pour un des principaux thèmes, ce livre brasse encore plus... Peut-être trop, d'ailleurs? Je dirais que dans le cadre donc de l'histoire récente des Etats Unis ( dominée de tout temps par le problème ethnique) j'aperçois trois thèmes dominants, mais il y a bien d'autres choses....
- La famille ,bien sûr, et dans cette famille surtout la fratrie, le rôle de chacun, qu'il exerce en fonction de ses dons, oui, mais aussi et surtout en fonction de ce qui lui a été donné comme tâche de façon plus ou moins consciente par les parents et en particulier par la mère ( c'est elle qui a confié, d'un seul regard, la responsabilité de son frère et de sa soeur à l'enfant du milieu....)
- La musique et le temps, la musique qui permet de jouer avec le temps, de l'utiliser dans le rythme bien sûr, mais aussi par des retours en arrière et des variations sur un même thème.
-Et puis, la question de l'identité, qui apparait à chaque page, et dont les difficultés de définition sont majeures pour ces enfants de par leur métissage et leur double culture ( avec le lourd passé qui est le lot de chacune) et parce qu'ils ont été élevé dans la très belle mais utopique idée que l'on peut être ce que l'on veut être, et non ce que les autres veulent qu'on soit...
C'est encore une fois un livre dont on ne sort pas indemne.On s'étonne, quelquefois, que ce livre ait pu être écrit par un blanc américain. Mais Richard Powers a expliqué cette possibilité d'empathie par le fait qu'enfant, il avait vécu en Thaïlande où même en parlant la langue, il était difficilement accepté. Et qu'au retour aux EU, il se sentait , de la même façon, différent. de même, il racontait que c'est lors d'un voyage en Hollande que lui, grand, blond et blanc, avait acquis la conviction qu'une identité ne saurait se définir par ces seules caractéristiques physiques, et reconnu l'importance de la culture comme élément central de l'identité d'un être humain.
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bvb09
11 août 2013
C'est une histoire d'amour entre un poisson et un oiseau.
Une histoire impossible, interdite voire criminelle, qui va se concrêtiser contre toute attente.
Pour leur bonheur?
Seuls contre tous?
Cela serait trop simple.
Un poisson avec un oiseau cela ne se peut pas, et à part David, dont on sent que le côté pratique n'est pas son fort, personne ne sera exempté des doutes du bien-fondé d'une telle union.
Même la musique, magnifique culture, remarquablement mise en scène par l'auteur, qui devrait les réunir, ne parviendra pas à surmonter le poison du racisme qui touchera toute la famille jusqu'en son sein, quels que soient les moyens utilisés pour s'y opposer ou s'y soustraire.
Ce court roman de plus de 1.000 pages qui s'étend de 1939 aux années 90 est un roman dans lequel le racisme aus USA tient une place centrale, sans être pesante.
Je n'ai commencé la lecture de ce livre qu'après avoir entendu Powers dans un grand entretien avec Francois Bunuel où il m'avait impressionné par son intelligence et une ouverture sur le monde qui dépasse largement celui de la littérature.
Impression confirmée.
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Allantvers
27 juin 2013
Pour tout amateur de littérature américaine (et de littérature tout court!) "Le temps où nous chantions" de Richard Powers est un roman à découvrir absolument.
C'est un livre remarquable sur la ségrégation, sur l'identité, sur la musique. Ces trois thèmes bien qu'éloignés a priori sont traités sur le même plan d'importance, ce qui fait la richesse du livre en même temps qu'une écriture puissante et maîtrisée, ainsi qu'une construction originale (le récit n'étant pas linéaire) et redoutablement efficace.
Malgré quelques petits moments de fatigue au cours de ces mille pages denses, ce livre a été pour moi un très grand moment de lecture et m'a donné la satisfaction, une fois le livre refermé, d'avoir eu en main rien moins qu'un chef d'oeuvre!
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Citations & extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
keishakeisha10 décembre 2008
"Des huit vives mesures, la voix de soprano s'élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé parl'hiver; L'air progresse de la manière la plus simple : un do stable rentre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le ré instable de la gamme. A partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu'à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprise, moucheté de taches mineures et d'une lumière soudain vive. Les lignes imbriquées l'une dans l'autre débordent de leur lit pour donner naissance aux suivantes, la joie l'emporte, l'ingénuité se répand partout. "
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jovidalensjovidalens06 avril 2015
Un soir , après les prières, il a demandé à notre mère : "On vient d'où, nous ?"
[...]
"D'où vous venez ? Vous les enfants ?" Chaque fois qu'une question la mettait dans l'embarras, Maman la répétait. Elle gagnait ainsi une dizaine de secondes.
[...]
"Eh bien, je suis contente que tu me demandes ça. Vous nous avez été remis tous les trois par Frère Merveilles."
Le visage de mon frère se plissa, il était sceptique. "C'est qui ?"
- C'est qui...? Comment se fait-il que tu sois si curieux ? Tu tiens ça de moi ou de ton père ? Le Frère Merv s'appelle Joie. Monsieur Joie I. Yeux.
- Le I. correspond à quoi ? s'enquit Jonah, en essayant de la coincer à son propre jeu.
- A quoi correspond le I ? ça alors, tu ne le sais pas ? Ivan."
Et Jonah d'enchaîner presto : "C'est quoi, le deuxième prénom de Merv ?
- Weil, répondit mon père [...]
- Merv Weil Yeux ?
- oui, absolument. Pourquoi pas ? La famille Yeux a plus d'un secret dans le placard.
- Allez, Da. Sérieux. On vient d'où?
- Ta mère et moi, nous vous avons trouvés au rayon surgelés de la supérette. Qui sait depuis combien de temps vous y étiez. Ce fameux monsieur Yeux prétend être votre propriétaire, mais il n'a jamais pu nous montrer le certificat de propriété.
- S'il te plaît, Da, la vérité.
Da n'avait jamais pris ce mot à la légère. "Vous sortez du ventre de votre mère"
Une telle ineptie provoqua chez nous un rire irrépressible.
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luocineluocine08 septembre 2009
Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le magasin en soit pétrifié. Elle aimerait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct maternel pour contenir cette rage.
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jouanfrancjouanfranc07 février 2012
Elle était très noire. D'un noir tellement noir qu'il n'a rien à voir avec ses mulets de fils. D'un noir imposé, d'un noir comme un refuge. Noire par la mémoire et noire par l'invention. Chaque jour sur la défensive, à esquiver avec le sourire. Le fruit de vingt générations de violence intégrée, à ployer sous les coups, même quand on croyait ne pas ployer. Pas une journée ne se passait sans qu'elle ait à ravaler sa salive, sans qu'elle soit obligée de se remémorer ce joyau intérieur qui la protégeait. Et pourtant, elle était claire de peau, de chevelure, de traits, d'aspect extérieur... comme sa fille métis qui se déteste de n'être pas plus simple.
"Noire, Ruth. Elle était noire.
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Myriam3Myriam324 septembre 2016
Et cette foule immense, de quelle couleur est-elle? Delia a même oublié de regarder. Elle ne sort jamais dans un lieu public sans en étudier la couleur moyenne, c'est ainsi qu'elle évalue sa sécurité relative. Mais cette cohue oscille comme un rouleau de velours froissé occupant tout l'horizon. Ses tons se modifient à chaque changement de lumière et à chaque nouvelle inclinaison de la tête. Une foule mélangée, la première qu'elle ait jamais pénétrée, américaine, trop importante pour que son pays puisse espérer lui survivre, une foule venue célébrer la mort des "places assises réservées" et du "paradis nègre".
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