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> Nicolas Richard (Traducteur)

ISBN : 2264041447
Éditeur : 10-18 (2008)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 152 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
En 1939, lors d'un concert de Marian Anderson, David Strom, un physicien juif allemand émigré aux Etats-Unis pour fuir les persécutions nazies, rencontre une jeune femme noire, Delia Daley. Ils se marient et élèvent leurs trois enfants dans le culte exclusif de la musiq... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Ellen-R, le 11 octobre 2012

    Ellen-R
    Voila un roman foisonnant, très intelligemment construit autour de personnages qui expriment toute la complexité humaine. Si le thème majeur en est le racisme et ses ravages, c'est aussi une superbe évocation de la musique, sa diversité et le bonheur qu'elle procure. C'est aussi une réflexion sur le temps qui induit une construction qui n'est pas linéaire sans que le lecteur puisse s'égarer.
    Ne nous y trompons pas : Le temps où nous chantions n'est pas un livre savant réservé à des philosophes méditant sur Saint Augustin pour qui « la notion de temps n'est pas un objet de notre savoir mais une dimension de notre être » ni pour des musicologues avertis. Ce livre est destiné à tous ceux qui aiment se laisser emporter par des récits parfaitement contés et qui insèrent des histoires personnelles dans un monde souvent tragique.
    Il y a une richesse de tons et de rythmes pour imaginer cet impossible rêve d'effacer les différences et permettre à deux jeunes métis de « devenir ce qu'ils voulaient » comme leurs parents l'ont tant espéré. Mais comment oublier, quand votre mère qui est noire doit suivre dans la rue votre père qui est blanc comme une domestique et non comme sa femme ? Comment admettre que « tout a changé mais que rien n'est différent » ?
    C'est aussi une très belle histoire familiale avec ses caractères, ses différences, de génération notamment, ses incompréhensions sources parfois de drames, ses complicités qui sont autant de joies et par-dessus tout ce besoin d'appartenance, même s'il est aussi un danger, celui d'une autre exclusion. La fin est magistrale.
    Richard Powers ne démontre jamais, il raconte et c'est beaucoup plus fort que toutes les théories et les polémiques. Superbement écrit, et traduit, ce roman que j'ai vraiment beaucoup aimé est certes celui de la dissonance, mais aussi celui de ces moments de bonheur quand ils chantent, et on les entendrait presque.
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    • Livres 5.00/5
    Par Chouchane, le 11 mars 2013

    Chouchane
    Quand on ouvre un roman de plus de mille pages, on sait qu'il existe deux façons de le finir, la première : épuisé, la seconde : ébloui et insatisfait de s'arrêter, c'est de cette façon que j'ai fermé le livre de Richard Power : bouleversée. Toutes les dimensions d'un très bon roman y sont réunies : Un contexte historique passionnant, la lutte pour les droits civiques aux États Unis ; une réflexion sur la notion de couleur de peau mais aussi sur le temps ; de l'érudition , la musique sous toutes ses formes ; une histoire , celle d'une famille mixte. David est un physicien brillant, juif, il fuit le nazisme en allant aux États Unis. Il y rencontre, lors du concert (réel) de Maria Anderson, Delia une femme noire. Tout deux sont des musiciens mélomanes, leur passion les rapproche et leur permet d'inventer un futur qui est, à leur époque, interdit aux États-Unis. Un blanc ne peut pas épouser une noire, c'est illégal. Ils vont pourtant se marier et avoir trois enfants, qu'ils élèveront à leur façon afin qu'ils soient ce qu'ils doivent être sans subir les folies des hommes. Pourtant aucun des trois n'échappera à la difficulté d'être ce qu'il est. C'est l'un deux, Joseph, qui raconte le roman de sa famille. Il relate surtout le parcours de son frère Jonah un ténor dont la voix est d'une rare pureté et l'oreille absolue, la rencontre de ses parents et l'errance de sa sœur Ruth dans la lutte pour les droits des noirs américains . Cette petite famille va démarrer son existence en musique autour de l'épinette de la mère qui apprend à ses enfants, le solfège, le piano, le chant et la vie. Une famille qui chante tous les jours et permet à Power de nous offrir de très belles pages sur la musique. Il y eut des moments courts où j'ai trouvé les descriptions musicales un peu longues mais surtout des moments longs où j'ai été emportée par le tourbillon de la famille Storm.
    Chaque chapitre retrace une période mais comme le récit ne se déroule pas de façon chronologique, il faut beaucoup de temps pour tout recomposer. On passe des années soixante à la fin du XIX°, on traverse l'hiver 1941, on revient aux années 1970, et ainsi de suite… tout ça parce que le temps fait des boucles et pirouettes et que dans les replis du temps on peut voir son passé et son futur. Ainsi le roman se termine sur la rencontre initiale entre David et Delia et nous offre une surprise émouvante que chacun aimerait pouvoir vivre. C'est très beau et douloureux comme la vie.
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  • Par keisha, le 10 décembre 2008

    keisha
    Pâques 1939. Les Filles de la Révolution Américaine ont refusé à Marian Anderson, "la plus grande contralto du pays, récemment revenue d'une tournée triomphale en Europe", le droit de chanter à Washington au Constitution Hall. Eleanor Roosevelt démissionne de ce groupe et crée un comité de protestation. Finalement 75 000 personnes assisteront au concert en plein air donné au pied du Mémorial Lincoln.

    Parmi elles, David Strom, physicien juif allemand qui vient d'émiger aux Etats Unis, et Délia Daley, jeune femme noire qui envisage de faire du chant sa carrière. C'est le début de leur belle histoire d'amour.
    Un dicton juif dit " L'oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux. Mais où vont-ils construire leur nid ?"
    David et Délia se marient. A l'époque, dans cettains états américains, c'est un crime. Là où ils résident, c'est mal accepté et le quotidien de Délia est dur, très dur.
    "Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu'ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l'emmener faire les course sans pour autant que tout le magasin en soit pétrifié."
    Ils élèvent leur trois enfants dans un bain de musique, de science (ah la relativité!) et d'amour, tentant l'expérience de ne pas vouloir leur coller une étiquette. le monde extérieur s'en chargera quand même.
    L'aîné, Jonah, est très très doué pour le chant. Il aura une carrière internationale, Joseph sera longtemps dans l'ombre de son frère et Ruth se rebellera contre sa famille.
    Au travers de ce gros livre Richard Powers brosse le portrait des Etats Unis au cours du dernier siècle, parlant de façon extraordinaire de la musique et du racisme, et des tiraillements de Jonah, Joseph et Ruth entre deux "couleurs".

    Que dire ? Extraordinaire ! Ce livre m'a captivée de bout en bout. Richard Powers décrit magnifiquement la musique (toutes les sortes de musique, pas seulement la classique blanche européenne) et son effet sur les chanteurs et auditeurs.
    "Des huit vives mesures, la voix de soprano s'élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé parl'hiver; L'air progresse de la manière la plus simple : un do stable rentre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le ré instable de la gamme. A partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu'à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprise, moucheté de taches mineures et d'une lumière soudain vive. Les lignes imbriquées l'une dans l'autre débordent de leur lit pour donner naissance aux suivantes, la joie l'emporte, l'ingénuité se répand partout. "

    Un beau moment de lecture, un grand bonheur ; j'ai été portée, soulevée par cette histoire !

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-23927524.html
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  • Par Jeanmarcel, le 18 mai 2013

    Jeanmarcel
    Si vous avez dix euros à placer sur un bouquin intelligent et remarquablement écrit, Le temps où nous chantions de Richard Powers est tout indiqué.
    Paru en 2003, élu meilleur livre de l'année aux USA par la presse à tendance démocrate, c'est une fresque intimiste de l'Amérique de 1939 à nos jours.
    C'est aussi une œuvre visionnaire et, osons le mot, révolutionnaire puisqu'un président noir s'est s'installé à la Maison Blanche en novembre 2008.
    Pour comprendre la portée historique de cet événement, la lecture du bouquin de Powers est indispensable.
    Richard Powers aurait pu décrire la vie quotidienne d'une famille noire en utilisant les clichés et poncifs hérités de La case de l'oncle Tom.
    Mais c'est un immense écrivain et les grosses ficelles ne l'intéressent pas, il préfère broder un canevas subtil avec du fil très fin.
    La famille Strom n'est pas complètement noire : le père, David, est blanc, juif allemand et intellectuel penchant à gauche. Exilé en Amérique en 1939 pour cause de persécution raciale, il va sauter de la poêle dans le feu puisqu'il se marie avec une femme noire et lui fait trois enfants.
    L'histoire d'Amour va se transformer en parcours du combattant d'où personne ne sortira indemne.
    Powers ouvre les yeux du lecteur non américain sur un phénomène politique, sociologique et culturel qui fait chavirer son pays depuis des décennies : l'acceptation du métissage par la communauté blanche mais aussi par la communauté noire.
    Dans un chapitre sublime, Délia, la jeune héroïne noire, essaie de d'expliquer à sa mère qu'elle a rencontré l'homme de sa vie. Mais elle a peur de lui dire qu'il est blanc.
    La mère pose les questions habituelles qu'une maman pose à sa fille amoureuse jusqu'au moment ou elle comprend et que le ciel lui tombe sur la tête : « Tu veux dire qu'il est pas comme nous ? »
    Après avoir lu ce livre, vos comprendrez que l'élection de Obama à la présidence des Etats-Unis est une date historique beaucoup, beaucoup plus important que les premiers pas de l'homme sur la Lune.



    Lien : http://www.atramenta.net/authors/jean-marcel/18712
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    • Livres 4.00/5
    Par maylibel, le 01 avril 2013

    maylibel
    Pâques 1939. Delia Daley, jeune soprano noire, rencontre David Strom, physicien juif réfugié aux États-Unis, à un concert. Ils se marient et tentent de construire leur famille au-delà des couleurs. Mais est-il vraiment possible dans l'Amérique du XXe siècle ?
    1046 pages et un coup de maître. Le temps où nous chantions est un roman-tourbillon, qui emporte son lecteur dans le flot de ses pages. Au passage, il nous rappelle les dessous d'un grand pays si démocratique qu'un couple mixte ne pouvait s'y promener dans la rue bras dessus bras dessous, ni réellement permettre à ses enfants de n'être que ce qu'ils voulaient, quels que soient leurs souhaits. Car jamais les autres ne leur permettaient d'oublier qu'ils étaient "de couleur". En contrepoint, il nous fait explorer le répertoire musical, des musiques les plus anciennes au rap, cet art étant l'une des clés de la famille qu'il dépeint, un lien entre tous les personnages.
    Bien sûr, les personnages ne sont pas complètement exempts de stéréotypes (et parfois agaçants par leur côté jusqu'au-boutiste, y compris le narrateur, pourtant présenté comme le médiateur de la famille), mais il est impossible de leur rester indifférent. Et le style de l'auteur, superbement traduit, la maîtrise dont il fait preuve dans sa construction de l'histoire nous font oublier les quelques répétitions qui alourdissent ses pages.
    Un excellent roman américain. Inoubliable et bouleversant.
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Citations et extraits

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  • Par keisha, le 10 décembre 2008

    "Des huit vives mesures, la voix de soprano s'élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé parl'hiver; L'air progresse de la manière la plus simple : un do stable rentre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le ré instable de la gamme. A partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu'à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprise, moucheté de taches mineures et d'une lumière soudain vive. Les lignes imbriquées l'une dans l'autre débordent de leur lit pour donner naissance aux suivantes, la joie l'emporte, l'ingénuité se répand partout. "
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  • Par Chouchane, le 08 mars 2013

    Elle est désespérée, elle supplie, en larmes. "pourquoi as-tu épousé une femme noire ?". Leur deux regards se rivent l'un à l'autre. Il déjoue cette attaque subreptice. "Je n'ai pas épousé une femme noire. J'ai épousé ta mère.
    - Je ne sais pas qui tu crois avoir épousé. Mais ma mère était noire.
    - Ta mère est qui elle est. D'abord. Elle-même avant toute chose."
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  • Par InColdBlog, le 11 septembre 2010

    Part One
    Cranes keep landing as night falls. Ribbons of them roll down, slack against the sky. They float in from all compass points, in kettles of a dozen, dropping with the dusk. Scores of Grus canadensis settle on the thawing river. They gather on the island flats, grazing, beating their wings, trumpeting: the advance wave of a mass evacuation. More birds land by the minute, the air red with calls.
    A neck stretches long; legs drape behind. Wings curl forward, the length of a man. Spread like fingers, primaries tip the bird into the wind’s plane. The blood-red head bows and the wings sweep together, a cloaked priest giving benediction. Tail cups and belly buckles, surprised by the upsurge of ground. Legs kick out, their backward knees flapping like broken landing gear. Another bird plummets and stumbles forward, fighting for a spot in the packed staging ground along those few miles of water still clear and wide enough to pass as safe.
    Twilight comes early, as it will for a few more weeks. The sky, ice blue through the encroaching willows and cottonwoods, flares up, a brief rose, before collapsing to indigo. Late February on the Platte, and the night’s chill haze hangs over this river, frosting the stubble from last fall that still fills the bordering fields. The nervous birds, tall as children, crowd together wing by wing on this stretch of river, one that they’ve learned to find by memory.
    They converge on the river at winter’s end as they have for eons, carpeting the wetlands. In this light, something saurian still clings to them: the oldest flying things on earth, one stutter-step away from pterodactyls. As darkness falls for real, it’s a beginner’s world again, the same evening as that day sixty million years ago when this migration began.
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  • Par jouanfranc, le 07 février 2012

    Elle était très noire. D'un noir tellement noir qu'il n'a rien à voir avec ses mulets de fils. D'un noir imposé, d'un noir comme un refuge. Noire par la mémoire et noire par l'invention. Chaque jour sur la défensive, à esquiver avec le sourire. Le fruit de vingt générations de violence intégrée, à ployer sous les coups, même quand on croyait ne pas ployer. Pas une journée ne se passait sans qu'elle ait à ravaler sa salive, sans qu'elle soit obligée de se remémorer ce joyau intérieur qui la protégeait. Et pourtant, elle était claire de peau, de chevelure, de traits, d'aspect extérieur... comme sa fille métis qui se déteste de n'être pas plus simple.
    "Noire, Ruth. Elle était noire.
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  • Par luocine, le 08 septembre 2009

    Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le magasin en soit pétrifié. Elle aimerait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct maternel pour contenir cette rage.
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